‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 32 sur 148 · GUERRES DE RELIGION SOUS LOUIS XUI · texte numérisé non relu

GUERRES DE RELIGION SOUS LOUIS XUI

Kilgré l'horreur qu'elle inspire, on commence à comprendre, en VntuBù, l'affreuse Satnt-Barlhélemy. A force d'étudier pas à pas rUHoire de ce temps, la marche des idées, des passions et des Mu, on arrive i reconnoître que ce crime fut moins l'œuvre du Bdeide U Reine-mère que l'œuvre des partis. Quand les luttes I sa prolongent à force égale ou douteuse, à défaut d'haéf cTest le coup d'État qui sauve l'autorité. C'est à vouloir .Miar ealte fatale péripétie que Catherine de Médecis mit tous ses iwrli et déploya cette polique tortueuse qu'on lui a tant reprochée^ iltaty avec plus d'équité, il eût fallu la louer. Placée entre d'irréileshatoes, et à bout d'expédients, elle céda aux exigences

SH met. lUi-Jnio 1866. — I>o«. 1 1

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du parti de la majorité, et la Saint-Barlhélemy eal liea: — eonp d*étal d'autant plus atroce qu'il dépassa le but et De remédia à rien. La Révocation de Tédit de Nantes, quoique moins odiease en apparence, ne fut ni moins funeste, ni surtout moins inutile. Disons tout de suite, non à la justification, mais à l'eipIiValioa de ce grand acte du règne de Louis XIV, que le Protestantisme, aprèi Henri lY, eut le tort de ne pas se contenir dans les termes de l'édit réparateur. La tranquillité dont jouit la France au temps de ce prince ne devoit pas être de longue durée. Les embarras dnne minorité, la lutte du parti des Princes contre la Régence, dévoient^ sous Louis XIII, amener de nouveaux et nombreux désordres. En eiTel^ peuilant la période qui suit la mort de Henri IV, le parti prolestant devient surtout parti politique. La religion nVâi plus que le prétexte de la lutte. Dès ce moment nous voyons poindre la pensée de constituer une partie de la France en État fédéralif des Provinces réformées, lin 1620, l'assemblée de la Rocbeile organise les églises en véritable république calviniste. Six fois, en moins de douze ans, les Protestants tentent des efforts impuissants pour le succès de leurs projets ambitieux. Mais Richelieu se rencontre en leur chemin et ils n'aboutissent qu'à la ruine complète de leur puissance matérielle.

Le récit que nous publion^^ ici et qui n'intéresse qu*un petit pays de leur domination^ est un épisode de ces tentatives avortées. La scène se passe dans le comté de Fok, aux aleniours de la ville de Pamiers, aujourd'hui simple chef-lieu d'arrondissement dn département de l'Ariége. Pamiers a bien perdu de son importance. Son évôché, crée en 1206 par le pape Boniface VIII, ent dès son origne à lutter avec les couttes de Foix. Berr.ard Saissetti, son premier évoque, finit pourtant par s'accorder avec Gaston de Foix, grâce à la médiation de Guy de Lévis, seigneur de Mirepoix, que Tun et l'autre avoient choisi pour arbitre de leurs différends. C'est que dès cette époque, et bien longtemps auparavant, la grande maison de Lévis, quoique originaire du Hurepoix (Selneet-Oise), possédoit de vastes domaines en ces contrées, et la Tille de Mirepoix, voisine de Pamiers, étoit la principale seigneurie de l'ainé des Lévis, qui en portoit le nom, avec le glorieux titre de maréchal de la ¥ai.

Ce fut, en effet, vers Tan iâOO que Guy de Lévis pasM en Languedoc, et se rendit célèbre par ses exploits contre les Albigeois. Le comte Simon de Montfurt, son beau-frère, le nomma maréchal de l'armée des croisées, dite armée de la foi, et lui it présent de riches domaines conquis sur les hérétiques, entra autres, du château et de la baronie de Mirepoix, dont le donaiaira rendit hommage lige au Roi saint Louis, en 1226. Dès celte époqof

LÉVIS-UIBBPOIX, BARON DE LÉRAN. 155

Il maison de Lëvis s'établit dans le lianguedoc, où elle devint une des plas puissantes et des plus illustres par ses alliances par ses possessions et par sa muniQcence envers les églises et les monastères. L'ainé des descendants de Guy 1" de Lévis, pour perpétuer le souvenir de ses services dans les guerres des Albigeois, conserva et porta héréditairement le titre de maréchal de la Foi.

