‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 34 sur 170 · XVI. ^- JOURTÏAL DE LA GOURi to TEMP^ DU · texte numérisé non relu

XVI. ^- JOURTÏAL DE LA GOURi to TEMP^ DU

MAllécHAL 6'âNGRE.

Durant les brouilleries qu'entretenoit à la cour la faveur de Conciai, la duchesse de Nevers, du parti des mécontens, s'étaht présentée à Tîeims, le marquis de la Vieuvillé, qui y commândoit pour le roi, avoit refusé de la recevoir. Pour se venger, le duc de Nevers fit investir le cbâleau de Sy, à litre de saisie féodale, disoil-il, pour faute d'honneur et devoirs auxquels celui-ci ^toit obligé envers son seigneur ; mêlant ainsi la procédure à l'acte de violence. — Le désacord que cet incident produisit dans le conseil, entraîna la disgrâce dii chancelier du Yair et l'entrée au cabinet dé Tévêque de Luçon, depuis cardinal de Richelieu. Ce récit que nous fournissent les portefeuilles Conrart de la Bibliothèque de l'Arsenal se retrouve analysé, mais fort en raccourci, dans les mémoires de Pontchartraîn.

16lé. nov. 18.

D vint Nouvelle au Roy que le tnardi 15, M. de Nevers avec 100 ou 200 soldats avoit fait piller la maison de Sy (1), afjpartenant

(f) Sy, tniàgé de l'àrrdtiâssèiiieDt dé VMiziers (Ârdemes)*

94 ' LE CABINET Hli^ïOHIQUE.

à M. de la Vieuville, et qu*il menaçoit de la raser. A Tiostant mesme on depescha un exempt, nommé Barentouj à M. de fMevers» avec une lettre fort expresse et fort ferme, portant que S. M. Touloit qu'il fist reparer le tort fait à M. de la Vieuville, jusqtt*à ce qu'il en fust content : Qu'autrement il le declaroit criminel de leze-majesté^ et que cebaston seroit suivy de .plusieurs épées. Au même temps on donna aussi charge à M. de Praslin de partir pour s*en aller droit à ladite maisoii, et où estoit M. de Ncvers avec la compagnie de la Reyne» celle de Monsieur et quelques autres de, cavalerie, les regimens de Vaubecourt et de Beaumont, et les Suysses qui estoient en Champagne. Suivant ce commandement, M. de PràsJin et M. de Fossez partirent le lendemain matin. La Reyne dit à M. de Fossez que quand il lui verroit couper la gorge, il ne s*y employast pas avec plus de courage.

Sy est une maison forte, où IMU de.Sy n'avoit qu'un receveur, lequel deux hommes de M. de Nevçrs ayant fait venir sur le pont , pour parler à eux , ils se rendirent maistres de lajplàce et le soir y firent encore venir huit soldats et depuis soixante ou quatre-vingts. Le lendemain et ju^ques à cent ou six w^gts.

Est à remarquer que la saisie et establissement de cotnmissaire ne furent faits par M. de Nevcrs que quatre ou cinq'jôtirs après la prise de la maison et lorsqu'il sceut que Texcmpt y tenoît.

Lorsque l'ei^empt arriva la première fois à Sy, celuy qui y estoit luy offrit de luy remettre la maison, pourvu qu'il le fîst décharger de ce qu'il avoit estéestably commissaire à la garde des fruicts : ce que t'exempt ne voulant Taire,' il alla trouver M. de Nevers, lequel lui tint les paroles qui ont tant offensé la Reyne. Lorsque l'exempt somma celuy qui commandoit dans Sy, il menaça les soldats de leslail'e^pendre, et jh jettèrentjlous leurs bandoulières.

La deuxième fois que l'exempt retourna, Sy luy fut remis entiereiîient entre les mains. Ledit Sa|?9}4>n s'çstapt 4;roi|il)lé

CHAUPA^Ifft. 95

l'esprit par l'appréhension qu'il prit des menaces de M. de Nevers, lequel dit qu'il lui ferais couper la langue, on luy bailla des gardes, lesquels ayant oublié de luy oster un petit estoy, il se tua d'un coup de canif dans le cœur, le 25>décembre. . .

