‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 32 sur 170 · JEHANNE AUX MEMES · texte numérisé non relu

JEHANNE AUX MEMES

Nos chiers et bons amis et loyaux francxois de la cité de Rains, Jehanne la Pùcelle vous fait à sçavoir de ses nouvelles et vous prie et vous requiers que vous ne faictes nul doubte en la bonne querelle que elle mayne pour le sang royal, et je vous promects et certifiTy que je ne vous abandonneray poiot tant que je vivray. Et est vray que le roy a faict trêves au duc dé Bourgoingne quinze jours durant , par ainsy qu'il luy doit rendre la cité de Paris paisiblement au chieff de quinze jours ; pourtant ne vous donnés nulle merveille si je ne y entre si briefvement^ combien que des trêves qui ainsi sont faictes; je ne suis point contente et ne sçay si je les tendray : mais si Je les tiens, ce sera seulement pour garder Tonneur du Roy, combien aussy que ils ne cabuseront point le. sang royal , car je tiendray et màintiendray ensemble Tarme du Roy pour estre

toute preste au cbieff.des dits quinze jours, si ils pe font la f^i%. Pour ce, mes très-chiers et parfaicts amys,jeyQus prie que tous lie vous eu donnez mal ayse tant corne je vivray, mais vous requiers que yous faictes bon guet et gardez la bonne ville du Jlpy et me faiptes sçavoir s'il y a maie triteurs qui vous veulent grever, et au plus brief que je pojirray je les en osteray, et me faictes sçavoir de vos nouveUes. A Dieu vous commande quiseit garde de vous. Escrit ce vendredy cinquiesme jour d'aoust , emprès un logis sur champ ou chemin de Paris.

Cachetée et scellée, et pour smcription :

Aux loyaux Francxois bourgeois habitans en la cité de Reims.

Rogler, Vhistorien rémois dont nous avons donné plus haut un extrait et qui nous a conservé les trois lellres de Jehanne qu'on vient de lire, mentionne que de son temps ^ aux archives de Reims, se voyolent quatre-vingt quinze lettres missives de l'archevêque Regnault de Chartres, écrites aux habitants depuis la cérémonie du sacre du roy Charles Vil, par lesquelles ce prélat, tout en les entretenant dans les sentîmens de fidélité, les instruîsoit delà marche des événements et de tontes ehoses. Ces lettres, qpi ne se trouvent plus aujourd'hui conteuoient |^ plus précieux feuseignements sur l'histoire de ce temps. Les quelques extraits que Bogier en donne sont de nature à faire regretter cette perte. Nous n'en citerons que le passage qui suit, relatif encore à la Pucelle, et qui ne laisse pas que de donner quelque poids à celte opinion qu'après les merveilles du sacre et rétâ))lissiipftent 4q T9i Charles VII, se tfouvoit accomplie la mission delà nù\î\e fille, qui, jès Qemomeut, fut laissée iiux seules inspirations mondaines.

... Ledit archevesque donne advis de la prise de Jehanne la Pucelle devant Compiegne, et comme elle ne vouloit croire conseil, ains faisoient tout à son phiisir : qu'il estoit vequ vers le

CBAIIPAGHE. ' 85

Roy uog jeuqe pastour gardeur de brebys des moaUignes de Géyaudan , en l'evesché de Mande , lequel disoit ne plus ne moings qu'avoit faict Jebanne la Pucelle, et qu*il avoit comman« dément de Pieu d'aller avec les gens du Roy, çt que sans faulte les Anglois et les BpUFguiguons seroient déconfits : et sur ce que on luy dict que les Anglois ayoient faict mourir Jebanne la Pueelle, il respondit que tant plus il leur en mescherroit, et que Dieu ayoit souffert prendre Jebanne la Pucelle, pour ce qu'elle s'estoit constitué en orgueil, et pour les ricbes babits qu'el avoit pris, et qu'elle n'ayoit faict ce que Dieu luy aroit commandé , ains avoit faict sa volonté.

(BiW. /mp., 1515.)

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