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IX. — Où plusieurs choses sont expliquées

Évidemment, dans les rapports parvenus de divers côtés au directeur de la police, tout semblait signaler une nouvelle et plus eifrayante révélatibn de ces malfaiteurs invisibles, dont la recherche, depuis un temps considéptble, faisait le désespoir des magistrats.

Mais, a ce coup, apparaissait qnehpie espérance de se mettre enfin sur kurs traces. Ces honuncs'myslé-

neusement assemblés dans un local souterrain, qui, à la description donnée par Maisonneuve, devait être les Catacombes, s'offraient naturellement a la pensée, comme les meurtriers du malheureux gardien. De plus, n'était-ce pas un concluant indice que celte prédilection pour la couleur rouge, qui déjà remarquée dans l'espèce d'atfreux cérémonial avec lequel ces invisibles meurtriers égorgeaient leurs victimes, se trouvait encore signalée dans cette occasion?

De là, par un nouvel échelon, il semble que l'on arrivait à constater la personnalité de l'un de ces sicaires, et probablement celle du chef de leur association.

Cette femme à tête de mort, qui, dans la bizarre affaire des Caisses, après avoir joué un rôle si considérable, était venue tout tnmcher par un empoisonnement, n'était-elle pas notoirement la fille du marquis de Lupiano? et si l'on considérait les ténèbres et les étrangetés dont s'entourait la vie de cet homme, tout ce que l'on savait jusque-là sur son compte ne venaitpas merveilleusement à l'appui des soupçons qu'une dernière et plus transparente révélation permettait d'arrêter sur lui?

Ajoutons à ces différents indices cette vague présomption qui semblait rattacher tout ce ténébreux et sanglant passé au poignard deLouvel, et l'on comprendra que dès le lendemain de la fête donnée chez le notaire B... une descente de justice fut pratiquée à l'hôtel Lu- |)iano.

Le marquis reçut les magistrats avec des airs de grand seigneur que tempérait cependant une parfaite courtoisie. 11 écoula sans aucune apparence d'embarras ou d'émotion le long exposé des charges que Ion faisait peser sur lui, et donna avec la plus parfaite liberté

d'esprit toutes les explications qui purent lui être demandées.

Venant ensuite à résumer laccusation :

— Ainsi, demanda-t-il, le point de départ de tous les soupçons de la justice, et la circonstance qui, en particulier, me procure l'honneur de sa visite, serait la douloureuse infirmité de ma fille? Reconnaissable à un signalement qui n'admet aucune équivoque, elle aurait marqué indubitablement sa présence dans loccurrence mystérieuse qui excite en ce moment la sollicitude des magistrats?

Sur la réponse affirmative de ceux-ci :

— Eh bien! messieurs, continua le marquis, moimême, avant que vous l'ordonniez, je demande la comparution de ma fille. Pour vous, les premiers dans Paris, elle aura détaché son masque. Hier peutêlre elle eût fait quelque difficulté de céder a vos injonctions; aujourd'hui le mystère a cessé; et désormais c'est a visage découvert qu'en tous lieux elle se montrera.

Cela dit, Lupiano sonna un domestique et lui donna Tordre de prévenir sa fille qu'il l'attendait.

Peu après, parut une jeune personne dans un élécant négligé du matin. Le marquis l'ayant engagée à lever un voile épais de dentelle noire qui couvrait ses traits, lesassistants/irentun geste de dégoût et d'effroi en se trouvant face à face avec une hideuse apparence (le squelette; mais, au môme moment, le marquis passa derrière lu prévenue et fit jouer un petit ressort caché dans ses cheveux. Alors, ce fut toute autre chose : il la place d'un musqué de cire qui, en se détachant, alla se briser en morceaux sur le par([U('l , a|)[)arut une ravissante figure de femme, et même, Dieu le lui par-

donne, elle avait bien un peu la mine de rire au nez d^s magistrats.

Voyant ainsi déranger tout l'écliafaudage de laccusalion, lajustieene se tint pas pour battue, et sarrogeant un droit de curiosité qui,] usquà un certain point pourtant, pouvait paraîtrejuslifiée.elledemanda qu'on lui expliquât la raison et le but de ce hideux déguisement prolongé pendant si longtemps.

— A toutj force, repartit Lupiano, je croirais pouvoir me dispenser de répondre,carje nesache pas que pour s'être passé la fantaisie de faire horreur, une femme puisse avoir a compter avec la loi. Toutefois, pour expliquer ce que notre procédé peut avoir de bizarre, deux mots Je pense, suffiront. Ma fille est mariée; son mari avait été pour long-temps obligé de se séparer d'elle, et comme il est d'un naturel soupçonneux et jaloux, il ne lui avait permis le séjour de Paris, dont lair est réputé mauvais pour Thonneur conjugal, qu'à la condition quelle y vivrait dans une complète séquestration.

» En vue de la dérober à ce rigoureux régime, tout en la laissant pourtant dans les conditions désirées par son seigneur et maître, c'est moi, messieurs, qui ai eu l'idée de cette funèbre mascarade, bien assuré qu'aucun soupirant sérieux ne viendrait se heurter à l'effrayant caprice de mon imagination. Cette nuit, précisément l'époux absent est arrivé;désormaisprotc^ gée par sa présence, ma fille a reçu la permission do reprendre 1 usage de ses charmes, et je suis heureux, messieurs, d'avoir pu vousolfrir la primeur de son heureuse et agréable transformation.

