‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 8 sur 148 · LaBORDE-NoGUÉS a m. de PoNTCHARTIUm · texte numérisé non relu

LaBORDE-NoGUÉS a m. de PoNTCHARTIUm

Autre récit de l'entrevue des deax Reines.

Monseigneur,

J'ay eu Thonneur d'informer vostre Grandeur, de tout ce qui s'estoit passé dans le voiage de la Reine douairière d'Espagne, jusqu'au ^ du mois dernier. S. M. G. récent le 25^ le 26 et le 27 les visites des Dames les plus qualifiées de la ville de Pau, elle fut deux fois à la chasse du chien courant. Le 28 il y eut bai au Palais. ^S. M. apprit ce jour que laReiae, sa nièce, devoit coucher à Tarbes, où Monseigneur le Doc de St-Aignan se rendit d'abord pour luy remettre le présent da Roy, qui fût trouvé très-galant et de très-bon goût Le S9 elle fût coucher à Saumelon , d'où elle partit le 30 pour Paa. Lt

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Reine, sa tante, alla au-devant d'elle à un quart de lieue, et Tune et l'autre étant descendues de leur carrosse s'embrassèrent avec beaucoup de tendresse , et après bien des compliments^ la jeune Reine monta dans le carrosse de sa tante, qui luy donna la droite dans cette occasion , comme dans toutes celles qui se sont présentées , quoyqu'elle fît tous ses efforts pour s'en deffendre : tout le temps qu'on resta pour se rendre à Pau se passa en tendres embrassades.— Leurs Majestés, suivies d'un gros cortège, y arrivèrent à quatre heures du soir, on remarqua que le temps qui étoit pluvieux et chargé de brouillards, devint beau et serein à l'entreveûe des deux Reines. Le brouillard se dissipa à l'instant, Tarc-enciel parut et le soleil se fit voir. Ce phénomène donnera matière aux poëtes espagnols d'exercer leur veine. La Reine douairière soupa ce soir dans l'apartement de sa nièce. Le 30 la' Reine régnante se trouvant incommodée de son pié garda le lit, sa tante disna avec elle et^ après le disner, elle luy fit présent d'une croix, de pendants d'oreille magnifiques, d'une grande agrafe, que les Espagnols appellent Go;^? enrichie de trèa-beanx diamants et d'autres pierres prétieuses. Le soir les deux Reines soupèrent ensemble après avoir veu la représentation d'une comédie espagnolle qui fût jouée par les Caméristes de la Reine douairière. Le i" de ce mois, Leurs Mqestés mangèrent ensemble, et la tante fit un second présent I sa nièce d'un collier de perles qu'on ne sauroit estimer parleur beauté, et de bracelets de perles qui ont coûté au feu roy d'Espagne dix milles pistoUes : — plusieurs personnes, doDt je ftas du nombre, eurent ce jour l'honneur de luy baiser la main. — Le 2, la jeune Reine se trouvant assès bien de son pi, it ses dévotions, et se fit porter dans l'apartement de sa tiBte aree laqnelle elle dina, et qui luy donna un troisième prisent d'une agrafe de diamant pour mettre sur son chapera, lorsqu'elle s'habillera en amazone; on estime que

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tous ces présens peuvent valoir près de quatre cents mille livres; elle l'a défrayé aussi, et toute sa maison pendant le temps qu'on a séjourné à Pau. — Les libéralités de la Reine douairière se sont étendues à Madame la Princesse de Piom* bino, Madame la Comtesse de Sommaille et aux principaux . officiers de la jeune Reine.

Le 3 Leurs Majestés partirent de Pau, habillées en amazones^ estans toutes deux dans le môme carrosse, et Madame la Princesse de Piombino dans celuy de Madame la Duchesse de Lignarès : — elles furent coucher à Pardies, où le lendemain 4, la jeune Reine, ayant voulu s'appuyer sur son pié malade, se donna une entorse, ce qui n'empêcha pas Leurs Majestés d'aller coucher le mùme jour à Navarreins. Le î$ elles allèrent disner à Nabas, et coucher au chasteau du Hart,où il y cul une petite dispute entre le baron du Hart et le vicomte de Belzunce^ sur le commandement de la (jarde destinée pour les deux Reines, qui ont toujours iogé et mangé ensemble. *- Le premier prétendoit commander, parcequ'il avoit rhonneor de loger Leurs MajestéSi et le second soutenoit que le commandement luy estoit deu, en vertu de sa commission. L'affaire fût décidée en faveur do ce dernier, qui parraissoit fondé dans son droit. Le 6, la jeune Reine se trouva beaucoup mieux de son pié : on fût diner à Gibits et coucher à St-Jean de Pieil de Port, où Monsieur le marquis de Santacrux, son Majordome major, et le prince de Castiglione, vice-roi de Navarre, s'éloient rendus. — Le 7, elle apprit que le Roy son époux vouloit bien permettre qu'une partie de sa maison l'accompagnât à Pampelune, puisqu'elle le désiroit, mais que son intention étoit qu'elle n'allât plus loin et qu'elle se retirât incessament à Parme. Elle pleura amèrement et il y parut qu'elle étoit trés-sensible à cette séparation et surtout à celle de Madame la oomtesae de Sommaille, qu'elle aime infiniment et qui suivant toute

