LB COMTE DE BUSSY RABDTIN^ A M. DESHAREST CONTROLEUR
GENERAL DES riNANCÈS.
MonsieuK Tititei^ët dieLÎEtat eUtjuel votlg scavés â t}uel pdiht je suis dévoué autant que la recognoissance de rattachement que je vous dois ne me permettent pas de demeurer dans le silence sur le bruit de vostre restablissenient dans une charge que vous avez si dignement et si ùUlemeni exercée pour le salut du royaume, jusqu'à la mort de ce grand Roi. Vous scavés si je n*ay pas toujours préveu que Mgr. le duc d'Orléans éclairé et agissant par 6es seules lumières reviendroit a se servir des vostres, pour commencer ce grand et dirBcile ouvrage de Facquittement des deptcs de Testât. C'est dans cet esprit , monsieur, que j*ay toujours dit qu'il ne falloit pas de moindres talens que les vostres pour en venir à bout. J'ay même monsieur, recognu vos maximes dans tout ca qui s'est fait de mieux jusques icy, depuis vostre^ éloignement des affaires; ainsi que la nouvelle sur laquelle j'ay l'iionneur de vous escrire se trouve vraye ou non, j'auray toujours, monsieur, la fermeté de dire qu*on n'auroit pu mieux faire que de vous employer : et plein de ces sentimens je continueray d'estre toute ma vie avee un parfait dcTouement et un profond respect, monsieur, vostre trcS humble et très obéissant serviteur,
DUSST RABCtlN.
A Bussy près de Reine en Bourgogne, ce 28 juillet 1716. En tête de la main de Desmare$i^ rep. le 8 août 1716.
BOURGOGNS* 177
XXTK — LES JETONS DÈS MAlllKS tiB DtiON.
On eonnatt la célébrité des jetons des maires de Dijon qui, dans les collections des numismales, ont pris leur place presque à c6té dea médailles contemporaines. Nous signalons, dans celte livraison, le recueil que dans ce genre avoit ébauché Gaignièrès èl Ton sait lé parti qu*ont tît*é dé ces sortes de pièces M. Rossignol dans son ouvrage des Libertés de U$ Bourgogne, et M. Fontenay dans sa Nou^ velii Hûék ûf9 JeionÈ. CM^ teltre donne une Idée du tè\t (tue Gaignièrès meltoit aux recherches, à Taide desquelles il est parvenu à former ce riche cabinet qui est encore l'un des plus beaux fleurons de la Bibliothèque du Roi, aujourd'hui Bibliothèque impériale.
À ilbf<dtfet]A ^K éâlGNlÈRES, ▲ l'hôtel bE iStlISE.
A Dijon, ce 26 aoust i690.
Voas aurez pour advis^ monsieur, que suivant votre lettre da 15 court, jt) remis jtmdj^ dernier au carrosse de Dijon a Paris, un i>eiit paquet de jetions cacheté en trois endroits dans lequel il y a quinze Jetions, dont quatorze sont des maires de Dijon et un des Estais. Ce carrosse arrivera mercredy pro^ ebain, vous aurez soin s'il vous ^l^ist de k retirer....
le vous ay envoyé les noms des maires de 1 5U0, 1 59 1 et 1 592, 11 ne ée trouve point 9e jetions de ce maire qui est Estienne Bernard, 1594. — Je von» en ay envoyé le nom et je vous eh ay Mvoyé de ceux auquel finit M. Robctt. le vbus ay mandé que je n*avt)î§ pas tous les maires de te siècle, îi*ayant pas escrit leur eslection, parceque je me promectois les tirer des re* gistres, ce que j'espère faire dans quelque temps, Dieu aydant : car nous avons un honnête maire ceste année, et je puis dire que depuis cinquante sept ans que je suis par taa jeunesse habitant de Dijon, il n'y â point eu tant de joye et d*affection
a eslection à donner sa voix à maire qu'à celui cy. J'ay demandé à son devancier plusieurs fois son jetton, je n'en ay pu encore avoir un pour vous : je luy en feray encore la demande et continueray à chercher ce qui vous plaist, et à vous continuer mes services comme estant, Monsieur, votre très humble et très
obéissant serviteur,
Faluot.
