FRANÇOIS I*' EST-IL MORT DB L4 PÉAONHIÈRE P
couvent de Saint-Maur, sa paroisse * ». Maïs la critique moderne • a établi que le récit de ce médecin est des plus suspects.
Parmi les contemporains, Brantôme n*en a soufflé mot ; or, il n'aurait pas manqué d*en parler, lui qui ne détestait pas la gaillardise dans les propos.
L'origine de la fable est que François I*' avait réellemerit aimé dans sa jeunesse la femme d'un avocat ^ Brantôme, s'il n'a pas fait allusion à la Féronnière, dit, en tout cas, aussi clairement que
jtt était de gâter sa femme et de le communiquer aa roi^.n. Intermi-m diaire des Chercheurs et des Curieux, 1896, n* 738, col. 679-680.
^ Voici le passage de Gujon, tel qu'il se trouve dans le livre original :
ce Le Grand Boy François I*'... rechercha la femme d'un advocat de Paris, très belle et de bonne grâce, que je ne veux nommer, car il a laissé des enfants pourvus de grands estais... Ce que connaissahs aucuns courtisans et maquereaux Royaux dirent au Roi qu'il la pouvait prendre d'autorité et par la puissance de sa royauté... Enfin le nuri dispensa sa femme de s'accommoder à la volonté du Roy, et k fin de n 'empêcher en rien cette sJfaire, il fit semblant d'avoir affaire aux champs pour huit ou dix jours. Cependant il se tenait caché dans la ville de Paris, fréquentant les bourdeaux, cherchant la vérole, pour la donner k sa femme, afin que le Roy la print d'elle et trouva incontinent ce qu'il cherchait, et en infecta sa femme et puis après le Roy. Lequel la donna à plusieurs autres femmes qu'il entretenoit, et n'en peut jamais bien guérir, ens tout le reste de sa vie il fut mal sain, chagrin, fascheux, inaccessible. » Les Diverses Leçons, de LoysGuvoR, 161 3, p. 109-fio.
« P. Pauis, Etudes sur François /r, i885. t. Il, p. Saô.
^ A.tt temps dé la Palatine, la tradition avait encore cours parmi l^ héritiers même de Frai^çqls I*"^. Selon 1-expression d'un hig^orien,
possible, que François P** avait... Tai^an'ei mais qu'il en ^vait ressenti les preipières atteintes bien longtemps avant ses relations avec la femme de Favocat. On n*a, pour s'en convaincre, qu'à se reporter à l'article concernant la reine, où l'écrivain des Dame$ galantes dit expressément : ^
Si la reine Anne sa mère eût vécu, jamais le roi François I*' ne l'eût épousée» car elle prévoyait bien le mauvais traitement qu'elle en devait recevoir, d'autant que le roi son mari lui donna la maladie qui avança ses jours ^ •
les Bourbons ne contestaient pas le triste honneur, décerné au plus célèbre des Valois, d'être mort victime de sa débauche.
Voici ce qu'on lit dans la Correspondance de Madame, k la date du 3 décembre 1721 :
« On voit k Fontainebleau, dans le cabinet de la reine, le portrait de k belle Féronnière, qui avait tant plu k François I***. H la fit peindre en profil. Elle a été la cause innocente de sa mort. Son mari, voulant se venger du roi, fit venir une femme de mauvaise vie, très malsaine, et dès qu'il se fut infecté, il infecta de cette vilaine maladie sa femme. A. son tour, elle la communiqua au .roi, et il en mourut...». L*originede la légende, serait, d'après M. de Lescure, due k une intrigue réelle, nouée par le roi, vers i5i4'i5i5, avec une dame Lecocq, femme d'un avocat au Parlement, Jacques Disome ; mais la maladie du roi ne datant que de i538, il n'est pas vraisemblable que ladite bourgeoise en ait la responsabilité. La belle Féron« nière ne serait, d'après le méine' auteur, que « l'incarnation légen-» daire de Vavocate, maîtresse inofiensive de la première jeunesse de François 1*'. Toutes les autres circonstances, qui ont fait un drame émouvant d'une liaison vulgaire, sont le fruit de T imagination des historiens ». Les Amours de François I^^, par M. de Lbscurb, p. 3oa.
(Cf. Les Etudes sur François I^^, de P. Paris, t. II, chapitre ix.)