23 fwv. M. de Marillac, lieutenant de la compagnie de gendarmes de Monsieur, fut envoyé en Glyampagne, pour revenir en diligence apporter nouvelles si M. de Nevers avoit obéy, afin qu'au cas qu'il ne l'eust fait, le Roy partist en diligence pour aller en personne à Reims.

M. de Harolles assure la Reyne sur $a vie que M. de Nevers n'a voit fait aultre chose que de saisir et establir commissaire par les voies de la justice, en la maison de M. de la Vieuville, à cause des devoirs seigneuriaux tioa rendus

24 nov. L'exempt des gardes , de retour de Champagne, rapporte qu'il avoit trouvé des commissaires establis par justice dans la maison da M. de la Yjeuville, avec dix ou douze soldats et un honneste homme qui leur commandoit pour garder ladite maison, lesquels n'avoient fait aucun, désordre et avoient payé tous les vivres qu'ils avoient pris ; et lui avoient offert de sortir de la place et de la lui remettre entre tes mains , puisqu'ils avoient commission du Roy. Que, quant à M. de Nevers, il luy avoit dit toute sorte de bonnes paroles et usé de toute sorte de soumissions pour ce qui concernoit la personne et. le service du Roy« Mais que, quant à la Reyne, il avoit dit qu'elle l'avoit traitté, hiy et les autres grandS; absens de la cour, ainsi que des esclaves; qu'il estoit hors de sa tyrannie et que d'autres qui y estoieut encore, n'y seroient pfus, possible dans trois mois ; qu'il neta. verrpitlamais qu'en peinture, et que si M. de Pradin alloH à luy avec dix mille hommes, il iroit audevantavec vingt

mille avec plui^feurs autres paroles contre la Reyne et le

maréchal d'Ancre.

J'ay oûy conter à M. Rarbin (1) cette affaire^ le 23 mars 1618,

(1) Barbin, contrOlear-général .

96 LE GABirrEf HiSTORIQUB.

qui est 4uê se devant tenii* conseil che^ M. le garde des sceaux du Vairi pduf cette à&airè de Sy, la Keyne iîii comriianda d'y aller, résolu de ne dire mot. L'afilhire ayant été rapportée par M. de..., M. lé garde dès sceaux dit qu'il estoit d'avis de renvoyer tout au Parlemetit; M. de VlUeroy dit que l'affaire estoit de telle conséquence, qu'il la falloit retenir àii conseil , d'au- . tant qu'autrement ce seroit laisser opprimer un gentilhomme qui n'estoit en cette peine que pour avoir servy le Roy. H. le président Jeannin dit qu'il falloit distinguer, en renvoyant au Parlement^ ce qui estoit de la saisie féodale et rétenant au conseil ce qui estoit de la saisie par armes. M.Mangot (1) fit un long discours. Après, l'avis estant demandé à M. Barbin, il dit qu'il lui sembloit qu'il falloit remarquer une chose, qui n'avoit point esté dite, qui estoit que la saisie féodale n'àvoit esté faite que quatre ou cinq jours aprèsi la prise dé la maison ; sur quoy M. du Vair dit : « Si tous pensiez nous portera vos coriseîls violenâ, vôUs vdus trômt)eriez fort. »

Voicy comriieiit l'on coiité cette afTairé dans le triohde :

La Reynè ayant assemblé le conseil , commanda à l'exempt de dire tout ce qui s'estoit passé et tout ce que M. de Nevers lui avoit dit. Il répondit :

« Madaffle^ vous plaist-il que je diê'tout? » — Elle dit oùy. — Et après il dit tout ce que dessus. (Grande imprudence.) Cela faii, la Reyne voyant que personne Ëe disoit mot durant un fof t long tèmpSj elle devint roùgè, et en se levant dit •

« Puisqu'il n'y a icy personne qui veuille conseiller le lloy, il faudra qu'il se conseille luy-n;esme. » Et àùssytost s'en alla à la fehestrè et tourna le dos à la table, où ils estoient tous assis. On dit que incontinent a^rès, elle dit qu'elle ne prènciroit jamais conseil de M. le gardé. dès sceaux, de M., de Villeroy, ni de M. le président Jeannin.