La justice, comme on sait, quand elle croit avoir la main sur une proie, ne se la laisse arracher qu'à bon

escient; les visiteurs venus de sa part ne manquèrent donc pas d'argumenter sur les explications du marquis, en témoignant ne les accepter que sous bénéfice d'inventaire et avec force réserves et restrictions.

Ace coup, Lupiano parut s'émouvoir, mais seulement d'impatience, et parlant d'un ton qui semblait vouloir couper court à toute discussion :

— Si votre intention et votre besoin, reprit-il, est de découvrir à tout prix des coupables, je ne vois pas, en effet, messieurs, pourquoi vous vous donneriez le soin d'aller les chercher ailleurs que dans ma maison, où vous avez l'avantage de vous trouver tout portés. Je dois cependant vous prévenir que là où vous vous obstineriez a chercher les traces d'un crime, vous êtes fortement exposés à ne recueillir qu'un résultat burlesque. Un de mes amis, présent à la fête du notaire B... a vu commencer la ridicule histoire sur laquelle la justice s'est émue, et il a eu la curiosité de se tenir au courant de ses suites. Selon les informations qu'il me transmettait, un peu avant votre arrivée, le jeune Maisonneuve serait en ce moment très-bien portant, et ce qui vous paraîtra, sans doute, comme à moi, exclure toute idée d'un empoisonnement, il y a deux lieures environ, lui aurait été adressé un billet conçu à peu près comme il suit : « Monsieur, vous êtes si sot, que vous ne valez pas un crime. Votre prétention est d'avoir éléemjjoisonné, et toutsimplement et pour vous apprendre à l'avenir à mieux faire les commissions, apprenez, bon et digne jeune homme, que vous avez été purgé. » .lo suis, continua le marquis, entièrement à votn; disjxjsiliun et \)vèl à me constituer prisonnier ainsi quema fille; mais peul-étro,nu préalable,

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trouverez-vous prudent et utile de vérifier la véracité de mon renseignement.

L'air assuré et péremptoire de Lupiano ne pouvait manquer de faire impression sur ses hôtes, et déjà ils se sentaient fort embarrassés de poursuivre, quand une lettre, arrivée en toute hâte de la chancellerie, vint leur confirmer les explications orales du marquis et leur intimer, vu la qualité du personnage, de ne procéder qu'avec une extrême mesure à l'instruction commencée.

Se rangeant donc à leur tour a l'opinion de Maisonneuve, les magistrats crurent comme lui a une farce de carnaval organisée sur une grande échelle, et ils s'expliquèrent que Ihistoire, alors si populaire de la tête de mort, et la fantastique association hommes rouges, a la longue connue de quelques personnes, eussent été enrégimentées et se trouvassent jouer un rôle dans cette vaste myslification.

Eh bien! il faut le reconnaître; la justice, une fois encore, faisait fausse route, et si, persévérant dans sa première inspiration, elle eût plus vivement poussé le marquis, sans découvrir entre la caisse mystérieuse et le crime do Louvel une conexité qui, en réali'é, n'exista jamais, elle eût trouvé la clé d'une mystérieuse intrigue dont elle a ignoré toute la trame et que nous seuls avons connue.

Le dernier mot de cette intrigue le moment n'est pas venu de le dire, et tout un monde d'événements et et de faits non moins extraordinaires, nous reste à traverser avant le dénoùment.

Dès à présent pourtant, nous pouvons l'avouer au lecteur, la femme inconnue et masquée avec laquelle Lupiano avait accoutumé do se montrer dans Paris, n'é-

tait point la même femme qu il avait présentée comme sa fille aux magistrats. Nous irons même jusqu'à laisser connaître que la personne de rechange, dont il s'était servi pour tromper la justice, n était autre que GeorginalaFi7/e 5rtW5'/an;e, laquelle avait joué a Bordeaux le rôle de madame Lelouard et s'était ensuite fait enlever par l'envoyé du roi Radama.

Ces premières lueurs entrevues, entre l'écrivain et le lecteur, deux mots de préface et d'explication.

Dans le vaste et ardu développement de ce qui pourrait être appelé un immense imbroglio, lorsque la curiosité et le mystère doivent y être un des principaux éléments d'intérêt, sera-ce se montrer trop exigeant ciuede demander à ceux qui voudront bien ensuivre la déduction, patience pour les explications qui finiront, toujours par y être données de toutes choses; attention pour la génération des incidents multipliés dont on aura à démêler la trame, et enfin mémoire quelque peu présente pour les faits déjà racontés, et qui, souvent, auront leur écho ou leur accomplissement final sur un point éloigné du récit?

Pour plus de clarté, l'auteur, à la manière des prédicateurs, a divisé sa n)alière. A la suite du présent prologue, viendront six parties qui, par avance, peuvent être ainsi classées et étiquetées :

\^* partie. —■ les hulets.

1" partie. — (juegorio matipiious. — le club

DES EM)OHMrS.

3" partie. — lesfhèris de la moht. — les

APOTRES DE NUUIMIJERG. — LA GEORGIENNE.

Il' partie. — le phari: de hell-rock. — bar- TA^^I(:US-LE•^ÈGRE. - botany-bay.

5« partie, — le commandant l£Fi:bre. — le champ-d'asile.

G*" partie, -—les FRÈRES-RorCfE^, et sainte hé-

LÈNK.

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