LES TROIS FAVORITES DE LOUIS XIV
LES AMOURS DU GRAND ROI
Les accouchements clandestins de M^^^. de La Vallière.
On a souvent conté les circonstances dans lesquelles Louis XIV s*éprit des charmes de M"« de La Vallière. Le roi qui se trouvait à Fontainebleau, sortant un jour pour une promenade avec Beringhem, le comte de Guiche et Monsieur, voit passer trois jeunes filles attachées aux princesses. Une curiosité frivole le pousse à écouter derrière les charmilles leur conversation : celle-ci, très animée, portait sur les seigneurs de la cour, et les trois jeunes personnes énuméraient ceux qui dansaient avec le plus de grâce. Quand ce fut le tour de M"« de La Vallière, elle dit, avec la naïveté d*un cœur qui ne sait plus se contraindre, que le roi effaçait tout par son air de noblesse, mais que la couronne le gâtait, puisqu'on ne pouvait l'aimer. Une telle parole retentissant aux
I7Â iE CABlffEt dECRET DE L^UISTOIR^
oreilles d'un monarque peu habitué aux compliments désintéressés, ou s'explique qu'il n'y soit pas resté insensible.
D'autres placent le lieu de la scène soit dans le parc de Versailles, soit dans celui de Vincennes. Le roi s'étant plaint de sa santé, devant M"« de La Vallière, celle-ci en parut très affligée. Elle le témoigna peut-être avec un accent de tendresse ou une timidité émue, qui put frapper celui que cela intéressait, sans qu'il y eût, de la part de la jeune fille, ni calcul, ni arrière-pensée ».
Un écrit satirique du xvii® siècle donne une version qui diffère peu de la précédente. Le roi ayant été chez Madame, qui était malade, s'arrêta dans l'antichambre avec M"« de La Valllère, à laquelle il parla longtemps et dont l'esprit le charma ; il y retourna le jour suivant, et pendant un mois de suite.
Comme le roi cherchait l'occasion de découvrir fton amour, parce qu*îl en était fort pressé, il la trouva. Il n'eut pas grand'peine à vaincre un cœur déjà blessé. Ce fut à Versailles, dans le parc, qu'il se plaignit que, depuis dix ou douze jours, sa santé n'était pas bonne. M"« de La Valllère en parut affligée et le lui témoigna '. La suite aisément se devine...
* Cf. Bévue de VHUtoire de VersaîlleA et de Seintâ-et^OUet août 1904, article de M. Gh. Bonnet.
« H. DucLOB, 3I"« de La Vaîlihre et Marie-Thérhe d'Autriche^ femme de Louis XIV. PariB, 1890.
Les amours bu granp noi 17S
Des amours du grand Roi avec M'*® de la Vallière naquirent quatre enfants *,
1 M^^* de La Yallière était-elle jolie P Les avis de çem qui ont pu la voir de près sont là-dessus très partagés. Les femmes, dont Topinion en telle matière n'est pas suspecte, se prononcent généralement en sa faveur. « M"* de La Vallière, écrit M"» de Montpensier» était bien jolie, fort aimable de sa figure, quoiqu'elle fût un peu boiteuse ; elle dansait bien, était de fort bonne grâce à cheval, l'habit lui en seyait fort bien ; les justaucorps lui cachaient la -gorge, et les cravates la faisaient paraître plus grasse ; elle faisait des mines fort spirituelles. »
La Palatine, la grande médisante, en parle aussi favorablement ; « Ses regards, dit-elle, avaient un charme inexprimable ; elle avait une taille fine, tout son maintien était /nodeste, elle boitait légèrement, mais tout cela ne lui allait pas mal. »
Par contre, à en croire Gonrart, M"*« Duplessia^BelUère aurait dit en 1661 : a Je ne puis sortir de colère, lorsque je songe que la pe« tite demoiselle de La Vallière a fait la capable avec moi. Pour cap* tiver sa bienveillance, je l'ai assurée sur sa beauté qai n'esi pourtant pas bien grande ». Mémoires sur Foaquet, par Ghéruel, t. II, p. 173- 174. « Celte demoiselle ne me parut point belle, dit à son tour Olivier d'Ormesson, qui venait de voir M"* de La Vallière k Saint*-, Germain, le 27 janvier 1666 ) elle a les yeux fort beaux et le teint, mais elle est décharnée, les joues creuses, la bouche et les dents laides. (ce que Bussy-Rabutin insinue aussi), le bout du nez gros et le visage fort long. En vérité, je fus surpris de la trouver si peu belle. » Journal d'Olivier d'Ormesson ^ t. II, p, 44a.
