AU ROI STANISLAS
3 mai 1726, à Versailles.
Monseigneur,
... Plusieurs personnes, intéressées à en détourner le Roi, épouvantées des bruits qui couraient, ont pris toutes les mesures qu'ils ont imaginé y pouvoir contribuer. Jusqu'à présent ils s'étaient contentés de répandre de très mauvais discours que je n'ai osé réprimer, crainte de donner à connaître a réalité du dessein de Sa Majesté ; mais ayant poussé leur méchanceté jusqu'à me faire donner des avis par écrit, je ne puis me dispenser d'en rendre compte à Votre Majesté, et comme je me suis toujours piqué d*en user avec franchise en
* ficvue hebdomadaire^ loc. cit.
COMMENT MARIE LECZINSRA DEVINT REtNE DE FRANGE 24 î
tout, je crois que Votre Majesté ne désapprouvera pas que je continue d'en user de même avec elle ; c*est ce qui me détermine à envoyer à Votre Majesté la copie de la lettre qui m*a été remise. Vous y verrez, Monseigneur, la méchanceté la plus noire et la médisance la plus horrible, de la fausseté desquelles personne n'est plus convaincu que moi ; mais, comme dans une pareille matière, je ne serais excusable, ni envers le public, ni envers le Roi, d'avoir négligé un pareil avis, s'il se répandait que je l'ai reçu et que je ne l'ai pas approfondi, je supplie Votre Majesté de me pardonner, si, pour remplir mon devoir, je prends la liberté de lui envoyer cette lettre, de la supplier de me faire savoir, non ce qui en est, étant d'avance très sûr que, s'il y avait rien d'appro* chant. Votre Majesté aurait été la première à prier le Roi de songer à une autre princesse, mais seulement s'il y a quelque chose qui ait pu donner occasion d'inventer une pareille menterie.
Comme, par la lettre que j'ai reçue de Vauchoux ', il me marque que Votre Majesté désirerait que j'envoyasse le médecin de la reine future, pour conférer avec celui de Votre Majesté sur la santé de la princesse, et que ce médecin est actuellement aux eaux, et le chirurgien de la Reine à la suite de l'Infante, je prends le parti d'envoyer, sans que personne le sache, le chirurgien ordinaire de la Reine, que Votre Majesté peut juger que j'ai choisi très habile et très sage, et comme c'est un garçon dont je suis très sûr, je l'ai chargé de porter cette lettre à Vauchoux, crainte qu'elle ne se perdît à
* Le chevalier de Vauchoux, qui avait servi en Pologne au temps du roi Stanislas, était resté le conûdent et le chargé d'affaires de ce prince.
la poste. J'avais pensé d'abord à envoyer à Votre Majesté un médecin ou un chirurgien du Roi ; m^is ayant fait réQeiion que cela ne se pourrait sans qu'on le sût, 6e qui découvrirait totalement un secret dont on ne parle actuellement que par conjecture, j'ai cru qu'il était plus prudent d'en envoyer un autre, de l'absence duquel on s'apercevra plus difEcile^ ment, et qui de plus, étant à moi depuis longtemps, ferait dire que c'est de moi qu'il est question et non du Roi^ si son voyage était découvert...