A monsieur de Gaignières à Thôtel de Guise à Paris.
XXYII. — LA QUERELLE DES TINS DE BOURGOGNE ET DE CHAMPAGNE: BEAUNE ET BIBRACTE.
Nous sommes de ceux qui gardent pieusement le culte de nos pères pour les produits savoureux de la Bourgogne, et qui pourtant leur donnent volontiers pour concurrent le jus perlé des coteaux de la Marne ; mais sans arrière pensée de domination ou de supériorité quelconque. On ne se monlroit pas si tolérant au commencement du xviii^ siècle, qui n'entendolt encore rien à Téclectisme. La Bourgogne et la Champagne prirent les armes, et contestèrent du prix de leurs vins à grands coups dé dithyrambes, de satyres, de thèses et de bi;ochures. Du côté des Bourguignons, il faut citer le professeur Bénigne Grenan, Bern. de laMonnoie et les deux frères H. et J.-B. Salins, de Beaune, docteurs en médecine à Dijon de par la faculté d'Angers.— Coffin, professeur au collège de Beauvais, répondit aux vers latins de Grenan par une ode qu'il dédia au conseil de ville de la cité rémoisci qui remercia Fauteur par l'envoi de quatre douzaines de flacons de vin gris et rosé, Coffm, charmé, dianta victoire:
Par un si beau présent on vide la querelle, Mettez les armes bas, Bourguignons envieux!
Et confessez que Tode la plus belle
Est celle que l'on paye le mieux.
Le 5 mai 1700, un jeune médecin, M. Lé Peschenr, a?oU soutenu devant MM. de la faculté de Reims, une thèse « sur la prééminence dn du goût et de la salubrité du vin de Champagne sur le vin de Bourgogne. » Le docteur Salins y répondit en publiant \me.Dêfen$e du Pin de Bourgogne contre le vin de Champagne ^ par la réfuta^ tation de ce qui a été avancé par l'auteur de la thèse simtenue aux écoles de médecine de Reims^ le 5 mai 1700. Cette défense obtint uu snecès colossal à Beaune et lieux circon voisins. Le Pescheur re« pliqua : sa lettre insérée au Journal des Savants, 1706, est un petit morceau plein de sel et de gaieté; Salins s'en vengea par une cinquième édition de sa dissertation. Le Pescheur continua de harceler son adversaire dans une Réponse à la cinquième édition de M. de Salins Vatné, nouvellement imprimée à Beaune. Salins l'ainé ne se tint point pour battu. Aidé de son frère, Hugues de Salins, il se remit à l'œuvre et prit la municipalité de Reims à partie. On recherche encore aujourd'hui sa Lettre écrite à un magistrat du premier ordre^ pour réponse à un docteur rémois auteur d'un libelle diffamatoire^ par deux lettres qu'il a écrites contre V honneur et la réputation ékê vins de Beaune (Paris, 1706, in-4<^). La querelle, comme on voit, s'était envenimée. C'est en ces circonstances que, pour faire diversion, Hugues de Salins qui avoit pris si fort en main la cause de son frère et la question elle-même, se mit à publier successivement deux dissertations sur l'antiquité de la ville de Beaune, 'sa patrie, ou plutôt sur Tancienne Bibracte des Commentaires de C^r. Voici leur titre: «i Copie de la lettre de M. de SeUins^ écrite à un de ses amis, servant à réfuter V extrait de la dissertation de M, Moreau de Mautour sur la ville de bibracte. Dijon, 1708, in-Sf*. » — Lettre du même à un de ses amis, contenant ses réflexions sur une dissertation historique au sujet de Vancienne Bibracte, composée par un anonyme, imprimée à Paris en 1706, chez Pierre Cot.—k Beaune, 1709, in-12.
