‹ Le Cabinet historiqueChapitre 38 sur 162 · LB SIEGE DE PAVIE · texte numérisé non relu

LB SIEGE DE PAVIE

Lexxvin* jour d'octobre audit an mil vcxxiui, le Roy notre Sire est en ce lieu do la Chartreuse, et demain ce commance la baterie de la ville de Pavie, en laquelle est demouré, du reste de l'armée de Messire Charles de Bourbon, trois mil hommes de pied el cent hommes dermes. Us font, au vray, bruyt de tenir plus, à mon advis, qu'ils ne le sauraient faire : ils n'ont vivres, et y a ic y devant eulx xv° hommes d'armes et trente mil hommes

de pied : s'ils ne rendent la ville, assault se y donnera. Le Roj a ceste affaire bien affectée ; il le fault, car comme il Tara k knr ville, les autres feront. Le capitaine de Heronne {?) est à ce se» venu devers le Roy et luy a rendu la ville ; ledit sieur a envoyé un trompeté et herault à Cosme et à la Vanteline pour sommer tout le pays. Je prie à Dieu que la duché soit bien but rendue affin de retourner en France. Il est arrivé aujourd'hui ung courrier de Roinine venant de la part du conte de Carpy, et dit qu'il trouva hyer à Plaisance MM. Charles de Bourbon, ]e Vice-Roy de N a pies et le marquis de Pasquiere, tirant lettres (?) de Roinmanie. Se ainsy est, je ne voy plus de difficulté que bien tost ne nous en retournyons. Four l'heure, ne scay autre chose fors que je prie Nostre Seigneur vous tenir en sa garde.. — A la Chartreuse ce xxvin* jour d'octobre.

Xtte ajoutée qwlq ne jours après. — La prinse du Roy notre Sire tenant Pav\e. que Dieu veuille ramener. — La journée que le Roy lut prins devant I'avye fut le samedy xxui* de février et le jour 3Ionsr saint Mathias mil vc xxiiu.

(S. Germ. fr.t 1556.)

2. LE DOUBLE DE LA LETTRE ENVOYEE PAR LE ROY, NOTRE SEIGNEUR, A MADAME SA MÈRE, QUAND IL FUT PRISONNIER, JSSGBIPTB DB M MAIN PROPRE.

Rien qu'elle ail été fidèlement donnée par M. Aimé Champollion et quelques autres, nous cédons au désir de reproduire ici (telle que nous la fournit le rcc. i'oatanieu) la fameuse lettre de François I,r à la Royne régente, pour lui apprendre l'issue de la bataille. De tels documents appartiennent d'une manière si intime i l'histoire qu'il est bon de les vulgariser, d'autant mieux que la haine ou la sympathie ont singulièrement abusé de celui-ci. Dans l'aveugle passion qu'ont montrée contre le prisonuier de Favie quelques écrivains françois on a été jusqu'à lui faire un crime d'avoir pensé à parler de sa santé! C'est se montrer terriblement Spartiate que de refaser ft un Rot, couvert de blessures, le droit de rassurer sur sa vie MM mère et une sœur! ! et c'est bieu ignorer l'histoire, U nous sembla

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que ne vouloir François Ier que guindé sur le* éehasses d'un hidalgo castillan, et ridiculement empauaché comme le mannequin de la Cour du Louvre!

Pour faire savoir, Madame, comme ce porte le reste de mon infortune, de toute* chose* ne m'est demeuré que l'honneur et la vie, qui est saine. — Et pour ce que eu vostre adversité ceste nouvelle vous sera quelque peu de réconfort, ay prié qu'on me laissait vous escrire cesle lettre, ce quoy (ou) m'a aisément accordé : vous suppliant ne vouloir prendre l'extrémité de vous mesme, en usant de votre acoustumée prudence, car j'ay espérance à lato que Dieu ne me habandonnera point : vous recommandant vos petiz enffans et les inyens, et vous suppliant faire donner sur passaige pour aller et retourner eu Espaigne ce porteur; car il va devers l'Empereur pour savoir comme il veult que je soye traicté. Et sur ce s'en va très humblement recommande à votre bonne grâce,

Votre humble et obéissant fils, Françoys.

