‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 55 sur 148 · AU NOM DU PEUPLI FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AU NOM DU PEUPLI FRANÇAIS

Le représentant du peuvle envoyé dans les dt^cpiements des Bouthes-dU'Bhône et de Vaucluse.

Instruit que, dans la nui( da ^i au 13 (]e ce fnojs, ^es contreréTolotionnaires ont commis à Bédouin, district de Carpenifas, an 4p pes primes qui appellf^nt tqutes les vepgeances des Iqis; qu'ils pntosj^ porter leurs inains saçplégessur r4rbre de la liberté, qu'ils ppl renversé; qu*iis ont poussé l'audace jusqu'à arracher les I)écfêt3 de la Convention, les fouler aux pieds et les plonger dans la boue;

Considérant qu'une commune où un pareil 4^1it s'est tranquillement commis, ne peut qu'exciter les plus vives inquiétudes, etc.. Que ip soujpçm doii tout envelopper dans un pays où des ennemis de la patrie, des ci-devant nobles ont vécu tranquillement, etc.; que la T'Ommune ne pourra le Qxer $ur quelques individus qu'en indiquant elle-même les coupables; que dans tous les cas lesofflqei^mqqiçipauxet les membres du comité de surveillance seront iQujonrs, avec raison, regardés comme les premiers auteurs i|'pQ crime aussi abominable, par leur négligence à remplir leurs (ievoirs ;

Arrête ce qui suit :

Le bataillon de l'Ardèche (commandé par Suchet), qui se trouvoît à Garpentras, éioit envoyé i Bédouin et, là, logé et nourri (fiez les habitants ; les ci-devant nobles, prêtres et autres suspects, la municipalité et le comité de surveillance de cette commune nrrétë.s comme auteurs ou complices présumés du complot ; l'acroiàitear public char^rô d*instruire et le tribunal de juger révolutlomiiirement, etr. Enfin l'arrêté devoit être imprimé h 12000 exemplaires aux frais et dépens de la commune et afflché dans les doax départements.

Lego, avec les compagnies de Suchet, ne tarda pas à se l-epdre à Bedoin ; là, dans l'église et en chaire, il donna lecture de l'arrêté de Mnignet, et les coupables n'ayant pas été indiqués par les premières personnes mises en état d'arrestatÎQn, le représentant prit, le 30 floréal, un second arrêté; celqi'}|| yeut éfrc li^téralenient transcrit (1) :

192 LE CABINET HISTORIQUl.

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS (i).

Le rejpràentmi du peuple envoyé, etc.

Considérant que la Jastice ne saaroit donner trop d*éctetàli Tengeance nationale» dans la punition du crime abominable qui s'est commis à Bédoin ; que ce n'est qu'en frappant snr le lies même où il a été commis, et au milieu de ces contrées que rariitocratie tourmente depuis si longtemps, que l'on pourra porter l'épouvante dans l'âme de ceux qui oseroient encore méditer de nouveaux attentats ;

Considérant que l'opiniâtreté que les individus saisis, le plus fortement prévenus de ce crime, mettent à en faire < tre les principaux auteurs, fait présumer que toute la commune efl criminelle;

Considérant qu'une commune qu'une pareille suspicion ponnoil ne sauroit exister sur le sol de la liberté ; que le pays qni a océ s'élever contre la volonté générale du peuple, méconnaître lei décrets de la Convention, fouler aux pieds les lois qu'une natioi s'est faite, renverser le signe auguste de la liberté, est unpayiemmi que le fer et la flamme doivent détruire;

Ordonne que le tribunal criminel du département de VaneliMb chargé de juger révoluiionnairement ce crime de lèse-nttîoD,ie transportera, dans le plus court délai, à Bédouin » pour y instniin la procédure» et y faire de suite exécuter les jugements qrï rendra;

Ordonne qu'aussitôt après l'exécution des principaux coapaUeii l'agent national notifiera à tous les autres habitants non déUma, qu'ils aient à évacuer dans les 24 heures leurs maisons et en sortir tous leurs meubles; qu'après Texpiration du délai t7 IturtralanoÊ^ mune aux flammes et en fera ainsi disparaître tous les bàtimmis;

Ordonne qu'au millieu du territoire où existe cette inAmeoe*mune il sera élevé une pyramvie qui indiquera le crime dont m habitants se rendirent coupables, et la nature du ch&timenK qri leur fut infligé.