Les portraits peints nous renseignont^ils miéut P Hormis oelui de Versailles, le seul qui paraisse être du temps, ils ne nous font guère connaître la physionomie de M"« de La Vallière. D'après la portrait cité, M^^* de La Vallière semble avoir eu les yeux saillants, fendus en amande. Quoiqu'ils passent généralement pour bleus, set yeux paraissent, sur le portrait, bruns avec des ©ils et des souroili blonds. Les cheveux sont blonds et abondants, les sourcils élevés )
176 LE CABlNteT âEGRGT DE l'hISTOIRB
L'histoire ne nous a consente le nom que des âenX qui survécurent : M"' de Blois, née le 2 octobre 1666, et le comte de Vermandois,venuau monde, jour pour jour, un an plus tard. Elle est presque muette sur les deux premiers nés, qui avaient, du reste, succombé peu de temps après leur naissance.
En 1663, s'était manifestée la première grossesse de la favorite royale. A la cour, on n'ignorait rien des relations du jeune souverain avec la demoiselle d'honneur de Madame, mais le secret était si bien gardé qu'au dehors il n'avait point transpiré. Louis n'avait mis dans la confidence qu'un homme, « d'une sûreté inébranlable, un homme de confiance, bon valet qui ne songeait qu'à le servir» *, Jean-Baptiste Colbert, qui, pour la circonstance, joua un rôle dont sa dignité ne semble pas s'être offensée *.
un beau menton, un peu fort ; le nez droit, un peu fort aussi ; la bouche légèrement épaisse. Les traits sont réguliers et un peu mous ; la peau blanche ; la chair un peu molle des tempéramcnls Ijrmphatiques. (H. Duclos, op. cit.),
^ Mémoires de Vahhé de Choisjj t. I, p. iio»
2 Un apologiste de Colbert, M. P. Clément, convient, malgré toute l'admiration qu'il professe pour son héros, que celui-ci avait été obligé, « poup se raffermir au pouvoir, où il s'étonnait sans doute encore lui-même d*êlre arrivé, de se prêter aux plus intimes conGdences du roi, de servir, de favoriser ses amours. » C'est Colbert qui intervenait^ comme nous allons le dire, entre le roi et la favorite ; c'est lui qui fut chargé de ramener la duchesse à Versailles, la première fois qu'elle se retira dans un couvent de Chailloté
LES AMOURS DU GRAND ROI I77
En guerre avec le duc de Lorraine, le Roi avait dû partir précipitamment pour Marsal, laissant sa maîtresse dans une position qui ne laissait pas de lui causer du souci ; c'est alors qu'il s'était ouvert à Colbert du service qu'il attendait dé sa fidélité.
Il se trouvait précisément que M"*® Colbert, bourgeoise de bon renom, était quelque peu compatriote de M"® de La Vallière : elle était, en effet, originaire du Blésois, où elle avait pu connaître les La Vallière ou les Saint-Remi. Mais si la préférence du Roi s'était portée sur elle, c*est qu'elle était « experte en nourriture d'enfants », en ayant élevé pas moins de sept pour son propre compte *. Au surplus, ce ne pou-
G'est encore Colbert qui fui plus tard chargé do mettre à la raison M. de Montespan, qui « avait menacé de voir sa femme ».
M. Clément prétend qu^l ne faut pas juger les- frasques royales avec les idées du xix* siècle. « 11 n*y a pas lieu de s'étonner, dit ce censeur indulgent, de cette condescendance d'un des ministres les plus austères pour les faiblesses du roi, à une époque où Louis XIV se montrait publiquement dans le même carrosse avec Marie-Thérèse, La Vallière et la Montespan, pendant que le peuple disait tout bas, en les voyant passer : Voilà les trois reines ; où il faisait légitimer tous ses bâtards par le Parlement, etc... Il faut, conclut M. Clément, que le roi eût eu jusqu'à un certain point pour complices les idées et les mœurs de son temps ».
Sans être plus rigoriste qu'il ne convient, nous ne pouvons nous empêcher de déplorer le triste rôle que joua, dans cette circonstance, le plus grand ministre du plus grand de nos rois. Heureusement, a ces services d'intérieur » n'ont tenu que peu de place dans la vie de J.-B. Colbert.
^ l4^^^ LnUe de la VaUike ft la jeunesse de Loais XlVf p, X23*
vait être qu'une dame de bon conseil, et nous devons croire qu'on l'estimait généralement fort sensée, car elle était recherchée de tous, voire même de Mazarin, qui avait engagé ses nièces à ne pas se priver de ses bons offices.
11 fut donc entendu que Colbert servirait d'intermédiaire, nous n'osons employer un mot plus brutal, entre le roi et la favorite ; pendant deux mois que dura l'expédition, Colbert fut chargé de' recevoir et de transmettre les lettres échangées entre les amoureux.
Revenu à Paris, le Roi s'inquiéta d'assurer à sa maîtresse tous les soins que comportait son état. Ce fut encore à Colbert qu*il eut recours dans cette délicate circonstance ; c'est lui qu'il chargea de lui trouver un asile discret, où il pût abriter sa liaison et le fruit qui allait en résulter. Un seigneur du nom de Brion, que tourmentaient beaucoup plus des besoins d'argent que des scrupules, avait fait construire, dans le jardin du Palais-Royal, du côté où se trouve aujourd'hui la rue Richelieu, à la hauteur de l'ancienne rue des Bouchers, une de ces maisons de plaisance qu'on appela plus tard des Folies. Pour mieux cacher cet accouchement, le Roi donna à M"« de La Vallière le palais Brion, et <( la tira par ce moyen de l'appar- ' tenient des filles de Madame, du nombre desquelles elle était » '.
