‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 2)Chapitre 9 sur 37 · FRANÇOIS !•' B8T-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRB ? 2Q · texte numérisé non relu

FRANÇOIS !•' B8T-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRB ? 2Q

De la production de ces divers documents, il résulte donc que si François !•' eut, comme tout c^peourt à rétablir, la maladie qui a donné lieu^^Àt d'épi-» grammes faciles autant que cru elles/îl n'a pas suc^ combé à ses suites. Ce serait peut-être le cas de répéter, en le modifiant pour la circonstance, le mot que le roi aurait, dit-on S prononcé après Pavie : tout est perdu fors F honneur,., des médecins!

Nous n'aurions pas pardonné à nos ancêtres ', connaissant le mal de leur auguste client, de l'avoir laissé mourir d'une affection dont on ne mourait, déjà de son temps, qu'exceptionnellement.

^ Dans nos Légendes et Mots de VHistoire^ nous donnerons la genèse de la plupart de ces mots, plus ou moins lapidaires, le plus souvent apocryphes, et qui, s'ils ne sont pas tous fabriqués, du moins sont, la plupart, arrangés après coup.

* La maison médicale do François P' était très importante (Cf. V Union médicale, i863, n*» 87 et 88).

LA STÉaiUTÉ DS CATHERINE DE MÉDICIS

Catherine n'est ni une excep* tion, ni un monstre ; c^est une femme, une Italienne du xvi* siècle transplantée en terre de France.

Elle ne manqua que de sang-froid ou que de mourir à temps pour être une héroïne. Elle demeure en tout cas une très surprenante figure, qu'on jugerait autrement au cas qu'on pût établir rigoureusement la part réflexe du matériel sur le moral, du corps sur l'esprit, du cadre sur l'image.

H. Bouchot. ^

Catherine de Médicis, une des personnalités patliologiques les plus curieuses de Thistoire S un des typés les plus complets et les plus instructifs de la dégénérescence partielle, présente tous les contrastes possibles. Ambitieuse jusqu'à la passion S d'aucuns

* Jàqobi, Etudes sur la sélection, p. 344.

' Cf. NiBL, Personnages illustres du ivi* siècle, ch. sur Catherine de Médicis,

3a LE CABINET SECRET DE I^'hISTOIRE

ont dit jusqu'au crime *, elle sut, néanmoins, se pliant aux circonstances, attendre vingt- cinq longues années dans le silence et l'obscurité.

Quant à la vertu S le mot pris dans son sens exclusif, de Catherine de Médicis, il y aurait beaucoup à dire. Une princesse qui traînait avec elle « tout un sérail de coquettes ' », qui organisait à Chenonceaux

* V. dans Poisons et sortilèges, des D" GABAiiis et Na.s3, le chapitre : Catherine de Médicis fut-elle une empoisonneuse ? (t. II, p. 1 6 et suiv.).

' Voici ce qu'écrit à ce sujet un apologiste de cette reine, auquel nous laissons toute la responsabilité de ses assertions :

« Gomme l'opinion accepte trop souvent à la légère de menson<gères traditions ou des déclamations passionnées, elle prononce de même des jugements qui semblent infaillibles, et fait à son gré des réputations de crime ou de vertu. Mais quoique cette maîtresse d*er^ reur soit comme la reine du monde, à ce que dit Pascal, ses arrêts ne font pas sans appel, et l'histoire, plus calme et plus équitable, a le droit de les reviser ». Et M. Huillard Bréholles (^Essai sur le ca^ racthre et l'influence de Catherine de Médicis) ajoute un peu plus loin : « Belle encore, malgré ses quarante ans, Catherine conserva toujours avec l'habit du veuvage les mœurs pures de sa jeunesse. Brantôme, le hâbleur Brantôme, dit qu'elle se plaisait aux joyeux propos, mais il ne lui donne pas un amant.

