LETTRES DE MARIGNT A LENET
N» 1. — A Bordeaux Je 21 Décembre 1651.
Je ne doute point que vous n*ayez beaucoup d'occupations, au lieu ou vous estes , M. le Prince ne laisse pas ordinairement inutiles les personnes qui luy peuvent rendre de bons services , et si durant touts ces mouvements vous avez peu de loisir, prenezvous-en à votre mérite. L'obligation que je vous ay d'avoir songé à moy est d'autant plus grande, et je voudrois bien pouvoir mériter par mes services l'amitié que vous m'avez tesmoignée. Je TOUS prie de continuer à me rendre de bons offices auprès de Son Altesse et de l'assurer que personne n'aura jamais plus de fidélité pour son service ny plus de zèle pour ses intérêts que j'en auray toute ma vie; quand elle m'honorera de ses commandements , elle connoistra que c'est une vérité la plus constante du monde. Je vous prie de vous ressouvenir de ce que vous m'avez promis et de me faire savoir positivement si c'est une chose qui se puisse faire. Cependant, puisque S. A. doit estre bientost icy. après avoir mislestrouppesen quartier d*byver, je i'atlendray dans le camp de la Fronde bourdeloise, qui véritablement s'est fort brouillée depuis son départ. Je ti'ay pas osé prendre la liberté de luy escrire sur ce sujet, de peur d'oflenserceux à qui ce soing appartient, mais je n'aypaslaissé de travailler à réunir^
(1) Chiffres 00, moi, Marigny : le sincère, Sarrazin.— Lenet, 10O ou 36; H. le Prince, 36;— M<°« de LonguevUle, 49 ;— Bordeaux, 27 ;~le prince de Conly, 38; — Nemours, 47; — Paris, 64; — Monsieur, 35;— Viole, 100.
i08 LE GABlIfET HISTORIQUE.
au moins en apparence, c^eux que la jalousie a divises. Je croy que S. A. est assez instruite des désordres du haut pays et des plaintes que toute la proyince foit contre les gouverneurs , les intendants et les trouppes ; si c'est avec raison, je n'en sçay rien, mais il est certain que si les choses continuent, devant qu'il soit peu , il faudra conter panni nos ennemys la meilleure partie de ceux qui avoient témoigné plus de passion pour le service de M. le P. On dit que les hommes qu'a levés M. de Gondrin ne sont pas en grand nombre, qu'il en peut avoir cent cinquante , mais ils sont bons, car ils coustenl plus de deux mille francs chacun. Je ne sçay si ces messieurs-cy voudront consentir que nos amys ayent pour retrait te Bourg; je souhaitte que M. le P. obtienne tout ce qu'il désire. Je vous envoyé la copie d'une lettre que j'escrivis jeudy dernier à S. Â. R.,qui veut que je luy escrivè souvent. Toutes les dames vous saluent. Je vous prie d'assurer tous mes amys de mes très-humbles services et de croire que je suis toul à vous.
A Monsieur Lenet^ coMeUler du Ray en ses conseils. .
N» 2. — Le 2 (te février 1652.
On m'apporte tout présentement votre billet, et je vous renvoyé celuy-cy pour vous dire que je vous ay escrit il y a trois ou quatre jours et que je vous ay adressé une lettre de M. de Cuissy (?) pour S. Â. Je pense que M. Ride donna le paquet à M. de Mazerolles qui s'en alloit retrouver Monsieur le Prince. Prenés le soing de redemander ce paquet, il y avoit une lettre de Mme de Tourville.
Les nouvelles de Paris sont fort bonnes. M. de Nemours y. arriva le 19 du mois passé, après avoir couru fortune de se noyer en passant le canal de Briare à la nage , de peur d'être pris par des IMa7.arins qui estoient à ses trousses. Le lendemain
il mena le branle an bal de Luxembourg. Le comte de Fiesque arriva un jour après luy. Présentement le traitté d'union est signé avecS. A. R., car on n'attendoit que le comte de Fiesque. M. de Nemours est allé joindre les trouppes confédérées ; le marquis de SiUery devoit partir pour Bruxelles. S. A. R* a fait un estât pour 14 mille hommes qu'il veut lever, ipais elle n'a point d'argent et Paris a la peau aussi dure que Batteville. Le drôle est à 22 (12 ?j lieues de Poitiers, où il se rafifraischit; la Reyne lui a envoyé ses medecips pour te visiter, et les villes voisines l'ont régalé de pistaches, chocolats, mirobolans, noix confites, poivre blanc^ huistres à l'escaille et autres semblables faitises. Faites mes baisemains à M. te marquis de Batte vitle, lieutenant de M. le comte de Maure (ou Mené) dans Bary, et croyez que je suis tout à vous. La rupture dont nous nous entretinmes est plus grande que jamais; je vous en partois dans ma lettre ; mandésmoy ce qu'on en dit à l'armée. Nostre amy, M. de Bussy, commande dans Nevers pour le Roy.
No 3. — A Pari$, fe 16 de Juin 1652.
Nous arrivâmes icy jeudy dernier, et le bourgeois eut si peu de respect pour le passeport de H. le comte de Harcourt , que l'on n'eust point reçu l'équipage de S. A. si je n'eusse été connu par le capitaine qui commandoit à la porte de la Conférence. Cette difficulté scandalisa un peu M. Vialar, mais il fallut qu'il prist patience. Le soir, je vis 6. A.^et bien qu'elle fust retournée après minuit de chezMmedeChastillon,où elleestassezassidue, jedemeuray pourtant seul avec ellejusques àquattre heures du matin. Vous pourez bien pensef quelle peut estre la conférence. Croyez que S. A.' fut bien instruite du zèle de Marchin et de Lenet,. et de tout ce qui s'estoit passé sur le sujet des mouvemaiits de Guyenne , entre eux et Conty et Longueville. Harigny parta