^ t^a reii^e Claude inourut en i5a4» 1^ a juillet, d'una éruption
FRANÇOIS I** EST-4L MORT DE LA FÉRONNIÈRE P g
Et appuyant davantage, comme s*ll craignait de n'être point compris :
Le roi, poursuitril» aima fort aussi et trop, car. étant jeune ^ et libre, sans différence il embrassoit qui Tune, qui l'autre ', comme dans ce tems n'estoit pas galand qui ne
dfirtreuse (?) mal soignée ; ou selon M. P. Paris, « de l'ignorance des médecins qui, au lieu d'arrÂter le mal, eurent recours aux drogues pharmaceutiques et aux purgations ». P. Paris, t. I, p. 77.
François I*' épousa, en secondes noces, la sœur deCharles-Quint, Eléonore d'Autriche, u Le mariage eut lieu presque k huis clos et en petite compagnie, sans aucune solennité, dans une chétive bourgade des Landes, sous le toit d'un monastère rustique. » Etude his-^ torique sur les formes, le lieu et la date du mariage de François /*' avec Eléonore d'Autriche, par M. Emile Labbtrib. Paris, 1873.
* « François d'Angoulême annonçait ce qu'il devait être par ce qu'il était déjà : ardent au plaisir, impétueux et turbulent dans ses jeux, ami du luxe et généreux jusqu'à la prodigalité, insouciant du danger, avide de gloire, propre k tous les exercices du corps et de l'esprit, il avait à l'Age de dix ans une maîtresse, une cour, des favoris et des guerres. Une damoiselle de sa mère, nommée Jeanne de Polignac, couchait avec lui » Le xvi* siècle, par P. Lacroix, t. III, p. 8a.
' « Dès avant l'avènement de François au trAne, sa complaisante mère avait eu soin de s'entourer d'une multitude de filles jeunes et belles ; mais, différente d'Anne de Bretagne, qui élevait son cortège k la vertu, la duchesse d'Angoulême dressait ses élèves k tous les vices propres k séduire et captiver son fils. » Robderer, op. cîf., p. 68.
Henri-Gorneille Agrippa, que Louise d'Angoulême avait pris k son service, comme médecin et comme astrologue, disait assez brutalement : « Les mères dos rois sont quelquefois elles-mêmes les proxénètes de leur fils : regam matres nonnumquam filiorum suorum leœnae swit (Cf t De vanitaie scientiarwny cap. x|y). Mais Corneille Agrippa ne
fiiflt >putaftsier, partout indifTéremmeni ; dont il en prisi la grande virole, qui lui advança ses jours et ne mourut guère vieux ^, car il n*avoit que cinquante-trois ans, ce qui n'estoit rien. Et lui, après 8*estre veu escbaudé et mal mené de ce mal» advisa que s'il continuoit cet amour vagabond, qu'il seroit encore pris et comme sage du passé advisa à faire l'amour bien gallamment. Dont, pour ce, institua sa belle cour, fréquentée de si belles et honnestes princesses, grandes dames et damoiselles *, dont ne fit faute que pour $e garentir de vilains maux et ne souiller son corps plus des ordures passées* s'accomoda et s'appropria d'un amour point sallaud (sic), mais gentil, net et pur '.
doit pas 6tre toujours cru sur parole (V. ce qu'en dit P. Paris, Etudes sur François J^**, t. I, p. Sg et suiv.).
^ François, comme l'a fait observer P. Paris, vécut, on somme, âge de roi» Age que n'avaient dépassé ni Louis XII, ni Henri YIII d'Angleterre. Gharles-Quint mourut Agé de cinq années seulement de plus que son rival. Voici, du reste« les dates funéraires des précédents rois de France :
Hugues Capet^ mort k 56 ans ; Roberty à 45 ; Henri /•' et P/it- Uppe /« k 55 ; Louis VI, k 56 ; Louis VU, à 59 ; Philippe II, à 58 ; Louis Vin, à 39 ; LouU IX, à 55 ; Philippe IH, k 4o ; Philippe IV, à 46; Louis X, à 27 ; Philippe V, à 28 ; Charles IV, k 33 ; Philippe VI, k 57 ; Jean, k 45 ; Charles V, k 43 ; Charles VI, k 5o ; Charles VH, k 59 ; Louis XI, k 63 ; Charles VHI, k 27 ; Louis XII, k 53.
