II. — JEHAN MOREAU, AUX HABITANS DE CIIAALONS
Cette lettre est du temps où le pnys, h tort ou à raison, las de la domination du très-redouté roi Louis Xi, entrevoyoît avec certaine satisfaction l'aurore d'un nouveau règne Jehan Moreau nous semble un de ces exacleurs qui, sous l'autorité et pression du Roi trèschrétien, faisoienl leurs menues affaires en travaillant à celles du Roi leur mailre. Louis XI éloit atteint delà maladie dont il mourut (le 30 août suivant). C'est l'époque où, suivant Comines, « pour faire parler de lui parmi le royaume plus que jamais n'avoit fait, et de peur qu*on ne le tint pour mort, il envoyoit de tous costés acheter choses rares et précieuses et les payoit plus cher qu'^n ne vouloit les vendre. » Toutes ses créatures avoient ordre de dire et de répéter partout qu'il étoit encore gaillard et ne s'éloit jamais si bien porté.
A messieurs les manans et habitans de la ville de Chàlons.
Messeigneurs , je me recommande pap cent mille fois à vos bonnes grâces : le présent porteur est venu pardevers moy, lequel m'a dit qu'il a charge de par vous d'appoincler à moy, touchant le fournissement de vostre grenier, aussy touchant le sel que je y ay fait descendre , corne autrefois vous ay mandé. Et de rechef ay dit audit porteur que quant au sel que dedens y eus, n'y ay avancé puissamment pour ce que. Tay piéça vendu et receu les deniers : et eusse bien voulu le vous avoir vendu, et avoir fait quelque bon appoinctement avec vous le tems
CHASiPAGNË. îl.
passé; dont n*a lenu à moy, car souvent vous en ay faicl sol« liciter.
Depuis peu de temps ay sceu qu*avez faict faire quelque ajournement contre moy, vous opposans et appelans pour résister contre le vouloir et plaisir du Roy, dont j*ay cté , et ceux qui en ont ouy parler, merveilleusement esbays ! et quand je vouldrois croire aucunes gens, il yen a aucuns qui se sont mêlez de faire faire ces oppositions qui ne s'en riront jà. — Je me suis fort esbays que plutôt ne vous étiez rebellez, touchant ' cette matière; mais j'ay été avcrty [îour quoy c'est; c'est que pensiez que le Roy fust en autre disposition de santé qu*il n*est. Dieu mercy et Nostre Pâme! Il est et sera, si Dieu plaist, en sa bonne santé, qu'il me gardera et soutiendra d'icy à vingt ans ce qu'il m'a .donné.
Or, messeigneurs, je ne suis point tant maulgracieux que quant vouidrez venir à raison pour ledit fournissement en ce que je pourroy, je n'en fasse quelque bon appoinctement à vous, tel qu'il me semble que vous en dussiez contenter. Messieurs, du sel que j'ay cy descendu, ny puis rien, si non que je m'efforceray tant faire à celuy à qui je l'ay vendu qu'il appoinctera à vous raisonablement, s'il ne tient à vous, au moins je m'y emploieray à ce faire corne pour mon propre faict, et luy ay escrit par cedit présent porteur.
J'ay un de mes gens à Paris, d'entre vostre quartier, qui a procuration de moy assez suffisante pour appoincter à vous du fournissement, auquel j'escris qu'il vous fasse tout raison, laquelle croy qu'il fera. Kt à Dieu, Messeigneurs, qu'il vous doint ce que désirez'. Escrit au Plessis du Parque, le 14' jour de février.
Le tout vostre et amy,
Jehan MoREAu
10 LE GABINBT HISTORIQUE.
Et au doi éloit écrit ce qui s'ensuit :
Collation a été faicte de cette copie à Toriginai par nous jurez royaux au Verniandois, le 14 février 1483.
{Coll. L de la Rav.)
nu — j. d'albbet, sire d'oryal, gouverneur