‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 58 sur 148 · Ad Même. — Rue Guénégaud, »• 23. — A Paru · texte numérisé non relu

Ad Même. — Rue Guénégaud, »• 23. — A Paru

Vendâme, 6 août 1831.

Je vous remercie, mon cher Tézénas, des bons vers qoe vous m'avez envoyés. Vous ne pouviez me donner do voi nouvelles d'une manière qui me fût plus agréable. On ne fait point de bons vers quand on se porte mai et quand on est en proie à des tribulations domestiques. Ainsi, je peu» que votre santé est bonne et que rien ne trouble votra bonheur intérieur. Si la forme de vos vers est irréprochabto, ce n'est pas qu'il n'y ait bien quelques petites choses k dira

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pour le fond. J'ai été tout surpris de voir que vous donniez tant de raison et de philosophie à un homme qui n'a jamais eu rien de grand que son extravagance. Je m'attendais à lire un petit chef-d'œuvre de plaisanterie dans le genre de votre Nouveau Seigneur de village; mais vous avez voulu prendre un vol plus élevé; vous avez eu un but de haute politique et de haute morale, et, dans Pintérêt de la société, vous avez voulu prouver qu'un trône ne peut jamais être solide s'il n'est assis sur les bases de la légitimité. Vous êtes sorti de votre genre habituel et vous avez bien fait, puisque vous avez prouvé que votre muse avait plus d*une corde à sa lyre.

Malgré toute mon amitié pour vous, je ne puis m'empécher de vous porter quelqu'envie. Que vous êtes heureux, mon cher ami^ de conserver encore au milieu de tous ler« dégoûts dont vous êtes environné, quelques illusions de gloire littéraire ! Je croyais que ces rêves aimables et souvent trompeurs ne pou voient être que l'apanage d'une jeunesse que l'imagination entraîne et que l'espérance séduit. Il y a eu un temps où j'aimais la littérature comme une maîtresse; je me promettais de lui consacrer ma vie tout entière; je Pai négligée lorsqu'elle sembioit vouloir m'accorder quelques faveurs, et j'en suis bien puni ; mon imagination refuse de sortir de la sphère friste et bornée des réalités, et cette littérature qui fit autrefois le charme de ma jeunesse, qui me promettait quelque gloire, refuse aujourd'hui de me donner des consolations!...

« Toutefois, je me dédommage de temps en temps, par la toeture, de lat stérilité de ma pensée. Je fais venir sur la foi As Journaux quelques nouveautés qui me semblent offrir iê llnlérêt. Je suis souvent trompé» et, quoique je ne sois fu avare, je regrette souvent mon argent. J'ai été cepenfort content de l'histoire de V Assemblée constituante.

Cet ouvrage est bien conduil, bien pensé et génèralemeii bien écrit. Si vous voyez Tauteur, rappelez-moi à son souvenir, mais ne lui dites pas que je suis tout surpris devait un si bon ouviage sorli des mains d'un niais aussi accompli.

Le discours de X n*est qu'un tissu de phrases

bien arrondies, bien liarmonieunes, bien ennuyeuses, bien académiqurs; il n'y manque que de la pensée, de I*dmeel du :. ouvomenl. Celui do Roger est mieux sans rîoule puisqu'il m'a beaucoup moins ennuyé, mais ces deux discours ne valent pas le bruit qu'ils ont fait: ce qu'il y a de plaisant dans tout cela, c'est le royalisme des auteurs; il n'y eh i que pour eux; cv '^ont les premiers royalistes de France, ce sont eux, sans douto, qui ont relevé la monarchie, el, si elle doit périr, ils seront les premiers à s'ensevelir sous ses ruines... Ainsi soit-il !

Mais je m'appeirois que je me laisse trop entraîner an plaisir de causer avec vou?. Doniiez-moi donc plus souvent de vos nouvelles, de celles de votre charmante petite famille (lue j'aime si tendrement; enfin, quoique j'aime infiniment vos vers, croyez qu'ils me feront encore plus de plaisir (juand ils me viendront accompagnés d'une ou de detax pages de vofre pros»'.

Adrien dk Sarraki!!.

:]. — Au .Mlmk. — Employé au minislère de rinUriw^ rue Gunirgaud, 23, F. S.-G.

Vcndùm-?. le 30 octobre 18SI>

Vous avtz likii raisu:.,mon chez Tézéiias, de mellre l» eèivnionic de côté dans vos relations avec moi. Je suis lerribleinenl en relard avec vous; mais que je voas écrive pt

LBTTBK8 D'JUHUSH DB 8ABBAZIN. Slft

premier ou le dernier, pen impoite; en fait d^amitié, je suis peut-être le premier, malgré le bon exMnpIe que Touft m'ayez donné.