« Indulgente pour les faiblesses d'autrui, elle dut faire la part à des mœurs qu'elle n'avait ni le temps ni la prétention de corriger. De tous les crimes privés qu'on reproche à sa mémoire, pas un qui soit vraisemblable ; de tous les crimes politiques, pas un qui soit établi sur les faits ou admis par une saine critique. »

^ Mémoires historiques et secrets concernant les amours des rois de France, 1739. On doit dire, à la décharge de Catherine, quo ^i^stit^Uo^ des filles d'honneur attachées à la personne des reines-

LA STÉRILITÉ DE GATHBRINE DE MÉDIC18 33

un festin, où « les plus belles et les plus honnêtes dames de la cour servirent demi-nues », n'est pas de mœurs si exemplaires *. Une femme, dont on a dit qu'«elle introduisit Tunisexualité en France », n'est pas déjà si recommandable.

Lorsque Catherine se maria, elle n'avait que 14 ans *. Elle ne plut pas au Roi, parce qu'elle

mères était un usage de l'ancienne monarchie, que Catherine de Médicis trouva établi à la Cour de France. S'il est prouvé qu'elle ait corrompu à dessein ces dangereuses et faciles beautés, il faudrait alors faire le même reproche à Anne d'Autriche, dont les filles d'honneur jouèrent k peu près le même rôle du temps de la Fronde (Huillard-Bréhollbs, brochure citée).

* Par son conseil, écrit Fauteur des Mémoires que nous venons de citer, dans la note qui précède, « Henri III viola une jeune princesse promise à un grand Prince qui avoit troublé les Etats de Charles IX et deux mois après l'envoya à son mari, résolu encore de porter sa vengeance plus loin, ce qu'il fit ».

« « Voilà donc nostre reyne, ayant perdu sa mère Madelayne de Bouloigne et Laurens de Médicis son père, duc d'Urbin, en bas âge, mariée après par le bon oncle en nostre France, où elle fut menée par mer & Marseille en grand triumphe, et ses nopces pompeusement failles, k Tarife 4e (}uator);e ^ns» Silo se fit tellement eimer du ro^

n'était pas nubile *. Elle ne fut que tardivement réglée * : c*est un signe physique qu*îl est Intéressant de noter pour expliquer la dégénérescence des descendants. Il est vrai qu*elle appartenait à cette famille des Médicis, où la dégénérescence s*étaît depuis longtemps installée, dans cette famille, où nous

Bon beau-père, et du roy Henry son mary, que, demeurant dix ans sans produire lignée, il y eust forces personnes qni persuadèrent au roy et k M. le Dauphin son mary de la répudier, car il csloit Le- . soing d'avoir de la lignée en France : jamais ny Tun ny l'autre n'y voulurent consentir, tant ils Taymoient : aussi dans les dix ans, selon le naturel dei femmes de la race de Médicis qui Boht tardives à concepvoir, elle commença k produire le petit roy François deuxiesme. » Bra«tôme, t. VÎI. p. 340-342.

' « Quoique Henri de Yalo,is n'eût que vingt jours de plus que Catherine, le pape exigea que ces deux enfants consommassent le mariage, le jour môme de sa célébration, tant il cràighit les subterfuges de la politique et les ruses en usage à celle époque. Clément qui, dit l'histoire, voulut avoir des preuves de la consommation, resta trente-quatre jours exprès à Marseille, en espérant que sa jeune parente en offrirait des preuves visibles, car à quatorze ans Catherine était nubile. Ce fut sans doute en interrogeant la nouvelle mariée avant son départ qu'il lui dit pour la consoler ces fameuses paroles attribuées au père de Catherine : « A figlia d'inganno, non manea mai la ûglinolanza ». A fille d'esprit jamais la postérité ne manque. (Essais philosophiques sur Catherine de Médicis, par Balzac, éd. Houssiaux 1874), t. XV.)

' « Des anomalies assez caractéristiques sont celles qui affectent l'appareil génitourinaire... Je me bornerai à signaler la grande fréquence des phimosis, les hypospadias (a), la descente tardive des

(a) Henri II, tious le verrons {ilbs loin, était ptécisém&hï atteint dé ce vice de conformation.

LA St^RtUtC Dfe GAtHCAINS DE M^OtC» 35

voyons alterner des esprits brillants, de hautes inteliigeiices, avec des nullités complètes, de notoires Iticàpaeités *.