' A rapprocher de cette phrase des prétendus Mémoires du Maréchal de Tavannes, œuvre de son fils ou de son neveu : <c Les dames plus que les ans lui causèrent la mort. Tel estoit le roy François blessé des dames au corps et en esprit. Alexandre voit les femmes, quand il n'a point d'affaires, François voit les affaires quand il n'a plus de femmes » Edition Petitot, pp. 217 et 407.
3 Brantôme fait sans doute ici allusion k M°^* de GhAteaubriand e^ ^ \^ fière duchesse d'Etampes ; et cependant cette dernière^ k eif
FRANÇOIS I*' BST-IL MORT DE LA TÉRONNIÈRE ? Il
On a mis en doute les assertions de Brantôme, sous prétexte que le manuscrit des Dames illnstres n'aurait pas été conservé, et que, par suite, l'attribution de l'ouvrage était suspecte. On s'est aussi appuyé sur ces lignes, qui se trouvent à la fin du chapitre précité :
Geste vertueuse et sage reyne Claude produisit une très belle et généreuse lignée au roy son mary. Elle en fut fort aimée et bien traitée, et fort regrettée aprez sa mort S
Comment, a-t-on écrit, Brantôme se serait-il ainsi contredit lui-même? Comment surtout expliquer que la reine eut pu mettre au monde sept enfants, bien conformés, si elle avait été en puissance de syphilis?
Il serait aisé de répondre que le roi avait bien pu être infecté du virus vénérien sans le communiquer à sa femme et, par suite, sans le communiquer à sa descendance. Les exemples ne sont pas rares de ménages où le mari est syphilisé, sans que les enfants le soient.
Ce qui est plus difficile, c'est de concilier l'affirmation. de Brantôme avec l'opinion qui a généralement cours ' et qui attribue l'origine de la maladie du roi à
croire les Mémoires historiques et secrets de d'Argens, k la vérité fort suspects, aurait été infectée, elle aussi, et guérie par l'usage du lait d'Anesse (I)
1 Brantôme, édition Lalanne, t. VIII, p. 107.
' Félix Arrers, fait assez peu connu, dans une pièce sur Fràn-
12 LE CABINET flECRBT DE L HISTOIRE
ses relations avec la Féronnière ; à moins qu'il ne soit démontré que Thistoire de la Féronnière * n'est
çois I", analysée par Blaze de Burj, dans la Revue des Deux-Mondes, a accrédité, lui aussi , la fable courante. DVprès le poète de Timpérissable sonnet, Tavocat Ferron, fort épris de sa belle et peu chaste épouse, ayant surpris le royal libertin aux pieds de sa femme, l'aurait .provoqué en combat singulier. La scène est des plus divertissantes : « Ça, te défendras-tu, dis ? lui crie-t-il, Tépée à la main. » Etonnementdu prince de se voir tutoyé par un robin, lui, le rival de Charles-Quint et de Henri YlII. Est-ce qu'un homme tel que lui va se mesurer avec un croquant ? Sur ce, il salue ironiquement et se retire. — « Ah 1 c'est comme ça« riposte Ferron en s'adressant à la cantonade. Eh bien I nous allons voir à nous venger autrement que par l'épée». Il s'en va alors tout droit dans un mauvais lieu de la rue Froidmantel, tenu par une nommée Scholaslique. — « Donne-moi, lui dit-il, la plus empoisonnée de tes filles, i. Je veux celle-là et non une autre. » On devine le reste. Le mari outragé prend là le mal qu'il communiquera k la Féronnière et que celle-ci, par contre-coup, transmettra au roi.
A huit ans de là, François est à Rambouillet, où il meurt de consomption ; il y a sept ans qu'il endure en secret mort et passion. Ambroise Paré, le grand médecin^ n'y peut rien, ni aucun autre homme de l'art non plus. Il faut que le malade succombe. Il ne lui reste plus' qu'à penser au ciel. A son heure dernière, on annonce un pèlerin de la Terre-Sainte, qui arrive de Jérusalem pour le consoler par des paroles de paix. François donne ordre de le laisser entrer. Parait un étranger sous la capuce d'un moine. Aussitôt l'inconnu soulève son vêtement et laisse voir l'inexorable avocat de Paris.
— c Roi, Je suis Ferron et je me suis vengé, dit-il, meurs en maudit I ».
Tel est ce drame, fort simple puisqu'il ne roule guère que sur une tradition vulgaire, mais dans lequel on trouve ça et là de belles scènes et de beaux vers.
