JEAN-PAUL MARAT AU PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ POPULAIRE DE MONS
Parmi les pièces curieuses que Ton veut bien nous communiquer wr l'histoire de la révolution , nous choisirons aujourd'hui une lettre de Maral. Les lettres qu'on a de ce personnage ne sont pas communes. Celle-ci a un intérêt particulier : elle se rattache à l'une des publications dont l'auteur vouloit faire suivre son trop célèbre Ami du peuple. Je ne sais si quelques numéros de Y École des cifoyettf parurent; il n'est pas moins curieux de voir les moyens de publicité dont disposoit Marat, et qui assuraient le débit de ses vertueux écrits.
Monsieur le président, Je réclamerois aujourd'hui l'engagement pris par les amis des
droits de l'homme, de propager les principes de VAmi du peuple % si je croyois avoir besoin d'un autre motif que leur civisme, pour les porter à concourir avec moi à éclairer le peuple sur sts droits, à former l'esprit public, à ranimer le patriotisme! et à faire triompher la cause de la liberté.
Après avoir combattu sans relâche pendant trois années consécutives contre le despotisme renaissant, je me suis va forcé de quitter enfin une carrière où je n'ai trouvé que fatigues, peine?, chagrins, misère, périls, tribulations, dégoût, et dans laquelle je n'avois plus de bien à faire au peuple, moins découragé toutefois par les attentats des ennemis de la patrie, que par l'aveuglement et la tiédeur de ses enfants. Hais en cessant d'être l'une des sentinelles journalières du peuple, je n'ai point abandonné ses intérêts; j'ai seulement cru que ce seroit le servir plus utilement que de développer à ses yeux le tableau frappant des machinations des cruels ennemis conjurés à sa perle, de la politique artificieuse de l'assemblée constituante, et des vices delà constitution qui font le malheur de la France, et qui seront une source éternelle d'anarchie, de troubles et de dissensions civiles jusqu'à ce qu'ils soient corrigés.
Après tous les ressorts qu'a fait jouer le gouvernement pour supprimer mes écrits, les dénaturer, décrier leur auteur et le faire croire vendu aux ennemis de la patrie, l'ouvrage que je me propose de publier ne sauroit produire tout le bien qtfe Ton doit en attendre, si les patriotes des déparlements n'ont la certitude , qu'il sort de la plume du véritable ami du peuple.
La société que vous présidez, Monsieur, connoit mes principes, elle s'en est déclarée la propagatrice ; j'attends de M zèle pour la chose publique, qu'elle voudra bien se charger» faire passer le prospectus de mon ouvrage à toutes les société patriotiques du royaume, en les engageant à lui donner la pb* grande publicité possible. De mon côté, je prendrai tous i* moyens de le mettre à la portée des titoyétrt les intfUtf (toêL j
Destiné à mettre le peuple en garde contre ses infidèles conducteurs, à lui développer les pièges des fripons soudoyés pour l'enchaîner, à lui Taire connoitre les lois à réformer et les lois à faire pour assurer la liberté et la félicité publiques, cet ouvrage deviendra l'école des patriotes.
Je vous prie, Monsieur, de mettre ma demande sous les yeux de la société, et de faire passer sa détermination au citoyen chargé de vous remettre ma lettre.
Recevez mes salutations patriotiques.
Paris, ce 3 mars 1792.
Marat, l'ami du peuple.
L'ouvrage paroitra sous le titre de Y École des citoyens , il contiendra les morceaux les plus saillants de Y Ami du peuple, et tirera au moins six cents pages.
DANTON ET DELACROIX, COMMISSAIRES PRES L ARMEE DE BELGIQUE, A LA CONVENTION NATIONALE.
Cette lettre de Danton et Delacroix, commissaires à Tannée de Belgique, est relative à la réunion de la Belgique & la France. C'est une pièce k conserver.
A Mons, ce 2 février 1793, l'an II de la république françoise.
