DE CHAMPAGNE, AU ROI
Les collections si précieuses de la Bibliothèque impériale, connues sous le nom de fonds Béthune et fonds Dupuy, . contiennent sur rinvasion de la Champagne par Charles-Quint une foule de lettres curieuses pour l'histoire, écriles par les principaux chefs de Tarmée françoise et datées de Troyes, Chaumont, Joinville, Arcis, Chalons, Reims, Rethel, Attigny, Vouziers, le Chesne, Mézières, Mouzon, Sedan et Bouillon, lieux où se tenoîent cantonnés les diiTérenis corps destinés à observer et contenir les mouvements de l'ennemi. La réunion de ces lettres en un seul corps d'ouvrage seroit d'un grand intérêt pour l'histoire de cette partie de notre Champagne. On sait que l'un des principaux faits d'arme de celte campagne fut la défense de Mézières par le capitaine Qayart. Voici trois pièces à ce sujet, notamment cette lettre si souvent, mais si iiiexactement citée, pj^r laquelle Bayart promet de défendre Mézières ; — elle est d'un laconisme simple et qui vise peu à l'effet.
De Mouzon^ le Ijuin 1521.
Au Roy mon souverayn seigneur.
Sire, à ce soir j'ay eu ^louvelles comme M. de Nassau et son armée n'est point allé à Jamais {Jamels) , mais a tiré oultre à ung village qui s'appelle St-Laurens qui est moitié au Roy catholique, et moitié à M. de Lorraine, et à deux lieues dudit
GBIMPÀGNE. li
Jamais : et semble que ce soit le chemin pour aller à FleuraDges, combien qu^ils ne sont pas encore si avant qu'ils ne puissent bien revenir. Le principal et plus certain advertissement que j'en aye eu, c'est de Richard de Maigny, que bien cognoissez, qui est à M. de Lorraine, que ledit seigneur a envoyé dedans une sienne ville, nommée Astenay qui n'est pareillement que à deuK lieues dudit Jamais et dudit St-Laurend où sont les autres. Et par ung autre advertissement, Sire, j'ay eu nouvelles qu'il est venu à Thionville , à demie lieue près dudit Fleuranges, mil ouxu cents chevaux et ii mille hommes de pied, oultre la bande que M. de Nassau a avecques luy.
Sire , aussy ay esté adverty par homme qui partit mercredy de Lyeige, lequel dit qu'il veit passer ce dit jour, audit Lyeige, m c.chevaulx qui s'en venoienl au camp dudit M. de Nassau, et que en ung village à deux lieues au-dessoulz dudit Lyeige , passoient nii ou v mille hommes de pied allemands, dont le cappilaine se nomme Cluchme, tirans pareillement audit camp.
Sire, M. le maître de l'artillerie et Bayard sont allez disner à Sedan, qui dient avoir appris toutes pareilles nouvelles audit lieu que celle de l'article cy*dessus, des gens de pied et de cheval estant en Lyeige, et davantage de la moil de Mme de Nassau et dé Mme de tibievrea. Et vek; Sire, ce qui nous est venu aujourd'huy. L'on envoie encore gens dehors pour sçavoif toutes nouvelles, dont incontipent serez adverty.
Sire, à ce soir est arrivé icy M. le Bailly de Caen, qui a esté bandé bien preste, comme il m'a dist. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue, Escript à Mouzon, ce vil* jour de juing.
Votre très humble et très obéissant subjet et serviteur ,
o'Alebret.
if. Beihum. 8584.)