1 Dès l'année iSag, la belle Féronnière était comptée au nombre
fEÀMÇOIS 1*' EST-IL MOaT DB LA rÂaoNNiftai ? l3
pas plus authentique que son portrait, qu'on disait avoir été donné au Louvre par le roi François luimême, et qui, d'après des recherches récentes, a été tenu, en fin de compte, pour apocryphe K
d^s femmes qui n*en étaient plus à faire leurs preuves dans la galanterie. Si c'est la même dont parle Mézeraj, dans son Histoire de France (II, 533)* à Tannée i53g» comme ayant communiqué k François P' les principes du mai qui devait abréger sa vie, que devient cette histoire de Thonnête bourgeoise détournée de ses devoirs par le roi ; du mari qui, par désir de vengeance, se sacrifie à la contagion, pour atteindre le suborneur dans la source même de ses plaisirs P L'héroïne du roman disparaît' pour ne plus laisser subsister qu'une vulgaire ribaude, accessible à tous venants et avec laquelle, dans un jour de caprice et de curiosité, le roi aurait compromis la dignité de sa couronne et la santé de son corps. Pour expliquer dès lors cette désignation, il n*est plus besoin de toutes les ingénieuses subtilités, pour lesquelles tant d'historiens ont mis leur esprit à la torture. « La belle Féronnière » est tout simplement un de ces noms de guerre k Tusage des filles de joie composant une cohorte recrutée dans les différents cprps d*état. G*est ainsi que, sous un titre analogue, nous voyons défiler, dans la ballade de Villon, ces divinités de l'échoppe, telles que « la gantière, la faulficière, la chapperonnière, l'esperonnière », k côté de « la belle heaulmyère. » Œuvres de Clément Marot, t. III (édition G. Guiffrey), p. 119-iao, note a.
^ Revue des Deux-Mondes, 1849, P* ^'9* Selon les uns, le portrait en question représenterait une duchesse de Mantoue ; selon d'autres, il figurerait Lucrezia Grivelli, maîtresse de Ludovic Sforze (Cf. VEsprit dans VHistoire^ d'Ed. Fouiufisn, 4* édit., i88a, p. i58 et suiv.).
l4 LE CABINET SECRET DE L HlStOmB
Une réflexion a dû venir à l'esprit de ceux qui ont eu la patience de nous suivre : si François V' a été atteint de la syphilis, comment s'est-elle manifestée * ? Si ce qu'on nous dit de la gravité de la vérole à cette époque est exact, — et rien ne nous autorise à le mettre en doute,— les symptômes du mal devaient être assez apparents, pour éclater aux yeux de ceux qui appro-
1 II semblerait résulter du passage ci-dessous du Journal de Louise de Savoie que, bien' longtemps avant d'avoir connu la Belle Férormihre, François I*', encore adolescent, aurait été atteint de la • maladie dont nous n'avons pas besoin de redire une fois de plus le nom. (( Le septième jour de septembre i5ia (François avait alors dix huit ans), mon fils passa à Amboise pour aller en Guyenne contre les Espagnols : et estoit lieutenant-général du roy Louis XII, ainsi comme maintenant en sa dignité royale, il est dictateur perpétuel et trois jours avant, il avait eu mal en la part secrîte de nature, » A rapprocher de ce qu^on lit dans les Mémoires historiques et secrets concernant les Amours des Rois de France (par le M** d'AaGBNs), p. a4o-a4i.
Brantôme, de son côté, a bien laissé entendre que l'accident tVLt* venu à François I" datait de sa première jeunesse, puisqu'il assure que ce prince communiqua son mal à la reine Claude, sa femme, qui y aurait succombé, en i524.
FRANÇOIS I*' JS8T-1L MORT DE LA FÉRONNIÈRE P l5
chaient le roi ; et les mémorialistes bavards n'auraient pas manqué de consigner le fait sur leurs tablettes.
Or> ce que les historiens nous apprennent de plus positif, c*est qu'à partir de 1536» année de la mort pré*» maturée du dauphin (et nous verrons un peu plus tard combien leur témoignage est sujet à caution), la santé du roi déclina de jour en jour, ses facultés physiques et intellectuelles allèrent en s'affaiblissant.
Selon Martin du Bellay, frère du cardinal et du seigneur de Langey, un des plus braves généraux de François P% la première maladie du roi aurait été une fièvre, d'abord intermittente, variis intervallis^ se changeant ensuite en fièvre continue, in continentem conversa, à laquelle vint se joindre une douleur siégeant au niveau de l'abcès, dolor ex vomica.
