‹ Le Cabinet historiqueChapitre 81 sur 162 · XII. — DOCUMENTS TOUR SERVIR A L HISTOIIB DE U SAINT-BARTHELEMY · texte numérisé non relu

XII. — DOCUMENTS TOUR SERVIR A L HISTOIIB DE U SAINT-BARTHELEMY

ta querelle des maisons de Guise et de Chaslillon eut plus de ptK qu'on ne le croit généralement, à la catastrophe du 24 août 1671 Françuis de Lorraine, dit le grand duc de Guise, et Gaspard de Chu* Lillon, dit l'amiral de Coligny, avoient été dès leur jeune Ageaib par l'amitié la plus étroite, jusques h lie pouvoir vivre l'un om l'antre, « portant les mesines couleurs et s'hahillanl delà meflM façon. » Cette ardeur avoit commencé à se refroidir à l'occMian di mariage de Claude de lorraine, frère de François, avec la Ht aînée de Diane de Poitiers, 1547. Chastlllon, jusque-là le ci*

nocuMEisTs. 285

pagnon inséparable du duc de Guise, chercha à 1c détourner d'une alliance peu glorieuse pour leur maison : « Mieux vaut, disoit-il, un pouce d'authorité avec honneur qu'une brassée sans honneur. » François prit assez mal cette remontrance qui lui sembloit dictée plus par une envie secrète que par une amitié sincère. Tel fut le premier nuage jeté sur cette longue amit;é. Plus lard, lors du combat de Renty (12 août 1554), après Pafl'aire, on discutoit dans la chambre du Roi les mesures prises pur les chefs pour obtenir le succès de la journée. L'amiral, à tort ou à raison, prélendit que Guise, à un certain moment décisif, ne s'éloil pas trouvé où il devoit durant le fort du combat. Le duc s'en deflendit avec énergie. « Ah ! mort-Dieu! s'écria-t-il, ne me veuillez point ôter mon honneur. — Je ne le veux point, répondit l'amiral. — Et vous ne le sçauriez, » répliqua Guise. — Et de ces paroles de défi ils alloient mettre Pépée à la main, sans égard pour le lieu, si les assistants ne les eussent contenus. Le Roi intervenant commanda aux deux adversaires de s'embrasser et de vivre ensemble, à l'avenir, comme ils avoient. vécu au temps de leur amitié. Mais un germe d'aigreur qui s'éloil déjà établi dans leurs cœurs n'en prit que de plus rapides accroissemens ; et à partir de ce jour, l'intimité fît place aux sentimens d'une rancune profonde que les événements dévoient développer et porter au comble de la haine.

On connoit les actes du règne de François 11 : et comment l'avénemenl au pouvoir de la maison de Guise écarta des affaires la maison de Chastilion et celles de Montmorency et de Bourbon auxquelles l'amiral éloit allié. On peut dire que ces rivalités haineuses qui se manifestèrent à celte époque précipitèrent les catastrophes.

Comme préliminaires de l'assassinat du duc de Guise par Poltrot, sieur de Meré, nous publions d'abord une lettre de l'amiral Coligny. Elle peint la situation du moment et des esprits.— Il ne fa pi pas oublier que, nonobstant l'édil de janvier 1561, qui, dans une certaine mesure, conférait aux réformés le droit d'assemblée, venoit d'avoir Heu, le 3 mars de la même aimée, l'exécution regrettable connue sous le nom de Massacre de fatsy. Nous n'avons pus à apprécier ici les circonstances, ni le plus ou moins de gravité du fait ; nous constaterons senlement l'irritation qu'il produisit chez les prolestants. A quelques jours de là «le seizième ensuivant, dit le journal de Bruslart, arriva Mons. de Guise à Paris, lequel pour le zèle que l'on sçavoit qu'il avoit à la religion fust bien receu, et alla-on en grand nombre au devant de toy, et fisl-on comme l'on a accoustumé aux entrées des Beys, n estoil accompagné de deux mille gentilshommes et pour le

moins de trois mille chevaux. » Le leudemain, le gonverneneai le Paris fut enlevé au maréchal de Montmorency, soupçonné de tnp favoriser les réformés.