110 LE CABUIET HISTORIQUE.
de toutes choses à cœur ouTert et il reconnnt que S.A. avoit esté bipn informée. Si je sois assez pénétrant , Viole n^est pas si bien qu*il s'imagine : U avoit cm dissiper en arrivant icy tout ce qui s*Y est fait par ceux qui se sont bien mis avec S. A., mais il a trouYé qu'il estoit malaisé de^déraciner les arbres qui luy font ombrage et à Mme de Longuerille. L'accueil qu'on luy a fait et que l'on continue à luy faire aussi bien qu'à Jarzé est politique et j'en ay été assuré par IL. le duc de Rohan, qui est tout à fait aroy de Blarchin etLenet. Us peuvent en estre tout à fait assurés. La vigueur de Lenet a pieu extraordinairement à S. A. « qui a sceù toute l'histoire de Harigny et ce qui s'est passé entre luy et Longueville ; et je vous puis bien dire comme une chose certaine que S. A. est résolue et qu'il a mesme juré de faire donner les estrivières à Sarasin , adjouiant qu'il les luy feroit donner le matin, et 38 (?) Taprès midy. H. le Prince me demanda si je n'avois pas rencontré sur le chemin H. de Giavagnac » qu'il a despesché avec ses ordres sur les divisions du parlement et de l'armée qui luy desplaisent infiniment, et pour la considération de la Guyenne , et pour le contrecoup qu'elles ont donné icy, où l'on a affiché depuis des placards qui portoient en substance qu'il falloit imiter les bourgeois de Bourdeaux et ne souffrir plus ni Roy, ni Princes, ni Parlement. S. A. R. et H. le Prince ont fait faire une recherche fort exacte pour en descouvrir les autheurs , et le Parlement en est si fort scandalisé et tous les gents de bien, que l'on peste publiquement contre l'armée et . ceux qui la fomentent. Et ce qui me donne beaucoup d'affliction, c'est qu'icy comme à Bourdeaux on en accuse H. le prince de Conty et Mme de Longueville. Ces bruicts leur sont tellement desavantageux que toutes les compagnies souveraines déclament contre Leurs Altesses, et ce qu'il y a de gens de qualité qui aiment que les choses demeurent dans l'ordre, blâment leur conduitte que je justifie tout autant qu'il m'est possible. La proscription des quatorze conseillers fait icy le plus mauvais
CHAMPAGNE. m
effet du inonde et le plus préjudiciable aux intérêts de S. A. Au reste , je vous demande un peu de temps pour me reconnoistre dans ce labyrinthe qui est plus intrigué que celuy où Dédale avoit enfermé le minotaure. Chacun accuse son compagnon de faire des négociations secrettes, et chacun fait ses efforts pour décréditer le party qui )uy est contraire. Ce que je voy de meilleur pour nous c'est que M. le duc d'Orléans et M. le Prince sont dans une parfaite intelligence et que Ton ne peut pas les diviser. (Voy, aux Additions.)
N« 4.-4 Paris, ce 20 Juin.
(Fragment). Que le cardinal de Rets
depuis (juatre jours a fait un furieux effort pour ruiner cette grande union de Leurs Altesses , que ses émissaires y ont fait de leur costé tout ce qu'ils ont pu , mais qu'il ont perdu leurs peines. Ce matin, M. le Prince est parti pour aller à son armée ; son voyage a esté précipité par l'irrésolution et légèreté du duc de Lorraine qui , après avoir fait un traité mercredy dernier avec messieurs les Princes, en a fait un avec la cour. Il est assez à propos que vous en sachiez le détail. Le duc de Lorraine estoit demeuré d'accord avec Leurs Altesses de demeurer dans les cartiers qu'il avait pris^ jusqu'à ce que les trouppes qui viennent pour le service de M . le Prince l'eussent joint ; sa marche avoit obligé, comme vous sçavez. le mareschal de Thurennes à lever le siège d'Estampes , dont vous avez sceû toutes les particularités. Cependant, au préjudice de sa parole^ le roy d'Angleterre et le mylord Germain ont si bien négocié avec cet esprit volage , qu'au lieu de continuer à faire ce qu'il avoit bien commencé, il s^est tout à fait decredité parmi tous les gents d'honneur; car hier matin, il escrivit à M. le Prince qu'il avoit eu advis que M. de
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Thurennes touloil faire marcher ses trouppes du eôté de Corbejl pour passer la rivière et le yenir attaquer ; qu'il estoit résolu de l'attendre et de choisir quelque beau lieu pour en pouvoir donner le divertissement aux dames. M. le Prince luy manda qu'il alloit envoyer ordre à ses trouppes de marcher, afin de le joindre; qu'il alloit combattre dans son armée comme volontaire, et mener quantité de bourgeois de Paris fort résolus: Voilà ce que S. A. me dit qu'il avoit mandé au duc de Lorraine. Ce matin, M*. de-Beauforl a fait sçavoir à LL. AA. qu'estant allé . joindre le duc de Lorraine par leurs ordres, avec deux cents chevaux , il avoit passé par tous ses corps de garde avancés sans qu'on luy eust demandé qui vive ! Que cette négligence l'avoit obligé d'en dire quelque chose au Lorrain^ et de luy remontrer qu*estant si près des ennemys, il avoit trouvé bien peu de vigilance parmi ses trouppes; que le duc de Lorraine luy avoit dit qu'il avoit traitté avec la Cour, et que le roy d'Angleterre, qui estoit présent, avoit esté le médiateur. M. de Beaufort luy a dit que les trouppes des Princes le joindroient sur le midy ; il a repondu qu'il falloit les avoir dans une heure. Enfin il n'a pas voulu hasarder ses trouppes et combattre» Ce matin , S. A. R. que j'ay eu l'honneur d'entretenir longtems m'a conté tout ce détail en se plaignant du procédé du duc de Lorraine qui ne luy a pas escrit un seul mot, et pestant contre les Anglois, et eslevant sa voix dans la salle , il a dit que le milord Germain estoit cause de ce traitté et qu'il falloit le jetter dans la rivière. Quelque chose qu'on vous puisse dire, le duc de Lorraine ne donne point ses trouppes à la cour, mais il a promis seulement de repasser la Marne dans trois jours et de sortir du royaume dans quinze, et a donné pour ostage le duc de Ligneville. Sa perfidie est d'autant plus honteuse qu'^l pouvoit faire ce qu'il a fait sans manquer à sa parole , car par le traitté qu'il avoit fait avec les Princes , il ne devoit demeurer que 20 jours en attendant les trouppesqui marchent pour nous,et après se retirer. Il avoitdonné