Fait défenses à qui que ce soit de oons^tre, à ravanir, sur cent enceinte aucun bâtiment ni d'en cultivei* le soi.

Charge l'agent national de s'occuper de suite de la r^partÊm des habitants dans les communes voisines reconnues patriolas.

Enjoint aux habitants de ne point abandonner la demfloreqBi leur aura été désignée, à peine d'ôtre traités comme ém^r^cnavi

Ll 1U8TICB RiTOLUTIONNAIRB. S93

ssi de se présenter tontes les décades devant la municipalité dess lieni, à peine d'être déclarés et traités comme aspects et renmes jnsqu'à la paix.

Le présent arrêté sera imprimé, publié et affiché dans retendue s deux départements, aux frais des habitants de la commune*

Paît à Avignon, le 17 floréal de Tan second de la République ançaise, une et indivisible*

Signé à l'original, Maignbt.

Je ne qualifie pas cet acte, il n'en est pas besoin; mais j'y ins quelques réflexions bien simples. Par son premier arté, Haignet avoit demandé que la conunune de Bedoin lui nrât les auteurs du crime : i! ne l'oblint pas, il ne pouit pas l'obtenir. Comment les Bedoinaisauroient-ilspu dépier les coupables? Ces insensés, probablement peu nomeux, qui, la nuit^ avoient abattu l'arbre de la liberté antë sur une place en-dehors du bourg? Cependant, ce si- %ce inévitable rendoit, aux yeux de Maignet, toute la comme criminelle; c'étoit un pays ennemi à détruire par le * et le feut Les habitants non détenus (et ainsi présumés incents) dévoient également être punis par l'incendie; pernne ne pourroit plus construire dans l'enceinte de Bedoin^ cultioer son sol. Enfin, les habitants dévoient être distries dans les communes voisines, et y rester sous les peines s émigrés et des suspects I

Quelles énormités 1 Et toutefois elles ne surprendront pas u qui, sérieusement, ont étudié la Terreur. Est-ce que^ la de mois auparavant, la Convention, je veux dire la Mongne, n'avait pas décrété la destruction de Lyon, la seconde lie de la France ? L'arrêté de Maignet, sur Bedoin^ n'étoit, \ quelque sorte, que le développement, appliqué à un petit «rg, de ce trop fameux décret.

Le 19 floréal, le tribunal d'Avignon, probablement imprélé des principes de Maignet, arrivoit à Bedoin, avec la

guillôhilë ; Il èUAÏ ainsi coihtiôsé ': hUttile; j^^Hàt, fOIAi Boyer, kèmûsdiU juges; Barjavel, accusateur public (noîu le retroutcrons comthe conseil, dans la Commission d'OranM ; DucM, greffier (l). Une informàtloh fût cottnieticéei là krestituons cditiprirëtit environ 130 personnes; lé^ ^ifStm, nobles, parents d'émigrés, autorités constituées furent eÉ^ chaînés, suivant l'expression de Maignet (2); l'église, ttiivaste, dut servir de prison. Un jour, les malheureux dtenus furent presque asphyxiés; on flt^ nialgré ïeuir priiellbe, btHlèf les boiseries intéHeures du teiliple (3).

Aux Bedolnais poursilivis, un troisiètiie arrêté dé MÛgMIl du SO floréal (4), joignit 6 peràUllhes dëtëhUés à AVi^) pàrihi lesquelles Marie Thomas^ Sgêè de 19 ànii toiltislV reUt condamnées à mciM.