', ' Bien qu'elle cM logis au château, M"* de La Vallière possédait
IfiS AMOURS DU ORAND RDI I79
Il fallut de suite s'occuper de trouver une fille, « pour îâervir de femme de chambre, en qui on pût se confier ». Colbert fixa son choix isur la deniôiselle Du Plessis. « Tous les linges et généralement toutes les choses nécessaires pour, cela » furent apprêtés, probablement par M™® Colbert, et introduits dans le palais Brion, « sous prétexte de hardes » *, appartenant à la Du Plessis. Pour la nourriture de Tenfant, Colbert en avait chargé les nommés Beauchamp et sa femme, anciens valet et sei'vante de sa famille, qui demeuraient « dans la rue aux Ours, sur le coin de la rue qui tourne derrière Saint-Leu-Saint-Gilles » ; auxquels, — ajoute-t-il dans sa narration —- « j'ai déclaré pour secret qu'un de mes frères, ayant fait un enfant à une fille de qualité, pour sauver son honneur, j'étais obligé de prendre soin de l'enfant et de leur en confier la nourriture, ce qu'ils ont accepté avec joie. »
Entre temps, le Roi lui avait écrit divers billets
à Versailles, rue de la Pompe, un petit pavillon, qui subsiste encore. Plus élégant que l'hôtel Brion, il n'en avait pas Timportance. Cette demeure, élevée à Tamour, subit d'étranges fortunes. A la Révolution, elle servit de tribunal, puis de prison, et même, en 1793, une populace sanguinaire y égorgea un grand nombre de prisonniers royalistes (Lair, op. cit.).
1 Les passages guillemetés sont extraits d'un manuscrit de Colbert, intitulé : Journal fait par chacune semaine de ce qui s'est passé qui peut servir à l'histoire du Roi, du là avril 1663 au 7 janvier 1665; reproduit par la Revue rétrospective, de Taschereau, t. IV, p. 26 1 et suivantes.
l8o LB CABINET SECRET DE l'hISTOIRB
sur cette affaire, « lesquels, dit-il, j'ai presque tous brûlés; j*en ai gardé entre autres deux, Tun par lequel Sa Majesté me donne avis d'un accident survenu à la dite demoiselle (c'est de La Vallière qu'il s'agit), et l'autre par lequel il m'ordonne que le sieur Boucher * se trouve prêt ». ■
* Nous n'avons pas trouvé, de notice biographique sur Boucher, autre que celle-ci , extraite de l'ouvrage du D' Witkowski : Accoucheurs et sages-femmes célèbres ; encore ne répondrions-nous pas que c'est bien du même Boucher qu'il s'agit, dans les lignes qui suivent :
« François Boucher ou Bouchet, gendre de La Cuisse, fut aussi en réputation. U se tenait dans une garde-robe à c6lé de la chambre où Marie-Thérèse d'Autriche accouchait» pour la secourir en cas de nécessité ; « et même, dit Dionis, à la naissance de Monseigneur, il examina en quel état étoit l'enfant, sans que la reine s'en aperçut. »
Dans ses Mémoires sur les grands jours d* Auvergne, Fléchier a consacré à cet accoucheur quelques lignes qui ne sont pas dépourvues d'ironie. Boucher avait été appelé par le président de Novion pour les couches de sa fille. M"** de Ribeyre : « Toutes les dames faisaient leur cour en ces occasions et à M. le président et à l'accouchée, et même à M. Boucher qui reçut ici des honneurs extraordinaires. La ville le visita et lui fit des présents, comme on fait aux personnes qu'une grande dignité ou quelque grand emploi' rendent considérables aux provinces. Tout le monde le regardoit comme une personne vénérable et la pauvre petite Faculté de médecine et de chirurgie de Glermont lui rendoît ses très humbles hommages. On l'appela par honneur à plusieurs consultations, et M. de Novion le traita toujours avec toute la civilité qu'il crojroit devoir à un homme qui venoit de Paris pour son service, et qui quittoit des pratiques qui pouvo}ent lui être fort importantes. U fut défrayé de ses voyages, il eut 1.800 francs ; il remporta plusieurs présents, et tout cela n'empêcha pas cju'il se plaignit un peu de son voyage. M""* 4o Fleury, iGpqr dç Mt Talon, ({ui était accouchée depuis un
LES AtfOlJlS DU GRAND ROI l8l
Le sieur Boucher était raccoucheur, peut-être désigné par Colbert, mais à coup sûr agréé par le Roi. Le mot sieur, que nous soulignons à dessein, ne laisse aucun doute sur le sexe de Boucher, et c'est pourquoi nous ne nous expliquons guère comment un érudit, d'ailleurs très estimable, s'est risqué à écrire que « ce fut une sage-femme, du nom de Marguerite Boucher, qui accoucha M"* de la Vallière » *.
