‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 58 sur 170 · XXXI. — LA HCRE folle: DE DIJON · texte numérisé non relu

XXXI. — LA HCRE folle: DE DIJON

Dd TiUiol, dans ses Mémoire» pour tervir à rhiatoire d« la Ftle des rtxM, n'a traité son sujet que Irès-imparfaitcment; et ce qu'il y dit delà Mère-Folie de Dijoa notamment est fort instifïïsant : on peut assurer qae celte histoire est encore à faire. C'est une tâche que va prendre, nous dit-on, M. Rossignol, arcliiïiste de la Côle-d'Or, à qui l'on est déjà redevable de nombreax travaux utiles. Noos signalerons à ses ■Dvesligations plusieurs textes dont la présente livraison du Cabinet Mttorigne donne l'indication. Le curieux recueil auquel les pièces SDiTantes sont empruntées mérite à lui seul les honneurs de la publicité. Ce que nous en donnons est un spécimen, pris au hasard, des arrêts de ce bizarre tribunal, qui comptoit parmi ses titulaires réi:te de la société bourguignone. a La ville de Dijon, dit le père Menestrier, qui est un pays de vendanges et de vignerons, a eu longtemps des speclacles, qu'on nommoit la Mère-Folie. Ces spectacles se fai- Boient tous les ans au temps du carnaval ; et les personnes de qualité, déguisées en vignerons, chanloient sur des chariots îles chansons et des satyres, qui éloient comme la censure publique de ce temps. El tfest de ces chariots k chansons et à satyresrque vint le proverbe latin plauttra mjvriamm, charreiiet d'injures. » — L'association de la Hère-Folle éloit composée d'infanterie : ses membres lenoient ordi- MiremeDt leurs assemblées dans la salle du Jeu de Paume de le Pols-

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sonnerie, à la réquisition 4» praeureup fiscal ou fiscal verd. Les charges étoient 4i^)ribuées suivant la mérite ; et l^ cl^ef oi^ prés|4e|^ty nopimé Mère-Fplie, étoit habituellement le plu^ r^comm9ndablil par sa bonfie mine^ ses .belles maiiières et sa bonna rfiuommée. Il avoit toute sa cour, comme un spuyerain : sa garde suisse, ses gardes à cheyal, ses officiers de justice, son chancelier, son grand-écuyer et tous les autres dignitaires de la royauté.

Le sérieux et le burlesque se rencontroient dans cette institution, dont l'origine n'a pu jusqu'à ce jour être nettement établie. Il suffit de dire qu'elle compta parmi ses membres le^ personnages les plus considérables. Les jugements que rendoit la justice de la Jlfére- Folle s'exécutoient nonobstant Tappel qui se relevoit directement au parlement. L'infanterie, qui étoit de plus de deux cents hommes, portoit un guidon ou étendard , sur lequel éloient peintes des tètes de fous sans nombre avec leurs chaperons et plusieurs bandes d'or, et pour^ devise : Slultorum infinitus est numerus. Voir Du TiUiot pour les curieuses gravures qu'il a données des enseignes et autres emblèmes de la Mère^Foîle, et pour quelques autres détails que noos ne pouvons reproduire ici.

Pu j^udy onziesQie janvief Hf) Vm mille sU ceiis et dix, Apres, je i^e veux pas le nier.

Avoir mangé bonne perdrix Et beu tous à perte d'haleine Au logis du sieur Capitaine.

1^ fispal Yprt est demandeur, Contre un nommé. Gaspard le Prince, Qui est pemply de telle humeur Quoiqu'il ne soit de la province.

Qu'il a, tant il est indiscret, Pescouvçrl dps fols le secret! !

Compar^^Pt en propre persoppp Avep fipe ^09 bonne trognp.

Ledit fiscal ayant conclud Contre ce défendeur 4*Au3^erre,

Teste nue, genoux en t0rre, Luy, par excuse, a pes90ii4)| :

Nous requérant miséricorde, Moiennant satisfaction :

Or, pour avoir paiip et c(l^^4!3| On lui a faict rémission, Et soubs propEies^e qu'il a faic(e De servir les fpls tout cl^ ))Qn, Nous ordonnons que sur sa tecfte UherauU mee(ra le chaperon.

Le fiscal vert depuis hyer Désire ouïr le sieur de Gyé, Pour recognoistre à sa posture S'il n'est pas fol de sa nature.

> Après avoir bien advisé Au logis du sieur Lavisey La fasson et la contenance, La bonne grâce et grosse panse Du sieui^ de Gié, coint et accord, Comme ung petit mignon d'amor:

Ouy le fiscal qui ne bouge De sa place avec son nez rouge, Qui a consenti et conclud, Quand des fols il fut reçeu Qu'en ayant esgard à sa grâce Il fust pourveu de bonne place :

Attendu qu'il a respondu Gomme ung bon gros fol résolu, La cour, eu esgard à sa migne, Le déclara capable et digne D'estre ambassadeur du Levant, Parce qu'il va comme le vent ; Et puis qu'il tient de la folie^ L'a reçeu en l'infanterie :

En. signe de quoy tout de bon L'on luy a mis le chaperon

Rouge, jaulnc et vert par la tesle :

Le griffon lui dira le reste.

