NÉE A PARIS 31 OCTOBRE
« J'espère avoir satisfait à vos désirs, en répondant aux questions que vous m'adressez dans votre lettre du 5.
« Veuillez, etc.
« Frère ANTONIO MATASTONI <v Recteur. »
LES PREMIERS BONAPARTES. 115
Les armes antiques des Bonapartes dont parle le révérend Recteur ne sont pas les seules qui existent à Florence.
Dans le cloître de l'église San Spirito, parmi toutes les inscriptions et les armes scellées dans la muraille, j'ai retrouvé celles-ci, en descendant le petit escalier, à une dizaine de pas.
DI BENEDETTO Dï PERO DI GIOVA NI BVONAPARTE E SVA DESCENDENTI
Un peu plus loin, tournant dans la galerie à gauche, en face du sixième pilier, on voit celles des Uberti, qui étaient une branche de la famille.
Aile Slrinche, monument appelé aussi il Bargello, parce que le chef de la police y a fait longtemps sa résidence, on trouve également les armes des Bonapartes. Ce palais, le premier qu'aient habité les princes
de Toscane, fut construit par Arnolfo, père d'Arnolfo de Lopo, qui naquit en 1230.
La cour par laquelle on entre en venant de la rue* Ghibellina, est fort intéressante, et montre l'architecture dans son enfance. Parmi les cartels sculptés qui couvrent les murs, et qui portent les armes des divers podestats de Florence, j'ai relevé l'écusson reproduit à la page suivante.
Un autre écusson, toujours des Bonapartes, se distingue par une variante assez étrange : au lieu du prêtre qui surmonte ces sortes de queues de salsifis, se trouve un mouton ; celui-ci tient un ruban qui de sa bouche passe au-dessus de son dos et porte une
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légende indéchiffrable. C'étaient sans doute deux branches ennemies l.
Il est difficile de voir, au point de vue des sépultures, une famille souveraine plus éparpillée que celle des Bonapartes.
1. A la fin du xve siècle, Jacques Bonaparte, qui, croit-on, fut la tige des Bonapartes de San Miniato, encore existante en 1803, vivait à Florence. Pour se mettre à l'abri des persécutions, il cacha son nom et changea les armes de sa famille. Les descendants de Florence suivirent son exemple.
N'est-il pas curieux de trouver dans les armes de ces Bonapartes les fleurs de lis des Bourbons et les trois couleurs nationales de la France?
Le grand immortel repose dans son tombeau de porphyre sur les bords de la Seine, ainsi qu'il l'a voulu. La reine Hortense, Joséphine, sont à Rueil. Charles, père de Napoléon Ier, Louis son fils, père de Napoléon III, sont, avec les deux frères de ce dernier, dans la crypte de Saint-Leu. Le roi de Rome, sa tante Élisa et sa mère Marie-Louise, sont en Autriche. Madame Mère, Joseph, Lucien, Jérôme, Pauline et Caroline sont dispersés en France et en Italie. Napoléon III, le prince Impérial sont en Angleterre... Et qui sait où iront ceux qui restent ?
Le culte des ancêtres, que Confucius avait imposé à ses disciples comme un moyen de moralisation par excellence, n'est malheureusement pas aussi honoré en Europe qu'en Chine ; si l'on ne peut trop en vouloir aux Bonapartes de partager l'indifférence générale, il faut néanmoins les blâmer de ne pas entourer leurs morts d'un peu plus de vénération : lorsque les membres de leur famille ont joué leur rôle, ils les laissent tomber trop vite dans l'oubli. Ceux qui bénéficient des gloires acquises, doivent entourer la mémoire des défunts, qui ont su les conquérir, de tout le respect imaginable; et comment parvenir à ce résultat moral s'ils s'affranchissent des devoirs matériels qui les lient à la dépouille mortelle?
J'ajouterai que lorsqu'on appartient à une famille qui a produit un homme tel que Napoléon, on doit à ses partisans, à ceux qui l'ont servi, qui se sont fait tuer pour sa cause, de raviver autant que possible les souvenirs du passé. Les d'Orléans ont au moins cette
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qualité: ils honorent les leurs, et savent fort bien qu'en les grandissant ils se grandissent eux-mêmes. Pour les Bonapartes, je le répète, il n'en est point ainsi; et si, perdu dans la foule immense des Français jaloux des gloires de leur pays, je n'avais, dans une bien modeste mesure, aidé le digne curé de Saint-Leu à entretenir la chapelle du fondateur de la dynastie et du père de Napoléon III, je crois vraiment qu'elle serait tombée en ruines.
Je me suis efforcé à plusieurs reprises de porter à la connaissance de qui de droit ce fâcheux état de choses; malheureusement mes démarches sont restées sans résultats, et ma bonne volonté a été impuissante. Comme j'entends appuyer chaque chose que j'avance d'un document probant, j'enregistre la lettre suivante :
« Napoléon-Saint-Leu, 25 décembre 1886.
« Monsieur le comte,
« Vous êtes vraiment un homme aimable et généreux. Je vous remercie beaucoup de la bonne offrande que vous avez encore eu l'obligeance de m'envoyer. En vérité il se passe de curieuses choses en ce monde ! Vous êtes étranger à la famille impériale, et c'est vous qui venez à mon aide pour la réparation de la chapelle et des caveaux des Napoléons, qui sont dans un état de délabrement qui me serre constamment le cœur.
« Dieu sait si je me suis ménagé pour arriver à un bon résultat. Il y a des années que j'ai écrit à M. Bassano, le chambellan de l'Impératrice Eugénie, et je n'en ai pas même reçu un petit mot de réponse! !!
« Dans la belle saison, il vient encore un bon nombre de visiteurs.
« Agréez, Monsieur le comte, l'assurance de ma considération distinguée.
« Votre tout dévoué en N. S.