Cette allernahce de talent et d*îmbécîllité, d'énergie et de faiblesse, est décisive aux yeux du médecin aliéniste. Cette particularité, que les personnes étrangêi*es à la médecine considèrent comme toute naturelle, à laquelle elles he prêtent aucune attention et n'attachent aucune importance, est pour nous un symp*tome grave et significatif. Le fait, signalé parMichelet, que Catherine, comme presque tous les membres de sa faittîlle, était « sctofuleUse au suprême degré * »,

testicules ; clièz là femftiô, des anomalies diverses, iraperforations et cloisonnements dii Vagin, itouble$ de la manstrualion. » Le même auteur écrit) à un autre endroit : « Une époque difficile à traverser pour eux est la puberté qui peut être tardive. » Déjerine, L'Hérédité dans les maladies du système nerveux. Thèse d'agrégation, 1886.

* Jacobi, op. cit.

* « Là nature de sa constitution se révélait dans sa physionomie. Il existe un grand et magniGque médaillon italien, que cette princesse a fait faire d*elle même, lequel donne et met en sailUe le trait essentiel, le mufle traditionnel des Médicis, la forte face intelligente, mais bestiale pourtant par une bouche proéminente, qu'offrent leurs plus anciens portraits. Dans Tenfance des Médicis, la bouffissure héréditaire se surenflait d'humeurs mauvaises, trop visiblement héri~ tées des deux grands-pères, François I"^ malade dès seize ans, et Laurent, qui meurt à vingt ans^ consumé jusqu'aux os. » Michelet, ilisloîre des guerres de religion.

D*après là relation des ambassadeurs vénitiens, la reine avait les yeux gros él îa lèvre forte, ce qui s'observe souvent chez Ifcs strumeux.

est de peu d'importance, en regard de ce que nous venons d'établir. Il nous est permis cependant d'en retenir cette tendance exagérée au développement du tissu graisseux, comniune chez les lymphatiques et les scrofuleux, mais qui est encore un stigmate de dégénérescence.

On aurait une idée incomplète de la physionomie de Catherine de Médicis, si on s'en rapportait à-un portrait unique, con»me celui de Mézeray *, par exemple, auquel si souvent on se réfère. Il faut la suivre à des âges différents, pour se faire une opinion moyenne, et recourir surtout aux témoignages contemporains.

L'un d'eux, Jean Michiel, s'exprime ainsi sur le compte de la reine alors âgée de 42 ans :

« La reine aime fort les commodités de la vie ; elle est désordonnée dans sa manière de vivre et elle mange beaucoup ; mais après cela, elle cherche des remèdes dans les grands exercices corporels. Elle marche, elle monte à cheval, elle ne reste jamais en place. Ce qui est le plus étrange, c'est qu'elle va même à la chasse. L'année dernière (1560), elle n'a jamais

' Méieray (tome I, p. 1 5o) écrit : « Cette reine était de médiocre hauteur, mais grosse et carrée, elle avait le visage large, la bouche relevée, le teint parfaitement blanc, mais peu vermeil, les yeux doux fifiais gros, qui se remuaient avec une grande volubilité, la tète fort grosse, ne pouvant marcher deux çen^ pas qu'elle pe Teât tovit eii

LA STÉRILITÉ DE GATHEltllfE DE MÉDICIS Ï'J

quitté le roi ; elle courait le cerf avec lui, allant, chose incroyable, dans le fourré le plus épais, esquivant les taillis et les rameaux des arbres, ce qui exige beaucoup d'adresse et un grand art du manège. »

Cette passion de la chasse, qu'aucun conseil ne pouvait contraindre, ce besoin ardent de dépense physique faillit lui coûter la vie.

