LETTRE DE NAPOLEON BUONAPARTE A M
Monsieur,
L'année dernière, mon père venoità Paris, etétoit chargé par M. Paravicini, mon oncle, de vous remettre une lettre avec le certificat de vie, pour tâcher de retirer sa pension, en total ou en partie. Mais la mort l'a arrêté dans sa course, dans la ville de Montpellier (1). Aussi, Monsieur, je vous envoie ces pièces, espérant que vous aurez la bonté de ntfeuvoyer cette pension, ou la partie que vous jugerez pouvoir m'envoyer, pour la remettre. Je lui avois demandés (sic) un autre
(1) On sait qu'en effet Charles-Marie Bonaparte, juge au tribunal d'Ajacdo, et père de Napoléon, mourut à Montpellier, des suites d'un cancer à l'estomac, le 24 février 1785, entre les bras d» son fils Joseph et de ion beau-frère Fesch. On raconte que dans les douleurs de sa longue et cruelle agonie, il ne cessoit d'appeler son (Ils Napoléon et d'invoquer le secours de td (Jrande épie. Au mois de messidor an x, le conseil municipal de Montpellier décida qu'une députa lion seroit envoyée au premier consul pour loi demander la permission d'élever un monument à la mémoire de Charles-Marie. Le ministre de l'Intérieur Chaplal fit môme un rapport favorable à ce projet: mais le premier consul répondit aux députés: • Ne troublons point le repos des morts, laissons leurs cendres tranquilles. J'ai perdu aussi mon grand-père, mon arrière-grand-père, pourquoi ne feroitoa rien pour eux? Cela mène loin. Si c'était hier que j'cusse.perdu fauteur de mes Jours, il sêrolt convenable et naturel que j'accompagnasse mes regrets de quelque haute marque de regrets. Mais il y a vingt, ans: cet événement est étranger au public, n'en parlons plus. «—Quand le roi Louis Bôftâpirte eut acquis Saint-Leu, il y fit à l'insu de Napoléon transporter M rtttéë ds Mi pire ) et MA eonsicra un monument d'amour filial.
Eneuclop. du m« êièek.
certificat plus frais, mais l'éloignemenl fait que je ne puis le recevoir à temps, vue l'obligation où je suis de retourner en Corse dans le commencement du mois prochain. Du reste, je vous promets de vous envoyer ce certificat avant la fin d'octobre. Dans l'ignorance où je suis de la rue où vous demeurez, j'adresse celte lettre à M. Casfer [?) espérant qu'il aura la bonté de vous la faire passer. Votre très humble,
BUOII APARTE, fils,
Cadel gentil homme à l'Ecole royale militaire de Parii.
Ce 22 septembre 1785.
XI. — ENFANCE ET EDUCATION DE FRANÇOIS II. — LE MAITRE DE DANSE DE MARIE-STUART.
Catherine de Médicis, mariée au dauphiu Henri le 28 octobre 1533, étoit restée dix années sans enfants. Il fut question de la répudier, « car, » dit Brantôme, « il étoit besoing d'avoir lignée en France:» mais, grâce, dit-on encore, au traitement auquel la soumit Kernel, « elle commença à produire le petit roy François deuxième. » Il est vrai que ce prince naquit avec une complexion débile et malsaine. Les soins que lui prodiguèrent les deux célèbres médecins Akakia et Jean Fernel garantirent son enfance maladive. Appelé an trône le 10 juillet 1559, il mourut le 5 décembre 1560, âgé de jrôze ans, dix mois, dix-sept jours. Les gens qui lui étoient attachés le nommèrent le Roy sans t?<e,<, les protestants ajoutèrent et tans vertus. — Dételle façon qu'on juge les événements de son règne, on ne peut contester que l'éducation de ce prince n'ait été fort soignée. Jacques Amyotl'avoit formé de se* mains et avoit développé chex loi cet amour des lettres et des arts qui fut le caractère distinclif decèux de sa race. La mort si prématurée de François II fut regardée par les catholiques comme l'œuvre dei Huguenots. Ou sait, en effet, qu'?:i moment de sa fin, le prince de Coudé étoit prisonnier d'état à Oi léans et sous le coup d'un arrêt de mort, par suite du complot d'Ain* boise. « Un valet de chambre, huguenot dégnisé, empoisonna la coiffé » de son bonnetde nuit, & leudroit qui repondoit & son oreille en la
» mettant sur la leste, ce qui auroit enflammé cette fistule et provoqué » par ce moyen un abcès dans le cerveau de ce prince. » — Cette imputation des catholiques est tout aussi fondée, tout aussi ingénieuse que celle des huguenots accusant la cour de la mort de Jchanne d'Albret A celte époque de passions haineuses, les partis s'accusoienl volontiers des crimes les plus odieux, sinon 1 es plusinvraisemblables.— Voici deux lettres fort curieuses du roy Henri II, sur l'enfance et l'éducation du jeune dauphin. Nous les devons à l'obligeance de noire savant bibliophile Jacob, qui, lui-même directeur d'une utile et importante Revue (1), a bien voulu s'en dessaisir en faveur du Cabinet historique. La première de ces lettres, écrite avec la sollicitude d'un père qui, quand il s'agit de la santé de son enfant, ne rougit pas de descendre aux plus vulgaires détails, signale chez le jeune prince, alors âgé de six ans, précisément le germe de cette maladie qui devoil l'emporter à l'âge de seize. C'est un témoignage qui infirme les accusations du temps, et nous aimons à en dégager la responsabilité des partisans de Condé. — La seconde, postérieure de quelques mois, fait connoître le nom du mailre de danse du dauphin et de la jeune reine d'Ecosse, Marie-Stuart, en France depuis moins d'un an, et déjà fiancée au fils aine de Henri II. — Ces sortes de documents sur l'éducation des enfants de France, fort rares dans nos archives, sont aujourd'hui très recherchés des curieux.