XII. NOUVELLES A LA MAIN
Berlin du Rocherel, président au siège présidial d'Ëpernay, à qui les deux lettres suivantes sont adressées, n'a pas sa place dans la biographie des gens de lettres; mais quoiqu'il n'ait rien imprimé, que je sache, les nombreux travaux manuscrits qui nous en restent attestent chez lui autant d'esprit que d'érudition. Il étoit en relations très-suivies avec l'abbé Bignon, l'abbé de Rolhelm, Duchesne,Titon du Tillef , Levesque de la Ravallière et une infinilé d'autres personnages du grand monde, qu'il fournissoit d'anecdotes piquantes et d'excellent vin de Champagne. Ses études historiques sur quelques localités de Cbam-
pagne méritent d'èlre con&uUées; mais son véritable litre à l'estime des érudits, ce sont ses recherches héraldiques, qui marquent une érudition varice, et surtout qui abondent en traits malicieux et piquants. Il les adressoit à l'abbé BignonpourVenrichissementdu cabinet des titres de la bibliothèque royale, où on les retrouve encore aujourd'hui. Par les médisances qu'il a recueillies et dont il a semé ses généalogies, on peut dire qu'il s'est fait le rabat-joie de bien des vanités J'ai sous les yeux la généalogie d'une bonne famille de Champagne, un peu maltraitée par lui, et qu'un curieux fort intéressé a fait précéder du billet qui suit à l'adresse du Garde du cabinet des titres :
« Je prie Monsieur de la Cour de vouloir bien ne communiquer. » à personne, qu'à ceux de mon nom, la généalogie qu'il a bien voulu » me faire' voir. 11 obligera sensiblement son très-humble et très- » obéissant serviteur. Fait à Paris, ce quinze avril 1777. F... » .
Des deux Lettres qui suivent, adressées à Berlin du Rocheret, Tune est quelque peu étrangère à l'histoire de la province de Champagne. Mais les circonstances actuelles lui donnent un assez grand intérêt pour nous décider à la reproduire ici. Nous la faisons suivre d'un récit concernant l'histoire du tzar Pierre le Grand, que nous croyons inédit, et que nous fournit le fonds Gaignières de la Bibliothèque impériale.
M. QUIROS, A M. d'eSPERNAT (bERTIN DU ROCHERET.)
Je vous écrivis dans ma dernière, mon cher Epernay, il y a 4 ou 5 jours, que ce quartaut que Ton vous demande sera de vin vieux : mais je me suis trompé, car il le faut nouveau et du prix de cent vint livres la queue, et surtout de bon vin, et renvoyer à Tadresse de M. Guérin, chef de gobletdu Roy, chez M. Buterne , rue St-Antoine , près la rue Royalle. Mais je vous prie, mon cher Epernay, que ce vin soit bon, autrement je te répudie pour jamais. Donne moy cette satisfaction, je t'en prie.
Je ne suis point en arrière de repense aux vostres: Je vous dii*ay seulement que le bruit court icy que vos vins ne seront pas si bons que Tannée passée ; cependant vous me dictes le con-
traire et je vous en félicite. On a remis le voyage du Roy k Paris
au 28* du courant. L'on croit Campo-Maior rendu avant Far-
rivée des courriers pour la suspension d*armes de Portugal qui
commence le 15® de ce mois. La Reyne Anne a accepté le plan
de la paix des Etats généraux. Cette dernière a la goutte.
L'ambassadeur d'Angleterre qui est à Madrid a présenté un
mémoire à S. M. C. , par lequel il exige quelques circonstances
toudiant la renonciation de France, et a donné un tarif pour le
commerce, et le Roy a donné ordre à M. de Barvic de partir
pour l'Espagne.— Nous allâmes hyer à Atrée et Tkieste^ ou Bau-
bour et La Desmare, père et fille, firent merveille. Crebillon ne
sortit point de dessus le théâtre sans eslre gracieuse : on le
voyoit dans la fureur d' Atrée : ses yeux le faisoient remarquer.
L'Espagnol n'est pas encore party, car demain nous disnons
rue aux Ours , ensemble avec M. de Grand-Maison, à la des-
pouille d'un cochon de lait. Il y a de braves gens, et je ne seray
que le plus impotant. Là, nous ferons raison à vous, cher Eper-
nay, et à nos amys, c'est de quoy, je vous répons. Rendez grâce
a vostre Esné, monsieur, de son bon souvenir et^ me croyez,
mon cher Espernay^ de vos bons amis.
QuiRos.
Ce IQ*» nov. 1712.
Envoyez le quartaut'le plus tost que vous pourrez et du vin nouveau.