CHAMPAGNE. ils
quelque espérance de nous accommoder de deux mille chevaux, mais nous nous en fussions fort bien passez, car le secours qui nous vient est fort considérable. Les régiments des gardes allemands et Marchin, et autres étrapgers qui sont à la solde de* H« le Prince, ont passé Fimes, et marchent à grandes journées au nombre de trois mille cinq cents chevaux effectifs ; et le comte de Varsenez a six mille hommes les plus lestes que l'ont, ait jamais veûs. Je vis hier dans une lettre qu'un de ses offlciei*s escrivoit au comte de Fiesque, qu'il s'estoit un peu emporté » n'ayant pas trouvé son argent prest, et qu'il avoit esté sur le point de donner ses trouppes au premier qui l'eust voulu dédommager : mais M. le Prince a receû advis certain qu'il avoit touché son argent et qu'il marchoit de sorte que si le secours estoit joint, sansceluy du duc de Lorraine, nous serions en estât de pousser partout pals les Mazarins. Nostre armée, qui est sortie d'Estampes et qui apparemment prendra sa marche vers Poissy, est de six mille hommes effectifs ; celle du mareschal de Thurennes n'est pas beaucoup plus forte , et S. A. R. m'a dit que lorsqu'elle s'est présentée devant celle des Lorrains , que ceuxcy estoient plus forts de seize cents hommes. Lorsque H. le Prince est sorty, quantité de bourgeois luy ont dit que ce qu'avoit fait le duc de Lorraine estoit un effet deà négociations du cardihal de Retz et de Mme de Chervreuse, et que , s'il vouloit, on les iroit jetter dans la rivière. On a crié la même chose à S. A. R., qui est aimée fort de tout le monde. Madame est extresmement affligée de tout ce que son frère a fait à Monsieur; car cette equippée fait voir qu'elle n'a aucun crédit sur l'esprit de ce frère, par la considération duquel elle vouloit toujours se faire valoir. Cet accident fait prendre une nouvelle vigueur aux bien intentionnés^ et le Mazarin, qui a toute sa vie fait des sottises, ne manquera pas dans cette occasion de faire une response insolente aux députés du Parlement, qui eschauffera les esprits des Frondeurs et les bonnes intentions des bourgeois de Paris. L'Empereur a fait pu-
blier dans tous ses Estais que tous ceux qui serviroient H. le Prince seroient considérés de S. M. I. comme s'ils luy rendoicnt les mesmes services. Mais voicy bien un autre orage qui se prépare pour la Cour : il a été arresté dans une diète de TËmpire, d'envoyer demander au Roy les cinq millions que nous sommes obligés de donner pour Brisac et TAlsace , par latraitté fait avecFËmpire. Et d'autant que nous pourrions prendre un prétexte de ne point payer, sur ce que l'Espagnol est obligé de ratifler cet, article, celuy qui vient de cour apporte la râtifBcation d'Espagne , et à faute de recevoir la satisfaction qu'il demande, la guerre va recommencer tout de nouveau entre l'Empereur et la France. Jugez si la cour, dans des temps difficiles comme sont ceux-cy^ est en estât de soutenir le poids de tant d'affaires. Contentez-vous de cette petite relation pour aujoilrd*huy, car je suis accablé de visites. Je pense que vous serez bien aise de sçavoir queM, le Prince m'a fait l'accueil du monde le plus favorable, que S. Â. R. m'a fait mille carresses, que Mademoiselle m'a receù merveilleusement bien , que Madame m'a fait fort bonne cbere , et qu'enûn tous ceux qui m'honoroient de leur amitié m'en ont donné de très-vives marques à mon retour. Je ne croy pas pouvoir de trois mois faire les visites d'obligation , car je suis fort exact à voir mes amis. Vous ferez part de cette lettre à Mme de Tourville et à M. de Harchin, et ne ferez point voir mes lettres qu'à ceux dont nous sommes demeurés d'accord. Je vous supplie de faire mes complimens à Madame la Princesse ; je me donneray l'honneur de lui escrire par le premier ordinaire et à morï Prince. Vous m'avez promis d'assurer comme il falioit de mes respects M. le prince de Conty et Mme de Longueville. Je vous en prie, et de me rendre ce bon office en dépit de mes ennemis. Je vous supplie de faire bien mes compliments à mesdames de La Rochefoucâult , de Marchin et de Bellegarde ; au beau trouppeau violet et au bleu, et de faire mes excuses si je n'escris point aujourd'huy; ce sera mercredy sans faute. Soyez soigneux
dem'escrirc, et amplement, et assurez-vous que je seray un fort bon correspondant, fort fidelle et fort exact* A Theure que je rous escris, S. A. R. m'envoie dire par un valet de pied que je Taille trouver. Cela m'oblige de finir, ce que je fais d'autant plus volontiers que c'est pour dire ce que Ton a coutume de mettre au bas des lettres, mais que je dis avec vérité, que je suis vostre très-bumble et très-obeissant serviteur.— Mes compliments, s'il vous plaist, à tous nos bons amys du Parlement.— II est quatre heures après midy.
No 5. -^ Paris, le 7 de juillet 1652.
