LE ROI A LA RARRB OK LA CONVENTION
« Louis XVI s'était levé à son heure ordinaire et était resté trois quarts d'heure en prières. Il conservait son calme habituel, quoiqu'il sût, grâce à un avis secret reçu par Cléry^ que ce jour-là
aurait lieu sa comparution à la harre de TAssembiée. Sa famille
en avait été également instruite; il n'y eut plus à en douter lorsque
I Ton entendit le bruit des tambours, les trépignements des chevaux
I de l'escorte et de l'état- major de Santerre, les clameurs de la foule
I amassée aux portes du Temple.
c Le roi et le Dauphin montèrent à neuf heures pour déjeuner dans l'appartement des princesses. Le repas fut silenrieux. Placés sous les yeux des municipaux qui épiaient leurs moindres gestes^ leurs moindres regards, les prisonniers ne pouvaient se communiquer leur.) poignantes inquiétudes. Ils savaient tout et devaient paraître tout ignorer. Le roi redescendit avec le Dauphin; mais bientôt deux offlciers minicipaux entrèrent pour lui annoncer la visite du maire et le prévinrent qu'il devait se séparer de son Ûls. Il embrassa l'enfant, le remit aux mains de Cléry et attendit.
« L'attente fut longue, car, ainsi que nous l'avons vu, la Conyention avait perdu plusieurs heures à discuter les termes de l'acte d'accusation du ci-devant roi. Cependant, sur l'observation faite par Manuel qu'il importait à la tramiuillilc publique de réintégrer Louis XVI au temple avant la tomb(^e de la nuit, le décret qui pouvait seul autoriser la levée provisoire de Técrou fut envoyé au maire Ctiambon et au général SaLterre. Ceux-ci, depuis plus de deux heures, se tenaient dans la salle du Conseil de la tour, ne voulant aborder le prisonnier que le décret en main. Aussitôt qu'ils Tout reçu, ils montent chez le roi. Chaumette, proeareur de la commune, Goulombeau, secrétai.'-e-grerfler et plusieurs autres ofliciers municipaux le:^ accompagnent. Chambon annonce à Louis XVI qu'il vient le chercher pour le conduire n rAuemblée, en vertu d'un dcrret dont le secrétaire de la Commune va lui donner lecture. En entendant ces mots : Louis Capet sem traduit à la barre de la Convention...
■ Capet n'est pas mon nom, dit le roi, c'est celui d'un de mes « anefitres. J'aunis désiré, monsieur, que les commissaires m'eus- « aent laissé mon fils pendant les deux heures que j'ai passées « i YODS attendra ; au reste, ce traitement est une suite de ceux « que j'épruuve ici depuis quatre mois. Je vais vous suivre, non « pour obéir à la Convention, mais parce que mes ennemis ont la « forea en main. •
« Louis XVI monte dans la voiture du maire, non sans jeter un rOBWd stv la tour oïl il laisse tout ce qui lui est cher. Quaranteiiltil oaTaliers de gendarmerie forment l'avanl-garde du cortège, tOanate^iuiit cavaliers de TÉcoie militaire, l'arrière-garde ; un corps de six cents fusiliers, munis chacun de seize cartouches et
disposés sur trois rangs, marchent aux deux côtés de la voitare ; trois pièces de canon la précédent, trois autres la suivent. Cornnie les glaces ont été laissées ouvertes^ la foule peut voir Louis XVf» les traits amaigris^ la barbe longue, assis au fond de la voiture & côté du maire, ayant en face de lui Ghaumette et Goulombeaa ; cependant aucun cri ne se fait ententre pendant la route,
• La Convention, après avoir expédié le décret de translation , s'était occupée de régler plusieurs points accessoires. Sur la motion de Legendre, il fut décidé que pendant tout le temps que Louis XVI serait à la barre, aucune proposition ne pourrait ètro faite par un membre^ aucune députation ne serait reçue. Rappelant que tout signe d'approbation ou d'improbation devait être interdit aux représentants du peuple et aux citoyens des tribunes, le boucher montagnard ajoutait : • Il faut que le silence des tom- « beaux effraye le coupable. »
« Defermon fit observer qu'il était d'usage que les présidents des tribunaux criminels déclarassent aux prévenus, au moment même où commençait leur interrogatoire, qu*il leur était permis de s'asseoir. Il demanda formellement que la même invitation fftt faite à Louis XVI; cette proposition fut adoptée sans discussion (1).
« Manuel aimait à jouer le rôle de républicain farouche, et» dans ce moment, il y tenait d'autant plus que chaque jour il devenait plus suspect à ses anciens amis les Jacobins (2). Il fait observer que toutes les questions préliminaires sont vidées. « Dès « lors, ajoute-t-il, comme la Convention n'est pas condamnée à ne
< s'occuper aujourd'hui que d'un roi, je pense qu'il serait bon de • reprendre la discussion de la loi sur les émigrés, dussions-nous
< faire attendre Louis à son arrivée. > En conséquence, Osselin, rapporteur de cette loi, monte à la tribune. Déjà il avait donné lecture de plusieurs articles lorsque Santerre paraît à la barre :
< Citoyen président, dit-il, Louis Capet est arrivé, il est aux portes
< de la salle. >
(1) a Le Moniteur ne s'explique pas sar le genre de siège qui fat offert h Louis XVI. Le JowncU de* Débats et Décrets^ p. 201, ii« 84, dit formellement qu'une chaise fut apportée à la barre.
