XXX. LETTRES DE MARIGNT (suite
À Paris, le 19 juin 1652, à $ix heures du soir{\).
Monsieur de S. Père m'a donné ce matin votre paquet. Je ne manqueray pas de rendre en main propre les lettres que vous m*avés adressées et de continuer à entretenir fort. exactement le commerce que je commençay dimanche dernier par la voye de M. de Baussy. L'armée de MM. les Princes est à S. Clou et à Suresne. On croit quelle est assurée de Poissy.. S. A. a reçu nouvelles ce matin que les trouppes du comte de Pas estoient à vingt lieues d'icy. On dit que Mr. de Thurennes veut marcher du costé de Ponthoise. Le procédé du duc de Lorraine Ta tellement rendu odieux et les Anglois aussy, que ceux de ces nations-là ne sont pas plus en seureté que les Mazarins. Je vous avois bien mandé que rinfidélité Lorraine feroit faire quelque impertinence au vilain; en effet, la réponse qu'il a fait faire par écrit' aux députez du Parlement en est un bon témoignage , car il leur a donné un gal:mathias de son pals qui sans doute arrêtera les gents de bien. Hier S. A. le leul dans son cabinet. La substance est que le Roy désire savoir (s'il avoit éloigné le Cardinal pour quelque employ honorable, après qu'il auroit été justifié dans le Parlement) si les Princes mettroient bas les armes; si M. le Prince repom'oit de M. le P. de Conti et de mademoiselle de Longueville, de Bourdeaux et de toutes les autres places qui se sont déclarées pour eux ; si les Princes viendroient servir S. M. dans ses conseils, et s'ils ne luy aideroient point à rétablir son aulhorité. Il n'est pas malaisé de juger par là que le vilain ss mocque de Dieu et du monde, et que si l'arrêt qui met sa teste à prix n'est exécute, on n'en
r (1) Celte lettre, trouyée hors de sa date, devoit perler le no 4 et venir après le no S de notre recueil, p. 1 1 1 .
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Viendra jamais à bout. Cependant, il est certain que les nego<* dations secrètes commencent et cela fait du bruit parmi les bien intentionnés à qui Ton n*en communique rien. Je sçay de bonne part que M. le Prince de Tarente s*ett est plaint à quelques-uns de ses amis qui sont les miens, et que la confiance que S, A. prend à M. de Rohan luy donne de la jalousie. Vous en sçavez assez les raisons. M. de Gaucour a esté à la Cour et son Yoiage n'a pu estre si secret que Ton ne Tait sçeu véritablement : il n*a pas vu le Màzarin, mais il a conféré avec M. de Bouillon. Hier au soir MM. de Rohan et de Chavigny eurent trois conférences avec Mme d'Aiguillon, et M. le Prince de Guimené ne put s*empescher d*en dire ses sentiments à S. A. R. Il luy témoigna que les gents de qualité qui sont dans son pàrty ont quelque sujet de se plaindre quand on leur cacbe ce qui se passe de plus secret, et que c'est les trailter comme les goujats d'une armée. Cette négociation a esté cause que S. A. R. n'a point esté aujourd*huy au Palais et qu'elle a pris son prétexte sur ce qu'elle estoit de qualité à estre invitée de venir prendre sa place. Demain on verra de quelle façon cette réponse sera receue. On tient pour certain que M. de Cliateauneuf et madame de Clievreuse ont grand part à l'accomodement de h\. le duc de Lorraine avec la Cour. S. A. a dit que le cardinal de Retz n'en devoit point estre accusé et qu'il n'en avoit rien sceu. Elle alla visiter hier cette nouvelle Ëminence contre laquelle, toutefois, une partie du peuple est fort deschainée. On trouve fort à redire icy que les députez du Parlement allant à la Cour, aient fait passer 40 mille escus, dont les gendarmes et clievaux légers dé la garde ont été payés et dont M. de Miossans a fait mesme des railleries; et qu'en retuurnant ils ayent ramené des Mazarins fieffés comme Boisleve, l'evesque de Glandesve et le président Maicas. Je croy qu'il est bon de ne pas trop divulguer les secrètes conférences dont je vous ay parlé et que vous en devez faire votre profit. Je vous suis fort obligé de
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radiais que ?ou8 m'avez donné du beau deagein de oe bon bomme perruquier. Je le eonnois, et quand il ro^eut eaorit je n'aurais pas manqué à luy Caire réponse telle qu'on les fait h des espions. Cependant, je luy conseille de marcher droit avec moy, car je ne suis pas trop endurant. Vous devriez avertir H. le chevalier de Thodias, à qui je baise mille fois les mains, de l'humeur de ce galant bomme, car il me semble quil s'y fie assez. J'ay Tait vos baisemains i tous ces messieurs qui vous en rendent cent pour un ; vous entendez bien que e*est M. ie Croissy et H. du S. Romain, qui commence i se guérir. Jedisnay hier avec madame de Sévigné qui est plus belle qu un ange et qui est dans un embonpoint merveilleui^, Faites, s'il vous plaist, mille amitiés pour moy à eeuii qui sont de mes amis, et l'azë 9»ouTc les autres en grée et en français.
4 (mze ftaur«$ 4u soir*
Depuis ma lettre escritf^, j*ay e9té h Lm^^mbourg d<i|it JQ «ors tout à l'heure. Monsieur m*a dit, quoy qu'il eut pri» un p^tU remède, qu'il ne laisseroit pas d'aller demain ai> palais, dedfirer sur la réponse de la cour, qu^il n*avoit rien h dire autre «boae sinon : point de Mazarin. Cependant* S. A. H« et M, le Prince» ont esté depuis deux heures jusques à sept chez Mi« do Cbavigny avec M. de Roban et M- Gaulas. Toutes ces négociations cb«grinent les gents, et jci pe sç4y si quelques uns ^stojent duppéi» si les aultres (j'enten9 le public), s'en sQUcierpi^nt* tf. l^ Prinœ me dit m sortant de Luxembourg qu il n-^voit fi^n ^, jam mAPder.
U 14 deimiht 1653 à minuit (1).
je suis bien aise d'apprendre par vostre lettre du 8 de ce mois la belle résistance de Villeneufve ; c'est bien avoir sa re-
(I) Gelte lettre devail veolr apièt If b« fi, p. lit.