L'anonyme réfuté étoit le P. I^mpereur d'Epernay, célèbre antiquaire, dont le Journal des Savants et le Journal de F'eréun nous ont conservé quelques précieuses dissertations. Le P. Lempereur n'étoît pas homme à se laisser battre, fût-ce par deux Bourguignons. Nous avons entre les mains l'autographe de sa réplique, quelque peu verte: nous la publions-ici, car nous la croyons inédile; la mort des deux frères Salins, arrivée vers cette époque (le 18 février et le 28 septembre 1710), ayant sans doute mis fin à la querelle^ Ici, comme pour la lettre de l'abbé le Beuf, nous ne sommes qu'éditeur, tout au plus responsable des erreurs typographiques. Nous
gisons cette réserve et pour cause. Uétymolo^ie auelqne peu fallole que doane l'auteur du mot Beaune, nous paroit sujette à caution. -^ Nous ne savons ce qu'en pensera le savant auteur de la nouvelle Jàiitaire de la viik de BeaUne... Nous ne voulons point d'aflàire personnelle avec le vengeur des droits de Saint-Antoine !
LE p. LBMPEREUR AU F. DE T.
Mon Beverend Père ,
Lors qu'on me manda il y a quelque temps c^ue H. Salins écrivoit contre rady, je crus que sa colère coptre le yit\ de Champagne alloit se répandre ^ur tous le$ Cf^i^ippepois, ç{ que je serois la première victime immolée à son amour pour le vin de Beaune. Je me souvenois en efifôt de m-estre un peu déclaré en faveur du Médecin de Beims ; d'avoir dit que de tou^ tempf les gens de bon goût avoient aimé )e vin c|ç Cfi^n^p^gn^ e\, qqp Louis XI, François i'% Charles-Quint, Henry huitième, Léon S et Henry IV, avoient une maison à Ay et un pourvoyeur pour fairpleur provision de vin. J*avois ajouté çe^ne semble quçi le gpùt n'avoit point changé , qu'on accourait encpre 4UJQurd*))ui au vin de Champagne de tous les endroits de l'Europe, que la meilleure cuvée de vin de Bourgogne ne se vendpit pas si elier qu une queiie de vin d'HautvilIers, et c^ue popr faifa hc(u$ser leur via de prii, les Bourguignons p'avoient pas trouvé d« meilleur moyen que de le façonner à la champenoise.
J'avois même un peu plaisanté sur les médecins qui avec un alambic se veulent rendre le^ arbitres du hpi^ goût, et surlQ inotif qu'apporlpit mqus. Salinç pour décrier le vin de Champagne en publiant qu'il étoit nuisible aux goûteux : par ia mesme raison, disois-je, il faut décrier le vin généralement, car
jl est nuisible à tous ceux qui ont la fièvre : et comme je sca- Tois que tout celii avoit pu estre rapporté à M. Salins, je craignois qu*il ne Teut mis de mauvaise humeur contre moi. Mais c'est un bien aulre sujet qui a irrité sa bile. C'est que j*ai osé faire une dissertation pour montrer qu*Autun étoit Le Bibract$ des anciens ! Je ne me suis pas souvenu qu'il y a dix ans que M. Salins travaille à démontrer que c'est Beaune sa patrie qui est l'ancienne Bibracie, J'ay tort, il est vray : je de vois respecter les sentiments et les intentions d*un ancien Docteur en médecine, et Secrétaire du Roy en la Chambre des Comptes, du comté de Bourgogne! Mais M. Salins n'a-t-il pas tort luy mesme, comme luy reproche M. le président deSaint-Vallier, de laisser dans l'obscurité une pièce qui doit répandre sur sa patrie une gloire ^ue rien ne pourra jamais effacer ! En vérité tout Beaune devroit contribuer è l'impression de cet ouvrage, et pour moy je suis résolu, en attendant qu'on l'imprime, pour réparer le tort que j'ai fait à M: Salins, d'en donner un abrégé.
