‹ Le cabinet noirChapitre 42 sur 58 · MICHEL NEY · texte numérisé non relu

MICHEL NEY

M. Pasquier, pendant qu'il était préfet de Police, ayant eu une difficulté avec Ney au sujet du balayage, fut obligé d'en parler à l'Empereur. Celui-ci lui dit : « Vous ne savez pas ce que c'est que d'avoir à gouverner iJeux hommes comme Soult et Ney. »

grands scélérats, les deux plus fieffés coquins qui aient gouverné et scandalisé l'ordre social. Je reviens à l'anecdote de l'abdication.

Quand Napoléon revint à Paris après la défaite de Waterloo, on pouvait le supposer fort inquiet et fort incertain sur ce qu'il allait faire.

Le duc d'Otrante lui mit sous les yeux une lettre qu'il était censé avoir reçue tout récemment du prince de Metternich, ministre d'Autriche. Elle était datée du mois d'avril précédent : le ministre y établissait comme la volonté immuable de l'empereur d'Autriche, son maître, la condition que Napoléon Ier descendrait du trône de France, et qu'il laisserait au libre choix de la nation française à se décider pour la monarchie sous Napoléon II, ou pour la République. L'Autriche déclarait qu'elle n'avait ni le droit ni l'intention de dicter des lois à la nation française; que l'expulsion solennelle et irrévocable du traître (c'est l'expression) était tout ce que l'Autriche demandait à la France.

Napoléon mordit à l'appât, il abdiqua tout de suite en faveur de son fils; mais il n'eut pas plus tôt fait cette faute, qu'il découvrit la double fourberie que Fouché avait employée. Il apprit que la lettre était supposée, et que l'empereur d'Autriche n'avait pas plus le désir que le pouvoir de faire jouer un rôle à son petit-fils.

Au premier instant de son séjour au milieu de nous, Bonaparte marqua beaucoup d'empressement à connaître le contenu des papiers anglais : il était très eu-

deux de savoir comment son caractère, sa conduite, les événements étaient jugés dans nos journaux; et on avait le soin de lui en éviter la connaissance.

Le comte de Las Cases lui promit de le mettre en quinze jours en état de savoir assez l'anglais pour lire et entendre les journaux lui-même, et il offrit de lui prouver que cela serait aisé ; mais il ne put jamais déterminer son maître à devenir son écolier.

— Je sais très bien, lui dit Bonaparte, que vous me croyez un garçon fort habile; quoi qu'il en soit, je ne puis pas tout savoir, et l'une des choses que je ne saurai jamais, c'est l'anglais en quinze jours.

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