3. LOYSE DE SA VOTE, REGENTE, A MESSIEURS LE CHANCELIER D*AJLÇ?CÇOW ET DE VAULX, AMBASSADEURS EX ANGLETERRE.

Les pièces qui suivent sont relatives à la délivrance du roi captif. Mous rccomipaiidons surtout la lecture de la première lettre de l4>uyse de Savoie : Quelle que soit l'opinion qu'on ait du caractère cl de la vie privée de celte princesse, qu'on a pcul-êlre bien aussi calomniée quelque peu, nous trouvons qu'elle montre ici des scnli- ■e«U tout à bit nationaux, et que la pari qu'elle prend aux malheur» de son itts, ne lui fait poiul perdre de vue l'intérêt et l'honneur delà France, — Le chancelier d'Altuçon, auquel celle Ieltrcest principalement adressée, élo.l Jehan Brinon, président du Parlement de Rooeu, qui avoit le plus contribué à animer la régente contre le eeanétabie de Bourbon, Brinon avotl été envoyé en Angleterre pour iéiarhrr Henri Vili de l'atkauce dé l'empereur. Pendant ee temps, le wiflïHf entreteuoit des ûiUili&euces avec le cardinal Wolsey

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et ponssoit Henri VIII à profiter de la chute de François I« envahir la France et y rétablir la domination angloise. On n'a pu assez apprécié l'habileté de la politique de Louise de Savoie en cette difficile rencontre et les services rendus par le chancelier d'AJençoa dont le nom est à peine cité dans nos histoires. Les archives de l'Empire, d'où ces pièces sont extraites, contiennent sur cette négociation un grand nombre de documents qui sont restés inexplorés par les historiens.

Monsieur le Chancelier, et vous Monsieur de Vaulx, j'ay receu les lettres que vous m'avez escriptes et veu par icelles ce à quoy vous estez demeuré, tant avecques le Roy d'Angleterre que sesdepputcz. Et après avoir le tout veu il m'a semblé, considéré le temps tel qu'il est, que vous avez très-bien faict d'avoir conclud et dressé les choses le mieulx que vous avez peu : reste de les parfaire et en tout mectre finallc conclusion, car oultrela dicte conclusion de la paix , la publication d'icelle est trèsnécessaire, comme je suis scure que vous l'entendez assez : et pour ce , je vous prie que vous y aiez regart et y tenez main, en sorte que le tout se parface le plus tost que Taire se pourra. Et pour ce faire, Messieurs, vous envoyé le povoir que demandez, tel que la myhute que m'avez envoyée contient» et ung autre semblable auquel a esté faicte quelque adjonction qui n'est grande comme verrez : si vous le povez faire passer et vous en ayder en ceste sorte, vous le ferez, sinon vous vous ayderez de l'autre où il n'y a nulle mutacion ny discrepance de ladite minute.

Et quant au reste du traicté, Mons. le Chancelier [du Prat] la veu, lequel vous escript bien amplement ce qu'il luy ensemble: s'il y a moyen de gaigner et rabiller les difticiiltez dont il vous escript, vous le ferez, sinon vous passerez outre et y raectrez fin.

Messieurs, je vous envoyé des lettres que le Roy escript au Roy d'Angleterre et à Monsieur le cardinal dTorc, lesquelles vous leur baillerez et leur direz et asseurerez que, cy-après, ledit

sieur envoyera celle dont vous avez icy envoyé la forme. Car en cela el toutes autres choses, je désire satisffaire à tout ce qui sera requis et nécessaire pour l'exécution et perfection de ce traicté sans riens y laisser.

Au surplus je vous ad vise que suivant l'advis et oppinion de de M. le cardinal d'Yort, j'ay faict advertir le Roy de la conclusion dudit traicté de paix par vous faict avecques ledit Roy d'Angleterre, luy suppliant qu'il ne voulsist aucune chose accorder ne promettre pour sa délivrance qui feust au préjudice et dommaige de son royaulme, de sa grandeur et de son honneur et surtout de n'en bailler aucunes terres, ne faire aucunes renonciations.

