XXVI. — BUSSY-RABUTIN
Voici deux lettres Inédiles, l'nne du célèbre Bussî-Rabulin, Taulre de son fils. Elles sont toutes deux écrites du château de Bussy, près Sainte-Reine (cantou de Flavigny). Roger de Rabulin, comte de Bussy, né à Epiry en Nivernois, étoit, comme on sait, d'une des meilleurs familles de Bourgogne. On connoit assez son histoire, celle de son livre et de ses infortunes. Son plus grand malheur fut de passer sa vie dans ses terres, exilé^e la cour. Ni les jouissances du luxe, ni Tautorité que donne un nom, ni l'estime et le commerce d*amis illustres et dévoués, ni la culture des lettres qui console de tout, ne purent apporter de soulagement aux regrets, aux peines cuisantes de sa disgrâce. Toutes les prières et les supplications, toutes les démarches et humiliations, Bussy y eut inutilement recours pour rentrer en faveur. La plupart de ses lettres, pour ne pas dire toutes, sont empreintes de ce sentiment de chagrin, de ces alternatives d'espoir
et de découragement auxquelles il ne cessa d*èlre en proie. Celle qui suit est conforme à ses habitudes d'esprit et de langage. Exilé en 1665, Ofut cependant rappelé en 1682, après dix-sept annéesd'éloignement: mais ce rappel ne fut point pour lui le retour des bonnes grâces du maître. La froideur de Louis XIV^ à son égard, lui fit comprendre qu'il ne lui resloit d'autre parti que de relourner en Bourgogne. Bussy y mourut en 1682 et fut inhumé en l'église de N.-D. d'Autun. On voit, par la lettre de son fils, que ce caractère des Rabutin, si hautain a?ec les inférieurs et si souple avec les gens de pouvoir, n'a point dégénéré et s'est religieusement conservé dans la race. Le génie de l'auteur des jémoun de$ Gaules ^ est tout entier dans les compliments si humbles du fils pour le contrôleur général.
LE COMTE DE BUSST RÂBCTITi AU RETEREND P...
A Bussy ce 23* novembre.
Je vous ay proposé de faire agir l'homme que vous savés pour mon retour, sur ce qu'on m'avoit mandé qu'il parioit bien plus d'affaires à son maitre que ne faisoit son prédécesseur, et que TOUS eliès son bon amy: mais je voy bien que cela n'est pas tout à fait comme on m'avoit mandé et je n'en doute non plus que si je le savois par moy même : le grand soin que vous prenès de me persuader est superflu, car je vous croy au premier mot^ mais il est le plus obligeant du monde, car il me fait voir l'envie que vous avés que je vous ayme et que je vous estime touiours: je vous assure, mon Révérend Pere^ que je suis bien la dessus au gré de vos désirs.
Mais pour reparler de mon retour et du dessein que vous avës d*en conférer avec madame de Scudéry, je vous diray que cela me peut être fort utile. Vous avès tous deux de l'esprit , des amis, et bien de l'amitié pour moy : il y a peu de choses à quoy Ton ne réussisse avec tout cela. Aidés moy donc, mon Révérend Père, depuis notre liaison j'ay plos d'envie de retourner
que je n^arois auparavant et j'attends de grandes douceurs de nos conversations. Cependant enroiès moy des fi^agmens de tos refleclions: rien ne me paroist plus naturel et d*uA plus beâii naturel que ce que vous écrives.