Catherine, alors âgée de 44 ans, venait d'imaginer» depuis peu, afin de mieux montrer sa jambe, qui était fort belle, au dire de Brantôme, de monter à cheval sur une selle particulière à laquelle on donnait le nom de sambue. Cette innovation, que la Cour ne manqua pas d'adopter, quand la reine eut donné l'exemple, fut l'occasion, au début, de nombreuses chutes. Catherine en fit une très grave ', qui nécessita la trépanation du crâne. « On lui fit une petite ouverture au chef — ce sont les expressions mêmes de son fils Charles IX " — qui profita tellement qu'au même instant la douleur cessa. »

Ce traumatisme a-t-il pu influer sur le cerveau? Nous devons déclarer que, peu de jours après l'opé-

' Ce n'était pas la première. En i537, elle avait eu un bras « desnoué » : on le sait par le compte même du renouear.

L'année suivante, sa haquenëe s'emporta, la fit se heurter à une cabane, et la projeta violemment à terre. Elle en fut quitte pour quelques jours de chambre.

Six ans plus tard, survenait Taccident dont nous faisons mention dans notre texte.

* Alf. FiuinLuif, Les Chirurgiens, Paris, 1898.

ration, la malade m plaisantait gaiement avec une dq ses amies, sans y attacher 4'importance, Mais ne sait-'Pn pas que les troubles cérébraux, cQUPécufif» à un accident de pareille nature^ sgnt quelquefois tar« difs?

Quoi qu'il en soit, la ^m^é de la reine ne paraît pas

en avoir été sérieusement ébranlée, t-'Age n'altère eU rien son teint, qui reste blanc en dépit des ans ; son Qsprit est toujours fertile en saillies, et, pour employer Texpression d'un ambassadeur, m très fm et vraiment florentin ' «.

Passé 50 ans, elle est d'uue robustesse de constitua tion qui fait l'admiration de ceux qui l'approchent, ges imprudences et sa gloutonnerie inquiètent cepen^ dant ceux qui ont la charge de veiller sur elle. Elle se rend aux armées sans ménager ni sa aauté, ni sa vie ; elle fait tout ce que les hommes seraient obligés de faire»

« La reine a 51 ans le 13 avril, écrit le Vénitien Correro ; elle est très robuste et d'une bonne santé. L'exercice qu'elle fait lui conserve un très bon ap-^ petit ; elle mange beaucoup et de toute sorte de choses indifféremment ; ce qui, selon les médecins, est la cause de mal adies qui la mettent à deux doigts de la mort. »

Ses maladies se sont, en réalité, réduites à des in»

* Relation des ambassadeurs vénitiens, cité par P(to|, [//| parlier de Paris, p. 355 e^ luÎYt

Là stérilité de CATHERINE DE MÉDICIS 39

dispositions : depuis Tentérite qui a tourmenté son enfance débile, elle a été atteinte d'eczéma, « ses gales », comme elle le nomme, de rhumatismes, de fluxions dentaires, de dérangements d'estomac, de rhumes : rien de grave en un mot *.

N'était le mal contagieux — charbon ou peste? — qu'elle contracte, en allant voir les religieuses de Met?, en 1574, et dont ello guérit vite, du reste; n'était surtout la terrible cbute,dont nous avons parlé plws Haut, et qui l'avait « marqwép sur la nuque, comme les moutons du Berry » *, elle n'aurait guêpe j^m^is rien eu autre ehose que des malaises.

A 60 ans, elle étgit encore très poquette ^ et conservait uup certaine fraîcheur du visage, à peine mar^qué de rides *. Seule, la lèvre inférieure pendante Uiarquait Ja dégénérescence, qui se retrouvera dans sa descendance.

* V. dans la Ctironique R\cdicalef fi** du jS mars 19QO, Les mala-* dics de Catherine de Médicis^ par Henri BoyciiOT.

* Les Chasses de François /''', raconléos par LouU de Urhé^ Grand Sénéchal do Normandie, précédées de La Chasse sous les Valois^ par le Ç*" H, do la FEiimÈRE. Paris, Aubry, iSSq.

