‹ Le Cabinet historiqueChapitre 49 sur 162 · Chardon de la Rochette a M. Barbier · texte numérisé non relu

Chardon de la Rochette a M. Barbier

Nismes, 5« jour complémentaire an XII.

Ancien et très-cher collègue ,

Je reçus avant hier le paquet que vous aviez eu la bonté de m'adresser. Je vous remercie des démarches que vous avez faites pour mon nouveau passeport. Mais de la manière dont il est limité, il me devient à peu près inutile. J'apprends que dans les départements du Tarn et de l'Àveyron, les chemim ont été abîmés par les pluies, dont ce pays-ci est privé : ainsi

irée de la première salle où l'Académie s'assemble el reconduits par cm de messieurs qu'aura nommés M. le Directeur.

» Signe: De Tofrbil, directeur.*

On sait qu'après avoir longtemps occnpé la charge de secrétaire perpétuel de l'Académie de Nismes, le savant Seguier devint soi protecteur et qu'il lui donna par acte public sa maison, sa bibliothèque et ses riches collections d'histoire naturelle, aujourd'hui placées à la Jlibliolhèquc publique de Mimes C'est cet héritage si légitimement acquis dont Chardon de la Rochette enleva quelques Jjribei à la ville de Nismes. A celte époque, l'Académie, supprimée comme toutes les sociétés savantes et expulsée de l'hôtel Seguier deven propriété nationale, n'avoil point de représentants : Cependant, même au dire de la Hocheltc, le dessaisissement ne s'effectua poilt sans protestai ion. Il appartient à M. Léo ta ni, bibliothécaire, de nom renseigner d'une manière précise sur ceux des manuscrits Seguier restés à Nismes, comme aussi du sort des 42 volumes des manuscrits de Colellier, le savant professeur du Collège royal, qui partagea, avec l'illustre du Cange, la tâche de dresser ou de réviser le catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque du roi. Ce qu'A y a de certain c'est, qu'à l'exception du travail de Seguier sur les inscriptions, la Bibliothèque impériale ne possède aucun des'nfc* nnscrits signalés et que Chardon de la Rochette se proposait de H faire expédier.

comme la saison s'avance, je resterai dans le Midi, pour y faire ma tournée et je commencerai par Montpellier; mais quand j'aurai reçu mes nouvelles lettres de créance, j'adresserai à Son Excellence les réclamations nécessaires.

Avant hier on me remit les huit manuscrits de Seguier , que tout autre commissaire aurôil difficilement obtenus. Je .vais les expédier pour leur destination, après avoir rédigé une notice de leur contenu que j'enverrai au Magasin, et dans laquelle j'exprimerai la vive impatience de l'Europe savante pour leur publication. Je vous la ferai passer avec relie de votre intéressant catalogue Boutourlin, que je m'empressai hier de retirer des mains d'un amateur. J'ai vu déjà dans les journaux le compte rendu de votre Collé que je suis impatient de lire. Le fameux feuilleton dit, ce me semble, que ce premier volume aurait P" être réduit, mais qu'alors il n'auroit coûté que trois sols, et n'auroit pas été vendu : au lieu que se payant 5 à 6 flr. il aura de nombreux acheteurs. L'idée est drôle, mais vraie. Une brochure se perd, et un livre d'une épaisseur raisonnable reste. L'une est une frêle nacelle qu'un coup de vent nn peu violent submerge; l'autre est un vaisseau bien lesté, qui pèse sur les flots, et qui leur commande le respect. Notre ami Parison aurait bien dû ou devrait bien rendre compte de ce premier volume dans notre Magazin. Si j'avois l'ouvrage et que je fusse sur de n'être pas prévenu, comme je l'ai été pour la dissertation curieuse de M. Huschke sur Archiloque, pour laquelle j'avois fait un extrait assez piquant, que dans mon impatience je jetai au feu, je rendrais compte avec plaisir de votre Collé, qui m'amusera fort, j'en suis sûr.