Cet ouvrage a deux parties : dans la première M. Salins en homme prudent ruine toutes les opinions contraires à la sienne, «et dans la seconde il l'établit.
Il montre donc d'abord qu'Âutun et Bibracte étoient deux vjlles différentes, parce qu'Autun s'appeloit du temps de César jEdua^ et il le prouve par l'authorité du sieur Ladpne, très dévot chanoine et très médipcre poète de la ville d'Autun, qnJEdua étoit la capitale des iËdûens et que Bibracte^ quoique ville considérable, n'en estoil pas la capitale ; et une preuve incontestable, c'est que César l'appeloit oppidum et non pas civitas qui est le nom propre des capitales; et parce qu'on luy avoit dit que César avoit parlé de Bibracte comme de Besançon, capilalle des Scquanois, il répond hardiment que Besançon ne fut jamais la capitalle des Séquannois, quoiqu'il le suppose ailleurs en disant que la disposition des provinces ecclésiastiques suivit la disposition des provinces civiles. Après
avoir dérait ceux qui veulent qu*Autun ait succédé à Bibracte, M. Salins fond sur ceux qui osent assurer qu*el!e étoit située sur la montagne de Bevran et prétend les avoir défaits à platte couture en disant qu'on ne trouve à Beauvay aucun vestige d'antiquité. Cependant il n'en scait rien, car il n'y a jamais esté, puisqu'il en parle comme d'une montagne d'une hauteur prodigieuse et fendue en deux par un.grand chemin ! — Chargé des dépouilles de ses ennnerois sur les débris de leurs opinions, M. Salins établit la sienne et nous assure que c'est Beaune qui a succédé à Bibracte.
La raison qu'il en donne; c'est que Bibracte étoit une place ou se faisoient les assemblées des iEdûens : or parmi les villes iEdùennes, il n'y en a point de plus commode pour cela que Beaune, parce qu elle est le centre des villes iEdùennes. M. Salins prouvera difficilement ce paradoxe à ceux qui scavent qu'à trois lieues de Beaune on entre dans le pays Lingonois.
Il prouve ensuite .sou système par l'aulhorité de Junius £ulingenes et Dinoth^ et mesme pour celle de M. Duçhesne qui écrit que Dijon et Beaune sont sœurs d'origine. Quand cela seroit vray, Beaune ne seroit que du règne d'Aurelien , ou, comme le veulent ceux qui aiment à reculer l'origine des villes, du règne de Marc Aurèle : elle n'estoit donc pas Bibracte qui est beaucoup plus ancienne.
Quand on demande à M. Salins quelques restes des monuments antiques, qui fassent voir que Beaune étoit cette grande et célèbre ville qu'on appeloit Bibracte, il nous promet de nous en donner une histoire : mais je pense que tout cela se termi« nera à la fondation de l'hôpital de Beaune par le présid. Raulin, car je ne vois rien de plus considérable en ce pays-là
Je veux pourtant ayder M. Salins à commencer son histoire, et pour cela je veux qu'il observe d'abord que Beaune en langage gaulois signifioit un creux. Ce qui me le fait croire, c'est qu'en certaines provinces de France il y a encor cette signilica-
tion, et Beaunette y signifie un petit creux ou un trou comme les boulins.
Cela supposé, voicy Forigine de Beaune : à l'endroit où elle est bâtie, il y avoit un trou dans un rocher ou une cave dans laquelle queiqu un trouva bon de se loger. A Tenlrée de cette grotte se sont formés par succession de temps des.maisons qui ont enfin formé une ville. Voilà votre origine, messieurs de Beaune. Aitendite ad pelram unde excisi estis, etc.