Mais cette vomique, cet abcès, où siégeait-il? Au bas-ventre, au périnée, dans la région anale * ? On ne parait pas très fixé.
N'aurait-il pu être situé dans l'aine, par exemple, et n'être alors qu'une adénite, un bubon suppuré ? Hypothèse purement gratuite, d'ailleurs, qu'a soulevée le très compétent syphiligraphe CuUerier *, à seule fin, comme il en fait l'aveu, de « sortir d'une impasse ))é
1 Martin du Bellay dit « au bas du ventre » i Mézeraj^ au péri-^ n4e. Qui faut-il croire 7 * Gaz, hébd, de médecine et de chirurgie, i856.
l6 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
En tout cas, la santé générale du roi en avait à peine été ébranlée. Un ambassadeur vénitien, Marino Cavalli, envoyé en France en 1544, et qui resta près de trois ans attaché à la cour, suivant le roi dans tous ses déplacements, nous dépeint ainsi l'état physique du souverain à cette époque ^ :
Le roi a maintenant 54 ans (il n'en avait en réalité que 5a).. ; il est d'une excellente complexion, d'une constitution vigoureuse et gaillarde... La nature lui a donné une espèce de sentine, qui le purge tous les ans de tout ce qu'il peut avoir d'humeurs malsaines, de façon que si ces humeurs ne deviennent pas trop abondantes, il pourra vivre longtemps encore. Il mange et boit fort bien, il dort on ne peut mieux.
De son côté, le secrétaire du maréchal de Vieille- . ville, autre contemporain de François I", se contente
1 Paulin Paris, loc, ci7., p. 366.
La lettre suivante, écrite par le cardinal d* Armagnac à la duchesse de Ferrare, à la date du 3i janvier i545 (ou i546), corrobore ce témoignage : « Madame, pour ce que vous avez peu entendre de la ptialadic du Roy qui luy est advenue ces jours passés d*ung apostume au lieu mesmes qu'il Teust il y a tantost cinq ans, je ne veulx faillir à vous donner advis de sa santé, qui m^est asseurée de plusieurs de la court, mesmes de la royne de Navarre, qui y arriva le 17 do ce mois, et m*escript comme sa Majesté se trou voit bien, et ne luj estoit aucun mal nj douleur, ains seulement Tévacuation dudit apostume, qui se purgeoit encores, qui esloit signe d'une bien longue santé de ladite Majesté, selon mesmes que le promettoient et asseuroient les médecins. » F. Géniif, Lettres de Marguerite d^Angoulémef i858« in-S, p. 473.
FBANÇOIS !•"■ EST-a MORT DE LA FÉaONNIÈaE P 17
de dire que, vers la fin de 1546, le roi tomba malade dune « fièvre » en la maison seigneuriale de Ram«bouillet *.
En présence de pareils témoignages, Michelet écrirait-il encore que le roi « meurt huit ans d'avance, par une horrible maladie dont la médecine ne le sauve qu'en l'exterminant ? »
On a laissé entendre que les médecins de la Cour n'avaient pas osé traiter le Roi comme il aurait dû Têtre, et que, par suite de cette négligence, les accidents auraient éclaté avec une violence inaccoutumée. Un chroniqueur du temps dit que le roi s'exprimait difficilement, par suite d'un mal qui lui avait rongé la luette S ce dont le mordant satirique Linguet se souvenait apparemment, quand il écrivait : qu'il n'en coûta à François I*** (d'avoir couché avec la Féronnière) que « cinquante écus, la luette et les cheveux » ; mais, ajoutait-il plaisamment, « il en fut quitte pour parler bas et pour bien se couvrir la tête.»