(2) « Le 9 décembre, Manuel avoit dénoncé la prétention élevée par Marat de prendre officiellement le titre d'omt du peuple^ et avait fklt rendre un décret qui ordonnait de faire disparaître ce surnom des pièces imprimées par ordre de l'Assemblée. {Moniteur, n* 346.) La ▼engeanes ne se fit pas attendre; quinie Jours après. Manuel était rayé de la Uste des Jacobins. {Joumai du Club^ n* SIS.)
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c Le président Barôre lai répond : « La Convention nationale a c ordonné que Louis serait traduit devant elle; faites exécuter « son décret. >
« Santerre sort, et Barère profite de ce moment pour rappeler à l'Assemblée toute la solennité de la circonstance. ■ L'Europe vous « observe, dit-il, Tbistoire recueille vos pensées et vos actions. « L'incorruptible postérité vous jugera avec une sévérité inflexi- K ble; que votre attitude soit conforme aux nouvelles fonctions « que vous allez remplir... Et vous, citoyens des tribunes, vous « êtes associés à la gloire et à la liberté de la nation dont vous ■ faites partie. Vous savez que la justice ne préside qu'aux délibé- « rations tranquilles. La Convention s'en repose sur voire entier t dévouement à la patrie et sur votre resi^ect pour la repré- 1 sentaiion nationale. Souvenez-vous du silence terrible qui < aorompafnia Louis ramené de Yarennes, silence précurseur du « jngeuieni des rois par les nations. »
« Lonis XVI entre dans ce moment, les généraux Berruyer et Santerre sont à ses côtés. Un profond silence règne dans l'Assemblée.
— K Louis, dit le président, la nation française vous accuse; on « Ta vons donner connaissance de l'acte énonciatif des délits qui « TOUS sont imputés. Vous pouvez vous asseoir. »
m Louis XVI s'assied, et l'un des secrétaires lit l'acte entier; pais le président, reprenant chaque article, inlorpelle l'accusé sur ce qu'il a è répondre aux charges qui y sont énoncées.
« On ne suivait dans tous ceci aucune des formes déjà et maintenant encore pratiquées devant les tribunaux ordinaires. En effet, on signifie quelques jours à l'avance, au dernier des criminels, Iteteqnidoit former la base de l'accusation dirigée contre lui ; on lui Uise le temps de préparer son système de défense. Ici, on presait Loois XVI à l'improvlste et on lui demandait de repousser à Rnslant même des accusations multiples, compliquées, rhargées deMltj dlncidonts, de détails, qui, pour 6>re expliqués et débattof, eoBsent exigé une longue réflexion^ une grande habitude de k parole, one rare présence d'esprit.
« Loois XVI ne décline pas la compétence de la Convention et M'prolesle pas oontre les actes qui le transforment en un simple sneDsé. Il se contente de répondre quelques mots à chacun des frteb ariicolés contre lui. Pour tous les faits antérieurs à la Con- MMoùf il se base sur son droit de chef de l'armée et de la nation;
i LE CABINET HISTORIQUE.
• sans accident aucun à la GonTention nationale, et désirant être tenu M informé de Tétat des clioses, a fait écrire an général Santerre pour l'en-
• gager h lai dépêcher une personne do confiance qui pût lui rendre un «compte exact, afin qu'il puisse, s'il y a lieu, prendre les metiirai n nécessaires. Le général a envoyé successivement deux exprès, qui ont
■ exposé au Conseil, le premier, les détails de la séance, le second, le < départ de Louis Capet pour retourner au Temple. A 6 heures 3/4, on a nouvel eiprès du général a informé le Conseil exécutif que Louis était
■ réintégré au Temple.
« Pachb, Clavièbe, Lfbron, Roland, Moroe, Gabat Grouvellb, secrétaire. »
Revue critique d'histoire et de littérature, publiée sous la direction de MM. P. Meyer, Ch. Morel, G. Paris, H. Zolenberg. — Chez Franck, 67, rne Richeliea, paroit chaque samedi. Prix : 15 fr. par an.
Nos U'cteurs apprendront sans doute avec intérêt la fondation d*un journal hebdomadaire spécialement destiné à rendre compte des livres françois ou étrangers qui touchent aux études bistoriqnd, philologique, archéologique et littéraire. La Revue critique d'histoire et de littérature a déjà publié six numéros, qui répondent pleinement aux promesses de son programme : on y troave ane critique impartiale, plus portée à la sévérité qu'à la complaisance» exercée par des hommes très-compétents. Nous croyons que le nouveau recueil comble une lacune^ et qu'il rendra des senrises considérables, tant aux savants qu'au public lettré.
WArmuaire de la Noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe pour l'année 1866, de Borel d'Hauterivb, vient de paroUre {rue Ricfier, 50).
L'intérêt do ce recueil ne faiblit point avec les années : comnoe travail nouveau que nous fournit ce volume, nous citerons entre autres matières un article sur le Conseil du sceau des titres, et sa compétence en fuit de particule nobiliaire et matière d*armoiries : sur les créations et transmissions de titres; la jurisprudence nobiliaire, avec un résumé succinct des affaires jugées dans l'année touchant le titre de duc de Montmorency^ de duc d'Antîn, noms d'Agniel de Chenelette, de Sangues, de Cliambon La Rouvîàre^ de Crussol des Espe^se. Puis un article sur le nobiliaire de Franebe- Comté, une revue nécrologique, etc., etc.
REVUE MENSUELLE