‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 19 sur 170 · LE GZAR PIERRE, DIT LE-GRAND, A PARIS · texte numérisé non relu

LE GZAR PIERRE, DIT LE-GRAND, A PARIS

Mai 1717.

Scarabaly, au président Bertin du Rocheret.

Receu au bas de l'escallier à la teste de sa maison qui estoit sous les armes, il fut conduit aux appartemens où il fut une

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heure ; ensuittc M. le Régent le mena à l'Opéra, dans sa loge avec toute ea suitte. Il fut si éblouy du spectacle qu'il pria M. le Régent de faire esleindre les deux lustres au devant du théâtre. Il y prit beaucoup de plaisir et il y resta jusqu'au 5' acte : on luy donna la colation dans la loge, et M. le Régent le servoyt luy mesme. Après le spectacle, M. le Régent le remit à son carosse : je les vis s'embrasser et se faire beaucoup d'amitiés. Il est bon de te dire qu'il n'aime pas le grand monde, et que partout où il va, on ferme les portes pour éviter le nombre des curieux. Le Palais royal estoit fermé de tous costés à midy, et le guet à cheval gardoit l'extérieur; on n'y entroit que par avis, ainsy qu'hier 21, au Luxembourg, où il fut voir M. de Berry pour la première fois. Le J5 matin, je le vis chez un mathématicien au quay des Morfondus: il estoit sans suite : il changea d'équipage, et avec le maréchal, il fut aux Invalides où le maréchal de Villars Tattendoit. Il fut frappé d'étonnemeni à la veue de ce bel édifice. Il vît disner les soldats : il se versa de l'eau et du vin et but à leurs santés, en disant à M. de Villars, que quand on avoit esté soldat, on aimoit ses camarades, et que pour s'en faire aimer, il falloit estre famiUer avec eux. M. de Villars luy repondit qu'avec de pareils sentimens on pouvoit conquérir l'univers. [Grande réponse!) Il y dina avec M. et Mme de Villars, H. Thessé et quelques seigneurs de sa suitte. Le i6, il resta chez luy , il y baptisa un enfant à la manière de son pays , faisant la fonction de grand Patriarche. Le lundi 17, il fut à trois heures du matin à Meudon. Il trouva en arrivant, une garde suisse, autant de cerbères qui impitoyablement ne laissèrent entrer personne de quelque qualité qu'ils fussent. U y fit 4 repas jusqu'à trois heures du soir. Le prince Ragoski fust disner avec lui: il le reçut avçc toute la tendresse possible et le baisa quatre fois. Ils se promenèrent avec tous les seigneurs de la part, fort amplement à pied et à cheval : il desina beaucoup de sa main ; il prenoit plaisir à voir de près ce qui estoit loin, avec

bonne provision de lunettes d'aproche que Ton avoit porte. Le i8, il parcourut le faubour St-Anloine. Le 19 matin, il visita la Samaritaine. Il se trouva mal Taprès disné. le 20 : M. le Régent Tattendoit à St-Cloud, avec grand préparatif, mais S. M. par malheur, estoit malade d'avoir trop rempli son estomac et d*avoir trop épuisé ses reins avec une jeune personne que Ton avoit introduite dans ses draps (1). La matinée du 21 le rétablit, et l'après disné, il fut au Luxembourg. Et le 22 du présent mois de may 1717, je te renouvelle assurances d*amiliés de ton serviteur, .

SCARABALY.

RELATION DES CRUAUTEZ EXERCEES PAR LE GRAND -DUC DE MOSGOVIE SUR LES RELIGIEUX GATUOLIQUES DU MONASTERE DE POLOGZK, DANS LA RUSSIE RLANGHE, LES XI ET XH DE JUILLET 1705; ENVOYÉE AU PAPE » PAR M. LE NONGE DE POLOGNE.

Nous livrons, sans commentaire, cette pièce à l'appréciation des lecteurs. £n la parcourant, il est difficile de ne pas se rappeler les persécutions de 1837 contre les catholiques romains, et par cela même de faire un retour sur les idées de tolérance dont la Russie prétend ne s'être jamais départie.