Lui resta-t-il quelque chose comme une exostosç
* Mémoires de VieilleviUef édition Petitot, p. i36 et auiv, ? M. i^ tisçviip, Le9 Amoiirs dp François p^, Parfi, |Ç65,
au crâne f Ses Cheveux tombèietit-ils, cohime Tiiisînue Llnguet^ Toujours èst-il qUe le i-oi dut pbHer perruque * pendant un certain temps, et qUe les CôUrtiSânsi chauves ôU ndtt, s'fempl^essêrent d*en mettre à leur tour; n Ou ne vit bientôt, écrit notrfe railleur, depuis le Rhône Jusqu'à là MéUsé» qUë chevelures jaunes et Ton n'entendit plus qUe des Vdix étouffées. Il nous est venu depuis des rois ' qui
1 Hearî III eut la même maladie que son aïeul François I^**, et, comme ce dernier, il eut de l'alopécie spécifique (V.dans le Journal des Praticiens, 2 février 1901, p. 71, le traitement qui lui fut administré). Use vit réduit à porter « une calotte, où les cheveux étaient coùius, mais si mal faite, qu'il la couvroit toujours de «a toque, sans rôter devant qui que ce fût, non pas même devant sa mère, sa femme, ni les ambassadeurs ; ce qui fait voir, en passant, que Tinvention des perruques n'est pas nouvelle en France, et que ce n'est pas d'aujourd'hui que le mal de Naples fait tombet* les cheveux, n Mémoires historiques et seci^els, concernant les Amours des Rois de France, p. a43.
^ On peut citer plusieurs rois et autres personnages de marque, qu'on a tout lieu de supposer avoir été infectés par la syphilis. Ladislas d* Anjou, roi de Naples et de Hongrie, meurt en i4i4f des suites d'une affection douteuse des parties génitales, qui ressemblait fort à la vérole. On a dit que la femme de qui il tenait le cadeau s'était badigeonnée les organes génitaux avec un poison et que le (( feu sacré », c'est à-dire une éruption compliquée d'ulcères, Pavait frappé pour le punir de ses fautes. D'après d'autres relations, il serait tombé en décomposition depuis le bas-ventre jusqu'au cœur.
En i3o5, le roi Wenzel II, de Bohême, aurait présenté les symptômes d'un mal non moins mystérieux. Ge mal, qui commença par la gangrène dès {lartles ^éUitdles, lui avait été cdiiimuniqtié ^at sa
?RA.ifçoià i** êSt-il MORÏ bê la Fénoii nièrb ? 19
ri*àvàietit t)âà perdu là luette, et Ifeiè voix * se sont rétablies, mais les pertutjues sont restées. »
Et voilà cbthttiënt, fchei* lecteur, Foriginfe de ces ornements se rattache à rorigine de la syphilis '.
mitbeitôi ({dî âvàil été subbraée par les gdtikilshommes du pajs ; forme Fa plus raffiaée de régicide que Ton ait pu inrenter,
Charles IX, Heari III, le duc de Mayenne, le prince et la princesse de Gonti, le prince de Lamballë, etc., furôht Ausâi victimes de la lues venerea (Cf. Les Amours des Rois de France^ p. i^o-^M et les Antiquités de Paris, de Sauval, à la suite du t. II« p. 39-4o, des Amours des Rois de France ; Anecdotes de PHist, de France, à la suite de l'édition des Mémoires de Marguerite de Valois (Jannet, i858, p. 2o3), '
1 Hubert Thomas, de Liège, après avoir dit combien la conversation du roi était agréable, ajoute qu'il fallait être habitué à l'entendre pour le compi'endre, car, disait-il, sa voix était restée fort aliété^i ^ ^^ s^^^^ d'une maladie qui avait détruit sa luette : licet umla amissa morbo, vocisvitio laborarett et non facile, nisi ab ils qui assue^^ verant eum audire intelligeretur,
^ Le duc Jean de Saxe écrivait, en 1 5 18, à son receveur d'impôtê à Goboiirg dé lui envoyer aussi secrètement que possible une belle perruque de Nuremberg. Ulric de Hutten, mort en i5a3 à la suite d*une sjphilis qui durait depuis huit années^ en portait aussi ; ses portraits le prouvent sûrement. En tout cas, la mode des postiches put être de courte durée, et ne pas se généraliser, mais toujours est-il que dame Vénus força bon nombre de ses victimes, peut-être aussi François P', de se couvrir le chef d'ornements empruntés.
Au xvi* siècle encore, Henri III perdit aussi les cheveux et la harbe> toujours par suite du^mal honteux, et fut obligé de porter une barretie avec une perruque, que les courtisans se hâtèrent d'adopter.
Plus tard, Louis XIV, d'abord ehnemi des faux cheveux, fut contraint de cacher sous un postiche certaine loupe quUl avait sur la tète. Ici la vérole n'était pour rien. Il faut rendre cette justice au
aO LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Nous ne savons si Lingue,t a voulu se divertir à nos dépens, mais il est à peu près * avéré que François I" porta perruque, à la suite d'une blessure qu'il avait reçue à la tête, en 1521 *.