(1) Mangot, secrétaire d'État.

CHAMPAOIfE. 97

H. de Guise dit le lendemain chez M. de Crëqa y que cela se passa ainsy, et que pour luy il n'àvoit point de conseil à donner, pour être d'avis de ruiner son cousin germain, mais que quand on luy commahderoit, il obeyroit contre qui que ce fust, fust-ce soii père et son graiid-père, s'ils éstoient au nionde.

On tient pour plus certain que l'exempt ayant dit à la Reyne toutes les paroles dites contre elle par M. de Neyers , lesquelles il n'avoit point mises dans son procès*yerbal fait en Champagne, elle luy éommanda de faire un autre procès-verbal et de les y mettre.

On dit que le conseil fut un conseil debout^ où personne n'estoit assis, et qu'après que l'exempt eust lu le procès-verbal , la Reyne dit : « Eh bien , H. le garde des sceaux , dites votre aviâ ! 9 — A quoi il ne respondit rien. Et que pour la deuxième fois elle luy dit la mesme chose. A quoy il respondit : « Madame, .TOUS vous en conseillerez avec vos plus particuUers serviteurs.» Sur quoy elle^it en colère i « Oûy, oûy. le Roy s'en conseillera avec ses fidelles serviteurs. Et pourquoy pensez vous donc qu'il TOUS eust appelé en la charge où vous estes , sinon pour lui donner des conseils ? »

J'ay oûy conter à M. Batbin, comme ce conseil se passa : qui est que la Reyne estant venue, et ayant dit qu'elle vouloit que le procès verbal fûst leu (H. le garde des sceaux avoit dit qu'il n'estoit point besoin de le lire), on lut ledit procès verbal. Après, la Reyne dit à M. le garde des sceaùt ce qu'il estoit d*«ivis que l'on fist sur cela ? Il se retira un pas en arrière, et ne respondit rien. La Reyne lui dit la mesme chose pour la seconde fois, et il ne respondit encore rien et se retira un autre pas encore en arrière. Et puis la troisième fois, ayant demandé si Ton ne vouloit poitit donner conseil au Roy de ce qu'il falloit faire ? Il né respondit encore rien. Sur quoy la Reyne se leva rouge et en très-grande colère et dit qu'il n'estoit point besoin de tenir conseil , puisque Ton ne voulolC pad conseiller le Roy. Tous les

98 LE CABINET tlISTORIQUR.

conseillers d*estat cl*épéë qui «stoientpréBents firent un murmure et dirent .tout bautqtie Ton leur demandast leur avis et qu'ils le diroienl.

(Incidence.) M. de Crequy, qui a un brevet de duc et pair, estant dans le cabinet de la Reyne, demanda un siège à Thuissier qui luy respondit qu'il ne le pouvoit faire, si on ne h luy commandoit. Sur cela il s'adressa à M. le marquis d'Ancre,, qui cstoit assis^ et le pria de luy en faire b«TiIler un. Il luy respondit qu'il ne se mesloit point de cela. Après, il s'adressa à la Reyne, laquelle ne lui fit pas meilleure rcsponse : dont il demeura fort mescohtent.

(24 navemh.) Le matin, le conseil se tenant chez M. le garde des sceaux, M. de jGhevry luy dit qu'il estoit besoin de résolidre les edictis. Sur quoyil commanda qu'on les luy, apportait et dit : « On ma les apporte comme ées boites d'allumettes, et deux jours après on me les redemande scellés : je ne vays pas si vite que cela, car je veux avoir du temps pour les voir, et sur cela ou va dire à la Reyne que je retarde les effaireë. » Après, il fit lire les édits et y remarqua des contradictions et autres fautes.