Si je ne vous ai pas répondu plustôt, c'est la foute dés élections, j'ai voulu assister à cette comédie, oomiÉe '0l6<yteur d'arrondissement et de département.

Si je l'avais voulu, j'aurais jette bien du désordre daiift notre collège d'arrondissement de Vendôme, et, en m'y prenant quinze jours d'avance, j'aurais été probablement nommé au collège de département. Vous me connaisses t j'ai trouvij des intrigues tout arrangées^ et je n'ai pas voulu jetter le désordre dans le camp dés honnêtes gens.

Au collège d'arrondissement dé Blois, Salaberry a été nommé, ab irato, par les royalistes et les jaùobins^ les uns et les autres le préférant à un ministériel. Il a été, le croiriez-vous? nommé par l'homme même qui a fait guillotiner son père!... Nos deux autres députés sont les mêmes; ils «voient pour eux la possemon^ c'étoit beaucoup. Et, si leurs talents ne sont pas très-remarquables, ce sont au moins d'honnêtes gens, et c'est encore beaucoup, si ce n'est tout.

Vous me parlez, mon cher ami, de deux personnes à qui j'ai cherché à rendre des sei*vices et vous avez entendu avec plaisir mon éloge sortir de leur bouche. La reconnaissance, en effet, est une vertu rare et fait toujours plaisir à rencontrer. M. le Sénécal est un brave homme, tout rond, tout en dehors, plus passionné que spirituel et fin, une mauvaise têle; vous pouvez vous y fier. Musset est tout autre chose; celui-là est plus fin que passionné. Ce n'est pas un Jetm-Jacques^ quoi qu'il ait fait une notice sur cet illustre personnage. Je lui sais bon gré, cependant, de tte m'avoir pas oublié, malgré les bons offices que j'ai voulu lui rendre. Puisqu'il fait l'éloge d'un homme qui n'est plus rif% cela prouve qu'il y a encore en lui quelque chose.

Ce qui m'a le plus surpris dans votre dernière lettre, c*est la visite que vous avez reçue d'un personnage se disant le chevalier Clebsattel de Cemay, se disant aussi mon camarade de collège, mon ancien ami^ mon meilleur ami. Ce chevalier vient de m'écrire la lettre la plus absurde que j'aye jamais lue. Il me demande: l*" de le recommander à M. Decaiei pour lui procurer une bonne place; 2^ de le marier à Yendôme, etc., etc.

Or, certes, quoi qu'il en dise, je connois beaucoup moini ledit chevalier que tous les chevaliers de la Table ronde^iYîC qui, mes lectures au moins m'ont donné qnelqu' accoinUma. ns ne savaient pas signer leur nom, il est vrai ; mais, certainement, ils écrivoient mieux que le chevalier Clebsatel de Cernay, officier de marine en retraite^ demeurant i Paris^ poste restante, et mon ancien camarade de collège, k lui ai répondu, dans la crainte où j*ai toujours été de déiobliger, sans le vouloir, un honnête homme. Je l'ai nui assez plaisamment au courant de ma position et de nm crédit. Plaise à Dieu qu'il me laisse tranquillement remftr mon frein, et qu'il aille chercher fortune ailleurs!

Le récit que vous m*avez fait de la position de M. voln frère m'a fait bien de la peine. Quoi donct ne vous arrivent-il que des événements malheureux! Le diable 8era441 toujours à votre porte! La Providence ne vous donnera4elle jamais un sourire! C'est peut-être votre amitié pov moi qui vous porte malheur ; c'est moi, peu^ètre, qui nii votre fléau! il ne faut s'attacher qu'aux gens heoreuXi disent les gens heureux. Il parait que vous et moi somnifii conduits par des principes et par des sentiments oppoiii- Quant à moi, je cherche la loyauté partout; dès que Je crois l'avoir trouvi'e, je m'y accroche, je m'y cramponne. Pli» elle est malheureuse, plus je m'y attache. Eh bien, am» cher ami, faisons route ensemble, malgré f;^^* et marées;

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limez-moi, quoiqu'il arrive; et croyez que mon attachement pour vous ne vous fera jamais faux-bond.

Adrien de Sarrazin.

P. S. Mille et mille tendresses à votre intéressante famille. Mes yeux se sont perdus à force d'avoir pleuré, et je crains que vous ne puissiez plus lire mon écriture. Rassurezmoi sur ce point.

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