‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 2)Chapitre 24 sur 37 · LE PREMIER ACCOUCHEUR A LA COUR DE FRANCE I · texte numérisé non relu

LE PREMIER ACCOUCHEUR A LA COUR DE FRANCE I

avec M'"*' de Montespan, car tous les détails donnés par le médecin historien Astruc, et, après lui, par Sue S Taïeul du romancier, sur le rôle joué en la circonstance par Clément, s'appliquent à souhait à la ÛUe des Mortemart ^.

' Julien Clément jouissait déjà d'une jgrande réputation,quand Fagon le désigna à l'attention de Louis XIV. Après avoir fait dans sa ville natale de.s études d'humanité et son apprentissage de chirurgie, il s'était rendu à Paris, où il était entré, en qualité de serviteur chirurgien, dans la maison du sieur Jacques Lefèvre, un des accoucheurs les plus fameux de son temps. [Son zèle et son habileté lui gagnèrent bien vite la sympathie de son maître, qui lui accordait peu après la main de sa fille.

C'est à Barèges, où Fagon avait accompagné le duc du Maine ^ que le premier médecin du roi eut l'oc-

i Dans ses Essais historiques sur Vari des accouchements , Sue le jeune dit que Clément accoucha la duchesse de La Yallière des enfants qu'elle eut de Louis XIV, « A son premier accouchement, écrit-il, comme elle souhaitait le plus grand secret, on conduisit Clément dans une maison où M"*' de La Valière (sic) avait le visage couvert d'une coëffe, et où on prétend que le Roi était enveloppé dans les rideaux du lit qui le couvraient ». Ce n'est là qu'un conte, ainsi que le précédent chapitre l'a démontré.

2 V. l'article du D*" le roi, conservateur de la Bibliothèque de Versailles, paru dans V Union médicale, du i3 août 1861 (no 9-7), lequel reproduit un curieux récit de Bussy-Rabulin, extrait de son Histoire amoureuse des Gaules. Mais Bussy ne doit pas toujours être cru sur parole (Cf. Union médicale^ 29 août 1861).

' l^e duc 4u Maille était T\é avec un pied-bot. Le premier médççiii

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casion d'apprécier les qualités du jeune maître en chirurgie. Clément avait, grâce à ses efforts, conquis cette maîtrise qui consacrait ses talents. La Dauphine étant près du terme, Fagon se souvint de son protégé et en parla favorablement au Roi. Le témoignage si formel de Fagon fit un tel effet sur l'esprit du monarque, qu'il ne fut plus parlé de chirurgiens fort accrédités, qui n'oubliaient rien pour obtenir la préférence ; et le Roi s'en tint absolument à la recom- ^ mandation de Fagon.

Le 30 août 1686, Clément se rencontra, au chevet de la Dauphine, avec un capucin, empirique très recherché, le père Ange, et un certain Caret, de Tournay, qui « arriva sur le soir, sentant si fort, et si parfumé que M"*® la Dauphine ne put l'entretenir, le fit baigner et lui donna un habit neuf * ».

jugea qu'il fallait l'envoyer aux eaux do Barèges. On chercha une personne de confiance qui voulut bien servir de garde à l'enfant. Louvois alla secrètement à Paris proposer cette mission à la veuve Scarron, qui l'accepta. Les lettres que celle-ci envoya au Roi dans celte circonstance lui plurent si fort que ce fut le commencement de leurs relations, nous ne disons pas de leur intimité.

Quelques années auparavant, la veuve Scarron avait sollicite Louis XIV, pour obtenir de lui qu'on reportât sur sa tête les I,5oo livres de pension que touchait son mari de son vivant. Le Roi avait refusé obstinément et ce ne fut que plus tard, sur les instances de M"*' de Montespan, qu'il lui accorda non pas i.5oo, mais 2.000 livres de revenu (V. à cet égard, les Mélanges historiques, satiriqueSf anecdotiqueSf de M. de B... Jourdain, t. I).

1 Pi^NGEàU^ cité par Gubreâu (Union médicale , 6 juillet |S6i}t

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L'accouchement de la Dauphine * mit Clément en grande réputation. Dès ce jour, sa fortune fut faite. Les. dames de la plus haute qualité, les bourgeoises un peu distinguées, « étant d'ordinaire les linges deg dames du plus haut rang, ne voulurent pas, autant qu'il leur fut possible, avoir d'autre accoucheur. quç celui qui était du goût de la Cour. »

Quelques années après, Clément était appelé par trois fois auprès de la Reine d'Espagne, sœur de la duchesse de Bourgogne. Il reçut à la naissanôe trois princes de suite, à la grande satisfaction des heureux souverains.

« En l'année 1711, le roi Louis XIV, voulant dignement reconnaître les services que cet habile homme avait rendus à la famille royale, outre les gratifications qu'il avait déjà reçues de Sa Majesté, et, entre autres, la charge de premier valet de chambre de ^me i^ duchesse dç Bourgogne dont il avait été gratifié, il lui plut encore de lui donner des lettres de noblesse, lui enjoignant en même temps de ne pas laisser pour cela d'exercer sa profession, afin que les princesses de son sang, dont l'heuretwie fécondité avait donné tant de princes et princesses à sa royale famille, ne fussent pas privées d'un secours si efficace pour en augmenter le nombre et que les dames les

* L'accouchement, tant attendu de la Dauphine, eut lieu au mois d'août 1682 (V. pour les détails le très attachant travail du D*" lp ■ jioi, Journal de la santé du Roi Louis XIV, p. 38o et suiv).

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plus qualifiées, ainsi que celles de tout autre état, en puissent aussi profiter dans l'occasion ». »

Clément continua encore quelque temps d exercer son art, secourant les riches et les pauvres avec le même empressement, jusqu'au jour où les fatigues de sa profession l'obligèrent à prendre sa retraite. Il mourut le 8 octobre 1728, âgé de 80 ans, et fut in-humé dans l'église Saint-André-des-Arts, ainsi que l'atteste son acte de décès *.

Le samedi neufvième octobre 1728, a été inhumé M*^** Jul. Ant. Jacques Clément, premier vallet de chambre de M"*' la . Dauphine, décédé du jour précédent en sa maison, rue Christine, âgé de 80 ans environ. Assistèrent M" Alexandre Julien, conseiller du Roy en sa Cour du Parlement, seigneur de Feuillette, son fils ; M" Claude-François de la Ville du PortauU, C" du Roy en sa Cour des aides, soussignés :

De I.A Ville du Portault,

Clément de Feillet. Clément.

Clément n'avait point eu d'enfant de son premier mariage. De son second étaient nés deux fils : l'aîné, conseiller du Roi en la Cour du Parlement de Paris ;

^ Les passages mis entre guillemets sont empruntés à une biographie de Clément, extraite du supplément de VIndex funereus, reproduit pour la première fois dans V Union médicale y 1861, t. XI, p. 87 et suivantes.

2 11 a été publié par Ghereau, dans V Union médicale^ du 6 juillet 1861 (n»8i).

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