Malguët songea ensuite à faille approdtë^ jpar ïi CodfMâ tion, sa belle conduite; à la séanèé dd 38 Hôrëdl étUit Uëb lettre sbivinte (5) :

Maignet, représentant du peuple, délégué dans les dépût^^mUb U Boùches-du-Bhône et de Vaucluse, à la Convention natioàaUè

C'est au moment où la Répnbliqdë française t)ortè TëArM fÊ tous les trônes, que Piufâme commune de Bedodin, plus audMi^ que tous les despotes, ose se soulever contre la volonté pitfiOM|| fouler aux pieds les décrets de la Convention, renverser le êpê auguste de notre régénération, l'arbre dé là ilbeîrté.

Depuis longtemps Bedntiia a manifesté sa haine contte la léffhtion; cinq commissions successives y ont été envoyées pourraA les crimes des scélérats, mais le germe aristocratique y a mJMn fécondé et t)roduit de nouveaux forfàlls.

Située au pied du Mont-Vemoûse, entourée de ooUinas MB»

(i) Jugement dté plus haut.

(2) Lettre à la Convention, plus bas transcrite.

(3) Mémoire de H. Tabbé Sauve, (ft) Jugement déjà cité.

(Q MoHitèù' da 30 floréal àfa u, p. ^74.

LA ibstfêM yVÔLUtlONkAlÀE. fSi

?oili>ééft âé déniée àôtalbk^tix, bette coiitrée pré^eiitoit totit ce qu'il alloil pour former une nuurelie Vendée.

{{ ne faut pas en doater, tel étoit le projet^ puisque ces brigands , Sans leur coup d'essai, été aussi ioip que Ton fait au milieu lé leub plus grands succès les scélérate ijiil les ont phéôédés.

Aussitôt qttej'ai appris cet attentat horrible contre la majesté du )eaple, j'ai envoyé 300 hommes du 4« bataillon de l'Ardèche, (in|, laiis tontes tnes épurations civiques m*a si bien secondé. J'ai Tait MbAiifhef pMtres/nobleii, patenté d'émigré^, ^ntoHté^ coustiitiëëà.

.J'aimoi3 À croire qud Je pourrois trourér. qhelques Indiridnà ]UJ^ pénétrés de l'horreur du crime commis dans cette commune, s'empresseroient de soustraire leurs noms à rinfanile et liiaidfierôiënt les coupables; Inàls Uti silëdce absolu nb bè ptbdte que trop qu'ils ont tous participé aU crime.

. Alors^ ne voyant dans cette commune qu'une horde d'ennemis^ î*àl itavestt lé tribunal crimiitet du pouvoir révolutionnaire pour Hfiré tbtbber du suite la tôle des pllis coupables; et j'ai ordonilé, (|u'une fois res exécutions faites, les flammes fissent dispaivitre jusqu'au notu de bédouin.

Puissedt périr ainsi tous ceux qui oseront braver la volonté nationale et méditer do iiouveatix complots contre la liberté française 1

Salut et fraternité. Signé Maignbt.

Cette magnifique lettre fut immédiatement suivie d'un rote faTorabiu ainsi mentionné (1) :

La Convention nationale approuve la conduite du représentant in peuple Maignet, ordonne l'insertion de la lettre au Bulletin, Il II renvoie pour le surplus aux comités de Sûreté générale et de klat public.

Merlin (de Douai) prétendit, après le 0 thermidor (2), ibé Sëtté approbation avoit été surprise à ta Convention. En rérité, je ne le crois pas. Il faut se reporter à l'époque, celle de la grande Terreur; là Moblagne, à la fin dé Dorëal^ pou- Toit bien approuver la conduite de Maignet à l'égard du boarg de Bedoin; à la fin de messidor elle apprbuvoit la (Sbn-

(l}JIMlMir,ibidem.