J'ai vcû, par vostre lettre du 1"' de ce mois, que Mme de Longueville (49) est une dangereuse créature ; si ce (49) escrit une bonne lettre ù Marigny, assurés-vous que 00 fera une bonne réponse. Nous sommes plus que jamais dans le temps du proverbe; A bon chat y bon rat et de Tautre encore qui dit : S'il te fait , fais lui. Je nem'estonne pas pourtant de la fierté de (49) , car sa réputation est si eclattante que cela lui donne une vanité extraordinaire. Je ne vous escrivis jeudy dernier qu'un fort petit billet, car S. A. m'a V n t commandé de travailler incessamment à la relation de son combat, il fallut obeir,,et vous ne le trouvères pas mauvais^ s'il vous plaist, puisque ce n'a pas esté pour vous offencer que M. le Prince me fit c^e commandement, et que je l'executay tout aussitost. Vous verrez par le récit véritable de ce qui se passa, que Mars ou Côndé n'est qu'une.mesme chose. Sa conduite et sa valeur ont tellement estonné la Cour, qu'elle ne peut encore sortir de l'admiration dans laquelle elle est, et je u'ay rien à adjouster à la relation que ce que Boger des gardes, qui est prisonnier, m'a dit, que sitost qu'on voyoit venir le Prince, les soldats effrayés ne vouloient plus combattre. Cette action a bien gagné des cœurs à S. A., mais ce qui se passa jeudy dernier
116 LE CàMÊSSX WÊStVB^W^
Abs b gOÊÊêt WÊBamàêêt de rtstri it file» qui se bisoR pour dierdier ks bd^^ois de pooreoir à b seoreté de h TiOe el da PiHleHMiiU est à fstnnse, q«e fes eonemys de M. le Prince IhiI t<wl œ qn'ib pfsvvnt pou* sat scrrir afin de le décrier Irès4iiîa$teaeiitdjwkpablic. S.A.B. et M. le Prince estoient attendus à ceti^ asacalk^ de Tife. S. A. R. qai^ quatre jours MparaTant ei b raie mesne apoît donné parole d'y aller, en a>ant esté drnnrtîe par le carfînal de Relz éL ses émissaires^ fut Idktnmt prf:<%sr<e par Madearnsdle K par tons ceux du party de M. le Priooe et par M. de BeaufMl. qu'enfin die se laissa Taincre. Les bottmt>î$^ Je tenas en tcas. pcnoient au palais d*Orléans pour r«n sixlîcîter, es panop que le jour du combat, ceux du paitj des princes araent prb de b paille à leur chapeau, le bourgeois qui ^loloit tesnioign« son xèle aToit pris de b paille «iissy, et for[oît tout le monde d'en prendre, i peine d'estre decbréMaiarin,et en meane leMs^assouné. Les moines et les dievaux n » estoient point excapls, d bloit que les capucins en missent au bont dn ofincbon et tons les autres cloistriers au coquehicbott ; enfin, b procession de b Ligne n estoit rien en comparaison, et Tostr« armée n'est que fleurette au prix de ce que nous Tismes. Les fanmes à qui Ton presotoit delà paille araent beau dire : «de b pmille! de U fëiUeî faimerois > mieux un bon, elc, que toute b paiDe de monlit;B il en fallolt prendre, car, mon dier Monsieur, b paille n est ^us paille, bô b b b ! c'est fleur d'anti-Maiarîn.
LL. AA. allèrent à Fbostel de riOe; on kur donna dans b rue et à toute leursuitte de b paille; ils entrent; et lorsqu'ils eurent pris leur place, M . k duc d Oriéans dit à l'assemblée qu*il Tenoit pour ranercier b riDe du passai qu'dle avmt donné à ses trouppes; qu'il espérait qu*cn pareile occasÎMeleferoit b mesmecbose; que fe Maiarin esUnt b cause de Ions les desordres ; qu'il n*aToit point de plus forte pnssion que son expulsion, et que la rille. de son cosié, deroit y contribuer de tontes
ses forces. H. le Prince dit qu'il n'ayoit rien à adjouster à ce que Tcnoit de dire S. A. R., sinoa qu'il exposeroit toujours, comme il yeooit de faire, et son sang et sa vie pour la conser* Talion de la ville^et pour Texpulsion du cardinal. Le mareschal de Lbospital remercia LL. AA., et le prevost des marchands dit que sans doute au retour des doutés du Parlement, on auroit de bonnes nouvdles pour la paix. Monsieur se leva sans vouloir attendre la délibération ; devant qu'il entrast on avoit desja veû les conclusions du procureur du Roy, que Ton avoit fait corriger parce qu'elles ne parloient point contre le Mazarin. Gomme les princes sortoient, le peuple leur demanda s'ils estoient contens et si Tunion de la ville estoit faite. On leur res* pondit qu'on alloit délibérer, et le bruit s'eslant glissé que le prevost des mardiands demandoit encore un delay de quatre ou cinq jours, nous n'estions pas à vint pas dans la rue de la Mor« tdierie, que l'on tira lin coup de l'itôstel de ville, auquel le peuple qui etoit dans la Grève respondit. Comme LL. aA. furent arrivées à Luxembourg, on vint leur dire que l'bostel de ville estoit assiégé, que l'on mettoit le feu aux portes et que le peuple vouloit égorger toute l'assemUée. U se fatsoit tard ; H. le Prince voulut riler, disant à S. A. R. qu'il ne vouloit pas laisser périr ses amys qui estoient dedans. M. le duc d'Orléans et Mademoiselle s*y opposèrent, appréhendant que dans la sédition quelque coquin ne flst un mauvais coup. M. de Betfaune, M. de Caumont^ M. le fiouiUi« et quantité d'autres pei^onnes fort sages le prièrent de n'y point aller, mais d'y envoyer quelque ordre ; Mademoiselle y alla, mais elle eut toutes les peines imaginables devant que de pouvoir arriver au bout du pont Néstre-Dame. Cependant les assiégés qui awient peur du feu, tasdioient de s'eschapper, les uns e» doni^nt de l'argent, les autres en se nléguisant ; dans ce tumulte furent tués entre autres, M. Miron^ maistre des comptes, fort bon frondeur ; M. lanin Gones, autre frcmdeur, tous deux fort affectionnés au party ;
M. Legras, maislre des requesies, blessé et depuis mort de ses blessures : un escbevin, quantité de bons bourgeois ; le prevost des marcbands eut quelques coups, mais il se sauva travesti. M. de Beaufort vint, et fut jusques après minuit à faire retirer la populace qui se faisoit donner de Targent par ceux qui sortoient de Thostel de ville. Le lendemain, le peuple vint demander aux princes M. de Beaufort pour gouverneur et M. de Broussel pour prevost des marchands. Celuy<cy ayant esté mandé par S. A. R. fit quelque refus, mais enfin hier, Thostel de ville estant assemblé et M. le Prince estant allé prendre dans son carrosse M. de Broussel et les echevins qui ne voulurent pas venir autrement, le sieur de Broussel fust eleu et accompagné ensuite au palais d*Orleans, où il presta le serment à S. A. R. Cette émeute fait faire d'estranges discours à ceux mesme qui estoient allés à rassemblée bien intentionnés, et qui disent qu*on les avoit abandonnés. Je ne sçay s*il sera bien facile de faire assem- ' bler le Parlement pour entendre la réponse des députés qui, comme on croit, doivent arriver icy demain. Les ennemys. des Princes les accusent de la sédition ; mais tandis que les uns sèment ces bruits, les autres recommencent à dire que (36) a de nouveaux députés en cour. Présentement une femme de qualité me vient de dire que la personne qui gouvernoit autrefois Nemours (47) et qui gouverne maintenant le prince (36) en a dit quelque chose. Si cela est, grand bien luy fasse, il faut eslre bien incorrigible. Paris (64) est tout à fait pour (36), et dit tout haut qu'il faut que les Mazarins sortent de chez (35). Mais à vous dire vray, J'ay grand peur que (35) (S. A. R.) ne se lasse, car il est certain que lejour du combat, la femme de (47) (duchesse de Nemours) le vint trouver, pour le prier dé sortir ; il dit qu'c^n vouloit toujours Tengage^dans les extrémités, qu'il savoit bien que le Prince, et Nemours et d'autres avoient voulu traitter sans luy, mais qu'il sçauroit bien prendre son party; et il fallut des machines pour le tirer. Le bon succès le rassura, mais jugez de
