‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 9 sur 170 · DU MÊME AU MEME · texte numérisé non relu

DU MÊME AU MEME

De Troyes^ ce m* de mars 1574.

Monseigneur,^ je ne vous sçauroys dire Taysc et le contentement que j'ay receu hier, entendant par les lettres qu'il vous pleust m*escrire la grâce que Dieu avoit faicte à monsieur vostre nepveu de luy renvoyer quelque bonne espérance de sa santé : je le supplie très humblement qu*il luy plaise confirmer qeste

espérance et la convertir bientost en une pleyne foy de son entière guéridon, et qu'il ne permectte point que vous voyez jamsiis mort celluy là en quy doit revivre vostre inaison et qui doit recueillir le fruict des labeurs de vous et de monsieur vostre frère. Je feray pour cest effect une continuation de prières très humbles à sa divine bonté, et la feray aussi faire par messieurs de vostre église, jusqu'à ce que nous entendions certaines noii* velles de Ventiere convalescence de monsieur vostre dit nepveu. Vous pouvant asseurer, monseigneur, que tous ont monstre une grande promptitude à faire les prières susdites en grande tristesse en ce fâcheux accident.

Je laisse ce propos pour vous escrire d'autres nouvelles qui ne vous seront pas fort agréables, et touteffoys, monseigneur^ il est besoing que les entendiez pour vous préparer à vous tenir sur vos gardes, car nous voylla à la guerre ouverte plus que jamais, et commence Ton a surprendre les villes, bourgs et chasteaulx comme l'on faisoit aux précédents troubles : et qui pis est l'on a ozé attenter jusques à la personne du Roy, qui , sabmedy au soir, sur les onze heures, eut advertissement que mil ou XII cents chevaux, estant desjà à Montfort-la^Morrie , le venoyent envelopper à Saint-Germain : qui fut cause que sur Fheure mesme il feist desloger toute sa court et gagnet* Paris, à l'arrivée de laquelle il s'éleva un bruict effroyable que le Roy estoitpris et qu'il falloyt refaire la Saint-Bartiielemy. Et de faict, je croy qUe Ton y a commencé, selon que le gentilhomme qui a apporté ces nouvelles dict en avoir veu les préparatifs dimanche matin qu'il en partit. Le Roy, pour monstrcrcueur et visage de prince asseuré, ue veult partir pour ceste nuict, ayant disposé ses gardes à l'entrée de l'uy, comme il appartient en tel cas; l'on Tattendoyt à disner ledit jour, dimanche, audit lieu de Paris (i).

(1) C'est cette tentative du due d'Alençon, frère du roi, qui eausa l'arrêt et la mort de ses confidens La Mole et Cocooas.

i8 LE GABiNET HISTORIQUE.

Sa Majesté à eu certaines nouvelles que les Anglols sont dedans La Rochelle, y ayant esté appeliez et mis piar les Huguenots du dedans, et dit-on que La Noue y commande comme par le passé. Eu fides in regem et in pairiapietm! Saihctes, Nyort, Le Signau et aultres trop de places bonnes et fortes sont surprinses.. L'on a depesché monsieur de Villeroy pour aller en Languedoc et Provence, où il semble que toutes choses sont desplorées. En ces grands malheurs le Roy se trouve si pauvre et si nécessiteux qu'à grande pein^ il a moyen de fournir la despence ordinaire de sa maison. De sorte qu'on ne vit jamais tel désastre, et, qui pis est, occulte multi simulantes mettent ce prince en grand defUanee : Dieu seul et la fidélité de son bon peuple et de Paris, où il s'est réfugié pour troys moys, le reconfortent. Il donnera là ordre aux affaires. Il me semble aussi, monseigneur, que ce n'est chose impertinante de penser aux nôtres et se tenir clos et couvert principalement de nuict. Et ne doubtez , s'il vous plaist, de la vérité des choses dessus dictes, car elles sont prou vrayes^ mais non encore divulguées, de peur d*emotion plus grande. Monseigneur, je supplie Dieu avoir pitié de nous et vous maintenir en sa protection très saincte, en vous baisant très humblement les mains, de Troyes^ ce m* de mars 1574.

Vostre très humble serviteur, 6. PS Taix.

P, S, Monseigneur, Ton donne doulcement ordre à la garde de cette ville, et advertira l'on monseigneur de Barbezieux du tout.

Monseigneur, je me viens encore d'adviser du mal qui advint îcy hyer, et duquel il se fault garder : le prévost des mareschaulx avoit pris un des plus grands voleurs huguenots qui sont au pays, nommé Lesprevier, enfant de ceste ville, et qui, durant les troubles, en a tousjours esté la terreur et horreur. L'on sattendoyt que sabmedyille deust faire exécutter pour une infinité

CHAUPÀGNE. - i9

de meschancetez par luy commises. Hyer il se sauva. Or, il ne fauldra point de s'allier avec ses autres compagnons, et fera encore beaucoup de maulx, soit en surprenant les maisons, soit en arrestant et coupant la gorge aux marchands, comme 0 a tousjours fait. Et pour ce, monseigneur, il fera bon de se tenir sur ses gardes partout.

(/*. flwp. 557.)