(S) Goavaatioo, léance da 17 nivOie an lU ; MiMêitr ai U, p. iii.

S96 LK GABINBT HISTORIQUK.

duite, à Arras et à Cambrai, de Joseph Lebon (1), à qm Barëre reprocha seulement « des formes un peu acerbes I (3) •

Cependant, à Bedoin, le grand jour de la justice appn^ choit. Le 4 prairial, le Tribunal y rendit un jugement prélude contre deux prêtres^ dits réfraclaires, J.-J.-E. Nourjet Séb. Moine, qui furent condamnés à mort (3). Les cîtoyem Blovac et Pichot, dénonciateurs de ces deux malheureux, durent recevoir la récompense de 100 fr. allouée, en cas pareil, par la loi (4).

Ne Toulant laisser échapper personne, Maignet, par un quatrième arrêté du 7 prairial (5), étendit les pouYoin dn tribunal à tous les individus trouvés dans les contrées environnantes de Bedoin, suspectés d'avoir participé à rinlliBB attentat; telle étoit Marie Martin (6), ex-religieuse mentée, âgée de 65 ans, condamnée à mort le 9 prairial.

Le 9 prairial, le tribunal,>iégeant en plein air, rendit i jugement sur l'affaire.

La commune de Bédouin fut déclarée en état de contre i tion^ presque sans interruption depuis sa réunion à la France; ] contre-révolution, conspiration, fédéralisme, $oixant&4rm[ nés présentes furent condamnées à mort, 55 hommes etSfeoinai; nobles, prêtres, hommes de loi, religieuses, propriétaires, i •uvners ;

Pour s*être soustraits à la justice, dix absents furent i la loi;

Gomme suspects, douze femmes et un homme furent i nés à la réclusion ;

Le cordonnier Cîop à 6 ans de fer pour avoir venda ses

(1) Voir le Cabinet historique^ 1866, p. 130.

(2) Séance du 21 messidor an ii, Moniteur du 22, p. 1105.

(3) Greffe de la Cour d'assises de Vauduse; oommanication de IL FW de Meoteyer, substitut à Carpeotras.

(&) Loi du 20-30 TeDdémiaire an ii, art. 13.

(5) Jugement» déjà dté, du 0 prairiaL

(6) Dit Jugement, p. 13.

LA JUSTICB BiVOLUTIONNAIBX. S97

5 fir. en numéraire et iO fr. en assignats; Constant, à un an de détention ponr avoir été trouvé sans cocarde;

52 personnes furent acquittées sans> néanmoins, être sùusiraites à l'incendie de leurs demeures...

Ainsi prononcé en présence des accusés, à Bédouin l'infâme, sur la place publique où a été arraché Tarbre de la liberté, le 9 prairial, etc. Et ont signé; Fcuque, président, etc.

Le jour même, le jugement fut exécuté; 16 des condamnés à mort, 2 nobles, 6 prêtres et 8 femmes montèrent sur Tëchafaud, dressé sur la place même où le jugement avoit été prononcé, hors de la porte Saint-Jean; les 47 autres, tous hommes, et d'une condition moins relevée, furent fusillés par les soldats de Suchet (i), dans une prairie qui joint la place el la domine d'un mètre environ (2).

Restoit l'arrêté de Maignet, du 17 floréal, ordonnant que Bedoin seroit livré aux flammes et que ses habitants seroient répartis entre les conmiunes environnantes reconnues patriotes. Cinq jours après l'exécution des 63 condamnés, et le 14 prairial, l'exécution des habitations eut lieu ; à en juger par les résultats, elle dut être effroyable; Voici la peinture qu'en a faite un historien du Comtat, M. l'abbé André (3).