Surquoy pour encores mieulx luy faire entendre ce que luy emporte ce que dessus, et voyant le désir qu'il a, de veoir ma fille, la duchesse d' Alençon , j'ay consenty son allée en Espagne, principalement pour bien el seurement remonstrer audit sieur l'advis dudit cardinal, affin qu'il ne consente ne accorde aucune chose audit Empereur : estant ladite paix faicte comme elle est et toute l'Ytallye disposée de ne souffrir, ne permettre la grandeur dudit Empereur aller plus avant, ne tollerer la ruyne des Potentats d'icelle, mais les voyans tous disposez de mectre et employer leurs Estats, personnes et biens à la deflence et conservation de leur liberté, me semble n'estre besoing que ledit sieur entre en ses renonciations, ne délivrance de terres : parquoy j'espère le voyaige de madile fille estre fort à propos, ayant l'autorité envers ledit sieur telle qu'elle a, et que en ce il portera grand proufBct.

Messieurs, je conduiray madile fille jusques au Pont-Sainct- Esperit, et de là je temporiscray en ce quartier de Lyonnoys pour favoriser les affaires d'Ytallie, et ceste pratique qui se . ibayne corne savez, tant avecques le Pape que Venissiens : et en tout et partout feray ce que je pourray pour les y faire venir et proknptement conclurre les matières commancées, esquelles on

. — Doc. 10

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désire ledit Roy d'Angleterre entrer, comme prince qui ypeolt et qui a autorité et povoir de grandement ayder el favoriser ladite ligue.

Au demeurant, je vous ad vise que quelque chose qu'on ail escriple ou rapportée audit sieur cardinal d'Yort, les affaires de ce royaulme sont en aussi grand repos, unyon et obéissance qu'ils ont jamais eslé. Et quant au différent qu'on dit avoir esté entre le grant conseil et le Parlement de Paris, vous savez, Monsieur le Chancelier, ce que se peult estre, et qu'il n'y a " chose qui dit touché ne puisse toucher l'autorité du Roy et myenne, car il n'est question que de matières benefliciales et en quoy, par ung simple commandement je puis donner ordre et provision telle qu'il appartient. Parquoy il n'en failli Taire cas, et à la vérité les matières ne vallent ny requièrent le Taire.

Monsieur de Vaulx, ayant mémoire et cognoissance de vos services passez et à la peine que vous avez prise en la conduicte de ceste paix, je vous ay donné la charge et commission du payement des deniers ordonnez estre paiez par ledit traicté de la paix, comme vous verrez par ladite commission que je vous envoyé. Et quant au Taict du douaire, si vous en povez appoinoler et (raicler avecques Monsieur de Suffort et la Royne Marie, je l'aura y très-agréable, demeurant l'autorité et gouvernance dudit douaire au seneschal d'Armaiguac, qui est tel personnaîge que vous le congnoissez, de quoy j'ai bien voulu vous advertlf .

Et en tant que touche la partie des Géncrauhc, c'est une partie tant desraisonnable et hors de raison qu'il n'est possible de plus, touttesfois puisqu'elle est accordée, il n'en fault pins parler : mais je vous prie, Messieurs, que vous vous vueillez bfen informer comme cela a esté Tait et practiqué pour en savoir b vraie vérité : et cependent je ne laisseray d'envoyer quérir Bernard Salviaty, pour le vous envoyer s'il est possible : tous priant encore* que si vous povci trouver moyeu que ce premier pâle* ment se face au jour de la publication de ladite paix, et que lé

marchant dont tous m'escripvez en face la première advancc, tous ne me ferez petit plaisir et service de le conclure el m'en asseurcr. Parquoy je vous recommande l'affaire et toutes autres choses qui en dépendent, comme j'ay en vous et en vos loyautés et prudences ma parfaite fiance ; vous inercyant de la paine et travail que avez pris et prenez esdites matières, lesquelles -sont de l'importance que vous voyez pour le Roy et son royaulme.— Priant Dieu, Messieurs, qu'il vous ail en sa garde, escriptà Ton mon, le xvi* jour d'aoust. Loyse.

Et plus bas : Robertet.

(Arch. de VEmp., j. 965.)

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