Hais nul ne doit avoir honte de Tobscurité de son origine, puisque tous les commencements sont petits... Ce qui doit faire la gloire de Beaune, c'est qu'il en est sorti ce qu'il en sort tous lés jours, de très honnestes gens : et ce qui la doit faire préférer à la plus grande partie des viUes du Royaume, c'est que tout y est bon; bon pain, bon vin, bonne eau, bon air, belle situation, beaux pâturages et bonnes gens.
Après cet éloge je me tiens réconcilié avec M. Salins qui est un bon homme et avec qui je ne veux point avoir d'affaires, ayant été toujours élevé dans la crainte de Dieu... et des médecins.
Je TOUS supplie de l'en assurer et de me croire, mon R. P., votre, etc.
XXV11I. TROIS LETTRES d'aLEXIS PIRON.
Le pays qui vit naître S. Bernard et Bossuet est aussi la patrie d'Alexis Piron. L'auteur de la Jfé^romamen'étoit-point, comme ces deux grandes lumières de l'église, issu de souche patricienne : Piron sortoit d'une officine d'apothicaire. Son père, dont à Dijon on montre encore la boutique (rue Berbisey), cuUivoit avQC amour et soecès la poésie Boorguignone. Les Noëls qui contribuèrent tant k
i84 X LE CABINET HISTORIQUE.
la réputation de Bernard de la Monnole, sont en partie rqpu?re d'Aimé Piron. On se trompe généralement dans l'idée qu'on sp /ait du caractère de son iils, dont le nom est, pour beaucoup, synonyme d'Epicurien effréné. A pari les trop regretlab'es indiscrétions de sa muse juvénile, indiscrétions qu'il a durement expiées, Alexis Piron étoit jovial, sans contredit, mais simple de cœur et tout entier aus affections de famillei un hopn^t^ l^omme enûi), qu^ Vindigence et Tinfortune atteignirent cruellement. Voici trois lettres de lui que nous fournit encore le cabinet de M. A. Leverdet. Piron avoit soixante ans quand il les écrivit. Elles nous semblent jeter une véritable lumière sur le naturel de ce célèbre écrivain, et Von eoippreqd mieux, après les avoir lues, la sincérité dçs regret^ consignés dsins le testament qu'il fit repieltre à TAcadémie : ^ Je lègue, * » dit-il, aux jeunes insensés qui auront la malheureuse démangeai- » son de se signaler par des écrits- licencieux et corrupteurs, je » leur lègue, dit-je, mon exemple, ma punition et mon repentijr it sinpère et public. 9- Piron, né en 1Q89, mourut au çQmmenceme^t de 1773, âgé de qqatre-yingl-qua^re ans.
i If. PIItpN, iPOTlCAI^E, AU BAS DU POURG, A DIJON.