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apparence a sa confiance : aussi c'est ce qu'il y a de plus joli et de plus aimable daus sa cour. Il n'y a que Madiime la princesse de Piombino qui va à Madrid pour voir le Roy et Madame la princesse des Ursins^ sa bonne amie. Tout le reste sans aucune exception retourne en Italie. Les Italiens crient et trouvent cette loy dure, mais ils dévoient s'y attendre, et le mariage n'a été fait qu'à cette condition.

Le 8 la jeune Reine sentant de la force à son pié, marcha de son apaitemcnt dans celuy de sa tante^ avec laquelle elle dina et soupa. On luy baisa ce jour la mjin cl j'eus cet honneur avec plusieurs autres. Comme c'êtoil la veille de son départ, elles s'attendrirent tellement qu'on crut que la Reine douairière accompagneroit sa nièce jusqu'à Pampelune. L'une cl l'autre le souhaitoicnt ; mais des l'aisons qu'il n'est pas difficile de pénétrer, s'opposèrent à leur dessain. — Le 9 les deux Reines entendirent la messe et après avoir diné ensemble montèrent en carrosse et furent jusques au pié de la montagne, où elles se firent de tendres adieux» La Reine douairière revint à St-Jean, el la régnante fut couh cher à Roacevaux, où elle arriva à 9 heures du soir, esiujrtée par cent gardes du corps, superbemeat habillés, et quati'e cents gentilshommes qu^elle avait trouvé sur la frontière. Dès qu'elle fut sur la terre d'Espagne les fonctions de Monsieur le marquis de les Balbasés cessèrent, et Monsieur le marquis de Santa-Crux fit celle de Majordome-:nnjor. Sa Majesté défini se rendre le îl au soir à Pampelune, où elle séjournera trois jours. Le premier jour il y aura des illuminations^ le second se passera en mascarades, et le troisième on y verra laeeonrse de taureaux. La fête finie elle continuera la route mn fiaadftlaxara , où elle trouvera le Roy , qui a une impattenee infinie de la voir.^La Reine douairière partit le 10 de SaînUean Pié de Port pour aller coucher à Scellete, elle en pirtit le 11, an matio^ ei arriva sur les huit heures du soir

dans celte ville, parmi les aplaudissements et acclamations du peuple. Elle a laissé partout où elle a passé des marques de sa libéralité et de sa bouté, et on a été très-content de toute sa maison. — Voilà la relation de TentreTue des deux Reines. Je ne doute nullement, Monseigneur, que Votre Grandeur n'en reçoive d'autres écrites, avec plus d'art ; mais je la supplie d'être persuadée, que si la mienne n'est pas étudiée, elle est des plus fidèles. J'y adjoute le portrait de la Reine régnante, que vous m'avès fait l'honneur de me demander.

La Reine régnante d'Espagne est d'une taille assez avantageuse et bien prise. Son visage est un peu allongé et fort gravé de la petite vérole. Elle est plus maigre que grasse, elle est très-blanche et a des couleurs ; ses cheveux sont d'un châtain clair, elle a les yeux noirs, un peu ronds, mais trèsvifs, le nez aquilin, la bouche gratieuse mais un peu grande, les dents belles, et on assure qu'elle a beaucoup d'esprit et de religion, et qu'elle saura se faire obéir. Elle n'entend point l'Espagnol , mais bien le François , quoiqu'elle ne le parle point. — Je suis avec un très-profond respect. Monseigneur, de Votre Grandeur le très-humble et très-obéissant serviteur.

Làborde«Noguès.

A Bajronne^ ce 12 décembre 1714.

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