‹ Le Cabinet historiqueChapitre 19 sur 162 · LAURARDEMONT, AU CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LAURARDEMONT, AU CARDINAL DE RICHELIEU

A Monseigneur l'Êminentimme cardinal duc de Richelieu.

Loudun, ce 5 décembre 1635.

Votre Eminenoe aura veu par les lettres que M. de Montegu et le Père Seurin mont dict luy avoir escriptes, la nouvelle du signe prodigieux qui fust faict jcudy dernier, xxix* du mois passé, à la sortie du cinquiesme des démons qui ont été chassés du corps de la Prieure des religieuses Ursulines de celte ville; le signe paroist encor et le nom de Joseph est marqué sur la main gauche de ceste bonne fille, en grosses lettres romaines et de telle manière qu'il est impossible d'en faire de semblables par aucun artifice humain. J'envoye à vostre Éinipence le rapport que m'en ont cejourd'hui rendu les médecins et chirurgiens de ce lieu, dont trois sont huguenots. Ceux qui ont eu le bonheur d'estre présens lorsque ceste merveille est arrivée, assurent qu'ils ont veu ces lettres naistre, se former et se produire successivement l'une asprez l'autre, d'une fasson toute surnaturelle ; si elles demeurent tousjours en Testât qu'elles sont maintenant, toutes personnes pourront avoir en Testât un object très-sensible de la vérité de l'Église et de la puissance

(>4 LE CARI SET IIISTORIQrE.

f|im Dion luy a donnée; le signe, contre lequel on ne sçauroit proposer aucune raizon de doubte, assure aussy et cautionne la vérité des fldelles rapports qu'on a faist des autres qui l'ont précédé, et nous avons, Monseigneur, comme des assurances et des certitudes qu'il sera bien tus t suyvy d'autres effeez par lesquels Dieu manifestera avec plus d'esclat et de magnifiscenœ sa saincle protection sur cestc œuvre que vostre constante charité et très-haute prudence vous ont faict entreprendre contre le sentiment commun des hommes : lesdeuz démons qui restent dans le corps de ces te religieuse, assurent qu'ils sont ordonnez pour sortir, l'un en l'églize des Ardiliers, et l'autre, au lieu de la sépulture de feu Monsieur l'évcsque de Genève. Mais ils disent qu'il faut qu'auparavant ils servent danz ce corps à la justice et qu'ilz nous descouvrent et fassent -voir des chozes qoi serviront à rentière conviction de ceuz qui trestent avec eux. C'est, Monseigneur, à quoy nous allons travailler avec soing, sanz pourtant donner au tesmoignage de ces malins espritz autre créance que celle que nous debvonz y avoir et comme à des infâmes et malheureux dénonciateurs. J'espère, Monseigneur, que Dieu hennira nos procédures, que touz les gens de bien en auront satisfaction; je le suplic de tout mon cœur qu'il m 'envoyé plustost la mort que de souffrir que j'y commette aucune faute contre le debvoir de ma consciance et la fidélité et sincérité de ceuz que je doits avoir en toutes mes œuvres et particulièrement à l'ezécution de commandemensdu Roy et des vostres auxquels je rendray toute ma vie une parfecle obéissance p estant,

Monseigneur, vostre très-humble et très-obeissaut serviteur.

De Laubardemont.

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