L'erreur ayant été mise au compte de M"* de Montpensier, nous ne pouvons mieux faire que de citer le fragment des Mémoires auquel il a été fait allusion et qui nous a paru appeler une autre interprétation.
J*ai ouï conter bien des fois, écrit M"' de Montpensier, que, comme La Vallière était en mal d'enfant, Madame passa au travers de sa chambre pour aller à la messe à la Sainte- Chapelle ; on cacha Boucher qui Taccouchaît. Elle dit à Madame : « J'ai la colique que je me meurs I » Et quand Madame fut passée, elle dit à Boucher : « Dépêchezvous, je veux être accouchée devant qu'elle revienne ». C'était un samedi ; on joua dans sa chambre jusqu'à minuit. Elle mangea comme les autres à médianoche, avait la tète découverte tout comme si elle n*eùt point accouché le matin ^.
Le passage est assez explicite, ce nous semble,
mois, n'eut aucun regret de n'avoir employé qu'une bonne femme, qui passe pour très habile en son métier et qui n*est point du tout difficile à contenter. »
* Le D' Mattei« dans V Union médicale, 1861, n» 77, s'en référant à Dblacoux, Biographie des sages-Jemmes (Paris, i834), p. 43.
*..Cité par Witkowbm, Les Accouchements à la Cour, p. 188,
iSa tE GAfiifffit SEGRfcT bB. L'HIBTOtRti
mais nous pouvons l'appuyer d'une autre autorité qui, pour cette question d'identité, méritait qu'on l'invoquât. La version de M.d'Ormessonestbien quelque peu romanesque dans les détails, mais, pour le fond de l'histoire elle-même, elle s'accorde tellement avec la réalité des faits, tels que le journal officiel, tenu par Colbert, nous les a déjà révélés, qu'il n'y a pas lieu d'en suspecter la véracité.
Je veux écrire ici une histoire qui se débite partout et qui peut être de conséquence, narre le grave conseiller d'Ormes son. Le mardi i8 décembre i663, la marquise de Villeroy, étant' près d'accoucher, pria Boucher de ne pas s'engager ailleurs, ou au moins de faire savoir où il serait afin qu'on le pût trouver. L'on dit que Boucher, le mercredi matin, étant arrivé chez M"' la marquise de Villeroy, après s*étre fait chercher toute la nuit, dit que cotte nuit-là, étant chez lui, on rétoit venu quérir dans un carrosse; que y étant entré, on lui avoit bandé les yeux, et que, après un demiquart d'heure de marche fort vite, il étoit entré dans une maison où, ayant monté un escalier les yeux bandés, il avoit été introduit dans une chambre où, ayant eu les yeux débandés, il vit une dame au lit, masquée, ayant dix ou douze personnes auprès d'elle démasquées, le lit et les tapisseries couverts de draps, et qu'ayant^ heureusement délivré cette dame, Ton lui rebanda les yeux, on le remit dans le carrosse et on le ramena chez lui, après avoir été payé honnêtement ^
M^^' de Montpensier parle ici de la troisième couche de la duchesse ; nous y revenons plus loin.
* Journal d'Ormessony t. Il, p. 69 et suîv.
Il n'est question de rien de tout cela dans le Journal de Colbert, qui, lui, ne s'embarrasse pas d'une inutile phraséologie et rapporte simplement que « le mercredi 19 décembre 1663, à trois heures et demie du matin. M"*' de La Vallière est accouchée d'un garçon, trois jours après la pleine lune .du même mois de décembre qui avait été le quatorzième ».
« Un moment après l'accouchement )), poursuit Colbert, Boucher avait fait savoir a que c'était un flls, et l'heure qu'il était né, par un billet de sa main. Le même jour, 19 décembre, à six heures du matin, le dit Boucher a apporté l'enfant à travers le jardin du dit Palais-Royal, et l'a remis par mon ordre entre les mains du dit Beauchamp et sa femme, qui m'attendaient au carrefour vis-à-vis l'hôtel de Bouillon. »
Pendant ce temps, le Roi était parti pour la chasse, non sans avoir laissé ses instructions à Boucher, qui lui devait mander des nouvelles par Colbert. Le soir même, parvenait ce billet dé l'accoucheur à l'intendant : u Nous avons un garçon qui est très fort. La mère et l'enfant se portent bien, Dieu merci. J'attends les ordres » K Les ordres, on a vu quels ils étaient : enlever au plus vite l'enfant à la mère, et le remettre en lieu sûr.