Tandis que le sol de Bédouin étoit encore rouge du sang de ses habitants, Tagent national banqueroutier Lego, les juges, les commissaires municipaux (tous étrangers), les officiers s'avancent en têie dn bataillon de l'Ardèche; tous mettent le feu aux quatre eobis dn village avec des torches résineuses trempées dans du bitame... Rien ne fut épargné, pas même les édifices publics et ntUonaux; IMiôpitai, dont le linge et les trésors furent pillés, la maison commune rebâtie à neuf; celle où se tenoit le comité de

(1) Mémoire de M. Tabbé SauTd, cité plaa bas.

(S) J'ai m les lieax, en septembre 186A, conduit par le maire de Bedola, M. ^ymard; la prairie apparteoait alors à M. Cliàlon.

(3) BitUnre de la révolution AvignonruUse, 186A, S vol. iii-8, t, II, ^ 281, 984.

if aBBét. Mofonbn-Déoembro 1866. — Doo. îl

296 IM CABINET HIBTOBIQUI.

surreiilaDce; les moulins à huile, les fabriques de soie, tout ftil

dévoré par les flammes...

La répartition des habitants entre des communes Toisines ont lieu immédiatement (1) et ne dut pas rencontrer de résistance; ces malheureux, 4aus L^r pays, n'avoieiit pli» d'asile!

Telle fut Taffaire de BéOoin, Tiiae des grande» atrocilAB de 1« Teif«ar. Des his^ieog de nos jours oat travaiilA à iV moindrir le plus possible ; le nombre des victimes, l'exil dt la population ne pouvant être contestés, c'est à riaceodie, moins nettement établi, que Ton s'est surtout attaché. Je cil» les Mivrages où Ton est allé le plus loin à cet égard.

D'après MM. Bûchez et Roux (2), suivis par M. Lmis Blanc (3) :

Lorsque rincendie fut allamé, toutes les maisons étoient déménagées, et par les soins de Sucliet et de Maigaet, qui vouloiaot aa châtiment exemplaire et non pas une dêv^i^tion, six habilaUoai seulement (et c'était déjà trop, dit M. Louis Blanc) furent brûléaf. C'est ce qu'on appela l'incendie de Bédouin.

Michaud jeune (4), dit à son tour :

Le village est livré à l'incendie. Sept ou huit maisons sOQt 1| proie des flammes^ le réfute est préserve par le chef militaire (SucbeC) qui comnjiande l'expédition.

Je me suis demandé où MM. Bûchez, Louis Blanc el Michaud avoient pris ces chiffres imperceptibles. Si l'on ouvra le Moniteur (5), l'on y trouve, d'abord, une lettre du repiè-

(1) Lettre de Mourreau (de Vauclasc), du 16 prairial au u; Hiâtoiri parlementaire, t. xxxv, p. 185.

(2) Histoire parlementaire de la révolution, t, XXXV, p. 173.

(3) Histoire de la révolution, t. X, p. 470.

(4) Biographie universelle. S» édit., t. XXVI, p. 115, artkle Là sont d'autres erreurs grossières; on y fait Juger Bedoio par la < ftion d'Orange qui ne fomcUonna quA trois seqoiaiAfit plus tftni.

(5) Moniteur du 5 frimaire an m, p. 276.

LA IU8TIGI RéVOLUTiONNAiaE. ^M

sentant Gonpilleau, lue à la Convenlion, le 3 frimaire an m. Dans cette lettre^ trés-étenduc, datée des ruines de Bédouin, le 18 brumaire, Goupilleau atteste :

Que les tSOO maisons qn\ romposoient la commune de Bedonia (iaquelie avoit 360 volontaires aax armées), n^existent plus; que rleo n'a été épargné, édifices publics, fabriques, magasins... que des habitants, chassés de leur pays, les uns errent dans les monta-* gnes, les autres, y compris treize femmes rendues à la liberté par le comité de sûreté générale (celles qui avoient été condamnées à la réclusion), n'ont d*autres demeures que des cavernes qu'ils ont creusées dans la terre et qu'ils tournoient leurs regards vers la Convention dont ils réclamoient, à grands cris, la justice.

