‹ Le cabinet noirChapitre 41 sur 58 · Voici l'état des pertes du 4e régiment · texte numérisé non relu

Voici l'état des pertes du 4e régiment

En passant le Rhin il avait 2150 hommes présents; 850 recrues rejoignirent à Moscou, Smolensk et Wilna; total 3000 hommes. — De ces 3000 hommes 200 sont rentrés à la paix — perte 2700 ou les 9/ 10e officiers 116 tués — morts dans la retraite ou prisonniers, 40; prisonniers dont beaucoup blessés 20 — blessés 40 —ni blessés ni prisonniers, 10; rentrés en France 50, dont 40 blesses.

2. Le matin de la bataille de Waterloo le duc de Wellington dit au général Pozzo di Rorgo (à) : a J'ai trente mille Anglais, cinq à six mille Hanovriens qui ont fait la guerre d'Espagne. Ronnes troupes. Le reste n'est pas éprouvé. Les Relges ont mal fait avanthier; je ne peux pas m'y fier. Mais vous pouvez écrire à l'Empereur Alexandre que si la bataille est perdue, pas un de ces habits rouges, — il montrait les Anglais, — ne sera debout.

(«) Le général Pozzo di Rorgo, l'ennemi acharné de Napoléon, qui fut pendant longtemps au service de la Russie, était le fils d'un berger Corse qui apportait les œufs et le lait à la famille Bonaparte. L'enfant fut élevé aux frais de Madame Mère.

vaient apparemment trouvé ainsi à leurs dépens, dans cette glorieuse journée.

Dans une conversation avec le comte Bertrand, qui roula quelques instants sur ce sujet, il ne put me cacher son sentiment. Le peu qu'il me dit, il le dit avec douleur, avec franchise, avec une amertume marquée.

— Nous combattions ce jour-là pour la couronne de France; vous avez gagné la bataille, et nous avons tout perdu.

Je lui demandai s'il avait lu la lettre du maréchal Ney au duc d'Otrante, apologie de sa conduite dans cette journée. La publication n'en était apparemment pas connue, car lorque je lui appris de quelle manière le maréchal jugeait et censurait la conduite de l'Empereur son maître, l'accusant publiquement de n'avoir fait que des fautes :

— Bien, bien, dit-il, si j'avais commandé le corps du maréchal Ney, j'aurais peut-être fait plus mal que lui : quoi qu'il en soit, je le trouve très blâmable ; mais le comparer à Bonaparte!...

Et il levait et baissait les yeux en s'écriant :

— Il y a autant de différence entre eux qu'il y a de distance de la terre au ciel1.

1. Ney était aussi brave, aussi courageux que difficile à discipliner. Je reproduis une de ses lettres inédites adressée au maréchal Masséna, et qu'a bien voulu me communiquer M. Napoléon Ney :

Ciudad Rodrigo, 14 mai 1809.

Monsieur le Maréchal, Je suis duc et maréchal d'Empire comme vous : quand (sic) à votre titre

Par mes entretiens avec eux, j'ai appris que l'abdication de Bonaparte n'a jamais été bien connue dans ses causes et ses détails en Angleterre. Je vais essayer de les rapporter. Si ce qu'on m'a dit est juste, — et je ne crois pas qu'on ait cherché à m'en imposer gratuitement, — ce serait une rouerie de l'invention de Fouché pour tromper l'Empereur, et il a réussi.

Le nom de ce rusé politique et audacieux révolutionnaire, est, parmi les membres qui composent la société que nous avons à bord, toujours accompagné des imprécations les plus choisies et les plus neuves. Talleyrand lui-même n'en est pas aussi chargé que cet archi-traître, ainsi qu'on l'appelle avec raison.

C'est l'opinion de tous nos exilés que Fouché voudrait faire pendre Talleyrand, que Talleyrand voudrait faire pendre Fouché, et que celui qui les pendrait tous les deux, au même gibet, donnerait un bon exemple au public en prouvant qu'il a puni les deux plus

de prince d'Essling, il n'a d'importance qu'aux Tuileries. Vous me dites que vous êtes le général... Je ne le sais que trop... Aussi, lorsque vous ordonnerez à Michel Ney de conduire ses troupes à l'ennemi, vous verrez comme il vous obéira. Mais lorsqu'il vous plait de bouleverser l'étatmajor de l'armée formé par le prince de Neufchâtel, vous comprenez que je n'écoute pas plus vos ordres que je ne crains vos menaces!...

Adieu, Monsieur le Maréchal, je vous estime et vous le savez. .. vous m'estimez, et je le sais... Que diable! n'allons pas mettre la zizanie entre nous pour un caprice. Car, eafia, comment voulez-vous savoir si votre petit homme lance une bombe mieux que ma vieille moustache, qui est, je vous l'assure, un solide garçon? On dit que le vôtre danse bien, tant mieux pour lui : mais ce n'est pas une raison pour qu'il fasse danser les enragés d'Espagnols — et c'est ce qu'il nous faut.

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