Le mcsme matin, M. Rarbin luy ayant dit que la Reyne vouloit que l'on esvoquast au conseil l'afTaire d'entre M. de Nevers et M. le marquis de la Vieuville, il dit que pour ce qui concernoit la mouvance féodale, il ne le pouvoit faire, à cause que cela devoit aller au Parlement. .Sur quoi M. Rarbin luy respondit : « 11 faut tout évoquer, monsieur, caria Reyne le veut, » IK^repIiqua : « 11 faut ! Vous ne me devez point parler par ilfaid,Jesçay bien ce qu'il laut, et vous ne ferez pas ipal si vous rendez aussi bon compte de votre charge que je feray de la mienne. » M. Rarbin respondit : a Vous me querellez dans votjre maison ! Adieu ! »

La vérité est qu'au conseil d'Estat, tenu ledit matin chez H. le garde des sceaux , le procès-verbal touchant l'affaire de M.' de Ncvers ayant esté leu , comme ce fut aux opinions, Mv.le président ;Jf^nnin fut d'avis de renvdyef< au. Parlement, et comme

M. Hangot alloil opiner, M. Barbin prit la parole et dit : « il ne faut pas juger de celte affaire comme d'une affaire de paiHiculicr à particulier, mais comme lalTaire du Roy : estant facile à recoj^oistre qu« c'est le Roy qui y est offensé plus que M. de la VieuvtUe, premièrement en ce que cette prise de maison a esté faite par cinquante soldats, lesquels se sont saisis du cliasleau six ou douze heures av^nt que Ton eust estably aucun commissaire par justice : en second lieu, cette prise a esté faite incontinent après le refus fait à. Mme de Nevers par M. de la Vieuville ; et en troisième lieu , M« de Nevers a pris sujet de saisir la dite maison sur la félonie qu*il prétend avoir esté commise contre luy par M. de la Vieuville, au refus quHl avoit fait à Mme de Nevers. » M. Baf bin ayant dit cela, M. le garde des sceaux prit, la parole , et dit : « Je naveuK pâaen suivant vos conseils violens eslre mini^^re . d'iniquité. Il faut faire venir de IMM. du raiioment qui soient capables de juger de cette affaire, y M. Barbin répliquai : « Monsieur, j/e mi& très-homme de bien, et parlei*de conseils violens, c'est toucher le Roy et la Reyne. Vous me querellez en vostre maison. Adieu, monsieur! »

25 nm. Sur les cinq heures et demie du soir, M. le marquis de la Force et M^ de.Loménie allèrent trouver M. le garde des sceaux ; M. de Loménie lùy dit : « Que le Roy le prioit de l'aller trouver et de lui faire apporter les sceaux.. » W respondit avec un visage gay et résolu : « Oui, oui» allons vislement ! » et en mesme temps demanda les sceaux et fit mettre les chevaux au caroase» Entrant dans le cabinet, comme il vit que l'on faisoit difficulté de laisser entrer le sieur, di) Mas qui portoit les sceaux,. il dit: «Laissez-lé entrer, il a affîûre icy. » Et. ayant trouvpIeAoy et la Reyne dans le petii cabjnet ,, où se trouvoit aussi M. de^ Guise, )L le maréchal d* Ancre, M. de Loménie, il Qii^ les deux genoux en terre et adressant, sa parole au Roy, lui dit : « Qua.S. H. luy ayant fait par deux fois llhonneur de luy eserire pour luy donner la cliarge de garde des sceaux, lorsqu'il

estoit premier président en Proyence , ou il s'acquittoit de sa charge le plus dignement qu'il lui estoit possible, il Favoit trèshumblemént supplié de Texcuser, reconnoissant bien qu'il n*en estoit pas capable et qu*il n*y ppurroit pas estre agréable à beaucoup de personnes (désignant le mareschal et la maresebale d* Ancre). Qu'enfin ayant reçu pour la troisième fois un commandement exprès de S. M., ilavoit obéy et receu la charge avec une entière affection d'y servir iidellement S. M. Que maintenant quelle luy redemandoit les -sceaux , il les luy rapportoit avec le mesme désir du bien de son service qu'il les avoit receus et prioit Dieu qu'il lui fist la grâce de lui donner un bon coh* seil dont il avoit bon besoin. »

On dit que le Roy ne dit chose quelconque et que M. le garde des sceaux ne di) à la Reyne que deux ou trois mots fort bas que personne n'entendit et quelle luy respondit assez haut : « On aura soin de vous. »

En toute cejlte affaire^ M. du Vair a tesmoigné une très-grande constance.