Comme toutes les grandes maisons, celle de Lévis s'est divisée en plusieurs branches. L'une des principales fut celle des ba* rons, puis marquis de Léran, aujourd'hui marquis de Mirepoix, â laquelle appartenoit le héros de Thistoire dont on va lire récit.

Le baron de Léran, Jean-Claude de Lévis, baron et vicomte de Léran, descendoit en ligne directe de Jean de Lévis, seigneur de Mirepoijy maréchal delà Foi en 1318, lui-même arrière-petit -fils de Guy de Lévis (I), dont nous venons de parler. En dehors des notions que nous donne de Jean-Clande de Lévis le récit qu'on va lire, nous n'avons rien trouvé qui nous le fît connoître plus particulièrement. Des notes généalogiques nous apprennent simplement qu'il eût de grands démêlés avec son oncle, le marquis de Mirepoix, dont les domaines touchoient de toute part aux domaines d'ailleurs considérables de la maison de Léran. Peutêtre est-ce à ces querelles, à ces haines de famille qu'il faut attribuer le changement de religion du seigneur de Léran. Un descendant du maréchal de la Foi huguenot ! Cela, du reste, eût bien suffi pour exciter l'indignation de la famille; aussi voyons-nous, dans cette révolte du vicomte de Léran, le marquis de Mirepoix prendre fait et cause contre lui, et se joindre à ses nombreux ennemis.

Jean-Claude de Léran finit d'une manière tragique sa carrière guerroyante. Les notes que nous avons sous les yeux nous disent qa'il fat décapité à Toulouse, comme séditieux et pour révolte bognenote. Nous manquons de détails, quant à présent, sur cette toniBSte et dernière péripétie du vicomte de Léran. Nous n*ajouterona plus que quelques mots : c'est qu'il avoit épousé, en 1629, Angélique de Castelnau, ûlle d'Eiienne de Casteinau, seigneur de k Loabère^ dont il eut plusieurs enfants, et notamment Gaston de Lëvfs VIII, vicomte de Léran, qui continua la branche de kqnelle aortit Uenri de Lévis, évêque de Pamiers en 1741, et Lanis-Harie-François Gaston, marquis de Lévis-Léran, si célèbre par sa bravoure et ses nombreux exploits, et qui ayant hérité de da la totalité des biens du maréchal de Mirepoix, son oncle matÊnai, à la mode de Bretagne, prit le titre de marquis de Lévi&

(t) BoiiL fk'HAumifff. Annnaire^

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Mirepiix. C*est son fils, dépaté de la' Noblesse de Paris aux États généraux, qui péric sar l'échafaud révolationnaire, le 27 mai 1794: — aïeal de M. le marquis de Lévls-Mirepoix, duc de Fernando Lévis et de Charlotte de Montmorenry-Laval,— dont est issu M. le marquis de Lévis-Mirepoix, duc et Grand d'Espagne de première classe, aujourd'hui représentant de la branche et aux archives duquel, comme propriétaire actuel du domaine et château de Léran, nous avons emprunté le mémoire que nous publions ici.

Le baron de Léran, chef des Réformés, au pays de Foix.

Les Pretendus-Rëforméz du pays de Foix ayant entr'eux arreslé d'exécuter les résolutions de l'assemblée de la Rochelle, et de Tabregë d'icelie tenu à Montauban, receurent le sieur de Léran pour leur chef et gouverneur, suivant la commission qu'il en eût desdites assemblées. La première chose qu'il lit, ce fut de chasser de la ville de Pamies les Ecclésiastiques et Catholiques, et faire des ordonnances contenant commission aux Consuls de son colloque de saisir le domaine du roy et biens des ecclésiastiques el catho* liques.

Léran gasté du feu de poudre à cinon en battant l'église do boorg des Allemand.

Pour exécuter ces ordonnances, il establit un receveur et un conseil de 60 des plus Rëformez-Prétendus de Pamies, qui mettent en vente lesdits biens; et, cela faict, il sort de Pamies, il pille les meslairies et petits forts circonvoisins; où il met garnison à la faveur de deux ou trois pièces d'ai^ tillerie qu'il fait venir de Masëres et de Saverdun, avec lefrquelles au mois de juillet 1621 il entreprend de battre Téglise des AUemans, village à demy-lieue de Pamies; mais il y fut si rudement recueilli, qu'il y perdit beaucoup de gens et lui-mesme y fut brulë du feu de ses poudres, dont il demeura mutilé deux ou trois mois.

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