DE MOUZON, AUX GENS DU CONSEIL DE LA VILLE DE CHALONS
» La guerre commença par la prise de Saint-Amand au diocèse de Tournay, de Moolaigu el d'Ardres, en Picardie. Félix, comte de Nassau, assiégea Mouzon le 24 aoust et l'emporta trois jours après, par le peu de résistance que fit Louis de Genlis, seigneur de Montmort, étonné de la multitude des assiégeants. La ville offrit deux cent mille écus pour racliepter le pillage ; mais les victorieux ne tinrent compte de cette offre, et avoicnt résolu de la réduire en cendres, s'ils eussent réussi devant Mézières, qui se défeudit courageusement pendant six semaines, sous la charge du capitaine Bayard, et de quantité d'autres bons chefs que le Roy y avoit envoyés.
(Marlot, Histoire de Reimê^ t. 4, p. 276.)
A honorez seigneurs messieurs les gens du conseil de la ville de Chalons.
De Mouzoti^ dernier de juillet.
Honorez seigneurs , nous nous recommandons à vos bonnes grâces : vous êtes assez avertis de Tarmée que le marquis de Landon (sic], lieutenant et gouverneur général du duché de Luiembourg, a auprès de nous, et du grand nombre de grosse artillerie et puissant qu'il a avec lui , et comme en peu de temps il a pris et ruind le château de Bouillon. Maintenant vous avertissons qu'il recueille les pierres par lui tirées et qu'il a rechargé toute son arlillerye. Les aucuns et le plus commun disent que c'est pour assiéger Sedan : les autres, et plusieurs DOS bons amis, el qui sont bons serviteurs du Roy, nostre seigneur, nous avertissent que sans nulle faute c'est pour cette ville, soit maintenant ou cy après, el i}ne facilement s'i'savoient
CHAMPAGNE. iS
cette ville, pourroient passer et aller par toute Cliampagne^ jusqu'à voàtre cité, que Dieu ne veuille! Ainsi que de ce et de tous nos affaires ces porteurs vous pourront dire et informer plus au long, ausquels, s*il vous plaist , ajouterez foy comme à nous tous : et à quoy secrètement et diligenmient il y échet bien avis et provision, et vous y prions et requérons bien affaire.
Outre plus, messieurs, vous sçavez que continuellement et sans cesser nous sommes en danger et portons le faix et la dépense pour toute cette frontière, ne jamais n*avons repos ne seureté. ne jour ne de nuy t ; et sy avonâ consumé à merveilles tout le passé, pouldres et traits; et tant que de présent nous sommes pas si bien pourveus, et nous seroit besoin, pour éviter les grans dangers et entreprinses que Ton pourroit faire sur cette ville ; ol vous prions très fort de nous ayder et recouvrer le plus bonnement que faire pourrez, veu l'affaire que présentement et subitement nous peut à venir, et tellement vous en plais, de faire que nous ayons cause de nous en louer et remersier au Roy, nostre sire, avec ce que vous sçavez que nous sommes votre boulevart et défense, et serons tellement de corps et de biens sans y rien épargner, que le Roy, nostre sire, à son joyeux retour, sera content de nous, et vos biens sains et saufs. Ecrit à Mouzon, ce dernier jour de juillet.
Vos bons amys les officiers du Roy, gens de justice et babitans de la ville de Mouzon.
Au dos : Le 6' jour d'août, en présence de moy Jean d'Août, notaire royal au baillage de Vermandois, et scribe de la ville de Cbaalons; Aubertin, Cliatelet et Henry Leclerc, demeurant à Mouzon, ont confessé avoir receu de la ville de Cbaalons, une caque de poudre à eux délivrée par les gouverneurs dudit Cbaalons, laquelle ils ont promis de livrer audit Mouzon. Fait ledit an et jour d'août.
[Coll. L. de la Rav.)
14 LE GAJHMET HISTORIQUE.
LE GAPITAIME BAYART, AU HOt.
De Mezières^ le 13 aoust 1521.
. SirCi tant et si très humblement que je puis, me recommande à Yoslre bonne grâce.
Sire, j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre par laquelle me faictes sçavoir que M. d'Âlençon vous a escript la bonne volonté que j*ay à vous faire service, et mesmement en Taffaire de Mezières, là où je suis venu : où j'ay trouvé M. d'Orval, lequel n'en a point bougé et y a donné si bon ordre que je n'y auray pas grand peyne. Touteffoys si l'afTaire y venoit, là ou aiUeurs, vous me trouverez vray gentilhomme.
Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue ; à Mezières, le xiu d'aoust.
Vostre très humble et très obeis^sant subject et serviteur,
Bayart.
{f. Béth. 85000
IV, — G. DE TAIX, A M, l'ÉvÊQUE DE TROYES.
Claude de Beaufremont, à qui les deux lettres qui suivent sont adressées, éloit évêque delroyes depuis 1561. Il avoit été appelé à Buccéder à Antoine Carraciole, qui s'élolt fait calviniste. Il mourut le 24 septembre 1593. René Benoist, ce curé un jour huguenot, un jour ligueur, que Henry IV se choisit pour cathéchiseur, fut appelé par ce prince à succéder à Beauf remont. L'histoire a loué le zèle, la tolérance et la charité de ce dernier : mais les lettres qui suivent, quoique venant d'un homme célèbre dans Fhistolre de Troyes, n'en sont pas moins ^empi^eintes de cet esprit d'aveugle partialité qui est le caractère propre de ce temps de calamités.
GHAMPAGNB. 15
De Trayes ce 25 février 1574.
Monseigneur, estant arrivé Icy Monsieur Davon, il m'a fort songneusement requis de luy dire des nouvelles de vostre santé, ave« ses protestations accoustumées de son humble et affectueuse servitude en vostre endroict. Mais comme vous le cognoissez froid en ses discours, et ne s'advançant de dire beaucoup de nouvelle^ aussy ne ai-je que bien peu appris, et encore ne sont-elles pas bonnes. Il m'a dit que le jour qu'il partoit de la court, y advint ce bruit de ce gentilhomme pro« vençal nommé Montabran, qui faillit de tuer Monsieurde Guyse, de quoy il est arresté, prisonnier, se deffendant opiniastrement qu'il n'a jamais pensé telle chose. Je ne sçaissi les ténèbres de la nuit et le dcffault de tesmoings luy pourront sauver la vye. Si est-ce que mondit sieur n'eust eu Fespée au poing, de laquelle le cuydant enferrer, iLla rompit contre la muraille, qui receut le coup. L'acte est tel qu'estant faict en ténèbres^ malaysément on pourra tirer là lumière ; si est-ce qu'il nous menace de plus d'inimitiés plus que jamays entre ces deux maisons, que l'on pensoit se debvoir reconcilier par le moyen dudit hymenée. Mais je croy qu'il peult bien aller faire danser ailleurs (!)•
(1) L'auteur de VEistoire des daa de Guise parle en ces termes de cette tentatiTe contre le duc de Guise: « Attaqué sur Tescalier du château par un assassin nommé Ventabreil, qui chercha attssitôt un refuge dans l'appartement de la Connélable, le duc de Guise l'y poursuivit et lui fit grâce pourtant, sur Tintercession de M^^ de Montmorency, en bornant sa vengeance à quelques coups de plat d'épée. Ventabren, arrêté. Tut élargi sans procès, et les mobiles dé son criminel attentat demeurèrent ignorés, bien que dans les conjectures auxquelles il donna lieu, la Reine-mère, dit-on, se trouvât compromise > (Tom. ii, p 553 ) L'affectation de DeTaix à parler immédiatement de la Reine-mère après son récit, et les projets absurdes qull lui prête, indiquent assez qu'il partagéoitles soupçons que mentionne M. de Bouille.
La reyne-inère cependant fait des préparatifs pour aller en Pologne, et, dit-on, qu*elle brasse Ie«mariage du roy son fils avec la fille du Grand- Turc. Desjà bniicte Ton qu*il se fera, et que saincte Brigide i*a ainsy prédit, promettant par ce mariage Taccroissement de saincte foy catholique et Tempire quasi universel à ce jeune prince. En ces entrefaictes s'eschauffent les propos de réformation sur tous estats, et doit-on commencer au noslre.
Il se parle aussy, ou pour mieulx dilre, il se murmure quelque chose de séditions, soit pour la religion, soit pour les subsides. Monseigneur de Savoye est tintost mort, tantost vif ; et le roy d*Espagne et Monseigneur de Nemours tantost tuteurs de son fils, tantost non. Nous attendons icy quelque trouble pour lé descrioment de nos monnoyeurs. Dieu nous en veuille préserver s*il luy plaist, et vous doinst. Monseigneur, en parfaicte santé, ce que plus desirez, en vous baisant très humblement les mains. De Troyes, ce xxv* février 1574.
Votre très humble serviteur,
G. DE Taix.
[f. Dupvy, 557.)