Goupilleau ajoutoit qu'il avoit destitué Tagcnt national Lego et loi avoit appliqué la loi des suspects, mais qu'il n'avoit pas cru pouvoir rapporter les arrêtés do Maignel, parce qu'un décret de la Convention les avoit contîrmés, et n'avoit pu prendre que des mesures provisoires.

Ensuite une adresse, présentée à la Convention le IB frimaire an m, par onze habitants de Bedpin, et qui commence ainsi (1) :

Citoyens représentants, les îiabitants de la commune ^e Bedotiin à qui ses ruines ont Tait donner le nom de Bédouin VanéanHy se présentent à vous maintenant que la plainte esi permise et que l'humanité n'est plus ua crime...

Suit le tableau des malheurs de Bédouin... c cinq cents maisons sent livrées aux flammes, etc.. >

Dira-t-on que ces docun^ents étoient postérieurs ^u 9 tl^^midor, fournis par des réactionnaires, et qu'ainsi ils ont dû e%/cil0€ la défiance de MM. Bucha« et Louis Blanc? Soit. Hiil le ttooignage d- un pur, de Mourreau (de Yauduse), l'aii|4# Payan, que MM. Bûchez et Roux ont recueilli, eux- (%), dans deux lettres imprimées, quelques pages

(1) Momteur du 17 frimaire an UI^ p. 325.

(9) Histoire parimentaire, t. TfX^lf^ p. ISS 0( 137.

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•e^ k la rigueur, auTt couleraporains bien renseignés, est nous aujourd'hui plein d'obscurité, par suite des lé* *$ qui soni Tenues nous cacher une foule de détails essensurtout a partir de la diilocation de Fempire de Charigné, et de sa division en une multitude de petites sounet6s sans consistance et sans limites précises. lor se reconnullre dans ce pùle-môle, on a dû de nos jours ier des noms tlxes à tous ces petits royaumes, qui ont nt quelriues siècles divisé fEurope occidentale et parlèrement la Gjule« Mais ces noms ne suCQsent pas pour z\t la question qui nous occupe. Quelques-unes d'ailde ces souverainetés ont, par suite de leur mobilité, Ipi toute dénomination fixe. Je citerai entre autres qui fut fondée en 879, au sud-est de la Gaule^ par le f Boson, et dans laquelle vinrent se fondre peu après letits royaumes de Bourgogne, Jurane et Transjurane. ui donne bien quelquefois, à la vérité» le nom de me d* Arles; mais ce nom étoit inconnu des contemm. Conrad le Pacifique, par exemple, qui régna sur iai de l*an 9'à7 à l'an 993, est appelé reo) Jurenm (roi ra), rex m (ialtia (roi en Gaule), rex GaUiarum (roi des !S), rex in Burgundia (roi en Bourgogne), rex Vienf (roi de Vienne), jamais fftr Arelatensis. On trouve souvent rea: Alemanniœ et Protinciœ (roi d'Alleet de Provence), mais jamais, je crois, rex Proviticiœ

des causes les plus graves d'erreurs, dans le système nous parlons, provient de la contemporanéilé de plui priinL^s portant le même nom dans des pays voisins et la démarcation est encore incertaine. Ainsi nous troupresf^ue en même temps deux ou trois Hugues, Louis, lire, Charles, Rodolphe, dans des royaumes voisins et i'mi ai nom^ ni limites llxes« variant de dénomination

300 LE CABINET RISTOHIQUB.

seulement après Tincendie de Bedoin ? Voici, en effet, co qu'on lit dans ces lettres ; la première, datée d'Avignon, le 16praiiial anii :

Je suis arrivé hier ici, après quatre Jours de courses... j'ai tu hier, de quatre lieues, les flammes révolutionnaires qui consumoimt l'infâme Bédouin... Il y a eu 63 guillotinés ; le reste des hibittiiti a été pcartagé entre quatre communes environnantes...

La seconde, datée de la même ville, le 18 prairial : Bédouin n'est plus...

