‹ Le Cabinet historiqueChapitre 88 sur 162 · I. DU MKME AU MEME · texte numérisé non relu

I. DU MKME AU MEME

Ce 15 octobre 1C03.

Je me garderay bien, Monsieur, de vous reprocher paresse, ny même d'y trouver à redire; je ne vous aime qpe mieux d'être paresseux , c'est le seul endroit par où je puisse vous ressembler. Il me souvient d'ailleurs de l'imprécation de Catulle contre les gens trop réguliers : Vœ per quem non lied esse Hpglifjentem. Monsieur le docteur votre frère (1) m'a mandé à quoy vous aviez employé voire temps, et je le trouve raietx employé qu'à m 'écrire, quoique vos lettres me fassent un grand plaisir. Quand votre dernière satyre sera sortie de votre teste, car elle n'est que là à ce que j'ay appris de H. votre firère^ sou venez- vous de moy s'il vous plaist. — J'ay bien des remeitfemens à vous faire sur plusieurs sujets, et principalement NT l'avis que vous me donnez. Je tombe d'accord avec vous que h traduction n'a jamais mené personne à l'immortalité, i

(I) Jacques Boileau, docteur de Sorbonnc el chanoine de ta SaWeO* ** pelle, frère aîné de l'auteur, mort le 1" aoûl 1716, auteur de VI des Flagellant.

la main à la conscience , je crois aussi que j'aurois tort d'y prétendre. Je sens bien ce qui me manque pour cela : oportct unumquemque de morlalilate aut de immortalitale sua cogitare. Ce mot de Pline le Jeune ma toujours paru une des meilleures choses qu'il ait dites : il me faudroil un grand fonds de science et peu de paresse. Je suis fort paresseux et ne sais pas beaucoup ; la traduction répare tout cela : mon authcur est savant pour moy ; les matières sont toutes digérées; je n'ai que faire d'inventer» de disposer; la besogne est toute taillée, il n'y a qu'à la coudre. Voyez que de peine épargnée ; voilà les agrémens que je trouve dans le genre d'écrire que j'ay choisy : en voici encore un dont tout le monde ne s'avise pas , c'est que, selon moi, on a de la peine à connoître parfaitement un autheur, à moins que de le traduire ; la traduction le fait voir tout nud, si j'ose parler ainsi, et le traducteur voit toutes se3 beautés et tous ses deffauts. Je n'ai jamais si bien connu Cicéron que je fais présentement, et si j'étois aussi hardi que les critiques de son siècle, je l'appelerois peut-être comme eux fractum et elumbqm, car assurément il a bien du verbiage; mais il ne m'appartient pas de parler' . avec si peu de respect d'un si grand personnage. Malgré cela, je vous avoue que si la fortune m'eût arrêté à Paris, je me serois bazardé à composer une histoire de quelques-uns de nos rois. 11 falloit pour cela avoir une entrée dans la bibliothèque du Roy, et je Tavois : j'y aurois trouvé mille manuscrits, des thrésors de ehoses curieuses; mais la fortune m'a fixé en ce lieu, où tous ces secours me manquent. Ainsi j'ay été contraint de me retrancher dans ce genre d'écrire, dont je ne me repens pas, si j'ay le bonheur de vous plaire un peu, c'est assez de gloire pour moy, je vous le dis sincèrement : principibus plamisse viris, ullima laus est. Je say bien que vous n'êtes pas de la maison de Bourbon; pour prince du Parnasse, on seroit mal fondé à vous le disputer. Aimez-moy toujours, je vous supplie, et si vous voyez M. Racine, faites-luy mes baisemains, et dites-luy, s'il vous

plaist, que je suis toujours son très-humble serviteur i que le vostre.

Maccmji,

Ayez la bonté, s'il vous plaist, de me renvoyer i surtout le Dialogue des Orateurs, je n'en a y point de c'est ce que j'ay jamais faict avec plus de soin. Je voudrais km le faire imprimer, avec les Traités de l'amitié, de la viefltessed du mépris de la mort; cela feroit un assez gros volume, wb je ne scay si je le pourrois, le privilège (sic) Dubois est mort, quel tort puis-je faire à sa mémoire (i)?

Au dos : A Monsieur Monsieur des Préaux, à Paris.

4L DU MÊME Al' MÊME.

Le 6 septembre 1691 Il y a quinze jours que vos livres sont ici (2). Il est pointas! vray que je ne les reçus qu'hier. J'envoyois sans cesse mon valet au coche de Reims scavoir s'il n'y a voit rien pour moi : op M disoit toujours qu'il n'y a voit rien ; à la fin j'ai fait faire une M exacte recherche, qu'on a trouve une petite boette qui m'estoit adressée, où estoit votre beau et cher présent. Votre premier tome ne m'a rien appris de nouveau; car vous scavez qu'il y l longtemps que je le sçay presque par cœur : j'ay déjà leu beaucoup de vos réflexions où vous soutenez comme il faut le mérite des anciens. En vérité, je suis fàcbé qu'un si galant homme q* M. Perrault se soit engagé à soutenir une si mauvaise* «

(1) Voir sur les déiuOlésde Maucroix el de Dubois, ma notice I en tête des OEvrcs de Maucroix.

(2) Il s'agit de l'exemplaire que Boileau avoit adressé à Maocrab* l'édition de ses œuvres, Paris, 1004, et qui conservé comme mwnfr

que, se voit encore à la Bibliothèque de Reims. Ce sont 0egxv&M) ■ dont le premier porte à la garde un Ex dono auctoris de la main mtaf , de Boileau.

Bon Dieu! est-ce que YAlaric et la Pucelle entreront en comparaison avec Y Enéide ? Je vous laisse à deffendrc Y Iliade et VOdyssée ; vous êtes plus grand grec que moy ; mais pour Y Enéide, c'est me blesser au cœur que d'en dire du mal. M. Perrault n'est pas le seul qui Tait critiquée ; le chevalier de Meré Ta traitée avec une grande indignité. Il m'a souvent mis en colère, ce monsieur le chevalier; mais si nos anciens sont si mauvais, qu'ils fassent donc de meilleurs ouvrages! Ce chevalier, par un juste jugement de Dieu et pour réparer l'injure qu'il fait à Virgile, s'est avisé d'insérer quelques vers de sa façon dans ses lettres, la plupart du temps très -fades et très-mauvaises , et les vers pires beaucoup que les épitres ; voilà de beaux juges ! C'est bien à eux qu'il faut s'en rapporter ! Vous voyez que si je ne défends pas si bien les anciens que vous, je suis pourtant, de leur parti, et que je me réjouis de ce qu'ils ont trouvé un si grand protecteur que vous. Au reste, mon cher Monsieur, je ne seaurois assez vous témoigner ma reconnoissanec d'avoir songé à moy dans la distribution de vos présens; vous ne pouviez en gratifier personne qui vous honore, qui vous estime plus que moy, ny qui soit plus que je ne le suis votre très-humble et trèsobéissant serviteur. Maucroix.

Au dos : Monsieur monsieur des Préaux, à Paris.

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