H. — DOM BRETAGNE A D. URBAIN PLANCHER
D. Claude Bretagne, né en 1625 à Scmur, mort à Rouen le 15 juillet 1694 , supérieur de la congrégation de Saint -Maur, a publié : Vie de Bachelier de Génies, Reims, 1680, in-8°. Merveilles de Notre-Dame-de-Belhlïcm de Ferrièresen Gatinais. Relation de la procession du corps de Saint- Remy, etc. Il ctoil un des collaborateurs à V Histoire de Champagne que préparoieut les religieux de Saint-Benoît, Celle lcllrc est au sujet de sa querelle avec l'abbé Lebeuf, pour la possession des reliques de saint Optai. Le chanoine d'Anxerre y est assez maltraité.
Mon Révérend Pf.re,
Oserai-je prendre la liberté de m'adresser à Voslre Révérence pour la prier de vouloir bien se donner la peine de consulter, dans la bibliothèque de M. le président Boyer (lis. Bouhier),le manuscrit d'IIeric, inoincdcSt-Gcrniain, des miracles du même saint. Cet ouvrage est intitulé dans l'imprimé du P. Labbe, De vita et miraculis sancii Germant episcopi autissiodorensis libri duo, authore Herico, monacho autissiodorensi.
L'endroit dont j'ay besoin est au chapitre 15 du 2* livre dont
8 LE CAMSET HISTORIQUE.
j'ay cité un passage contre M. Le Beuf, dans une dissertation. Pour se débarrasser, il se réduit à dire qu'il y a plusieurs fautes dans les manuscrits d'Heric, d'où il conclut que le passage cité est une fourure mise dans cet endroit par quelques moines. Voici le passage qui est dans le dernier alinéa, chapitre xv, dans l'imprimé : Dequiescunt in eadem Basilica sanctus Op tutus episcopus cum duobus presbyleris, Sanctïno et Mcmorio. Pour soutenir sa fourure, il dit que cet endroit n'a pas de sens, et que l'on voit clairement que c'est une intercalation, et qu'il ne faut qu'avoir une médiocre teinture des manuscrits pour s'en assurer.
Ce sont ces dernières paroles, mon Rev. Père, qui m'engagent à écrire à Votre Révérence, pour savoir par son moyen, si elle veut bien s'en donner la peine, si ce passage que je viens de rapporter est dans le manuscrit de M. Boyer, dans le corps de l'ouvrage ou à la marge, d'une même main, ou si c'est d'une main étrangère; aussi bien que de vouloir me faire savoir ce qu'elle pense sur l'authenticité du manuscrit et de quel âge elle croit qu'il est: comptant pourjbeaucoup d'avoir là dessus son suffrage. Ma dispute avec M. Le Beuf consiste à nous assurer la possession d'un corps saint de nos grottes, qui est saint Optât, xiVévèque d'Auxerrc, qu'il fait transférer à Dêvre sur la fin du ixc siècle : l'autorité du passage d'Iléric une fois établie, ma cause est pour ainsi dire gagnée. Ce brave chanoine fait comme M. Thicrs, et paroît à ceux à qui il parle de notre dispute, comftie dans sa réponse, fort échauffé contre nous ; m'ayant dit à moy même que s'il perdoit, il en seroit quitte pour dire que nos moines sont des fabricateurs de faux titres; il attaque plusieurs de nos maisons par des incidens hors d'œuvre et fort insolents, et c'est là la récompense des services [qu'on lui a rendus dans plusieurs de nos maisons. Mais comme il n'a pas l'esprit de M. Thiers, sa critique n'est pas fort à craindre, à en juger par sa réponse qui est si embrouillée, si peu en ordre et si mal
écrite qu'il faudrait un commentaire pour expliquer ce qu'i 1 veut
dire. Je demande mille pardons à Votre Révérence de la liberté
, que je prends» j'ose espérer qu'elle voudra bien accorder cette
grâce à celuy qui a l'honneur d'être, avec tout le respect possible,
Mon Révérend Père,
Votre très-humble et trèsobéissant serviteur,
Fr. J. Bretagne. M. B. A Auxerre, ce 15 juin 1730.
Voici la fin du chapitre en question, tel qu'il est dans l'imprimé: Lupus episcopus, ut in antiquissimo marmore....
Si Votre Révérence avoit quelque chose dans ses mémoires sur Auxerrc qui regardât ce saint Optât et qui servit à nous en assurer la possession, je luy serois infiniment obligé si ellevouloit më le faire copier par D. Jean Chenu, qui le fera volontiers pour moy.
Au Révérend Père Dom Urbain Plancher, religieux bénédictin de l'abbaye de St-Benigne, à Dijon.