‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 10 sur 170 · AU ROI HENRI · texte numérisé non relu

AU ROI HENRI

Nous Venons de voir Henry III fort inquiet du progrès de la Ligue : — mais les choses n'en alloient pas moins leur train. Dans Tespoir d'en dirigerles mouvements et de retenir la couronne qui M échappe, le voici maintenant , chef déclaré de l'association : coup-d'élat qui, selon quelques-uns, devoit déconcerter le parti lorrain. — La lettre qui suit nous montre l'audacieux conspirateur avec ce caractère de bravade et de raillerie calculée que le futur héros des barricades^ aflfectoil d^à avec le malheureux Roi. El l'on en vient, à la lecture de semblables dociuneuts, à comprendre et entrevoir la tragédie de Bloîs.

De Troyes, ce 20 mars 1580,

Syre, arryvant en ce pays, j*ay trouvé la noblesse merveilleusement estonuée, et leur avoit-on dit que Fassocyation de la façon que Vostre Magesté l'avoit envolée estoit pour les mettre

à la taille et les tenir contrains par sermens à les envoier, aux plus légères occasions, par tous les endroys où ils pourroient faire service, aveq mille autres semblables menteries : et ont fait grande difficulté de se trouver à la convocation, où ils ont fait de leur bon que ce que j'envoie à Vostre Magesté, de quoy je la supplie très humblement se vouloir contenter, et je m*ose pro* mettre qu'elle en tirera un bon servyce : et sont merveilleusement contens et en bonne volonté, et ne feront davantage sy ce n^est par force. Monsieur le cardinal de Guize fera entendre à Vostre Majesté ce que j'ay fait pour le paiement en ce bailliage avec Vesglyse et le tiers-estat , par une simple prière, et espère continuer partout sy cela luy est agréable. Au reste, Syre, toutes choses sont icy en bien grand repos et sans aucun exercice de la religion huguenote , et commence à les rassurer tous selon vos commandemans que tiendray tousjours plus chers à observer que ma vie, n'ayant rien tant devant les ieux que de vous faire très humble service, a quelque dépens que se soit. Ce fait, nostre Seigneur, lequel je supplie très humblement, après avoir prinsla hardiesse de baiser en toute humilité les mains de Vostre Mageste, qu'il vous donne, Syre, très heureuse et très longue vie. De Troye, ce xx* de mars,

Vostre très humble et très obéissant sugect et serviteur obligé,

Henry de Lorraine.

P. S, Il vous plaira me pardonner si je suis trop témérayre de vous mander qun médecin de Dofliné, depputé. et fort aimé en son art, m'a dit, s'en revenant avecq moy des Ëstats, que sy vous suiviez la recette qu'il vous a donnée, il veut que vous le faciez pendre, sy, dans le bout de Tan, la Reine n'avoit un enfant : et m'a prié vous en faire^ouvenir. Vous me pardonnerez s'il vous plaist sy l'affection me transportant, je prans trop de hardiesse :

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car je Yeux que Dieu m'envoye à tous les diaMes sy je ne Toudrois qu'en eussiez eu un des miens (1).

[f. Dupuy, 209.)

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