‹ Le cabinet noirChapitre 19 sur 58 · TRADUIT · texte numérisé non relu

TRADUIT

de Paris, 16 mars 1820.

l'anglais

Livré par te courrier anglais

Lettre sans signature adressée à M. J. H. Ward, membre du Parlement à Londres.

J'ai peu de choses à vous dire, en fait de nouvelles, mon cher Ward. Les badauds déploient toujours beaucoup d'activité ici, mais jusqu'à présent ils n'ont point encore épuisé l'éternel sujet de Louvel, son complot et l'assassinat. On a arrêté beaucoup de monde, mais aucune personne marquante; l'assassin persiste à nier qu'il ait des complices.

Avant-hier les restes de l'infortuné Duc ont été déposés dans le caveau de ses ancêtres, à Saint-Denis. La cérémonie a été des plus imposantes; vous en trouverez le récit dans les journaux. Le Roi était présent, et paraissait moins affecté que toute autre personne. On dit qu'il a déjà un autre favori dans la personne d'un médecin dont j'ai oublié le nom. On fait mille anecdotes ridicules sur son affection pour Decazes, et sur son désespoir en le perdant; ne dirait-on pas que c'est Decazes qui est mort? En voici quatre qui sont données pour vraies :

Il y avait dans la chambre du Roi un très beau portrait de François 1er. Sa Majesté causa beaucoup de surprise au duc d'Avaray, gentilhomme de la Chambre, en lui disant un matin : « Monsieur le duc, je vous fais cadeau de ce beau « portrait de mon aïeul. » Ce portrait fut aussitôt transporté chez le duc, et le même soir, celui de Decazes fut mis à la place.

Voici la seconde : le roi de France donne tous les jours le mot d'ordre, qui se compose du nom d'un saint et de celui

d'une ville de province. Le jour du départ de M. Decazes, le mot d'ordre donné par le roi était Élie (prénom de M. Decazes) et Chartres, le nom de la ville où M. Decazes devait coucher le soir. — Voici la troisième : M. Lallv-Tollendal a fait un touchant discours à la chambre des Pairs en faveur de Decazes. Le Roi l'en a complimenté, il y a quelques jours, publiquement aux Tuileries, en lui disant : « C'est digne de <c vous, M. de Lally, d'être toujours fidèle à l'amitié malheu- « reuse.» — Enfin voici la quatrième anecdote : Monsieur a voulu dernièrement parler de nouveau au Roi des fautes de M. Decazes, Sa Majesté lui a répondu vivement : « Mon frère, « ne parlons plus de cela; ses fautes sont les miennes, puisque « j'ai tout connu; nous vivons dans des temps bien difficiles, a Depuis que M. Decazes est parti, les choses vont-elles « mieux? peut-être serons-nous bienheureux de le retrouver « unjour. »

D'après ces différentes anecdotes, il est évident que le Roi a conservé toute son affection pour Decazes, et que le rôle politique de celui-ci n'est certainement pas encore fini.

Rapport du comte de Goltz à Sa Majesté le Roi de Prusse.

Paris, 18 mars 1820.

Sire,

J'ai eu l'honneur de recevoir le rescritN0 10, que le ministère de Votre Majesté m'a adressé, en date du 1 1 de ce mois.

Le duc de Richelieu m'a confié qu'il avait vu la lettre que le roi actuel d'Angleterre avait écrite de sa main propre au Roi de France, pour l'assurer de tout le plaisir qu'il éprouverait de recevoir le duc Decazes comme ambassadeur à la Cour, et que cette lettre contenait, entre autres, la phrase extraordinaire : « Qu'il recevrait non seulement avec « bienveillance, mais même avec cordialité le duc Decazes. »

LA MORT DU DUC DE BERRY. Ci

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