là ! Les trouppes du Roy sont à Chaillot et à Boulogne, et le Cours est un pays de frontière. Rozea passé ce matin par le faubourg Sainct-Antoine pour aller à Charenton ; cette nuit, dans notre marais, on a eu une fausse allarme, car le bruit a couru que leâ enilemys estoient à la porte du Temple, et Ton avoit commencé de se barricader, mais il s*est trouvé que la frayeur estoit mal fondée. Cependant nous sommes serrés de près ; nous attendons le secours de Tarcbiduc, mais je ne sçay s*il ne sera point comme il soccorso di Pisa, o corne la caria che s'aspetta e non vien mai. Cependant Salerre, capitaine de Condé, qui arriva de Flandres lorsque Ton alloit attaquer la dernière barricade du faubourg Sainct-Ântoine, m*a assuré que le 28 du passé, il avoit laissé entre Cambray et Valenciennes^ dans un lieu appelle Hape, attendant le reste des troupes qui estoient devant Donquerque, que Ton a levé pour venir secourir S. A.; qu'il y a 10 m. hommes de pied et 8 m. chevaux. On dit àujourd'fany qu'ils sontdesjà âSainct-Simon. Si cela est, nous aurons devant qu'il soit peu à nos portes, 50 ou 40 m. homincs de part ou d'autre. Cela ne sera-t-il pas honneste à voir?
Si vous estes en peine de ceux qui informent Mme dé Longueville (49) de ce que vous escrivez, sachez que Viole (100) le peut faire, et pour les autres instructions vous connoissez les résidents dé (49).
Les présidents au mortier qui croient que là Teste dé l'hostel de ville ne s'est faite que pour eux et qu'ils courroient risque de leur vie s'ils demeùroient, se sauvent travestis. Les P. P. de Norion et Le Cogheux sont sortis, M. de Beaufort a escorté le mareschal de Lhospital jusqUes hors les portes, de peur du scandale. Ceux qui se sentent Un ^en malades çlu MazaHn tirent pays ; enfin les suspects pour là pluspart^ n'attendent pas qu'on les chasse, etc. (Voy. supplément.)
No 6. — 31 juillet 1652, à dix heures du soir.
Dans un temps où il sembloit que nos affaires ne faisoient qi!e prospérer, el que Ton voyoit tout Paris bien uni^ la mauvaise Torlune est venue troubler toute nostre joye, et la mort de M. de Nemours, qui fut bier tué en duel par M. de Beaufort, a donné la dernière affliction à cette cour. Ce Prince est généralement regretté de tout le monde, comme un des plus braves et des plus accomplis qiie Ton ait jamais veu ; ms^is il est généralement blasmé d*avoir poussé à bout M. de Beaufort. Une nouvelle de cette importance mérite bien que vous sçacbiez toutes les circonstances, et je ne sçay si on vous les mandera si exactement que je veux faire. Vous avez sceupar mes dernières lettres que depuis la déclaration de M. le Chancelier, pour ce party, on avoit icy formé beaucoup de contestations mal fondées pour les rangs, et que les princes qui disputoient la séance à M. le Chancelier n*estoient pas d*accord entre eux. M. de Nemours pretendoit passer devant M.. de Beaufort; M. de Rieux, M. de Beaufort devant ces deux-ci. M. de Bieux croyoit qu*on faisoi injure à la maison de Lorraine de luy contester le pas. M. de Ntmours, qui ne pouvoit cacher Taigreurqueln contestation de M. de Beaufort luy causoit, s*emportoit contre luy estrangement et en parloit en des termes les plus outrageux. du monde. M. le Prince avoit tanche de Ûecbir M. de Beaufort , et ce que je vais vous dire est tout à fait particulier. S. A., voyant que les raisons qù*elle alleguoit ne pouvoient le persuader, elle crut le toucher par rinterest du party en luy disant que si M. de Nemours ne jouissoit en cette rencontre des avantages qu'il croyoit luy estre deus, il pourroit sortir de Paris et se raccommoder avec le 5iazarin. M. de Beaufort luy dit que ce party-cyne seroit pas plus foihle quand il Tabandonneroit , ni cehiy du Cardinal plus fort quand il s'y jelteroit. Cette opiniastreté n*estoit pas seulement
fondée sur la prétention de rang , mais sur le souvenir que M. de'Bcaufort conservoit du mauvais \raittement qu*il avoit receu de M. de Nemours à Orléans, dont il fut très-indignement traitté, et appelé cent fois: infasme poltron, et homme sans honneur. Quoyque cette, querelle là eust esté accommodée par Mademoiselle, néanmoins amictliareconcilatapiaga mal sadala. L'un avoit toujours conservé quelque reste de mépris , et l'autre quelque ressentiment. Enfin, cette occasion dernière ayant rechauffé M. de Nemours, bienqu*il eust donné sa parole à M. le Prince de n'en faire point porter à M. de Bt^aùfort, il le lit appeler par le marquis de Villai*s, qui d'abord luy fit bien des remontrances sur l'importance d'uhe telle action qui n'avoit point eu d'exemple. Mais ce fut vainement. La partie fut lice; mais parce que M. de Beaufort avoit quelques gents auprès de luy lorsque Villars luy fit l'appel, etqu'il luy eust esté impossible de s'en desfaire, il les engagea dans le combat, de sorte qu'ils furent cinq contre cinq Le rendez-vous fut dans la place des Petits- Pères, proche du marché aux chevaux. M. de Nemours, à cause de la blessure qu'il avoit reçeue à la porte de Saint- Anthoine , voulut se battre à coups de pistolet à pied. Il en Ot porter sur le lieu et des espées, et M. de Beaufort les prit de sa main. M. de Nemours avoit de son coste Villars , Dusesche , Campan et La Chaise; M. de Beaufort avoit du sien le comte de Bury, Iléricourt, Brillet et de Ris. M. de Nemours tira son pistolet le premier, il brusla les cheveux de M. de Beaufort, qui , tirant presque en mesme temps, luy donna tout au travers du corps. Ce coup ne l'empescha pas de reprendre Tespée ; mais comme il voulut s'advancer, il tomba sur le visage. H. de Beaufort courut pour séparer les seconds : Campan avoit donné un coup d'espée au comte de Hury, du Sesche avoit blessé d<) Ris. Brillet avoit desarmé et blessé La Chaise, de façon qu'il arriva presqu'en mesme temps que M. de Beaufort à Villars, qui avoit donné d'un coup, d'espée à Heriçourt , qui nonobst9nt en estait