Je n'en étois pas à mon dernier désastre quand je vous ecrivois, il y a dimanche huit jours, onze du courant. La 2' journée 4e notre aménagement icy, ma pauvre femme excédée de fatigues et de chagrin tomba' sans parole et sans connoissance et est restée cinq jours en cet état. Elle n'en relevé qu'avec une paralysie sur le côté gauche et, qui pis est, sur la langue. Jugez de mon afliction et de l'étrange embarras où j*ay été et où je mis noenacé d*être le rpste de mes jours. Cela n*e8t p^s exprimable, et tout cela pour nous être laissé gagner aux importunités d'un amy devenu tout a coup très riche, qui nous a tirés presque violemment de notre aqcienne habitation pour nous loger dans sop floa?ean palais et qui ^w jour précis m le à»fWT
clou fut mis $e trouva forcé encore plus violemment luy même de nous faire le plus mauvais compliment du monde. Cela se* roit trop ]ong à yous raco|[)ter. Je viens d*écrire ce tnste délail au P. de r Oratoire. Si vous en êtes curieux vous pouvez le luy demander : qu'il vous envoyé ma lettre, vous verrez combien notre bonheur quelque borné qu'il soit dépend peu de notre bonne conduite, et que quelquefois même elle est la source de notre malheur. Nous rendons ^urs^nt trente ans les services les plus essentiels à un homme qui le ressent tout au plus vivement. Il fait une fortune subite et brûle de nous la partager. En quinze jours de temps il m'arrache du sein tranquille d^ mes pénates, me coule 8 ou 9 cent livres c|e déménagement, cent écus de loyer tous les aDs d^ plus que je n'ay jamais payé ; et bien pis que tout cela m'ôte l'esprit, et la moitié du corps d'une pauvre femme à qui je dois iine garde qui me coûtera au moins 6 ou 7 cens livres par an. Reut-on rien de plus crue) et de moins mérité? Tout le monde en convient et compatit sincereipent à mon aftliction : mais vous le scavez comme moi : de 4iuoy cela guéri t*il? — J'ay touché les 1 00 f. que vous m'avez envoyés par la poste, et je vous en remercie; malgré le gouffre où je suis, ne vous incommodez en aucune façon pour achever le paiement : il me fera toujours plaisir en quelque temps qu'il vienne : mais je serois aussy trop malheureux si c'étoit là ma dernière ressource. Jeudy, c'est à dire demain, je fais mettre en bouteille votre ancien vin de Ghenove, et j*espere en boire enfin cette ««emaine.
Vous scavez peut-être, ou vous ne scqvez pas, que H. Bret est en prison h Vincennes pour une brochure qu'on luy impute et dans laquelle des personnes de grande autorité se tfouvei^t ofensées. 11 perd un solliciteur zélé en moy. La triste situation oà je mo trouve me rend cent fois plus prisonnier et plus mal* heureux que luy. Nos infortunes ne finiront-elles poigt? Ne boirons-nous pas qiutlque jour apsembte, vous et moy, à Cbe?
nove? Je Fespère bien peu ! Mais enfin, n'y a-t-il que les grands malheurs de possibles ?
Chez M, Alleaume^ no^*,^ rue de Condé, F, S, G,
Ce 21 may 1749.
AU MEME
Il n'y a point de repos dans la vie. Ma pauvre femme est re- «tombée dans son accident. Elle en relevé enQn pour une seconde fois, mais parfaitement muette, imbécile et paralitique. Jugés de ma douleur, de mes peines et de mon embaras : il ne falioit qu*une de ces trois choses là pour faire le malheur de sa vie et de la mienne : ce que j'ai soufert et dépensé pour elle depuis cinq ou six mois n'est pas concevable, et me voila encore bien moins avancé que jamais. Dieu veuille me donner des ' forces^ du courage et quelques ressources! Ce qu'il y a de pire à tout cela, c'est que je ne puis sortir sans la laisser en danger, et que ne pas sortir pour moy, c'est pour un ouvrier fermer boutique et ne plus rien faire. Voila, mon cher frère, de mes tristes nouvelles. Celle de ma mort en seroit une meilleure. Je suis enfin une fois en ma vie vraiment désolé et sans espoir ; à moins qu'il n'arrive des bonheurs que je ne devine point ou des malheurs que j'aurois horreur de deviner, c'est-à-dire des secours, ou sa mort. Je luy suis si fort attaché et luy ay de si grandes obligations que je désirerois mille fois plustot là mienne : et la mienne encore me fait frémir si elle arrivoit la première! Quand je songe à l'état où je la laisserois ! J6 fais donc mon plan de tout faire pour nous conserver, elle et moy, et de pas perdre la tête un moment. Voila une étrange révolution dans nos destinées. Depuis plus de trente ans ufous coulions la vie du monde la plus douce et la plus aisée dans la rue des Saints*
Pères. Un amy nous force de déménager pour nous loger une fois mieux : tous les frais et les mouvemens faits, Tafaire éebouê et nous périssons depuis ce temps là de fatigue, de dépense, de misère et de chagrin.— Voyez donc si vous pourriez m'aider du reste de compte qui est à faire entre nous. Il ne falloit pas moins que de telles extrémités pour que je vous en parlasse. Pardonnez-le moy donc etplaignez-moy.