Le même jour, 19 décembre, le nouveau-né était porté à Saint-Leu et baptisé sous le nom de Charles,
* Ms. de Colbert, précité.
l84 Lfi GABIIfBT SECRET DE L*HIBTOtRB
(( fils de M. de Lincour et ^ de damoiselle Elisabeth du Beux ». L'acte était signé de « Gury Focard,dict de Beauchamp, chez qui est ledit, enfant », Clémence Pré, son épouse, et D. Lecouteulx,
Le septième jour de janvier 1665, « le dernier quartier de la lune ayant été le sixième », M"« de La Vallière accouchait d'un second fils, à midi précis, « Le même ordre a été observé qu'au précédent : pour le secret que le Roi a voulu garder, le sieur Boucher, qui l'avait servie en son premier accouchement, l'a encore servie en celui-ci ; pour cet effet, il est entré dans le Palais-Royal par la porte de derrière du jardin » *.
Le soir même, à neuf heures, Colbert attendait qu'on lui remît l'enfant inavoué. Celui-ci arrivait aux bras d'un valet de chambre, passait entre ceux de Boucher et de Colbert, alternativement, et était apporté, par eux, jusqu'à l'hôtel de Bouillon. Là on le confia à un sieur Bernard, mari d'une demoiselle Du Coudray, qui avait été, ainsi que cette dernière, au service de Colbert.
Le 8 janvier, c'est-à-dire le lendemain, l'enfant était porté sur les fonts baptismaux, en l'église Saint-Eustache, et l'acte de baptême était dressé en ces termes :
Du 8 janvier i665, jeudi, fut baptisé Philippe, fils de
^ Lair, op, cit»
LES AMOURS DU. GRAND ROI
Françoise Derssy, le bourgeois et de Marie Bernard, sa femme demeurant rue Montorgueil. Le parrain, Claude Tessier, pauvre ; la marraine Marguerite Biet, fille de Louis Biet, bourgeois.
Signé L. Biet.
Philippe et Charles, son aîné, ne vécurent pas plus d*un an. Celui des deux qui avait survécu à l'autre mourut, presque subitement, de la frayeur qu'il avait ressentie d'un coup de tonnerre, écrit Mademoiselle dans ses Mémoires, et elle ajoute assez malignement que « cette peur ne convenait pas au fils d'un roi ».
M. d'Ormesson dit, de son côté, queM"« de La Vallière avait déjà perdu un garçon et une fille. Dans un libelle composé avant 1666, il est également parlé d'une fille de M"® de La Vallière. Mais le témoignage de M"« de Montpensier, et surtout celui de Colbert contredisent bes assertions, et ils ont à nos yeux une tout autre valeur que les racontars de M. d'Ormesson et d'un libelliste à gages.
It
trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis la mort de son second fils, que M"® de La Vallière était reprise des douleurs de l'enfantement.
tS6 LE GÀâlIlBT 8EGHBT DB L^HISTOinË
Elle se trouvait alors à Vincennes, où la coût* s'était installée dès le 19 août (1666). La maîtresse du Roi occupait une chambre qui servait de passage aux grands appartements. « C'est là qu'il lui fallut s'aliter, appeler le médecin, maîtriser sa douleur pour ne pas laisser éclater sa honte » *.
L'enfant venue à bien (c'était une fille, celle qui plus tard devait s'appeler M"« de Blois), on s'empressa de la ravir à sa mère. Celle-ci, voulant cacher à la reine l'offense qu'elle lui faisait dans son propre palais S commanda de remplir sa chambre de plantes et de fleurs, sans se préoccuper de leurs odeurs meurtrières pour une femme en son état; elle se para, reçut des visites, et donna à dîner. Ce second supplice, pire que le premier, dura douze heures.
Pendaitt ce temps, le Roi, parti pour Versailles, visitait, chemin faisant, dans la rue Quincampoix, une manufacture de point de France !...
Il était dit que l'infortunée duchesse accoucherait toujours dans la douleur — et dans le mystère.
En 1667, le vendredi 2 octobre, elle était prise, se
* Laïr, Louise de La Vallihre,
* D'aucuns ont dit que Marie-Thérèse avait pris sa rivale auprès d'elle, « par complaisance pour le Roy », mais que la reine, comme la reine-mère, ne l'avait pas pour cela en plus haute estime. Marie-Thérèse, qui ne savait qu'imparfaitement notre langue^ se servit même, parlant de la maîtresse de son volage époux, d.'une expression assez brutale (V. la note G do VHistoire du Palais-Royal, à la suite de VHistoire amoureuse des Gaules, t. Il, p. 3).
LES AMOUKS DU ÔRAND ROI lâ?
trouvant à Saint-Germain, des tranchées prémonitoires, et comme jadis à Vincennes elle dut étouffer ses cris. Elle accoucha le lendemain d'un fils, qu'on emporta sans lui laisser le temps de le caresser. « Tout le monde soupçonna ses couches ; on le sut, et elle vouloit qu'on n'en eût rien appris » *.