122 LE GABIIIET HISTORIQUE.
Tenu aux prises; Briliet dit que puisqu'il avoit fait ce maudit appel il faUeit le tuer. M, de Beaufort, après Tavoir mal traitté de paroles, dit qu'il meritoit bien qu'on ne luy iist point de Cartier. Villars respondit qu'il n'estoit pas malaisé à trois d'en tuer un, mais qu'il se delfendroit bien des uns après les autres. M. de Beaufort se contenta de luy faire rendre l'espée et aux autres seconds (I), Cependant H. le Prince ayant esté adverli que ces Messieurs estoient partis pour se battre, sortit des Tbuiileries tousjours courant ; il monta en caresse ; son cocher estoit ivre qui ,luy pensa faire rompre le col ; il jette Son cocher hors du siège et fait monter un yalet à sa place; il fait toucher à toute bride, mais il n'arriva sur le champ que comme l'affaire estoit achevée. Notis sortions de chez M. le comte de Bethunes, MM. de Belesbsjt, de Groissy et moy, et pour aller chez Renard nous avions commandé au cocher de passer par- devant le logis du Mazarin,pour
(1) L*abbë Viole, flrère du président, raconte ainsi le duel dans sa lettre à Lenct du 31 juiUet :
« Vous vous souvenez bien que je vous mandois qu'il y avoit quelque contestation sur la préséance : cela rarraiscbil à M. de Nemours Vaversion qu'il avoil conservée pour son beau-rrère, le croyant tout à foil lasche et hors d'espérance qu'il voulusl se battre. Il luy fil faire l'appel par M. de Villars, et comme M. de Beaurort estoit à l'hoslel de Montbazon, Mnae de Monlbazbu vit qu'il y avoit quelque chnse ; elle en adverlit M. le comte de Bury pour y donner ordre, ce que voyant M. de Beaurort, il dit à ceux qui estoient avec luy qu'ils Tussent de la partie; l on en alla advertir M. de Nemours qu'il y avoil du monde au nombre de cinq, donl il ne se pouvoit deraire. Il prit qualre de ses doiiiesliqués avec M. de Villars, et sans que personne les arrestast, ils furent tous au marché aux chevaux. En passant devant Mme de Cavoye, ils luy Qrent compliment et dirent qu'elle en au< roit le plaisir. M. de Nemours tira son coup de pistolet qui brusla les cheveux de M. de Beaufort, puis meltant la main à l'espée, M. de Beaufort luy dit : Ah ! mon frère, que voulez-vous faire ? M. de Nemours luy repartit qu'il en falloit mourir : et portant son coup d'espée , il blessa M. de Beau> fort au doigt, ce qui fit que deschargeant son pistolet, il porta au-dessus de la mammelle gauche dont il fut tué roide. Des seconds, il y a Hericourt et le comte de Bury blessés à mort. L'on porta le corps à Thostei de Condé. M. le Prince en est au desespoir, et si fort qu'il fallut le souslenir. M. de Beaufort s'arrache les cheveux et ne veut veoir personne, etc. •
yeoir si l'on vendoit ces meubles. Cpinine nous fusmes près de la petite place qui respond à la rue qui va aux Petits-Peres, j'apperceus M. le Prince à pied, qui s'appuyoit sur un gentilhomme, comme une personne aflbiblie à mort et hors d'elle. Je jettay la portière bas pour courir h luy* D'abord il me cria : « Le pauvre M. de Nemours est mort; il vient d'estre tué en duel par M. de Beaufort. Et puis il se jetta dans notre caresse , en mesme temps celuy de M. de Nemours passa : à ce spectacle , il pria qu'on Femmenast, Comme nous estions près de la rue de Saint*Honoré, le caresse de Son Altesse arriva et les comtes de Fiesque et de Fontrailles , le marquis de Rochefort et Cbavagnac qui avoient eu ordre de Monsieur de courir après ces Messieurs. Son Altesse remonta dans son caresse, et nous la suivismes afin de voir quels seroient les sentimens du peuple. Je vous puis asseurer qu'ils estoieot favorables pour M. de Beaufort. On apporta le corps du mort à rhostel de Condé, et ce furent des cris espouvantables que jetterent ses officier9 et ceux de M. le Prince. Mme de Nemours apprit cette mauvaise nouvelle d'abord par les cris de ses gens. Elle tomba évanouie ; Mademoiselle et M. le Prince l'allerent visiter, et, sans mentir, Son Altesse estoit touchée tout autant qu'elle peut jamais l'estre. Le corps n'a pas esté montré en pa*^ rade. Demain on fera des services , et peut-estre mesme qu'ils se feront sans cérémonies. ^Aujourd'hu y il est arrivé au palais d'Orléans une autre chose qui ne vous surprendra pas moins. M. de Rjeux avoit çu quelques paroles avec M, de Tarente sur ces maudites préséances : M. le Prince avoit pris la parole de H. de Tarente, M, de Hohan celle de M. do Rieux. Ils ne dévoient point se parler dans l'accommodement que Son Altesse Royale devoit faire. Cependant le comte de Rieux , poussé par quelque humeur brutale, a voulu parler à M. de Tarente ; M. de Tarente, qui est fort sage , n'a fait que regarder M. le Prince , et comme Son Altesse Royale les a voulu faire embrasser, le comte de Rieux s'est retourné. M. le Prince luy a dit qu'il manqiioit de respect