Vous trouverez ici un long article pour le Magazin. Après l'ayeir lu je vous prie de le remettre à l'ami Parison. Dans la hnilaine je vous enverrai les deux autres articles. — Et votre bibliothèque! est-elle toujours par terre? Parle-t-on de vous un local f Heureusement les loisirs qu'on vous laisse

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sont utilement employés. Vos Anonymes auront un gnnd débit.

Je vous salue de tout mon cœur vous et les vôtres.

Chardon de la Rochbtte.

Nous terminerons celte série de documents sur le même sujet, par la lettre à Millin, publiée par le Magazin encyclopédique, (an. 1815, t. vi, p. 349V On y trouvera quelques détails curieux sur Sentier, bienfaiteur (le la Bibliothèque de Nismes et sur l'évêque Inguimbert, bienfaiteur de celle de Car pen Iras.

Msmes, 20 vendémiaire an sir.

J'ai adressé, mon cher Millin, à la Bibliothèque Impériale le précieux travail du célèbre Seguier sur les anciennes inscriptions. En voici une courte notice, que je vous prie d'inicrer dans votre journal.

Jean François Seguier, né à Nismes le 25 novembre 1703 et mort dans la moine ville le 1er septembre 1784, fut à la bis ua savant antiquaire et un savant naturaliste. Ami du marquis de Maffei, près duquel il passa les plus belles années de sa vie, et qu'il ne quitta qu'h sa mort, il eut la plus grande part à as ouvrages. De retour dans ses foyers il s'occupa sans reUtaheda catalogue de toutes les inscriptions grecques, latines, étrusques: il dépouilla tous les ouvrages publiés sur cette matière et eu II l'histoire critique qu'il poussa jusqu'à Tannée 1768 inclusivement. Cette histoire critique, qui sert de prolégomènes à sel index, est écrite en latin, et remplit 1610 pages petit in*'fol. divisées en deux volumes. Le litre des 'deux grands in-fol. ni en sont la suite est: Inscript ionum antiquarum Index abtolvtoh simus ; in quo grœcarum latinarnmque in$criptionumn qum m editis libris reperiri potuertmt prima verba de$cribuntur : op+ rumine in quiàus referuntur loca indicantur, etmsearum H exoltcarum tndice ad calcem adjeclo. Opéra Joannii Franeàa Seguierii, an no 1749.

Ces deux volumes remplissent 1092 pages. L'index deaiss^ criptiuns grecques forme un cahier particulier, ainsi queteM des inscriptions étrusques. (Ce dernier se trouve à la Dq de* second vol.) Un troisième cahier contient la table des autant cités dans les Index. Deux autres manuscrits, l'un in«fal.t l'autre in-4, renferment des inscriptions grecques, latines, et des notes écriies en françois qui seront utiles à celui qui aitfi

chargé de la publication de ce grand travail. En demandant à Son Excellence le Ministre de l'Intérieur d'être autorisé à extraire de la bibliothèque publique de Nismes pour la liiblio- Ihèque Impériale de Paris les huit manuscrits dont je viens de rendre' compte, je lui exposai que l'Europe savante attendoit depuis quarante ans la publication de cet ouvrage et que les presses impériales qui sous les règnes précédents ont enrichi la république des lettres de tant d'ouvrages importants dévoient être exclusivement chargées de publier celui-ci. L'écriture du manuscrit est très nette et l'impression ne demandera qu'une légère attention de la part du savant à qui Son Excellence confiera le soin de la suivre...

En 1774 ce savant antiquaire étoit déterminé à faire publier son ouvrage. Le libraire de Tournes, de Genève, s'en chargeoit volontiers, mais l'auteur demandoit encore deux ans pour y mettre la dernière main. J'ai adressé dans le temps à Son Excellence une copie de la lettre de Seguier à de Tournes, parce

Îju'elle indique la marche' qu'il est essentiel de suivre pour le ormat et l'impression.