Incontinent après que M. du Vair eut rendu les sceaux, le Roy commanda qu'on fist entrer M. Mangot qui estoit demeuré dans le grand cabiivet et qu'on avoit envoyé quéf ir chez luy sur les sept heures qu'il estoit déjà avec ses malles de chambre ^san» qu'il sceut chose quelconque de tpyt cecy, ainsy que luy et M. Bar* bin l'ont juré depuis. (Le mesme se dit de M. de Luçon. ) S. M. luy dit qu'elle avoit tousjours cru qu'il le serviroit bien en quelque charge qu'il l'employast : que maintenant M. du Vair ayant remis les sceaux , il les luy bailloit sur cette asseuranee , et que la Reyne sa mère en garderait la def jusqu'à ce qu'il eust fait le serment. Ainsy M. Mangot remporta chez lui les §ceaux, dans le carosse, le soir mesme. On tient qu'il ne fut pas trop content de cette charge parcequ'il reconnoissoit bien qu!îl n'estoit pas fort bien avec M. le Mareschal et qu'il apprehendoit qu'ils ne luy baillassent que pour un temps et pour l'âoigner de ceQe de se*

G^AlfPA6N^• 101

cretaire d'Estat en laquelle il çjesiroit de s'assurer ; et mesme il estoit lors en termes d'en traitter avec M. de Villeroy pour 400,000 livres, moyennant laquelle somme il avoit aussy la

survivance pour son fils }| avoit ven^u il y avoit quelque

temps TofjQce de premier président de Bordeaux à H. de Gourgues , pour soixante mil escus.

La charge de M. Mangot est baillée à M. Tevesque de Luçon, et firent tous deux le serment, Tun de garde des sceaux, et Tautre de secrétaire d'Estat le lendemain au matin qui estoit le samedi. Mais depuis M. de Luçon ayant eu ses provisions fit nouveau serment, le 2 décembre."

26 nav. M. le marquis d'Ancre part, à sept heures du matin avec huit chevaux à son caresse ; un autre cdrosse à six chevaux qui suivoit après, et environ cinquante hommes de cheval, pour aller à Roiien tenir les Estats.

27 nov. Le Roy danse un ballet au Louvre qui est le premier qu'il ayt dansé.

H« de Nevers disant avoir eu avis qu'on avoit fait expédier des lettres patentes pour luy fermer les portes de Retel, y fut en personne et y mit deux ou trois cents hoihmes, — Et le mardy 29, disant pareillement qu'on luy vouloit oster Sainte-Menehould, il y fut avec sa maison, et y mit garnison.

M. de BuUion renforce la garnison de Sedan ; et le 1*' déc. , Mgr de Nevers fait entrer une forte garnison àSatnte-Menehould.

{Ars. Rec. Conrart, pet. in-4®, t. XI.)

' l'abbé. LEBBUF Al{ R. P. BOM LEMEBAULT, BIBLIOTHÉQUAmE BE SAINT-GERMAIN- DES-PBÉS, A PARIS.

En attendant la série de documents que nous avoiis à publier sur la Boui^ogne, nous donnerons trois lettres extraites de la corrès-

pondancede Tabbé le Beaf, rbistorien de la ville d'Anxerre dont les curieux recherchent avec laot de zèle aujourd'hui les moindres dis^ serlations. Nous piblions d'autant plus volontiers la première de ces lettres qu'elle nous semble justifier pleinement la création du Cahinet hiêtorique. L'auteur y exprime le vœu de voir se multiplier les copies des textes intéressants, et dît avoir été le premier à demander l'impression du Calalogue des «anuscrits de la Bibliothèque royale qu'a commencé M. de MonlfiHKon.