Ce n'est pas tout. Cette sentence de Hourreau étoit bientôt reproduite par un autre pur, le citoyen Ducros, greffier du Tribunal ; on a de lui une brochure imprimée, à Avignon, sous ce titre (1) :

Tableau de la situation politique de la commune de Bedonii' département de Vaucluse, district de Carpentras, décorée par faf lUÙnmeSf le i4 prairial..., in-i» de 8 pp.

A la fin on lit :

Les ignorants.. . furent mis en liberté, le tribunal réserva cw flammes le droit de les punir... 52 furent de ce nombre... eells nouvelle Sodome a été dévorée par les flammes, le quatone praifilL

Vive la République I périssent les tyrans 1

Puis, le 24 frimaire an m, la Convention accorda i Bedoin un secours de 300,000 fr. pour ïaider à reconstruire ses habitations, et, le 15 floréal (j'y reviens plus bas), le reprtsentant Jean Debry réhabilita solennellement cette i tout cela pour six maisons t

(1) BiUiothèqne impériale, W lOM, iii-4.

LA JUSTICB RÉYOLUTIONNAIBB. 301

Il y a, enfin, le silence de Maignet sur les six maisons.

A la Convention, il avoit dû s'expliquer sur Bedoin. Plusieurs fois dénoncé, après le 9 thermidor, Maignet eut une grande place dans le fameux rapport de Courtois, présenlë, le 16 nivôse an m, et là encore Tincendie de Bedoin ne lui fut pas épargné. Le lendemain, 17, Maignet monta à la tribune pour se défendre. Si> grâce à sa modération, six hahabilatjons seulement de Bedoin eussent été brûlées, on croira qu'il n'eût pas manqué d'en parler; il n'en dit pas un mot. Sa défense se concentra sur deux points : la nécessité de faire un exemple à Bedoin; l'approbation qu'il avait reçue de la Convention par lui consultée (1).

On le voit, sur l'incendie de Bedoin, MM. Bûchez et Roux ont voulu fermer les yeux à la lumière. Devant, à mon tour, retracer ce grave incident de la Terreur, j*étois, suivant ma coutume^ remonté à la source. Par les soins des magistrats de Garpentras, j 'a vois obtenu un mémoire extrait des archives municipales de Bedoin, par M. l'abbé Sauve, vicaire, et d'après lequel, dans mon essai de 1861 (2), j'avois porté les 6 maisons de MM. Bûchez et Roux à 433, détruites ou du du moins atteintes par l'incendie du 14 prairial. Une telle différence ne pouvoit échapper à M. Louis Blanc. En me critiquant, c'étoit son droit, et dans les termes d'une courtoisie parfaite^ cet historien (3) a exprimé le a regret que je n'eusse c pas fait, moi-môme, le travail reçu de Bedoin, ou donné t la copie textuelle des documents compulsés par l'auteur du « mémoire cité. Cela eût tranché la question d'une manière t tout â fait décisive. »

. Ces observations m'ont conduit à vérifier, sur place, le

(U CdOveatioD, 17 oiTdse ao m; Moniteur du 20^ p. ftSft.

M Io48, p. 90A-206.

(I) BiêMn de ia révolution, i. XII» p. MO et MO.

Quelques mois après, le 15 floréal an m, loràque Bedoin commençoit à renottre, la municipalité et la justice de paix y furent officiellement réinstallées par Jean Debry, représentant en mission dans le département, et la commune ht réhabilitée. Cette cérémonie touchante eut lieu avec appareil, au milieu d'un concours immense de spectateurs, venus de loin. Des discours furent prononcés; enfin, une colODoe, portant une inscription commémorative, fut élevée sur la place même où Téchafaud avoit été dressé (1).

L'affaire de Bedoin, me mène, sans transition, â la Commission d'Orange.

Ce. Berriàt Saint ?Ka,

Comtiiler à la Cour impériale de Parigm

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