Nicolaï, qui relate le fait dans ses Recherches sur Image des perruqms, dit, en outre, que le roi fut obligé de se faire couper les cheveux, qu'il continua depuis à porter très courts, la barbe taillée en pointe, à la mode italienne.
Tout le monde a pu admirer au Louvre le beau portrait de François P*" attribué au Titien. On a prétendu que le peintre avait représenté son modèle de profil, pour masquer une exostose qui siégeait au
grand roi, qui s'était contenté d*une blennorrhagie dans sa jeunesse. (Bo:ïNEMAisorf) op. cit.f p. ii.)
* M. Paulin Paris nie cependant la légende (V. ses Etudes, etc., t. I, p. 43.)
' La mère de François I^^ Louise de Savoie, écrit, dans son Journal, que le 6 août i5o8, le jeune prince avait été blessé au front par une pierre ; et que le 6 janvier i5ai, il fut assez grièvement blessé par une bûche (V, pour les détails de Taccident, Fran~ çcis /«»' et $a cour^ par Barthélémy Hauréau, p. 8-9 ; et pour la liste do tous les horions que reçut le jeune François, los EHudef 9(irFrqt^'r çoi9 /<"', do P, Pakw, t. I, p. 49 et sulv,).
FRANÇOIS I^' E8T-IL IfORT DE LA FÉRONftlÈRB? 21
côié gauche du maxillaire inférieur. Le D»" Dechambre, qui a étudié, avec une conscience scrupuleuse, Ficonographie de François I'^ ne nous a rien laissé à glaner après lui sur ce sujet.
11 y a, écrit-il, de nombreux portraits de François I*', les uns de face (dont un, si nous ne nous trompons, du Prîmatice), les autres de trois quarts, d'autres encore de profil, mais la face vue du côté gauche. Il y en a dont la date approximative est postérieure à Tinfection présumée. Il y a, de plus, des bustes où le visage du roi est visible par tous les côtés. Or, sur aucune de ces figures, on n^aperçoit trace de la prétendue difformité.
Un de ces bustes est au musée du Louvre (salle de la Renaissance, n° loo). C'est une demi-figure en bronze, ouvrage de Jean Cousin, ou tout au moins fondue d'après un modèle de sa main. Les traits y sont nettement accentues, finement étudiés. Ce doit être un portrait ressemblant. Et, sur ce buste, rien, ni sur un côté delà mâchoire, ni sur l'autre, ni ailleurs, ne présente un caractère quelconque qui, de près ou de loin, puisse être rapporté h la syphilis, bien que la barbe soit trop courte pour pouvoir masquer aucune irrégularité notable.
L'affection syphilitique qu'on suppose avoir été transmise par la Féronnière est, avons-nous dit, de i538 ou ibSg. Le roi, étant né en 1^94, avait alors 45 ans. Ce n'est certainement pas un âge plus avancé que celui qui est indiqué par le portrait de Jean Cousin. Il faut noter d'ailleurs que cet artiste, né lui-même en i5oo, n'a pas joui probablement de toute la faveur de François I" avant d'être parvenu à la quarantaine.
^2 LE GA^INGT 8ECBET I)S ;. QIQTPII^^
Il y a dope lieu de eopjecturer que si mie exQstosp a défiguré réellement la face royale, elle devait être développée à la date du portrait. On peut alléguer, il est vrai, que sur cette figure et sur d'autres elle a été dissimulée par les artistes, mais on ne peut pas en affirmer Peiistence...
La question n'est plus, du reste, de s^y^ir — elle nous semble maintenant yésolup pçir r^ffirmative — si le roi François a eu la vérole, mais s'i} est mort de ses suites.
Et d'abord, comment un roi n'aurait^il pas été Ëiussi bien traité que le dernier de ses vilains? On guérissait la syphilis alors comme aujourd'hui K Paracelse, Bérenger de Carpi, employaient le mercure dans cette maladie, et en constataient les heureux effets. De plus, tout semble prouver que François P»* avait absorbé du métal liquide. Contenaient-elles autre chose que du mercure, cei^ pilules de Bjarberousse que leur inventeur cuvait envoyée^ au rpi de France?
N'a-t-on pas ausi^i avancé, -rr hâtons-nqui^ de dire que nous ne sommes pas allé aux preuves, — qu'on avait trouvé du mercure dans les . ossements de François P', lors de l'exhumation des débris renfermés dans les cercueils de Saint-Denis ' ?