V. — LE ROI HENRI III, A M. d'iNTEVILLE, LIEUTENANT GÉNÉRAL AU GOUVERNEMENT DE CHAMPAGNE.

D'Inteville, issu d'une bonne famille de Joînville, entièrement dévouée à la maison de Lorraine, n'étoit en Champagne que le lieutenant du duc de Guise. Ce qui faisoit la force et l'audace de ce dernier, c'esl que les gouvernements des provinces, les commandements des places fortes^ les emplois élevés dans les parlements, dans les conseils et ailleurs, étoient partout entre les mains de ses créatures. Mais c'est surtout en Champagne qn'étoit la force de résistance et de compression de la maison de Guise. Le recueil des lettres d'Inteville, dont aucune n'a encore été publiée, est à lui seul l'histoire de la Haute-Champagne au temps de la Ligue.

Monsieur d'Inteville, j'ai veu le mémoire que m'avez envoyé par le sieur de Vicpape, contenant les articles de Fassociation que l'on dict s'estre faiete par aucuns gentilshommes et aultres de mon pays de Cbampaigne : lequel j'ay trouvé tant esloigné de ce qui doibt entrer en l'esprit de ceulx qui me sont

nais subjecls et non seulement contraires directement à Taucthorité qui m*e&t deue, mais aussy à toute police humaine, qu'il devroit estre quasy estimé hors de vraisemblance, n'estoit que Ton s'apperçoyt les esprits des hommes s'adonner en ceste saison à toute sorte des plus énormes perversitez qui se puissent imaginer. Et pour ce qu'il ne se peult pas moins recueillir dudyct mémoire que d'un anéantissement de mon autorité et ^àe l'ordre e,t police qui a esté ordonné en mon royaulme depuis son premier establissement, je vous prie que en telle association et après avoir cogneu qiv'il en soit quelque chose, vous ferez informer secrettement par mes officiers contre ceux qui en seront pour en estre faicte la pugnition ' telle et si exemplaire que au cas appartient; à ce que, si ung tel mal s'est commencé en quelque endroit de mon royaulme, il n'aille pas plus avant; mais qu'il soit arresté incontinent : et m'asseurant que vous y ferez selon l'afiTection que vous portez au bien de mon service, je ne vous en diray rien davantage. Mais prieray Dieu, Monsieur d'Inteville, qu'il vous ait en sa sainte garde, à Paris, le 18 janvier 1580.

Henrt. Contresigné : Bruslart.

d'inteville au roi.

De Troyes, ce dernier jour de mars 1580.

Sire, si satisfaisant à ce que m'avez mandé par la lettre qu'il vous a pieu m'escrire du ii* de ce mois , j'ay faict tout debvoir pour descouvrir, et me suis enquis fort particulièrement s'il y restoit quelques relicques de la prétendue ligue dont le bruit a couru par un espace de temps, au Bassigny. Je

n'en ay ouy nullement parler depuys que je suisparty de Chaumont, et croys, sire, que les autheurs d'icelle et ceulx qui s'y estoient fourrez ont songé à leurs consciences et à la grande fanlte qu'ils avoient comise, de se vouloir séparer du debvoir et 'Obéissance qu'ils sont tenuez porter par droict divin et humain à leur prince souverain et naturel, tellement que j'estime ce feu estre estaint : et Votre Majesté aura par mes précédentes entendu comme au partir dudit Ghaumont, j'ay esté visiter les villes de Victry, Ghaalons, Reyms, St-Menehould et St-Dizier , esquelles j'ay trouvé tous les habitants en bonne unyon et repos, disposez à la continuation de leur accoustumée fîdéhté et dévotion au bien de vos affaires et service ; comme en semblable ceulx de ceste cy^ ou je me suys rendu depuis peu de jours, s'y estant trouvé beaucoup de seigneurs et gentilshommes, esquels j'ay remarqué et cogneu une sincère affection à votre dit service, pour lequel, je m'asseure, ils s'emploieront tousjours très ûdellcment et qu'ils m'aideront et assisteront à maintenir vos subjets au repos et tranquillité que vous le désirez par Tobservation et cntretenement de vos edicts et ordonnances; que je leur ay faict entendre votre intention estre de les faire garder et observer inviolablement. Au surplus, Vostre Majesté m'excusera, s'il luy plaist, si j'ose entreprendre de mesler ce qui touche ses dites affayres et service avec le particulier de la charge qu'il vous a plu me commestre d'estre lieutenant général en ce gouvernement, de laquelle j'espère me rendre capable par ma fidélité et subjection. Je vous diray, Sire, que je n'ay vouUu jusques icy faire aucun semblant d'avoir entendu la poursuitte que le sieur de Thou a faist faire couvertement depuis que je suis en cette charge, pour disposer vostre dite Majesté à luy accorder ung pouvoir pour commander au Bassigny. Mais aiant sceu qu'il n'y a que trois ou quatre jours qu'il a passé par icy pour aller en court, déhbéré d'essaier et sonder le gay, si sa présence pourra faire quelque chose de plus que n'ont fait les lettres qu'il a

22 LE CABINET HtSTORIQUE.

escriptcs ; je me suy3 pensé ne devoir négliger de ramentvoir vostre Majesté de la promesse qu'elle m'a toujours faicte de me conserver en laditecharge et la supplier, comme je fais treshura^ blementy de n'accorder aucun desmembrement d'icelle, aiant esgard qu'il n'en pourroit advenir qu'une confusion au préju-' dice de son service, auquel je ne manquerai jamais, m'y conduisant par l'aide et grâce de Dieu , que je prie vous donner, Sire, en parfaicte santé très longue , et contante vie,

De Troyes, le dernier jour de mars 1580.

IflTEVlLLE.

mMmÊmÊmmÊmaÊmmmmmmmmmmmaÊÊmmÊmaaiamsemwmmmmaÊmmmÊÊiÊttaÊaaÊttttmmm

Page 1