Mon Révérend Père ,

Je suis biçn fâchée qMO le délay de M. Joly« avocat, à venir vérifier les proverbes suc les Mires, dont il m'avoît donné le nota de sa main, m'ait attiré le travers que vous sçavez. Comme je .pa^courjHS le volume sans y trouver les quatre vers cy-joints sur une^carte, je crus pouvoir me dédommager en faisant, pendant que. je l^alteudoia , Textrait de quelques morceaux qui ne peuvent faire todrt.auii. études courantes de vos savants^ confrères. J'y pris entr'autres le proverbe lA muzars de Verdun , parce qu'il a rapport à l'hisfoire^ont je suis chargé .de l'édition.

Au re8te> mon Révérend , Père, comme tous les hommes n'ont pas les mêmes maximes^ je vous avouerai que j'en ai une bien différente de celle dont vous me llties.part dernièrement. Je suis tout à fait pour l'accélération de l'édition de tout ce qu'il y a de curieux dans les. manuscrits des biblioibèqu0s. Vous sçavez que ce fut moy qui, en 1725, publiai un écrit sur la nécessité et l'utilité, d'un, catalogue général des manuscrits du royaume. Dom Rernard la concevant mieux que moy, en a donné ce qu'il a pu, et il a été suivi par messieurs de la Bibliothèque du Roy, Peut-être y a-t-il. encore des personnes qui pensent conime cet illustre sav,antl En conséquence ^^ mon

principe^ j'exhorte tous ceux qui sont dépositaires de manuscrils à donner par eux-mêmes ou par leurs amis et confrères tout ce qu'ils pourront, sans laisser œlaaux siècles à yenir : et je ne puis que louer le zèle et la patience de ceux qui transcrivent les exemplaires pour les doubler, dans la crainte qu'on ne Toye arriver ce qui est arrivé à la chambre des comptes, et dans une de vos maisons , où les matériaux d'un glossaire françois ont été réduits en cendres, ainsi que vous le sçaver.

Loin donc de mes maximes toutes celles qui vont au délai. J'ai toujours aidé et aiderai toujours les travailleurs, et surtout les travailleurs prompts. Sur ce fondement je vous ferai sçavoir que je suiç en état de procurer à celui de vos pères qur est chargé de Teveché de Chaalons-sur-Marne, pour le Gallia Christiana, une espèce de cartulaire in-folio où il pourra trouver quelques pièces qui lui feront plaisir, si tant est qu'il me fasse l'honneur de me le demander à empninter. J'ai appris que c'est Dom du Plessis , avec lequel je ne suis pas assez familier pour le lui aller jeter à la tète. Vous êtes le maître de l'en avertir. J'ai mis plus d*une fois en chant ce beau passage Sapienliam , etc. , qui finit par ces mots : et sine invidia communico^ et je tâche de le réduire en pratique.

Au surplus , mon Révérend Père , si je n'en donne pas assez de preuves , voilà encore une lettre que je viens de recevoir de Tours qui vous prouvera que je me suis prêté du mieux que j'ai pu à celui que vous m'aviez recommandé.

J'ai rhonneur d'être avec l)ien du respect , mon Révérend Père,

Votre très-IiumEle et très-obéissant serviteur,

Lebeuf.

Ce 7 août 1744.

l'abbé lebœuf a M**^.

Remarques sur les cochons de Nodgés, à propos du t. IU« de la Noutik hiêtoire êe Bourgogne, de dont Plancher.