Avant que le czar partist de Moscou pour venir au secours du royaume de Pologne, et particulièrement du roy Auguste dont il a embrassé le party, et qu'il passast avec ses troupes par la Russie-Blancbe, province de la Pologne^ sur la frontière de ses

(I) Ceci est caraclérislique de Tépoque, et fail présager ce que le long règne de Louis XV prometloil de moralité au pays.

estais; il fit assembler radministraleur du patriarchat de MoscoyienomméJaworski, les métropolitains, les archevesques et les évesques de Moscovie pour recevoir leur bénédiction et pour obtenir de Dieu un heureux succès dans la guerre qu'il alloit faire contre les Suédois. Les prélats répondirent que la bénédiction qu'ils luy donneroient n'auroit aucun effet à moins qu'il ne détniisit la religion catholique, dans la Pologne et dans les provinces qui en dépendent.

Le czar ne gousta pas d*àbord cette proposition. Il refusa mesroe deux fois d'entrer dans leurs vues, leur marquant que les catholiques estt)ient sous la protection du pape et de la plupart des princes de l'Europe. Ne vayez-vous pas, repartirent les évesques, que les catholiques se sont emparez des vastes éveschés de la Premislie, de Léopold et de Luccerie qui esloient autrefois de noslre communion : qu'ils les ont soumis à l'autorité du pontife romain, et que les progrès qu'ils font tous les jours dans ce royaume sont si grands, qu'ils seront bientost en estât de ruiner nostre religion ?

Ces paroles touchèrent le czar et lui firent prendre la résolution, avec les principaux seigneurs de la cour, de jurer la perte des catholiques. On a seu ce détail de quatre catholiques polonois qui estoient à sa coursansyestre connus pour catholiques. Le czar receut la bénédiction de ses évesques et se mit en marche, résolu de faire une guerre aussy forte aux catholiques qu'aux Suédois. Mais à peine fut-il arrivé à Witepsk, dans la Russie-Blanche, ou le 6. Josaphat a esté autrefois martyrisé, qu'il y fit déchirer toutes les images du saint qui se trouvèrent dans cette ville là et aux environs. Il n'inquiéta personne, soit parce qu'il estoit malade ou qu'il ne vouloit pas encore jeter la terreur dans la Lithuanîe.

Ayant pris la route de Poloczk, il résolut d'y faire brûler le corps du saiot martyr ; mais par une sage précaution sur le discours qu'en avoit tenu le czar à Witepsk, on l'avoit déjà trans-

50 LE GABUKfiT HlgTORlQUE.

porté ailleurs. Ce prince, s^estant campé avec sea troupes autour du chastèau et de Téglise cathédrale, y demeura quinze jours sans rien faire paroistre de la haine qu'il portoit aux catholiques, jus* qu'au XI juillet, qu'estait allé en l'église cathédrale desservie par les religieux de Saint-Basile« qui chantoient vespres, il s'a* vança vers l'autel du B. Jo8aphat,et considérant attentivement son tableau, il demanda au père Estienne Kolbriezinski, prédi* cateur ordinaire, qui avoit esté élevé dans le collège pontifical de Bromberg, en Prusse, ce que représentoit ce tableau; le religieux respondii que c'étoit le B. Josaphat. — Que signifie cette hache enfoncée dans sa teste? répartit le czar. — Cela marque, respondit le père, que les habitants de Witepsk l'ont mis à mort à coups de hache. — Mais, pourquoi continua le prince> lui a-t-on donné le nom de saint et Thonore-t-on en cette qualité? Et qu'est-ce qui l'a ainsi ordonné? — C'est le pape, répliqua le religieux, qui l'a canonisé. — Vous êtes donc catholique? poursuivit ce prince. — Oui, seigneur, je le suis, repartit sur-le-champ le père. — Alors le czar, sans lui donner le temps de rien dire davantage, luy deschargea sur la teste un grand coup de canne, luy donna un soufflet qui le renversa par terre, et lascha sur luy un dogue d'Angleterre qui l'étrangla.

Ce prince, voyant le sous*sacristain Josaphat Ancadoriecz en prières devant l'autel du saint martyr, alla à luy et luy passa son espée an travers du corps. Après cette sanglante exécution, il s'a** vança avec furie vers le grand autel, et ayant pris le saint-ci* boire, il jeta à terre les hosties consacrées. Le P. Constantin Zaicouski, vicaire de Polosczk, frappé de ce sacrilège, courut ramasser les saintes hosties. Le czar lui coupa les oreilles, et l'ayant fait conduire hors du chastèau, il ordonna qu'on le pen* dit. On coupa la corde après l'exécution, et le corps de ce saint religieux tomba a terre sur ses genoux^ les mains jointes, et demeura en cette posture pendant un quart d'heure, comme s'il eut adoré le Saint-Sacrement. Mais de peur qu'on ne rendit aux

corps de ces trois religieux et de ceux que ce prince fit mourir ensuite, les honneurs qu'on rend aux martyrs, il ordonna qu*on les brulat. Ce qui fut exécuté.