Citoyens collègues ,
Il est satisfaisant pour moi d'apprendre h la Convention nationale que le nouveau degré d'énergie qu'elle vient de donner i la Frariee entière, en déblaraut la guerre aux tirans de l'Angtetefté et de la Hollande, s'est fait sentir au peuple de la Belgi^ue. Les citoyens de Mons viennent de voter leur réunion owvequée par le général Ferrand, en exécution du décret du M janvier dernier; Des agents du parti vaincu de l'empereur, etdri {MH1 expirant des prêtres et des nobles ont voulu exciter
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des troubles dans le lieu de la séance; mais bientôt ils ont été forcés de se dérober a l'indignation des Belges. La présence du général a ramené le calme. L'assemblée composée d'environ trois raille volants s'est ouverte, et le vœu de la réunion i h France y a été prononcé à l'unanimité. Des cris de vive h République, se sont fait entendre de toutes parts, la ville a retenti du bruit des cloches et du canon, et des jeux de toute espèce ont succédé ù ces premiers mouvements d'allégresse. Mons ne s'est pas bornée à des fôtes patriotiques; elle a déjà organisé une force armée de deux mille hommes tant à pied qu'à cberal, presque tous armés et équipés, qui nous ont manifesté le désir de partager les dangers et les triomphes des frères dont ibout adopté les loix. Cet exemple sera sans doute imité par le reste des habitants du Hainaut et des provinces qui l'avoisinenL Ds sentiront que dans la grande et dernière lutte qui s'ouvre entre la liberté et la tyrannie, il ne peut subsister ny liberté modifiée. ny aggrégation politique faible et resserrée. Tous, alors, devenus françois, et combattant sous les bannières de la république, partageront avec nous la gloire de briser les fers de la Hollande, venger les amis de la liberté opprimés en Angleterre, et purger l'Europe de ses lirans conjurés.
Les membres de la convention nationale et ses commissaires près l'armée de la Belgique,
Daxton, Delacroix.
E. DUFBICI1E-VALAZE A SA FEMME.
E. Dufriche-Valazé, né à Alençon en 1751, fol d'abord collifitesr, militaire, avocat. « Signalé par ses idées avancées, il fut éla k laeeavention, où il s'attacha au parti de la Gironde. Sa roidenr et sa foogae l'avoient fait surnommer par Marat le Chef dès homme* fÉtûL An* intime de Vergniaud, ce fut lui qui fit le rapport des crimes I
à Louis XVI, dont il vota la mort. Plus tard, Valaxé essaya ëe ré*- ter à la tyrannie de Robespierre et de la commune, mais tes eflkH »
forent impuissants : il encourut la destinée du parti auquel il étoit Hé. » « Valazé, » dit M. de Lamartine, « voyoit approcher la mort comme le couronnement du sacrifice qu'il avoit fait depuis longtemps de sa Tie à sa patrie... Il avoit le fanatisme du dévouement et l'impatience du martyre. Ses traits rayonnant d'immortalité dans ces cachots témoignoîenl en lui l'avant-goût d'une mort qu'il devancerait au lieu de la fuir... Son costume conservoit, dans la manière dont ii le porloit, une habitude d'uniforme. Ses membres grêles, ses traits pâles et macérés, le feu sombre de ses yeux, révéloient un de ces hommes obstinés que la conviction dévore et chez lesquels la pensée est la perpétuelle maladie du corps. Au moment de la condamnation, un des accusés qui a fait un geste inaperçu de la main vers la poitrine, comme pour déchirer ses vêtements, glisse de son banc sur le parquet : c'étoit Valazé. « Eh quoil Valazé, tu foiblis! » loi dit Brissot en s'eflbrçant de le soutenir. — « Non, je meurs, » répond Valazé, et il expire la main sur le poignard dont il vient de se percer le cœur. » — On n'en conduisit pas moins son corps dans une charrette jusqu'au pied de l'échafaud où périrent les Girondins. — La lettre qui suit répond bien à l'idée que les historiens et, cette fois-ci, M. de Lamartine, nous donnent de Valazé.
Le 7 octobre an IIe de la république.
Amie,
Hier, à quatre heures et demie d'après midi, on est venu me chercher à la prison de la Force, et on m'a transféré à la Con tiergerie. J'y suis logé avec Verguiaud, Ducos et Fonfrède. Tous mes autres collègues ont été pareillement transférés. J« suis dans un appartement très-sain et très-vaste : il y a quatorze lits ; mais, vu la grandeur de la chambre, nous ne sommes point tassés : c'est déjà beaucoup, et notre appartement a une croisée qui donne sur une cour assez bien aérée. Je snis donc aussi bien qu'on peut être. Il n'y a qu'une chose à laquelle je ne puis PM me faire : c'est que je suis dans le voisinage de la veuve Capet , et que les mêmes vervouv nous enferment l'un cl l'autre comme pour indiquer par ce rapprochement une complicité entr'eDe et moi ; c'est peut-être ce qu'il y a de plus extraordi-
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luire dans ma destinée. Amie, je me porte bien, très-bien. Oh ! si j'êtois sûr que tu te portes de même, que j'a puissant motif de consolation! Dis donc, amie, que lu te ; liîcMi ; dis que ma sœur, Emée et Claire, que mes deoi cken entais se portent bien, et je suis content; dis que mon fils s'applique et qu'il avance, et je suis content encore; dis quêta goûtes du repos, je suis content, et je crie avec toi : Vfrela iipiiMique ' v U citoyenne \ alast. place d'armes, à Alençon.