LE MARÉCHAL DE C.OS6K , AUX MÊMES
« Messieurs,
» Suivant la volonté du roy, je vous ai incontinent dépesche la présente pour vous dire comme M. l'Amiral fut hier frappé d'un coup d'arquebuse tiré par un homme qui se tenoit caché en une maison vis à vis l'hostel de Bourbon, lorsque ledit sieur unirai sortoit du chasteau du Louvre sur les onze heures du
«•.Année. — Doc. i?
malin : el fut le coup ici qu'il luj rompit le doigt pr£s dp poupe en la main droite, et lui offensa tellement le bras gaucfce que les chirurgiens doutent grandement qu'il lui (aille couper.: dont S. M., Messeigneurs ses frères et toute la cour sont fort mardis; je vous en mande ce qui en est à la vérité, affin que soyés mieux advertis : aussi je vous envoyé la copie des lettre* qu'on m'a adressées, à ce que chacun de vous en sa charge, et tops ensemble, prenne bien garde et donne si bon ordre en la ville de Chartres, qu'il n'y advienne aucun trouble ni esmotkm 4a peuple. Et au contraire, que l'on soit contenu en bonne paix sans faire aucune chose contrevenante aux ordonnances des» dicle Majesté et édietz de pacification; ce fesant vous ferés (foplw en plus connoistre la bonne affection quavés à son service et d'obéir à ses commandemens pour le bien et repos <Je son peuple, et n'étant la présente pour autre effect» je ferai Jifl « cest endroit, priant le Créateur, messieurs, vqus donner ea parfaicte santé une heureuse vie. De Paris, ce 23 aoust 1578.
» Votre bien bon et sûr amy,
» De Cosse. »
10. A Mil. d'eSGUILLY, GOUVERNEUR ES MA VILLE DE CHAXtfUi MES OFFICIERS DE LA JUSTICE, MAIRE ET ECHEVINS DE LA DITE VILLE, ET A L'UN DE VOUS EN l'aDSENCE DE L'AUTRE.
« Messieurs,
» Vous aurés pu entendre comme mon cousin l'amiral fol blessé avant hier, et comme j'eslois après à faire tout ce qu'A ra'estoit possible pour la vérification du fait, et en faire hit** grande et prompte justice qu'il en fust exemple par tout omb royaume, à quoi il ne s'est rien oublié depuis; il est flvenfl |pt mes coi^ins de la maison de Guise et les autres aqgngKI f*
gentilshommes qui les adhèrent, n'ayans eu part en cette ville, comme chacun sçait, ayant sçù certainement que les amis de mon dict cousin l'amiral vouloient poursuivre et exécuter sur eux vengeance de sa blessure pour les soupçonner, en ceste cause et occasion se sont esmus cette nuit passée, si bien qu'entre les uns et les autres il s'est passé une grande et lamentable sédition, ayant esté forcé le corps de garde qui avoit esté ordonné autour de la maison dudit sieur amiral, lui tué, avec quelques autres gentilshommes, comme il en a aussi esté massacré plusieurs autres en la ville : ce qui est mû avec telle furie qu'il n'a esté possible d'y apporter de remède tel que l'on eust pu désirer, ayant eu assés affaires à employer de mes gardes et autres forces, pour me tenir le plus fort en ce chasteau du Louvre : affin aussi de donner ordre partout d'appaiser la dite sédition, qui est, grâce à Dieu, à cette heure amortie, « étant advenue par » la querelle particulière qui est dès longtemps entre ces deux » maisons, de laquelle ayant toujours prévu qu'il avicndroit quel- » ques mauvais effet, j'avais cy devant fait tout co qui m'estoit » possible pour l'appaiscr (1) » : n'y ayant eu rien de la rupture de mon édit de pacification, lequel je veux au contraire estre entretenu autant que jamais, ainsi que je l'ai fait sçavoir entendre par tous les endroits de mon royaume. Et d'autant qu'il est grandement à craindre que cecy esmeuve et fasse soulever mes sujets les uns contre les autres, et se fasse de grands massacres par les villes de mon royaume, de quoy j'aurois un merveilleux regret, je vous prie que, incontinent la présente reçue, vous
(1) Nous appelons l'allenlion du lecteur sur ce passage de la lettre du roi Charles IX, passage qui n'est point souligné dans l'original, mais que sous guillemellons id pour le signaler davantage. C'est en effet ici, à notre sens, qu'est If véritable explication de la Saint- Barthélémy, et nous allions dire, de la longue durée des guerres de religion au xvi* siècle. Nous reviendrons sur celle opinion, que l'on ne sauroll trop examiner, et a l'appui As laquelle nous entendons utiliser les intéressantes et curieuses publications de M. Gachard.
fassiés publier et entendre en ma ville de Chartres, que chacun
ait à demeurer en repos et sûreté en sa maison, sans prendre
les armes etYoflenser l'un et l'autre, sur peine de la vie : faisant
plus que jamais garder et soigneusement entretenir et observer
mon dernier édit de pacification ; à ces fins et pour punir la
conlrevenans et courir sus à ceux qui se voudraient esleveret
désobéir à ma volonté, vous assembleiés incontinent le plus de
forces que vous pourcs pour me rendre obéissance et faire
que la force me demeure, m'avertissant au plustost de Tordre
que vous y aurés donné, et comme toutes choses se passeront
en ma dite ville de Chartres, priant Dieu, messieurs, tous avoir
en sa sainte et digne garde. Escript à Paris, le 24* jour
d'aoust 1572.
» Charles.
• PlNART. »