3 Nous avons la preuve que Catherine depuis longtemps portait des faux choveux, puisqu'elle paie en i558 : «h. une pauvre femme qui amena une iîlle à la reine pour avoir ses chcveulx, 5 sous », Un quartier de Paris, par Pito:», p. 38o*

* Diaprés lo secrétaire de Jérôme Lippopnano, qui la vit dans les années 1677, ^^7? ®^ ï&79«

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Mariée depuis dix ans, Catherine n'avait pas en- ^core d'enfants. Elle n'en espérait plus guère, commençant à professer, pour cet époux qui n'était pas un mari, une indifférence dont elle s'autorisait pour Icgitimer ses écarts *. ^Si elle n'avait pas d'héritier, elle pouvait croire que la faute n'en était imputable qu'à elle-même, puisque, à la Cour, grandissait une fillette dont Henri II s'était reconnu le père. On a prétendu, en outre, que le roi était « avarié » et que c'est par là que s'expliquerait la longue stérilité de Catherine.

^ On a cité parmi les amants de Catherine, Jacques de Savoie, duc de Nemours, et Ghemerault de Barbèsières (Méry de la Roche), celui-là même qui fut envoyé en Pologne annoncer la mort de Henri IIL C'est déjà trop pour cette reine que l'on a qualifiée « la chasteté même ». Mais il y a plus : on lui a fait encore grief de ses relations avec le cardinal de Lorraine, François de Vendôme, Jean de Ferrières, vidame de Chartres, Troylus du Mescouet, capitaine et gouverneur de la ville et du château de Morlaix (1571), qui ne seraient rien moins que prouvées. « Si ces accusations eussent été vraies, écrit M. Huillard-Bréholles, ses ennemis n'eussent pas manqué de s'en servir d-une tout autre façon qu'ils ne Tout fait ». Nous n'avons pas étudié suffisamment la question pour nous prononcer en toute assurance.

LA STÉRILITÉ DB CATttBtlINE DE MÉDICI8 ^l

On s'est, d'autre part, efforcé de rattacher la dégénérescence de la race des Valois, dont Henri II fut un des plus tristes représentants, à une maladie secrète des ascendants. Or, si le père de Catherine de Médîcis était mort m consumé jusqu'aux os », sans que l'on puisse positivement affirmer qu'il s'agisse de syphilis * ; si François I*^' a été réellement atteint du mal vénérien, leurs enfants, étant nés antérieurement, n'avaient pu hériter de la tare morbide de leurs parents. Donc, la stérilité du couple royal, constitué par Henri II et Catherine de Médicis, n'est point imputal^le à ce que les Français appelaient le mal de Naples et les Italiens le mal Français.

Ce n'est pas qu'Henri II ne se fut pas exposé à contracter une maladie qui se gagne par le contact. Sans être aussi volage que son père, il eut, comme lui, plusieurs maîtresses, mais il s'attacha plus particulièrement à l'une d'elles, cette Diane de Poitiers pour qui François I®'' avait eu plus que des bontés. C'était un meuble de famille, une vraie chaise de commodité, selon l'expression de nos pères.

Quand il épousa Catherine de Médicis, Henri II connaissait ses devoirs d'époux, et rien ne prouve qu'il ne les ait pas remplis. La stérilité ne serait donc

^ Le père de Catherine) Laurent de Médicis, aurait été victime d'une maladie honteuse, qu'il avait contractée en France (Nibl, Personnages illastres du xvi* sihcle^ t. I, article Catherine de Médicis),

4 a tfi CABtNET SECtiET PE L*|IIST01R£

pas de son fait? Ce serait aller vite en besogne que de conclure aussi prématurément.

Si nous ouvrons Brantôme *, dont le récit n'est pas toujours sujet à caution, nous y relevons un passage qui mérite de nous arrêter :