Cet enfant de l'amour ne fut reconnu que deux ans plus tard, le 20 février 1669, et légitimé sous le nom de Louis, comte de Vermandois,
Sur la naissance de ce quatrième enfant adultérin, nous ne possédons pas d'autres détails, que ceux publiés, d'après la France Galante, par le verbeux , Touchard-Lafosse. dans ses divertissantes Chroniques de VŒil'de-Bœuf, Nous n'oserions nous porter garant de la vérité de son conte. -
Nous avons à la Cour, écrit Touchard, du fruit nouveau, mais du fruit défendu, de celui que le malin fit manger à la première femme.
Le roi, plus paré que de coutume, était, il y al trois jours, avec M"* de La Vallière ; Sa Majesté se préparait à Tune de ces douces prises de possession auxquelles, créatures résignées et soumises, nous nous prétons souvent trop volontiers. Tout à coup, Peffet d'une semblable cause, exercée il y a neuf mois, s'annonça de telle manière, que le prince dut suspendre sa galante tentative. Les choses allèrent si vite,
* Mémoires de AT^* de Montpensier, édition de Maëstrîcht, t. V, p. 338.
l88 LE GABiNËt SECREt DE l'hISTOIRE
qu'en peu d'instants Louis XIV se trouva dans la- plus embarrassante de toutes les positions. Il appela du monde par la croisée, et ordonna de faire venir en hâte M"" de Montausier, M"* de Choisi, ou n'importe qui, pourvu que ce fût une femme. On courut en même temps chercher une accoucheuse, car le Roi n'avait pas voulu que sa maîtresse songeât à recevoir les soins d'un homme de l'art, craignant sans doute que l'autel auquel sacrifiait son royal amour ne fût livré à de profanes regards.
Une nuée de dames serviables arriva, mais trop tard pour empêcher qu'une veste, brodée de perles et de pierreries, ne fût inondée des marques de l'événement. On trouva Sa Majesté tout en eau, soutenant de son mieux La Vallière qui, cramponnée au cou de son amant, déchirait, dans ses crispations, un collet de mille écus. Bientôt la jeune mère eut une douleur violente, que suivit un long évanouissement ; on la crut morte. — « Au nom de Dieu, s'écria le Roi fondant en larmes, rendez-la moi et prenez tout ce que j'ai. »
Ce tendre monarque était à genoux au pied du lit, pâle, défait, immobile, et poussant, de temps à autre, des cris lamentables qui arrachaient des pleurs aux dames et aux médecins que Sa Majesté avait, en désespoir de cause, ordonné de faire venir. Enfin, le résultat de ces longues douleurs parut : ce fut un petit garçon qui entra dans la noble famille de Henri IV par la porte bâtarde.
Nous ne savons si les médecins avaient été appelés, en désespoir de cause, comme le certifie avec une si belle assurance Touchard-Lafosse, mais, à nous en tenir au récit de la Grande Mademoiselle, Boucher
LES AMOURS DU GRAND ROI 189
avait été présent à cet accouchement, comme aux trois autres.
Ce qui est moins contestable, c'est qu'à dater de ce moment, le Roi cessa d'être amoureux de la duchesse. La véritable explication du revirement pourrait bien se trouver dans un méchant bruit qu'enregistra la Palatine : on avait fait croire au Roi que l'enfant (le comte de Vermandois) n'était pas de lui, mais de Lauzun.
Le retard qu'avait mis le Roi à le reconnaître, le peu de regret que lui inspira sa mort, donneraient assez créance à cette opinion. Mais, comme dit avec son habituelle franchise la Palatine, « il eût été à désirer que tous les bâtards du Roi eussent été à lui aussi sûrement que celui-là. M^® de La Vallîère n'était pas une maîtresse étourdie et volage..., c'était une personne tout à .fait agréable, bonne, douce, tendre. Elle n'avait pas aimé le Roi par ambition, mais elle avait pour lui une passion sincère, et de sa vie elle n'a aimé personne si ce n'est lui. »
M"« de La Vallière était retirée du monde et avait pris depuis quelques années le yoile, quand on vint
igO LB CABINET SECRET DE L HISTOIRE
lui annoncer presque coup sur coup la maladie, puis la mort de son dernier-né. Elle sut, dans une aussi pénible circonstance, maîtriser son émotion. A une amie, qui lui disait que les larmes la soulageraient, elle se contenta de répondre : « 11 faut tout sacrifier, c'est sur moi que je dois pleurer * ».
D'autres lui ont prêté cette réponse, qui, tout apprêtée qu'elle paraisse, n'en conserve pas moins un caractère de grandeur : « Lorsque j'aurai pleuré assez sa naissance, je songerai à pleurer sa mort ^ ».
La naissance du comte de Vermandois avait été fatale à sa mère. Depuis cet événement, chaque jour rapprochait la favorite d'une séparation définitive. A la suite de ses dernières couches, son embonpoint avait disparu, l'éclat de ses yeux s'était terni, son visage avait perdu sa fraîcheur ; elle n'avait plus rien de ce qui pouvait Retenir un amant qui n'était plus épris.