à Monsieur : il a répliqué que personne ne luy apprendroit le respect qu'il devoit à Son Altesse Royale. M. lé Prince luy a reparty qu'il s*einportoit ; il a respondu qu'il voyoit bien que M. le Prince portoit plus les interests defM. de Tarerite que les siens. M. le Prince luy a dit que cela esloit vray. Alors il kiy a parlé fort insolemment , et dit, en faisant un geste de la main fort imperie4]x, qu'il ne seroit jamais son serviteur. M. le Prince , ne pouvant souffrir rimperlinence du Principion, luy a donné un soufflet à tour de bras; le cadet Lorrain a voulu resposter, mais il n'a frappé qu'à Tespaule Son Allesse, et en mesme temps il a voulu mettre Tespée à la main , pour tuer M. lé Prince qui n'avoit point d'eépée. M. le Prince s'est jette sur luy, luy a saisi la garde de son espée , et a adjouté au soufflet quelques coups de poing et de pieds. M. Viole, qui s'est trouvé assés près, a fait quelques impositions, à ce que l'on dit (1). On a retiré le comte de Rieux, et M. de Rohan Ta fait entrer sur la terrasse. Cependant M. le pnnce (]e Tarante demandoit une espée: il a voulu prendre celle de M. de Migennes qui entroitdnns la galerie. Il n'a peu s'en saisir; mais M. le Prince luy a tirée fort adroittement et a couru en mesme temps du costé de la terrasse ; M. de Roban s'est mis devant la porte après l'avoir tirée: Sou Altesse Royale, qui s'estoit retirée au commencement du demeslé, est accourue, a envoyé arrester le comte de Rieux, qui a rendu son espée à M. de Rohan, et l'a envoyé à la Bastille. M. le chancelier, qui estoit au palais d'Orléans, a dit qu'il ne falloit pas beaucoup de temps pour faire le procès au comte de Rieux : que pour avoir voulu tirer l'espée contre un prince
(1) Dans la lettre suivante, du 4 aousl, Marigny ajoute : « J*ay peur que rafTaire du comte de Hieux n'en attire quelque mauvaise au Présid. Viole. Car il . est certain quMl frappa le Prince lorrain et qu'il crioit dans la galerie* Un baston ! un baslon ! pour M. le Prince. Le Lorrain Tentendit comme tous les autres , et il ne lui promet pas de fuibles recpnnoissances. »
de sang royal il meriloit d^avolr la teste coupée. Cependant , M. le Prince, dont la générosité n*a point de bornes, traitta cette affaire comme Temportement d*ua brutal , et a solliéité ce soir sa liberté auprès de M. le duc d'Orléans , qui ne Ta pas voulu pourtant accorder. Cecy paroist d'une conséquence si dangereuse à Marigny qu'il a dit , il n'y a pas trois heures, à M. le Prince, que véritablement il ne voudroit pas solliciter la mort de qui que ce fust , mais qu'il seroit d'advis de laisser condamner le comte de Rieux et puis de luy faire grâce. Bien en a pris à ce Lorrain qu'il ait esté mené vistement à la Bastille devant que le peuple ait esté adverti , car il eust esté déchiré. Pradines, lieutenant des gardes de Monsieur, qui l'a conduit , dit qu'au retour le bourgeois disoit qu'il falloit le mettre en pièces. En sortant du Luxembourg, le comte a dit aux gens qui estoientà la porte qu'on l'avoit voulu assassiner, qu'on le menoit en prison parce qu'il avoit visité M. de Beaufort, et que ce dernier seroit bientost empoisonnez si les bourgeois ne prenoient {^rde. Il n'est pas nécessaire de vous faire des commentaires sur ce discours, vous en comprendrez assez la malice.
Quand j'avois commencé à mettre la main à la plume, il n*esloit que dix heures. Mais depuis, S. A. est arrivée ; elle m'a commandé de soupper avec elle, il en est deux après minuict. Voyez si vous ne nresles pas bien obligé de vous faire une si longue lettre. Failes-en part à M*"* la Princesse et aux personnes que vous sçavez. Vous estes trop de mes amys pour ne pas vous dire encore ce que l'on a fait au palais ce matin. Dans la dernière assemblée de l'hostel de ville, on arresta de prendre sur les maisons la demie taxe de Gorbier qui montera à huit cent mille livres, pour la subsistance et pour les revenus des trouppes. Le Parlement, sans s'arrester au premier arrest qu'il a d^a donné pour lever la taxe sur les boues, pour parfaire les 50 m. escus pour la teste de Mazarin, a ordonné que ceste Fomme serait prise sur les premiers deniers qui seroient levés.
en conséquence de la taxe dont on est convenu datis Thoslel de ville. On est fort échauffé contre le Vilain. Il Tait une compagnie de hallebardiers pour ràccotnpdgtiér ; cependant il y a des geiis qui sont reisolus d'en délivrer lé monde. Dieu les bénisse ! Je suis fasché de finir ma Ietti*e par tine nouvelle qui ne vous affligera pas'moins que celle qui est au commencement. M. de Bouillon' est à Textremité. Langladë, s^n secrétaire , sort de céans^ il y a deux heures qu'il a dit à S. A. ce que je vous mande. Il est venu quérir le médecin des Foùgerets. Il ajiprehende de ne pas trouver en vie sori màistre lorsqu'il arrivera à Pônthoise. Le màreschal de Turenne est venu à la cour pour le veoir ; il n'a pas eu grand chemin à faire, car ses trouppes sont près d'icy : aussysont loin celles de Fuensaldagne, qui aveo celles du duc de Lorraine montent à 24 m. hbmnies effectifs. Cette armée-là n'est pas loin de la Ferté Miloii ; celle des princes est retournée à Saint-Cloud. Le Maîârin, fiour ètnpeschèrla jonction du duc de Lorraine et ^dur obtenir permission pour luy de traitter avec la cour, a offert à l'archiduc, Arràs et La Bassée, — Je n'en puis plus de sommeil. Bon soir, mon cher patron, aimés-moy toujours et mandez-moy des nouvelles de vos cours et faites bien la mienne. { Voy. XI , p. 23.)
( La suilé au prochain numéro. )
REVUE TniHESTBlELI.E.