En 1778 Seguier légua à l'Académie de Nismes dont il étoit secrétaire perpétuel, sa riche bibliothèque, ses manuscrits, son médaillier, son cabinet d'histoire naturelle, et sa maison, où depuis 25 ans, l'Académie créée par lettres patentes en 1682 tenoit ses séances. Lorsque les académies forent supprimées, le riche legs de Seguier fut déposé dans la bibliothèque publique de Nismes. Mais sa maison fut vendue ainsi que les monumens antiques qui ornoient et ornent encore son jardin. Vous avez vu de vos propres yeux, mon cher Millin, que les ouvrages sur les antiquités et sur l'histoire naturelle, que Seguier avoit légués à l'Académie de Nismes, sont en très-grand nombre et très-précieux. J'ai vu par sa correspondance qu'il ne paroissoit pas en Europe une dissertation sur les matières dont il faisoit son étude principale, qu'il ne se procurât au moment de sa publication. Cette correspondance avec tous les savants de 1 Europe étoit immense, puisque les lettres qui lui ont été écrites par tout ce qu'il y avoit de son temps d'hommes illustres, le marquis Maffei, le président Bouhier, Hagenbach, Mazaugues, Boze, Barthélémy, Jean- Jacques Rousseau, Gaumont, Saint- Veran, remplissent 17 volumes in-fol. et in-4. Le bibliothécaire actuel, M. Trélis, secrétaire de l'Académie, littérateur distingué, homme de goût, s'occupe du dépouillement de cette vaste correspondance, afin de publier tout ce qui peut intéresser les savants et jeter quelque joursurréludederantiquitéeldel'htstoirenaturelle.

C'est à M. de Mazaugues, président au Parlement de Provence, qu'a voit appartenu la bibliothèque de Carpentras,lapla» belle et la plus riche du midi. M. dlnguimbert, alors éfèque de celte ville, ayant eu vont qu'on se proposoit de la vendre, courut vite a Aix, se hâta d'en faire l'acquisition au prix de 40,000 fr.t . ne perdit pas un moment pour faire charger sur d<»s voiture» les livres et les manuscrits, et partit avec sa riche proie. Bientôt après le Parlement s'assemble : il est question de cette bibliothèque dont on ignoroil encore la destinée : le Parlement délibère sur le moyeu de conserver à la ville d'Àix ce monument précieux du savoir cl du go ùt d'un de ses membres : mais pendant la délibération le bruit se répand que le tout est deji en marche pour Carpentras : on fait courir après les voitures: elles avoient passé la Durance et l'a (Taire était consommée. M. d'inguimherl fil présent de cette bibliothèque à la ville, h dota richement et la rendit publique. Cette bibliothèque aille aujourd'hui en son entier, mais la dot a été se perdre avec tant d'autres dans le tombeau des Danaldes. La bibliothèque a panr conservateur actuel M. l'abbé de Sainl-Véran, neveu du fondateur, vieillard très-estimable, très-instruit, poêle latin élégiBl et savant antiquaire...

Son oncle, pieux et digne prélat, auteur de beaucoup d'ouvrages acétiques, avait été religieux de l'abbaye de Buon Sotaïfi de l'étroite observance de Citeaux, dans la Toscane: il fût ensuite ami intime du pape Clément XII, qui le fit son bibliothécaire, le combla de faveurs el le nomma à t évèché de CarpanttU après l'avoir décoré du Pallium. Outre la bibliothèque doilt I enrichit la ville, il fit hnlir un magnifique hôpital par le mine architecte qui a conçu et fait exécuter cet élégant et hardi aqueduc qui conduit les eaux à la ville, l'un des plus beaux moBfr uients modernes qui embellissent le midi.. H. d'Inguimtat : mourut en septembre 1767, à Tàgc de soixante-quinze Ans. »

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