‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 2)Chapitre 21 sur 37 · LA. GRANDE OPÉRATION · texte numérisé non relu

LA. GRANDE OPÉRATION

appliqua les compresses et le bandage, comme on le fait aujourd'hui.

Le pansement terminé, on replaça le roi dans son lit, et aussitôt « la porte fut ouverte à ce qu'on appelle la première entrée, c'est-à-dire aux personnes qui ont le droit d'entrer les premières au lever. Les autres n'entrèrent pas parce qu'il n'y eut pas dç lever * ».

Dès qu'on connut l'heureuse issue de l'opération, ce fut une joie générale. On n'en revenait pas de la fermeté et de l'héroïsme du roi. Monseigneur et Madame, qui étaient à Paris, M. le Prince et M. le Duc, qui séjournaient à Fontainebleau, avaient été prévenus. Tous les courtisans étaient accourus. Chacun se flattait d'avoir sa fistule ; et ceux qui en étaient véritablement atteints demandaient aux chirurgiens de leur connaissance de leur faire Yopération du Roi.

« Il y a même eu des courtisans qui ont choisi Versailles pour se soumettre à cette opération, écrivait Dionis, parce que le roy s'informait de toutes les circonstances de cette maladie. Ceux qui avaient quelque petit suintement ou de simples hémorrhoïdes ne différaient pas à présenter leur derrière au chirurgien, pour y faire des incisions. J'en ay vu plus de trente qui voulaient qu'on leur fît l'opération et dont la folie était si grande qu'ils paraissaient faschez lors-

f Mercure galant, 1686, p. Sa^-SSo^

qu'on les assurait quil n*y avait point nécessité de la faire *. »

Les premiers jours qui suivirent ropératioh, tout alla bien. Les pansements étaient faits régulièrement, le malade ne souffrait pas, et la guérison s'annonçait prochaine. Mais soit que l'on se fût trop pressé de diminuer la grosseur de la mèche, soit pour tout autre motif, Ton s'aperçut, le quinzième jour, qu*une partie des bords s'était cicatrisée avant le fond, et que la fistule menaçait de reparaître de nouveau.

Le 6 décembre, on chercha à détruire, par quelques légers coups de ciseaux, cette cicatrisation trop ra* pide, mais sans obtenir le résultat désiré. Enfin, le lundi 7 décembre, c'est-à-dire vingt et un jours après la première opération, l'on fut obligé de débrider la nouvelle cicatrice, à l'aide de plusieurs incisions, et de mettre à nu le fond de la fistule ■. Ces débridements furent très douloureux, mais le roi les supporta sans proférer une plainte.La cicatrisation fut rapide et, le 11 janvier 1687, soit cinquante-quatre jours après Topération, l'auguste convalescent put effectuer sa première promenade dans Torangerie de Versailles,

Louis XIV témoigna sa reconnaissance à ceux qui. l'avaient opéré, avec cette largesse dont les monar*

* Dionis, cité par Franklin, U$ Chirurgiens (JPwis^ i^gS), p. 141.

• Lv Roi, op, cit., p. 71-72.

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