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CHAPITRE II

Substitution d'enfant. — Le coffre à linge de Louis XVI. — Les faux Dauphins. — Notes du Directeur de la Police. — Martin de Gallardon. — La Rochejacquelein et le docteur Martin.

Le Dauphin s'est-il évadé du Temple? Nauendorff était-il ce Dauphin? Ce sont là deux questions absolument différentes. Ceux qui voudront les approfondir et savoir si, sacrifiant Nauendorff à des intérêts de famille, Louis XVIII et Charles X n'ont jamais voulu reconnaître en lui un neveu, ni la duchesse d'Angoulème un frère, — ceux-là n'ont qu'à lire les plaidoiries de Jules Favre dont j'ai parlé plus haut; elles abondent en documents, et bien mieux que je ne pourrais le faire, les mettront à môme d'asseoir leur jugement.

Quant à l'évasion du Dauphin, je pense que c'est un fait indéniable. Il y a eu substitution d'enfant; et comme le médecin du « petit Capet », le docteur Desault, s'en était aperçu et n'avait pu s'empêcher de

communiquer sa découverte à son ami le pharmacien Ghoppart, tous deux meurent subitement, en pleine santé, d'une maladie inexplicable.

La dernière visite du docteur Desault au Temple avait eu lieu le 30 mai. Choppart et lui meurent le 1er juin, huit jours avant la mort ou l'évasion, comme on l'aimera mieux, de l'enfant scrofule ux qui était venu remplacer le fils de Louis XVI.

Du reste, le docteur Desaultavait eu le pressentiment de ce qui allait lui arriver. Car n'ayant pu cacher sa surprise lorsque les gardiens du Temple lui présentèrent un enfant qui n'était pas celui auquel il avait l'habitude de donner ses soins, il se rendit chez son ami Choppart et lui dit :

— Je n'ai pas été maître de moi-même, je viens de signer mon arrêt de mort.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'il signait également, par cette confidence, l'arrêt de mort de son ami.

Le docteur Abeille, qui était alors un des élèves du docteur Desault, pense prudent de quitter la France, se rend en Amérique, et là ne craint pas de divulguer la cause de ces deux cas foudroyants d'apoplexie politique.

On a prétendu que le Dauphin s'était évadé dans un coffre à linge qu'apportait et que remportait régulièrement la blanchisseuse, on a dit aussi qu'il avait quitté le Temple dans un cercueil. Enfin l'on a affirmé que la blanchisseuse l'avait emporté dans un grand paquet de linge sale. Cette dernière version, quoi-

LE MYSTÈRE DU TExMPLE. 23

que la moins poétique, me parait la plus probable.

Les charges de blanchisseurs du Roi, de la Reine et des Enfants de France, s'achetaient alors comme on achète aujourd'hui des charges de notaires, d'avoués ou d'huissiers.

Lorsque la famille royale fut enfermée au Temple, les blanchisseurs apportaient dans leurs coffres le linge propre, qu'ils échangeaient contre le linge sale. Leur service continua ainsi d'une façon assez régulière jusqu'à une époque précédant de fort peu la mort du roi. Un beau jour -qu'ils se présentaient à la porte du Temple, le gardien leur dit :

— Citoyens, j'ai l'ordre de vous inviter à vous retirer pour ne plus revenir.

Le blanchissage fut fait, à dater de ce jour, par le service de la prison.

D'ailleurs les coffres qu'apportaient ces blanchisseurs, — en admettant même qu'ils eussent continué leur service, — n'étaient pas de dimension à permettre à un enfant de dix ans d'y prendre place. A partir du moment où ils furent congédiés, le linge entrait au Temple et en sortait par gros paquets : il est donc fort admissible que le pauvre enfant se soit évadé blotti dans l'un d'eux.

Le coffre qui servait spécialement au Roi, et dont Louis XYI avait forgé les cuivres dans son atelier des combles de Versailles, a été conservé avec soin; j'en ai relevé exactement les dimensions.

Constat.

L'an mil huit cent quatre-vingt-six, le trois novembre, à neuf heures et demie du matin.

Je, Henri Ernest Potage, huissier près le tribunal civil de Versailles, y demeurant rue Satory 27, soussigné.

Sur la réquisition de Monsieur le comte d'Hérisson, propriétaire, chevalier de la Légion d'Honneur, demeurant à Paris faubourg Saint-Honoré, numéro 223, et assisté de lui.

Me suis transporté à Versailles, rue Gambetta 5, en une propriété où est installée la Bibliothèque dite Municipale, et dans une pièce au troisième étage à gauche, à usage de musée dit municipal et en présence de M. Poulain, surveillant dudit, j'ai constaté qu'à droite en entrant dans cette pièce, existe une malle, recouverte en peau de veau et dont les ferrures sont en cuivre ayant le dessus convexe, ladite malle longue de soixante-six centimètres, large de quarante-un et haute de trente-six centimètres, et sur laquelle se trouve sur un morceau de cuir rouge y collé, long de vingt-six centimètres et large de dix-huit centimètres, l'inscription suivante :

« Coffre dans lequel Mmc Despagne, blanchisseuse en charge « du corps du Roi, porta le linge du roi Louis XVI dans sa « prison du Temple jusqu'au moment où on le lui défendit, « les Gardiens du Roi s'en chargeant eux-mêmes. Donné « par M. Despagnes Maximilien, médecin à Versailles, son « petit-fils. »

Dont acte fait et dressé pour servir et valoir ce que de droit.

Le coût est de onze francs 55 centimes.

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