« Le 22 dudit mois (continue Bruslart) fui ordonné en tarife, fK on met! roi t gardes esdîtes portes : ce qui fol faict et ce, paar In fartions et entreprises du prince de Condé, de l'admirai, de d*Aaétlot et plusieurs autres. Le mardi 24e dudit mois, M. le prince da Gaadt, par le commandement du Roy de Navarre son frère, fuMcoatnÂad se retirer de la ville de Taris, et madame la princesse sa femme, hquelle par effroy accoucha de deux enfants masles, avant terne, ca s'en allant, pour la folie d'ung de ses gentilshommes qui l'accota gnoil, lequel voulut charger sur de pauvres gens de village qai es* loient en procession sur les chemins ; et toutefois il fut lui bmok chargé et elle en grand danger. »

C'est en ces circonstances qu'en réponse aux efforts tentés par Catherine de Médicis pour amortir les haines, concilier les intérêts il raccommoder lesaflairesquis'envenimoienldejour * autre, l'aaM écrivit la lettre suivante. Elle peint assez bien, il nous semble,.leécgré d'animosité des partis qui avoient cessé de s'observer pour prendre réciproquement une position pins nette et plus traeeMe. On voit dans l'audace des expressions à quel degré de mépris Paatf» rite royale étoit déjà tombée : il y a encore des protestations dampecl et de dévouement, mais celui qui les fait est couvert, déboute! armé jusqu'aux dénis. — Cependant le mouvement s'organise el h première guerre civile est à la veille d'eelore. L'on voit si Ti personnelle, des rivalités haineuses et la passion aveugle n'y < point autant de part que ridée religieuse ou le besoin des I

15.- GASrAPD DE CUAST1LL0N, AMIRAL DE COL1GM, A LA REINE-MÈRE.

Madame., j'ai reccu deux lettres qu'il a pieu à votre i mVscripre toutes deulx le xxvf de ce mois, la première par ai courrier envoyé devers Monsieur le prince, et la seconde pv votre valet de chambre. Et, pour respondre i toutes deu, « . premier lieu je ne sçay don le roy de Navarre a eu advertto* ment que je faisois levée de gens, mais je vous respona sur a* honneur, madame, que je n'y ai pas seulement pansé. ï*

ay-je adverti quelques ungs de mes voisins et amys et prié de me faire compagnie pour venir trouver mondit sieur le Prince; que si d'adventure il s'en est veu en ma compagnie d'armes, il me semble qu'il ne doibt estre trouvé non plus estrange que de ceulx qui vont trouver monsieur de Guize avecque armes descouvertes, et dont je suys adverti de plusieurs endroicls que M. de Guize me menace fort ; ce que m'a encore icy confirmé monsieur le Prince, comme l'ayant entendu de bon lieu. El pour ceste cause, je voussupply très humblement, madame, ne trouver mauvais que je me tienne sur mes gardes. — La seconde lettre de Votre Majesté me faict encore mention de ce que vous avez entendu que je suis party de chez moi avecque grande compagnie de gens armés d'armes creucs et descouvertes et que je faicts ainsy marcher ma compagnie :.. je confesse que je l'ay et j'auré la meilleure que je pourré pour me garder d'estre oulttragé. Quant à armes descouverles, je n'en ai veu en ma compagnie, sinon de pistoles et pistolets, ce qui est commun par tout le royaulme de France ; quant à avoir levé ma compagnie de sa garnison, il ne s'en trouvera nul mandement demoy ; et ce qui principalement m'en a gardé, c'est que je sçavois bien qu'il n'y «voit pas tant de gens que cela mepeust porter grande faveur: et toutefois, madame, quand je Taurois mandée, je n'aurois fait que ce que ont faict d'autres. Quanta ce que me mandés si j'ay fâict faire ung serment à ma compagnie sans parler du Roy, aflin que vous cognoissiez la vérité du faict, il y a plus de quatre ans que je ne fus en monstre de ma compagnie là ou les scr* mens se font: d'en avoir fait faire depuys, en quelque sorte que ce soit, si vous trouvez qu'il en soit rien, je veulx que vous me teniez pour infâme et deshonoré. Au demeurant, je vous supply très humblement, madame, croire qu'il n'y a gentilhomme en France qui plus désire vous veoir en repos et contentement que moy; ce que je feroy plus particulièrement entendre par le capitaine Breuil, que monsieur le Prince envoyé devers Votre

Majesté. Et sur ce je prierai notre Seigneur, madame, vous donner en parfaite santé une heureuse et longue vie. DeMeaux, ce xxvu* de mars 1561 .

Votre très humble et très obéissant subject et serviteur; (F. Gaign. 540.) Chastillon.

Page 1