Lorsqne', dès les premiers mois de l'année IRMtDODg avons cher' diéà réaliser l'idée depuis longlemps conçue du Cabinet hUioriqut, nous espérions bien rencontrer les sympathies des gens de lettres e[ nous avions la ferme conHance que nous répondions à nn besoin réel. Hais nous ignorions qu'au moment même où nous avisions aux moyens d'exécution, le Congrès iriejilifiqot éloit sons la préoccupalion d'une semblable pensée. L'Ànnuare de l'Intlilut de» protinces, qui vient d'être mis en vente, contient ce compte rendu qu'avec la permission de M. de Caumont, l'illuntre directeur- fondateur des Congre! tcieniifique», nous reproduirons ici, comme l'encouragement le plus flatteur que le Cabinet historique pût recevoir.
BiincE Bv 21 HABS 1854. •
Présidence de M. le comte de Mtllet.
.... Les qoestions suivantes sont mises en discussion:
■ Quels seroient les moyens de faire connoitre aux personnes qui s'occupent en province d'archéologie et d'histoire locale, le^ prindpaux docnments manuscrits, relatifs à leurs éludes, qui existent dans les bibliothèques de Paris et les grands dépftts du gouvernement ?
■ Ne seroit-il pas utile de publier, en faveur des értidits qui n'habitent pas Parb, ime sorte de guide pour diriger les recherches an milieu du dédale de ces collections, et pour suppléer à l'absence des calalogues? Faire connoitre, dès à présent, les principales séries où
128 LE CABINET HISTdRIQtE.
Von peut plus nlilement fuire des recherches, telles que la collection de Bozf , celle de Gaignières, les manuscrits Lancelot, ceox de Dachesiie, la collection généalogique de ClairambauU» le recueil topographique du cabinet des Estampes. — Signaler les collections analogues qui existent dans les bibliollièques de province, les manuscrits relatifs à la féodalité, à la topograph e pittoresque, à la biographie locale, les collections d'anciens plans et de portraits*
» Les sociétés savantes et les administrations des bibliothèques des départements ne feroient-elles pas bien d'entreprendre la transcription des pièces relatives à leur circonscription qui, conservées à Paris, sont hors de la portée des savants qui travaillent en provinee? Ne seroit-ce pas une etcellente œutre de déeehlralisatioti?
» Indiquer les moyens de Rendre plus utile pour la province, les inusées, les bibliothèques, tes dépôts d'archives, les collections de toute espèce que l'Etat réunit à Paris. Signaler les inconvénients, actuels, indiquer les améliorations désirables : — perfectionnements dans rorganisatioih , classement, publication des catalogues; Ces questions^ qui s'enchaînent naturellement et ne pdurroient être séparées, sëUt hifses à Vordrë du Jour. »
Ces questions, posées au Congrès, donnèrent lieu à de longues et intéressantes discussions auxquelles prirent part MM. Raym. Bordeaux, Ducbatellier, Dubois (de la Loire-Inférieure), de Robiano, hiolleti^Pernot, Mabul^ de Cbennevières^ de Linas, de Bonis, de Caumonl et quel((ues autres : elles sont reproduites dans VAnntiaire que nous avons cité et, pour plusieurs raisons, nous j renvoyons le lecteur. Il nous suffira de dire que les diverses solutions proposées * pour atteindre le but furent successivement rejetées comme impraticables, et que suivant la coutume, une commission fut désignée pour étudiei' â nolivedu la question et présenter à la session de 1^5 de noiltdlës conclusions.
AUX Aiêiieê êcienîifiqUeê de la Marne, dont i^énd également compte le même jénnumn^ et qUl s'ouvrirent à R^litis le 26 Juillet dernier, une discussion s'enlama sur le même sujet, fortnulé éé cette manière par les questions septième et huitième du programme: « Quels seroient les moyens de faire connoitre aux personnes qui 8*occupent, en province, d'archéologie et d'histoire locale, les principaux dôcumeuts manuscrits relatifs à leurs études, qui existent
dans les bibliothèques publiques on privées et dans les grands dé-* pots du gouvernement? Quels sont les moyens de rendre plus utiles pour les départements, lés musées, lès bibliothèques, les dépôts d'archives, tes collections de toute espèce? n
A cette date, le prospectus seul dd Vahinèthiêlorlque étoit lancer il devint l'objet de l'attention des membres présents, et Tordre du jour fut prononcé sur 1e$ deux questions après que M. de Barthélémy, par l'organe de M. Sellier, eut déclaré que \ Office correêpondance et la Jievue du Cabinet historique, réalisées dans les termes même du prospectus, éloient de nature à répondre victorieusement anx deux questions du programme.
Nous ajouterons que, dans sa septième session ouverte à taris,' le 20 mars dernier, le G^p^ès des Délégués des sociétés savantes, sur l'exposiiion à liii faite dti f lan et du but de notre double entreprise, a par l'organe de M. de Caumont déclaré que la création du Cabinet histùriqUe étoit la véritable solution dés questions soulevées depuis lOflgtettips et restées jusqu'à <;é jour Insolubles. En conséquence, Messieurs, les meibbres présents,' en adressant leurs remerciements àTéditeur du Cabinet historique, ont promis à l'œuvre, avec la sympathie de tous les gens de lettres, l'appui du congrès et l'adhésion des sociétés savantes dont ils sont les représentants.
{Séance du 25 mars 1835.)
Api*ès ces eticoiiragefïientâ donnés à notre entréprise, qu'il tiotts soit permis de placer ici l'expression de notre respectueuse gratitude envers M. le ministre de l'instruelion publique et M. le tiinistre d'Etat, dont nous avons reçu les lettres suivantes :
MINISTERE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE ET DES CULTES.
Paris, le 6 février 1855.
Monsieur, vous m'avez fait Thonneur de m'écrire pour m'annoucer Tenvoi des deux premiers numéros du recueil que vous publiez sous le titre de Cabinet historique de lA Fiance, ie mVmpresse de vous accuser réception de ces numéros et do vous en remercier.
Je Totis informe en même temps que^ pour répondre à votre désir, j*ai souscrit, pour Tannée 1855, à cinquante exemplaires
IdO LE CABINET HISTORIQUE.
du Cabinet historique. Je vous prie de vouloir bien faire déposer les exemplaires au dépôt des souscriptions de moxi ministère au fur et à mesure de leur publication. Recevez, etc.
Le ministre de l'instruction publique et des cultes,