Ce 25 octobre 1749.
Chez M. Alleaume, n", rue de Condé^ vis à vis la rue des Ownire-Venis.
AU MÊME
Si, comme vous m'en donniez ayiâ, votre voiturier est party les premières fêtes de Pâques, j*ay lieu de m*inquieter en ne voyant rien arriver, d'autant plus que naturellement j'aurois dû, ce me semble, recevoir un deuxième avis de vous au moment de son départ, et que je n*ay encore entendu parler de quoyque ce soit au monde. Comme j'ay peur que mon changement d* adresse n'ait causé quelque contretems malgré les précautions que j'uy prises pour cela, je me crois dans le cas de vous la redonner. A M. Piron^ rue St-Honoré, la deuxième porte eochère après la place Yendonie, vis avis le mur desCapudns^ au second^ à Paris,
La* voila tout au plus exacte pour jusqu'à nouvel avis: car après 5 ou 600 fr. de dépense que je viens de faire pour ce nouvel aménagement et des fatigues sans nombre, je ne compte encor sur rien. Le ramoneur au moment même que je vous écris c«cy, m'annonce, dedans le tuyau de ma cheminée où il est grimpé, quelle est crevée à jour et prête à cheoir : ainsi dès demain, qui sera le troisième jour de ma transmigration, je pour-
rois bien estre forcé de céder encore mon appartement aux ma^ çons. Je teut ésperer> jusqu'au rapport de Tarchitette, cheiqui j'envoie, que la réparatiofa se pourra faire sans que je me dé^ place : car en vérité s'il falloit encor déguerpir, il y adroit pour en devenir fou. Mais j'espère mieux, vous dis-je : en tous cas j'aurois soin que l'adresse que je vous donne Ait sure en attendant l'autre : ^insy vous pourrez tabler ladessus et agir eii conséquence. — Je viens de recevoir une lettre du pauvre Fiefé. Elle a fait vingt virevoultes pour Paris avant que de m'arriver. Il s'y dépeint dans un déplorable eiat. Il n'est qu'ulcère et playe. Il a, dit-il, actuellement le talon ouvert. Voudroit-it mourir comme Achille? Il ajoute qu*il a été au point que le bruit de sa mort a couru toute sa province, et ce qu'il y a de singulier, poursuit il, c'est.quelebruitdela mienne aussycouroit à Grenoble; elle couroit icy de même, à cause d'un nommé Piron comme moy, et que je ne conhois en -façon quelconque qui étoit mort efTectivement dans mon dernier quartier. EnGn le pauvre Vieié se plaint de sentir son bâtiment s'écrouler. Ce sont Ees termes. Il ne laisse pas de plaisanter et de dire : Vivons, mon cher frère, en dépit dés mauvais bruits : c'est ainsy qu'autrefois M. Gruzot mourut à Dijon trois différentes fois. Vous vous en souvenez bien^ vous^ du Joulùy Grezo qui ch.... debout contre les murailles î ^ J'attends impatiemment de vos nouvelles et vous prie de itië croire eiitief^ntent dévoué à vous^ L'architecte vient de venir et de the rassurer. J'en seray quitte pour un peu de gâchis et de plâtras. Reposez- vous donc sur l'adresse que je vous donne icy et ne l'égarez pas que. vous ne la {sachiez bien par eœur.^— Paris, ce jeudy, 9 avril 1750.
Ma femme est toujours en même et triste état. 11 loy est surt^ëûu des espèces de tiOdtis très douloureux au poigîiet et m bas du pouce.
Câh. LàvèrUèi
BOVRGOeME. 189