^ Benvenuto GelUni dit, dans ses Mémoires, qu*il s^éUit parfaitement guéri de. la lyphilis par une médicalipjn a^ppropp^e.
2 CcUe légende — si légende il y a — Fauteur du poèn^e.4^ l*
FiRANÇOia f* WT-lt MORT W I^A rÉftOUffltRE? ^3
Ce iqui p^niit horfc de contesta, c'est que la maladie qui a mis fin à la carrière de François I" n'était pas la syphilis, çt nous n'allons avoir aucun embarras à le démontrer,
Quand rambassftdeur d'Espagne, de Saint-Mauri»', envoie à Ch^rles-Quint son rapport sur la santé du roi, en 1646, il ne parle que d'une fièvre lente, qui mina le roi à plusieurs reprises, fièvre qui fut « continue pendant cinq jpurs ; d'un apostume sous les partie» inférieures, qui l'empêchait parfois de se tenir dehout» et le faisait souvent tomber en faiblesse, apostume pour lequel on lui appliqua des cautères, puis la diète, « par le conseil de ses médecins, lesquels (Jemeurent tous d'opinion que cette maladie procède du mal français, à l'expulsion duquel la dicte diète pourra grandement se servir» Si est-ce que l'on craint
Syphilis, Barthélémy, a, plus c|UO lout aulre, contribua à la répandre. On a déjà lu ces vers si souvent cités ;
On dit même qu*un jour où des fureurs profanes
Du pieux saint Denis fouillèrent les arcanes»
El sur le vil pavé jetèrent en monceaux
Tous ces rois dont la mort avait fait ses vassaux,
A travers ces débris, dans cette immense foule.
De tant d'augustes fronts qu'oignit la sainte Ampoule,
On reconnut celui du premier des François
Au mercure liquide errant dans ses parois.
* La mort de FrançQi% f^^ et VavenepieM de H^nti U» 4'ftprèa lei dép^he^ lecTètf!^ ^ç. l'fip^bassadewr impérîft], i^^ 4fl Saint-Maviri»,
par A^|f. Çm4^, Pewwçop? i^n-
â4 tE GABllfET SECRET DÉ l'hISTOIRE
qu'il n'y ait ulcère en la vesique, réceptacle de l'urine * ».
Plus tard, on n'observe pas moins de cinq trajets fistuleux. Après une amélioration passagère, une rechute se produit en 1547, avec poussées fébriles tous les soirs, depuis le mois de février jusqu'à la fin de mars *.
Quand la mort du roi fut constatée, le corps fut ouvert ', et l'on trouva « une apostume en son esto-
^ Archives nationales, K. 1487 (V. également le Mariage de Jeanne d*Albret, par le baron A. de Ruble, p. aao-aai).
* François I" mourut le 3i mars i547 (^' Paillard, La mort de François I^^, dans la Revue historique ^ i" année, t. V, p. 84-iao).
^ Jean Gosme HoUzachius (de Bàle), médecin contemporain de François I'% a laissé l'observation suivante, après l'examen anatomique du corps du roi. Cette observation a été communiquée jadis par le D' Patte à la Gazette hebdomadaire (i856, p. 88a) :
« Manu factâ est disscctio corporis. Secto abdomine, omentum rutum ad pubem et ad ventriculum sese exhibuit, sicut intestina, suo veluti velamine ablato, nuda spectarentur. Sed qua parte duodeno et pyloro incumbcbat, nigredinis speciem et corruptelam rcferebat; duodénum putre, purulentum; ventriculi inferiore tunica, ruborem cum nigrore mixtum reprœsantans, humorem atrum, majorem etiam quam pro ratione assumptorum copia, conlinebat : gula ulcerata saniem subrufam eructans ; putris pulmo dextra parte costis ad spinam sic pertinaciter hœrebat ; ut inde sine dilaceratione di* velli non potuerit; qua parte sectione facta, vitiosa sanies effiuxit, cor et jecur, ren sinister plane illœsa, lien non admodum insigniter afiectus : ren dexter ultima parte scatens, a quo exortum vas seminarium exemptum coUuvie partes adjacentes effœderat, sicut in illis omnibus insignes corruptelœ apparerent ; in coUo vesicœ, ulcuslatum pure multo referlum; sub pube dextra omnia purulenta, et îpsa