LE CARDINAL DE SENS, CHANCELIER DE FRANCE, AU ROT
Sire, hier matin vous envoyay la poste Tenant d'Espagne qtie rencontra y sur les champs, ayant ung pacquet de toi ambasn» deura qui s'adressoit à moy; et après l'avoir ouvert, tWB envoyay les lettres qui venoient à tous, à Madame et à MIL de Bourges et d'Alluye et retins tout le demeurant.
Il y a donc ung chiiïre qui dure huit feuilletz de papier que j'ay fait deschiflrer : je tous envoyé le tout par inTentofre* ensemble les pièces que avoye par devers moy des expéditions faictes à voz ambassadeurs par cy devant, affln que vostre plaisir soit de faire veoir si les responses sont conformes & ce que leur avez mandé pour offrir à l'Empereur.
Ladicte poste a ung pacquet adressant au Roy d'Angleterre que ses ambassadeurs luy envoyent. J'ay veu la dépesche bitift au cardinal d'York, laquelle actendu ce qui est Tenu d'Espagne ne serait à propoz ; par ainsi ne l'ay envoyée : mais s'il tM plaist qu'il la veoye, se pourra envoyer avec ce qui esiTSM d'Espagne.
Sire, tous trouverez qu'il n'y a grand différence de iss offres à ce qu'ilz tous accordent ; le principal geist sur k rt* nonciation de Millan, restitucion de ce que aTex prias, cl de la seureté que baillerez pour accomplir ce que prtaMtrt pour retirer Messeigneurs voz enfants: de ce que ara priai n'avez que Gennes, Savonne et Ast en voz mains: le dette* rant recouvrerez à mon jugement facilement.
Par les lettres, desquelles tous envoyé ubg double, eseripttfc après la prinse de Bosco, avez gaigné sur voz dernières oftee
deui poUitZil'ung sur l'ayde de pied et dé cheval que estiez tenu faire en Ytallye à l'Empereur, et de deux cens mille escuz que y deviez payer, qui seront pour le mariage de Madame Ëléonor ; et aussi la lymilacion du temps que voz gallères le serviront eh port et dehors ; et daventage, la compréhension des Vénitiens et Florentins ; mais du Pappe ne s'en dit mot. Vous leur offriez beaucoup plus de choses par Bayard, et depuis pat la dernière conclusion prinse avec le cardinal ; vrdy est que, au lieu des proUflQs, avez despendu pour le soubstenement de la guerre grosse sditime de deniers qdl vous reviennent à plus gros dommages que iceluy prouftît ne vous scduroit valloir.
Sire, je vous supplye si très-humblement que m'est possible et COrilrtie voàtre très-humble créature, mectre principalement devant toz yehlx de combien la paix est nécessaire en la chresttenté pour éviter les maulx et inconvéniens que occulairement voyons advenir ung chascun jour: pour lesquelz éviter, pour -Tàtttour et honneur dé Dieu, vous soubzmectez à Taire des choses que autrement né feriez. Le gticrdon et rémunération qtté fturez dé Dieu, ainsi que j'espère, sera trop plus grand que Unit cfe que vous scauriez perdre en ceste marchandise. D'autre piH, Vous ave* MësseignéuM vos enfans qui sont tant à extirer tit tdi t|tte cbàsciin veoit; ils sont entre les mains de voz ennetbyé, se leur advënoit quelque inconvénient dont Dieu les nuille préserver, vous voùldriez avoir donné une partie de tofetft rdyattlme et les avoir rachepiés.
Ainsi; Biffe* il fault penser la grosse despence où vous estes fli frétas apadvrit et rostre toyaulme, et dont vous trouverez PttitiilBcilléttaent à recouvrer la rançon qu'il convient bailler; H si toyes fet cbgttoissiez que vostre dicte despente est quasi fftUHMtéitt, d'autant que n'y gâghez ne pré, he terre, et y ac- JMH& ptotf fciitruy qui eil pointa Taire son pnmfflt par cy
JfcWfÛëmènt, Sirfe, fadlt considérer à quelles getas vous avez
â bcsongner ; je parle tant des amys comme des ennemys, où n'y a amour, foy ne seureté. Cène sont que toutes fainclea, déguisements et dissimulations, chascun tasche de faire son proaflkt à vos despens, et après qu'ils l'auront faict vous haban donneront, et trouverez avoir despendu le vostre, et messeigueurs vos eniïans seront où Hz sont, et vous seul sans amys. Et pour bien congnoistre si Ton veull faire son prouflict de vous, je ne reciteray que ung seul cas que vos ambassadeur* ra'escripvcnt : c'est assavoir, que vos finalles offres a voient esté envoyées à l'Empereur, et par ainsy sachant à quoy vous vouliez venir, toutes remonstrances, arguments et prospérité d'Ttallîe ont peu servi à advantaiger vostre affaire.
Sire, je vous supplye très-humblement pardonner ma pré-. somptueuse ignorance en tant que me ose ingérer de vous dira mon petit adviz. L'affection et amour que je vous porte me servira, s'il vous plaist, d'excusation.
Sire, si ceste voye vous semble bonne, le plustost y medre* fin sera le meilleur, si autre chose ne se pcult gagner pont Ici prinscs que monsieur de Lautrec pour roi t faire, cependant mais que vous ayez eu response d'Angleterre fauldra, s'A vnw plaist, envoyer quelque bon et sçavant personnage en Espagne* cl de ceulx qui sont prèz de vostre personne, pour y mectre conclusion, et gagner ce qu'il pourra et asseurer l'Empereur «t madame Elienor de ce que escripvenl voz ambassadeurs par ledict chiffre. Et ne fauldra, Sire, oublier le Pappe; il se pourrait dire plusieurs choses au contraire, mais ceste voye est In pU* f cure, et trop myeulx vault une paix certaine que une guene dont l'advenement est incertain, s'il est vray que l'Empeiranf ait envoyé à son frère cent cinquante mille eseuz pour lever des lansquenetz, affln de les envoyer en Ytallie ainsi que voediti ambassadeurs escripvent, il en lèvera une trouppe, comnt d'estourneaulx, qui espouvanteront toute l'YUliye et peolft etfm lors n'arez ce que de présent l'on veult faire: la cellérité y etf
requise, aussi n'avez-vous que trente jours pour y rcspondrc. Sire, après m'est re recommandé tant et si très-humblement que faire puis à vostre bonne grâce, pryeray le Créateur vous donner bonne vie et longue, avec sanclé et prospérité. — A Nantoillet, ce vi? d'octobre.
Vostre très- humble et très-obeyssant subgect et serviteur, A. cardinal de Sens, chancellier de France. (F. Dup., vol. 485-486, 2« p., fol. 131 .)