Déjà boiteuse depuis son enfance, par suite sans doute d'une coxalgie de naissance ^ elle devint et
* P. Clément, Réflexions sur la miséricorde de Dieu, de M^l* do La Vallière, t. II, p. 176.
2 Cette réponse a subi plusieurs variantes, suivant les auteurs qui i'ont rapportée : Voltaire, M"« de Caylus, le rédacteur du Journal de Verdun, etc.
' On a beaucoup discuté sur le lieu de naissance de la favorite du Grand Roi. On l'a fait naître dans pas moins de cinq endroits, différents.
Les diverses cités qui la revendiquent invoquent, à l'appui do
LES AMOURS DU GRAND ROI IQI
demeura presque percluse de tout un côté. Cette déchéance physique marqua le commencement de sa disgrâce. Une beauté plus altière avait subjugué les sens et le cœur du maître. Et comme tout finit et releur prétention, qui un débris d'hôtel, qui les ruines d'un castcl, qui une maison seigneuriale. Le père de la favorite était gouverneur du château d'Amboise : il était naturel qu'Amboise réclamât la première, mais rien ne vient k Tappui de cette tradition. C'est ensuite Vaujours, situé à dix lieues de Tours, à quatre kilomètres de Château- La- Vallière, ancien manoir féodal, qui montre avec orgueil aux visiteurs la chambre où serait née la future favorite. Vaujours fut bien la résidence de la duchesse quand le roi lui en eût fait don, mais, auparavant, elle n'y avait jamais séjourné ; k plus forte raison, le château de Vaujours n'a pas été son berceau.
De ce qu'il a existé, à Blois, une famille La Vallière, il ne s'ensuit pas que la capitale du Blésois puisse traiter de compatriote la maltresse du Grand Roi. On a. dit encore que Mll« do La Vallière était née dans le village de Reugny, dans le canton de Vouvray, arrondissement de Tours, où se trouvait, prétend-t-on, la- demeure seigneuriale de la famille La Vallière ; mais il semble que ce soit plutôt k Tours même que celte famille aurait résidé. Elle habitait, dans cette ville, un magnifique hôtel, l'hôtel de la Crouzille, situé rue dii Commerce, n° x, entièrement démembré aujourd'hui, et dont les anciennes dépendances forment, en partie, la rue Ragucneau, derrière l'Hôtel de Ville.
L'acte de baptême de M"' de La Vallière est, d'ailleurs, conservé dans le recueil des actes civils de la mairie de Tours. Et, comme dans la formule de l'acte, rien n'indique que la cérémonie du baptême ait été ajournée pour un motif quelconque, il nous semble légitime de conclure que, selon toute vraisemblance. M"* de La Vallière est née dans la ville où elle a été baptisée. Si nous errons, au surplus, nous sommes en bonne compagnie, car c'est l'opinion la plui communément acceptée, k l'heure actuelle.
Voici, au surplus,' le texte même de l'extrait baptistaire, auquo
193 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIBE
commence par des chansons, il courut à cette occasion ce couplet frondeur :
On dit que La Vallière S'en va sur son déclin ; Ge'n*eat que par manière Que le Roi suit son train.
Montespan prend sa place, Il faut que tout y passe Ainsi, de main en main.
nous venons de faire allusion, et qui a été publié jadis par la Revue rétrospective, de Taschereau :
« Le 7* jour d'août i644, a été baptisée Françoise-Louise, fille de « messire Laurent de La Baume Leblanc, chevalier, seigneur de La « Valiôre (sic), capitaine-lieutenant de la mestre-camp de la cavalece rie légère, et de dame Françoise Le Proux, ses père et mère ; fut « parrain Pierre Leblanc, écuyer, sieur de La Roche, conseiller du « Roi et président au siège présidial de cette ville, et la marraine « Dame Louise La Baume Leblanc, veuve de messire Michel Dou- « rard, chevalier, seigneur de Roux, capitaine d'une compagnie de <( chevau-légers. » Signé Leblanc ; L. de La Baume Leblahc ; « Laurent de La Baume Leblanc et Ghauffoux.
Le premier accoucheur à la Cour de France.
Les couches et la mort de M"" de Montespan.
Avant la fin du xvii* siècle, les matrones * étaient seules chargées de raccouchement des reines de France et des princesses de sang royal. Les médecins et chirurgiens de la Cour se tenaient dans une pièce voisine pendant le travail, mais on ne cite pas de cas où ils aient dû intervenir.
Marie de Médicis, femme de Henri IV, avait pris pour accoucheuse Louise Bourgeois. Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, avait été assistée par M™^ Péronne, et enfin Marie-Thérèse d'Autriche, femme de Louis XIV, se serait, dit-on 2, servie de Marguerite Boucher.
* Sur les sages-femmes au xvii* siècle, M. le Docteur Le Magoet donne toutes les- informations désirables, dans son excellente tliùsc de doctorat : Le monde médical parisien sous U Grand Roi. Paris, Ma- ]oine, 1899.