Le czar, étant rentré du lieu de Texécution dans le monas*' tère, fit mourir en différentes manières, mais particulièrement à coups d'épée, le Père Clément Rosniatoski, prédicateur d'un grand mérite, et le Père Jacques Knizcwicz, prestre» et le P. Michel Kowalewski et le P. Melece Kondratowicz, diacre, et le P. Kolenda, simple profès. Les autres religieux^ frappés d'un massacre si terrible, prirent la fuite. Le seul P. Jacques Kizikouski, homme de mérite et de vertu, docteur en théologie, demeura dans le monastère. Le czar, l'ayant trouvé dans une chambre, le frappa de son ^ée ; mais le coup ne s'étant pas trouvé mortel, il ordonna qu'on le transportât dans une prison voisine, où, après l'avoir fait tourmenter très cruellement pendant toute la nuit, il le fit pendre le lendemain pour n'avoir pas voulu renoncer à sa foy et n'avoir pas voulu découvrir le lieu où l'on avoit caché l'argenterie de Téglise. C'étoit un homme habile, qai avoit esté élevé à Rome, dans le collège des Grecs: Jl estoit alors supérieur du monastère de Wilna , après avoir gouverné celui de Poloczk à la satisfaction de tout le monde.

Tant de sang ne fut pas capable d^assouvir la cruauté du czar; il l'exerça jusques sur les personnes les plus viles de la maison : le cuisinier et tous les domestiques du monastère furent misa mort par differens genres de tourmens. Quelques dames qui avoient été présentes à ce triste spectade, ne pouvant retenir leurs larmes ny leurs soupirs, s'attirèrent l'indignation de ce prince, qui leur fit couper les mamelles. Après toutes ces cruautés, on pilla l'église, on Testa à Tarcbevesque catholique et on la donna aux schismatiques» Elle est cependant demeurée fermée depuis ce temps là, et le czar y a fait apposer les sceaux.

Cette sanglante tragédie ne se termina pas la. Le czar estant allé à un monastère de schîsmatiques, ce mesme jour le XI juillet, il^ demanda aux religieux ce qu'ils soubaittoient. Ils lui repondirent qu'ils le prioient de reprimer les catholiques de l'un et de l'autre sexe. « Je le ferai demain, dit le prince, » et je donneray une pleine satisfaction à mon clergé. » 11 leur tint parole, ayant désolé les monastères catholiques de l'un et de l'autre sexe, fait égorger les religieux et chasser les religieuses de Poloczki de l'ordre de Saint-Basile» dans la pensée qu'il lui seroit honteux de tremper ses mains dans le sang de ces épouses de Jésus-Chnst.

On ne j»ait point encore le détail de ce que ce prince a fait dans les autres monastères qui se sont trouvés sur la route. Ce qu'on sait certainement, c'est que plusieurs religieux errent par les campagnes et se retirent dans les lieux déserts pour éviter la fureur de ce prince sanguinaire , et qu'un des principaux ministres du royaume a donné avis aux religieux du principal monastère de Jouronla de mettre à couvert leurs biens et leurs personnes, pour ne pas tomber entre les mains de cet ennemi juré des catholiques, qui s'est vanté publiquement qu'il les vouloit tous exterminer, comme il avoit fait ceux de Poloczk.

On a encore appris d'un sénateur du royaume que le czar l'ayant invité avec deux colonels à un grand repas, il leur demanda où estoit le métropolitain de Russie. Le sénateur lui repondit que n'estant pas présentement en Lithuanie, il se seroit apparamment retiré avec son clergé en Volhynie. Le czar, prenant la parole, repartit : « Lorsque je le vis à Bresta, » je luy donnay l'option ou de renoncer à la religion catho- » lique, ou d'estre pendu. Aujourd'huy, foy de czar, je le feray » pendre. » Le métropolitain, averty de cette terrible résolution, a pris la fuite ; et pour ne pas tomber entre ses mains, il se cache dans les bois et dans les marais, aussy bien que les

religieux des monastères auprès desquels passe le czar, et que ce prince fait chercher avec grand soin.

J'adjousterai a celte relation ce qu'on a appris de la bouche mesme du pape a qui Mgr le nonce de Pologne a escrit, que le czar avoit juré de traiter tous les Jésuites de la mesme manière qu'il avoit traité les religieux de Saint-Basile.

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