. Ledit fiscal sortant de table Désire veoir le Conneslâble Brigandel, et lieu luy donner, Pour selon loy le guerdonner.

Ouy Brigândet ien sa personne ; Et veu sa prestance et sa trogne, La cour sur les conclusions, Du fiscal et sur les raisons Proposées par Brigândet, L'a réputé pour fol parfait, Le déclarant digne et capable D'eslre des fols le Connesiable Sur le serment par lui preste, D'eslre fol Thy ver et l'esté, Et'au printemps et en automne Sur le péril de sa personne.

Ledit fiscal forme sa plaincle Contre Chandelier, de Paris, Qu'il démontre avoir l'ame atteinte Et remplie de grand mespris, Pour n'avoir jamais tenu compte De comparoir pardevant nous, El monstre que c'est à lui honlé, De négliger ainsi les fous; La cour ne se veult refier A l'excuse du Chandelier, Qui ne sent que feinte et frivolle, Et conceue en sa leste follCj Lequd elle tient indiscret, * El sur tout donnera arrest.

GalherineS) ce beau rpuss^u, Croyoit qae c'estoit menterie, Lorsqu'U fit l'autre jour deffault A Bontetnps et Mère-Folie.

Si à ce coup il ne compare Et ne s'en vient se présenter Croyez qu'il aura belle dare Et que Ton l'ira visiter.

Calherines en sa personne^ Le fiscal ayant veu sa trogne, Et après qu'il a respondu Sur les faicts> le tout entendu En faisant droit sur sa demande, La cour Ta receu de la bande Capragat, et le chaperon Faict mettre sur son horion.

Prudent Sordailles, adyancez Pour voir si estes fol assez Et si vous estes^en saillie Capable de l'infanterie :

Si à force de chevaucher, Vous avez le cats esmanché :

Ouy et veu les remontrances, De Sordaîlles, ses contenances, Ses gestes façons, son humeur, La cour Ta reeeu chevaucheur Ordinaire en l'infanterie, Parant le droit de la Folie.

Pierre Grangier, nostre libraire, Et l'un de nos fols ordinaires, Pour demonstrer raffliction Qu'il a de l'augmentation De l'honneur de l'infanterie, L'a supplié sans raillerie,

212 LE GABll^ET filSTOBIQUE.

Lni permettre et flminet potitoif^ Mettre en luiUiêi-è, et fàii-é Tèëif Un recueil des chdsëà jddééè Cy-devant en là co&pâ^hie> Et de bien les faille imt^Hmér. Sur quoy il ëét dit que prétitiër D'imprimer, n^ mettre eii luinière Ledit livre, que nostre Mère "Et six fols esletis lé verrotit, Et après le côi^i*igér6nt^ Et feront ce qu'en cette âfÂiré Sera requis et nécessaire.

Du jeudy gras après ÔMé

Chez Rougeot j ayant fdrt gros lié)

Ayant beu du yin détestable

Et mangé viande agréable.

En Tan mille six^cens et huict

Et près de fols deux cens dix huict.

Chacun ayant pris sa séance^ L'hérault a dit : faictes silence !

Entre le Fiscal dematideur Contre les Enfans des neuf muses; Qui, bien loin d'acquérir honnetir^ Osent blasmër que l'on s'amuse.

Cest D'acier, Robin ^ Giténebaiflt^ Je les apelle icy tbut hàult :

Dacier, Guénebault en personne, Kobin absent, dont l'on s'estonne.

Grifon, lisCi tè tiiàndèiiiënt Et que ce soit dilîgéinhieiit

coBmission.

Enfans de fer, et Cueuir d'Aeier^ Que faites tous depuis hier?

fiOtîAGOOflËi Sis

Qaoy TOUS dOhnéë, qtuUid toëtk^ mtt Et Bon-temps entrent ëti colère !

Hoho! faoho! assemblez tous :

Yenés à eux, accoures tous!

C'est plustost rage que folie De ne point assurer sa vie !

Bon-temps s'ehfoit^ et elle flussy Si ne pourvoies à cecy.

Les médecins nous font failUtte, Il n'y en a plus à leur suitte.

Qui consenrera rembonpoirict?

Vous dormez et li'y pensez point !

Les sages n'en yenlent rien dire»

Mais les fois prenant tout empire Y doibyent interposer paix Et ne croupir dessous le faix.

Or pour savoir sur quels subjects Ds se seront ainsi distraicts, Quels humeurs ils ont en la teste, Qui les a meus, qui les tempeste, Et raccommoder leur cerveau, Le carnaval est assez beau Pour chascun ouyr en deffeiibe, €ar vous en avez la puissance;

Yous mandons et à tiostré hérault De s'adresser a Guénebault, A Robin, à Dacier-la-Lune, Car Von ne veult plus de fdttdtitié, Les adjourner à comparoir Jeudy matin, et non le soir, Pardevant nostre chère Mère Qui pourvoira a cestë affaii^ .

Le tout par inclination Oaapeined'InfraetiidÀ

^14 . L£ CAIIIMET HISTORIQUE.

De portes, de mectre en miette Cil qui aura teste mal faicte, En cerliffîant bien au vray, De ce qui sera dlct ou faict.

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