* C'est, du moins, ce que prétend M. Le Roi ; mais n'aurait il pas fait confusion entre la sage-feramo Marguerite Boucher et Taccoucheur de ce non», François Boucher ?
iQ^ LE CABINET SECKET DE L^HISTOltlÉ
La Daùphine, Victoire de Bavière, étant d'une santé particulièrement délicate, les plus grandes précautions lui furent imposées durant sa grossesse.
Le Roi, qui désirait ardemment un petit-fils, dut surtout se préoccuper du moment de Taccouchement. Il est probable que Louis XIV consulta ses médecins sur cet important sujet, et parmi eux, celui qu*il honorait de toute sa confiance, l'illustre Fagon* Fagon, médecin de M™« de Montespan, recommanda au Roi l'accoucheur Clément, dont il vanta les talents à ce point, que Louis XIV ne voulut pas entendre parler d'un autre médecin pour délivrer la Daùphine.
Julien Clément peut donc être regardé comme le premier accoucheur en titre des princesses de la maison de Bourbon *. Non seulement il accoucha
i II ne serait pas certain que Clément ait été le premier accoucheur en titre des princesses de sang royal, si nous nous en rapportions à ce qu*a écrit le docteur Ghereau :
« Tout ce que je peux assurer, dit notre confrère» car j*ai dans mes cartons les états de maison de toute la famille royale sous Louis XIV, c^ost que jamais il n^est question, sous le monarque, de charge en titre d^accoucheur, charge faisant partie du committimus et des officiers domestiques de la maison royale. On trouve un premier médecin, un médecin ordinaire, huit médecins par quartier, une foule de médecins sans quartier, un médecin spagiriste, un premier . chirurgien, huit chirurgiens par quartier, quatre apothicaires, quatre aides -apothicaires, un apothicaire-distillateur, trois renoueurs, un bpérateur-oculiste, deux opérateurs pour la pierre, un dentiste, neuf barbiers ; on chercherait en vain un accoucheur ayanl boache et Iwrée à la Cour, comme on disait alors. » Union médicale, 1861, t. XI, p. 36.
LE PREMIER ACCOUCHEUR A LA COUR DE ^RANCE ÎqS
de tous ses enfants la Dauphine, belle-fille de Louis XIV, mais il fut raccoucheur de la duchesse de Bourgogne, de la reine d'Espagne, sœur de la duchesse de Bourgogne, qui mit au monde trois fois de suite un prince, et de toutes les grandes dames de l'époque.
iVprès Clément, on ne voit plus que des accoucheurs à la Cour, au lieu et place des sages-femmes*
Sous Louis XV, Levret accouche la Dauphine. Sous Louis XVI, l'accoucheur Vermond délivre Marie- Antoinette. Sous le Premier Empire, dès que Marie-» Louise devient grosse, Baudelocque est désigné pour l'assister, et comme il mourut bientôt après sa nomination, Antoine Dubois le remplaça auprès de rimpératrice. Sous Louis-Philippe, Moreau assistera la duchesse d'Orléans. Enfin, Paul Dubois fut nommé accoucheur de la Cour, dès que l'impératrice Eugénie manifesta les premiers symptômes de grossesse"!
De ces personnages, les uns ont eu la charge sans le titre, comme Clément, Levret, Antoine Dubois, Moreau ; tandis que, pendant la Régence, sous la République et le Consulat, sous Louis XVIII, Charles X, et pendant les premières années du règne de Louis- Philippe, nommer un accoucheur, c'eût été donner le titre sans la charge : Paul Dubois fut peut-être le seul qui eut l'un et l'autre.
tgB LE CABINET SECRET DE L*HISTOI&E
Cette digression nous a éloigné de Clément, personnage obscur, mais qui, pour le seul fait d'avoir introduit les accoucheurs à la Cour par la grande porte, mérite qu'on n'ensevelisse pas son nom dans l'oubli. Clément a été, du reste, l'accoucheur le plus en vogue du xvii® siècle, et cela vaut qu'on en parle. Il a eu, entre autres clientes de marque, M™« de Montespan, et ce n'est pas son moindre titre de gloire. On a bien aussi prétendu qu'il avait accouché la duchesse de La Vallière des enfants qu'elle eut de Louis XIV, mais l'erreur est ici manifeste *.
A répoque du premier accouchement de M"® de La Vallière, en 1663, Clément n'était pas même âgé de 15 ans (étant né à Arles en 1649), et, à la dernière, il en aurait eu à peine 18 : <îela seul suffirait à démontrer qu'il n'a pu prêter son assistance à la favorite.
Ce qui est assez piquant, c'est que, comme nous l'exposons plus loin, il paraît y avoir eu confusion
* L'erreur, commise par Astruc (Art d'accoucher, Paris, 1766, p. xxxviii), a été réfutée par le D' Ma^ttei, dans un feuilleton de r Union médicale ^ du 27 juin i86i.