J'ai ouy faire un conte, écrit le biographe des Dames galantes, que lorsqu'il (François II) fut né, il y eut une dame de la Cour qui estoit de bonne compagnie, et disoit bien le mot. qui vint présenter un placot k M. le Dauphin, par lequel elle le priait do lui faire donner l'abbaye de Saint-Victor qu'il i^voit rendue vacante. Donc il fut fort estonnc de tel mot ; mais, d'autant qu'on disait i la cour qu'il ne tenoit pas tant à Madame la Dauphine comme à Monsieur le Dauphin pourquoyila n'avoient d'enfans, parce qu'on disoit que mondict sieur le Dauphin avoit son faici tort et qui n'esioit pas bien droict dans la matrice, ce qui empeschoit fort de con* cepvoir ; mais, après que cest enfant fut né, on dict qu'il ne tenoît plus à M. le Dauphin, et qu'il avoit fait dire qu'il n'avoit son vi... tort : et par aînsy ceste dame aiant expliqué son placet à M. le Dauphin, tout fut tournée en risée, et dict qu'il avoit rendu l'abbaye de Saint-Victor vaccante, fai-

* Bra>tôme, Vie. des Dames galantes, t. VII.

LA STéRIUTi »]i CATHISaiNJ; PE MÉPIGIS 43

fiant aUii«ion d'un mot à Tautre, quo je hme imaginer AU lecteur »an» que j'en face plus ample explication»

Il résulte clairement de ces lignes que le roi étftit atteint de ce que nous nommons aujourd'hui un hypospadias,

Selon Gore *, hgpospadias dicitiir, cui glai}s non recte sed mb carne perforata est. Cette définition nous dispensera d'un commentaire laborieux.

Un grand nombre de médecins anciens ont prétendu que tous ceux qui étaient affectés de ce vice de conformation étaient impropres à la reproduction de l'espèce.Les modernes sont partagés sur ce point. Tandis que Morgagni et Sabatier déclarent que les hypospades sont aptes à la génération, d'autres, tels que Malipn, et de nos jours, Brouardel S se disent assurés du contraire et citent maints exemples à l'appui. Il

* DicL des Sciences médicales, t. XXIII, art. Hypospadias. Paris,

• S'il faut s'en rapporter ^u professcqr brouardel, doni l'autorité çï\ ces matières est grande, « il est maintenant impos^ibjp de considérer l'hypospadias, è quelque degré que ce soit^ comme une cause formelle d'impuissance ». Le maître cite, ^ l'appui de son opinion, deux ou trois eas, où la faculté procréatrice de Thypospado est rpise l)ors de conteste, car les enfants qui sont résultés des relations do ces « roalformés » avec leurs femmes étaient atteints du même vice de conformation que leurs pères, c La transmission héréditaire du vice dç conformation met hors de doute la paternité at ejclyt toute idée d§ poUahofation. » P, Brouardep, l.e Mariuge, Paris, J, p. PailUèfe et fils, 1900.

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semble que les uns et les autres ayant de bons arguments à nous offrir, il soit malaisé de se prononcer. Tout ce qu'on en peut conclure, c'est qu'il est des cas où cette anomalie a bien les conséquences que certains lui ont attribuées, mais qu'il en est d'autres où elle ne gêne en rien la conception. On ne saurait toutefois déterminer à l'avance, en examinant le sujet, s'il rentre dans l'une ou l'autre de ces deux catégories.

L'hypospadias n'étant pas douloureux, ne causant aucune incommodité, il est souvent difficile de décider celui qui en est affligé à se soumettre à une opération. Il n'est donc pas probable que, dans le cas qui nous occupe, l'intéressé, c'est-à-dire Henri II, ait demandé à son médecin de le., redresser *.

La version la plus répandue est que le roi, désespérant d'avoir des enfants, le conseil lui fut donné d'essayer si, pour la période pendant laquelle, comme

* D^ailleurs, Henri II pouvait se croire un bon générateur, puisqu^on lui attribuait en i538 la paternité d'une fille qu'il avait eue — nous Tavons dit plus haut — d'une demoiselle Philippine Duc, sœur d'un écuyer du Dauphin.

Cette fille était .Piémontaise. Henri fit sa connaissance lorsqu'en 1537, il suivit le roi son père dans son expédition du Piémont. Après ses couches, Philippine Duc prit le voile. Sa fille fut nommée Diane et légitimée. Son père putatif, Henri II, lui fit épouser Horace Farnèse, duc de Castro, après la mort duquel elle se remaria avec François, duc de Montmorency, pair de France. Elle mourut âgée de 80 ans, le 11 janvier 16 19.

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