22 Avril 1749.

Je prends la liberté, Monsieur, de vous communiquer la difficulté qui s'est pres^itée à moy en parcourant les preuves du troisième tome de V Histoire de Bourgogne^ que dom Plancher a publiée Tannée 1748 , à Dijon, et qui est imprimée avec tous les soins imaginables , à la reserre de quelques noms propres qui sont desfigurez. L*on nous a souvent entretenus dans iê Mercure des Anes de Bourges. Aujourd'hui je vous propose une difficulté sur les Cochons de Nodges, village d'auprès de Dijon. L'auteur de l'histoire a donné dans ses preuves à l'an 1404 une charte de Jean, duc de Boulogne, comte de Nev^s et baron de Douzy, datée du neuf décembre de cette année-là , tirée de la Chambre des Comptes de Dijon , par laqudle ce Prince veut que désormais chaque année l'on offre à l'église de Saint-Antaine, du Pont-de-Nodges, un porc gras et suffisant, en sou nom , en cduy de Mme la Duchesse , et ceux de ses enfants , et que cette offrande se fasse le jour de la feste du saint patron : après quoy> il déclare qu'il sera tenu compte de ces poros à ceiiK qui en auront fait l'offrande , en rapportant la quittance. Je ne sais si Fescrivain qui a mis le sommaire à la teste de cette charte n'a pas esté ^loul par l'expression d'iceux porcs, qui se trouve au pluriel sur la fin de l'acte. Il prétend, et il l'a dit clairement dans l'intitulé, que l'offrande estoit composée d'autant de porcs qu'il' y avoit de personnes qui formoient la maison du Duc . sçavoir,^outre le porc offert pour M. le Duc, celuy qui estoit au nom de Mme la Duchesse, et ceux de la part dechascun de leurs

enfans. Je comprends bien que ç*auroit esté le profit du curé, ou de la fabrique du lieu » mais je m'en rapporte aux lecteurs doh intéressés qui verront cette charte , et Je leur demande s'ils ne sont pas d'avis cooime moy que le pronom iceux n'est employé sur la fin de cette charte au nombre pluriel que relativement à l'offrande sucoessivede ce porc gras durant le cours du plusieurs années. Cependant comme je suis bienesloigné de m'opiniastrer dans une matière de cette impoitance , s'il se trouve qu'encore aujourd'hui la coutume est d'offrir k Saint-Antoine du Pont-4e- Nodges , au nom de ceux qui ont succédé à l'ancienne maison de Bourgogne, plusieurs porcs, j'avoue que j'ai tort dans l'explication que j'ây donnée à la fondation du duc Jean , et je seray le premier à me condamner.

Ce'22ÂvrUilA9.

J'ay esté averti depuis ma lettre escrite qu'en ce lieu dit le' Pont-de-Nodges, l'église en question est desservie par les religieux Antonistes , qui y ont une communauté.

LE CORPS DE VILLE d'aUXERRE A L^ABRE LEBŒUF.

Remerdments pour l'envoi de ses Mémmrts historiques et de rhoMiearque son nom et ses travaux font à la ville d'Anxerre.

Nous somme» trop sensibles, Monsieur, ii vos politesses, mi «MTenir et à l'amour que vous conservez pour nostre patrie commune ,^ pouf ne votis en pas tesmoigner nos vives recon • noissances et des deux tomes de vos mémoires historiques que vous venez de faire imprimer^ qui bous ont esté remis de vostre part le deux de ee mois, avec la lettre que vous avez pris l«i peine de nous escrîre , dattée du dix-huit novembre dernier, dont nous avons dressé acte sur nos livres de conclusions. Cet ouvrage est d'autant plii^ préd^ux , qu'il ne nous laisse rien à

désirer sur tout ce qui s'est passé de plus remarquable en nostre ville; il ne peut qu'augmenter la réputation que vous vous estes acquise dans la capitale et autres villes du royaume , par la supériorité de vostre esprit , cette grande capacité à développer ce qu'il y a de plus caché dans l'antiquité, et les différents ouvrages que vous avez cy-devant donnés au public. Soyez persuadé que nous nous ferons tousjours gloire de vous conserver au nombre de nos compatriotes et de vous assurer que nous sommée trèsparfaitement , Monsieur, vos très-humbles et très-obéissants serviteurs.

Les magistrats de la ville d'Auxerre :

BaCDGSSON. — JOUBERT. — SaLLÉ.

D'Aiixerre, le 8* Décembre 1743.

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