‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 3)Chapitre 2 sur 18 · PREMIÈRE SÉRIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE

FRANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE ?

Ceux qui ont appris l’histoire dans Voltaire, ce grand conteur de légendes, doivent avoir leur siège fait ; notre prétention serait vaine de les vouloir convaincre.

François Ier, a écrit l’auteur de V Essai sur les Mœurs , mourut, quelques mois après Henri VIII, de celte maladie, alors presque incurable, que la découverte du Nouveau- Monde aurait transplantée en Europe. C’est ainsi que les événeraruts sont enchaînes : un pilote génois donne un univers àTEspagne ; la nature a mis dans les îles de ces climats lointains un poison qui infecte les sources de la vie et il faut qu an roi de France en périsse .

Comment Voltaire a-t-il justifié la grave accusation qu’il a portée contre le roi chevalier? Il s’en est référé

t.Ë CÜABLNET SECRET DE LJIIISTOmÉ

simplement à la tradition et ne s'est pas entouré d’autres garanties.

C’était une opinion presque généralement admise que François Ier avait contracté la syphilis; de là à prétendre qu’il avait succombé à cette affection, il n’y avait qu’un étroit fossé à franchir ; après beaucoup d’autres, Voltaire n’a pas hésité à y glisser.

Le problème qu’il s’agit d'élucider est plus complexe; deux questions, en effet, sont à discuter *

François Ier a-t-il eu la syphilis ?

Est-il mort de cette maladie ?

Disons de suite que, selon toute apparence, le roi chevalier a été infecté du mal vénérien h La chronique, l’histoire, le roman, qui n’est si souvent que de l’histoire apprêtée, s’accordent pour donner à cette opinion toute la créance désirable.

L’historien Gaillard 1 2 parle ainsi de la première maladie du roi, survenue en 1538 :

1 D’aucuns ne lui ont pas encore pardonné cette malechance, et ccs ,âpres censeurs en ont tiré prétexte pour dresser contre François Ier un véritable acte d’accusation.

À entendre ces détracteurs, d'un puritanisme exagéré, le souverain était dépourvu de toute loyauté ; au lieu d’avoir honoré et encouragé les savants, il en aurait été le persécuteur (Cf le fougueux réquisitoire écrit par Rqedeuer, sous le titre do : Conséquences du système de Cour établi sous François Ier ; Paris, Hector Bossange, juin 1 833) . On ne l’en a pas moins nommé « le Père des Lettres » ( Mémorial historique de la noblesse , 10e livraison).

2 Gaillard, Hist. de François Ie* , roi de France. Paris, 1769, o vol. in-12.

François F* esï-îl mort de là féronniere )

Le roi fut si dangereuse ment malade à Compicgnc que, pendant près d’un mois, on désespéra presque de sa vie. Ce fut, dit on, 1’eiïct d’une vengeance bizarre, qu’un mari jaloux prit des infidélités de sa femme, et des galanteries du roi. Il voulut les punir des outrages qu’il en avait reçus, par ceux qu'il espéra d’en recevoir encore. Il alla chercher dans un lieu de débauche la maladie qui, depuis la découverte de l’Amérique, s’était répandue dans l’Europe, et qui, depuis la conquête de Naples, en 1 4 9 4 * avait pénétré jusqu’en France, cette maladie honteuse et funeste, le plus terrible poison de la volupté, qui n’avait déjà que trop de poisons sans celui-là. Il s’en guérit, en employant à propos les remèdes qu’on pouvait connaître alors. Sa femme en mourut, le roi pensa en mourir. Son rétablissement ne fut qu’imparfait. Il lui resta de tristes symptômes, de fâcheuses dispositions qui altérèrent son humeur et firent dégénérer en une aigreur mélancolique et corrosive la gaîté brillante de son caractère. On sut depuis qu’un ulcère secret était la cause de ce changement.

Un peu plus loin, Gaillard écrit :

François Ier n’avait jamais été parfaitement guéri de là maladie qu’il avait eue à Compiègnc. Vers le commencement de février io/jy, une fièvre lente vint annoncer au roi la fin de sa carrière. Etant à Rambouillet, la fièvre augmenta avec fureur, les douleurs de son ulcère devinrent plus aiguës et plus insupportables. 11 succomba le 3i mars 1 547-

Mézeray ’, plus précis, parle, sans artifices de lan-

1 Mézeray, Hist. de France, depuis Pharamond, etc. Paris. i643-i65j 3 vol. in-8°.

LE CABINET SECRET DE l’iIISTOIRE

gage, d’un « abcès périnéal », dont François Ier était redevable à « la belle Féronnière, l’une de ses maîtresses. » Et, craignant de n’être pas suffisamment explicite, il ajoute :

Cet ulcère malin, qui lui estoit venu en 1 53g , n’ayant pu être guéri par ses médecins, qui n’osèrent pas le traiter avec la rigoureuse méthode qu’il faut apporter à ces maux-là, s’estoit traîné jusqu’au col de la vessie, et commençoit à le ronger avec des ardeurs insupportables. Tellement que cette douleur et l’acre levain de cette infection, qui estoit espandu par toute l’habitude du corps, lui causoient une fièvre lente et une morne faschcrie, qui le rendoient incapable d’aucune entreprise.

Sismondi 1 ne fait que répéter, en termes peu différents, la même version.

Varillas a dédaigné d’admettre ce qu’il ne serait

1 Sismondi, dans son Histoire de France , ne ménage pas ses expressions : « Le roi, écrit-il, fut dangereusement malade à Compiègne. Bientôt on sut que sa maladie, honteuse dans son origine, dégoûtante dans ses symptômes, était encore considérée comme non moins contagieuse que la peste. Mais un abcès redoutable, dont l'accroissement faisait craindre pour ses jours, ayant crevé, l’avait soulagé en partie.

« On racontait, pour expliquer la cause de cette maladie, que le roi avait séduit une femme, connue sous le nom de la belle Féronniere, et que son mari, tourmenté de jalousie, s’était infecté à dessein d’une maladie qu’il lui avait communiquée, pour qu’à son t ur, sans le savoir, elle la donnât au roi. »

FRANÇOIS lep EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE?

pas loin d’appeler « la fable » de la belle Féronnière. Bayle l’a, au contraire, acceptée, sans essayer d’en contester l’exactitude ou même la vraisemblance.

ri

On place généralement l’aventure de François Ier avec la belle Féronnière vers 1539. Les uns ont dit que Jean Ferron, le mari de la belle, était un vieux et austère bourgeois, logé à Paris dans la rue Barbette, en face de cet hôtel Notre-Dame, d’où étaient sortis jadis les assassins de Louis d’Orléans.

D’autres ont prétendu que Ferron n’était qu’un « ferronnier », c’est-à-dire un marchand de fer, fabricant ou marchand de gros ouvrages faits avec ce métal. L’opinion la plus répandue, c’est que Ferron ou Le Féron était avocat.

Quant à sa femme, c’était, au dire d’un contemporain *, qui assure l’avoir connue, une femme « très belle et de bonne grâce ». Le roi s’en serait engoué ; le mari ayant eu vent de la chose, n’aurait eu de cesse

1 Cf. Nouvelle Biographie Didot. La Nouvelle Biographie n’a fait que reproduire l’article de la comtesse de Bradi, paru d’abord dans Y Encyclopédie des gens du monde f

LE CABINET SECRET DE i/llISTOIRE

qu’il ti’eut contracté la syphilis en fréquentant clans les endroits mal famés. La femme, contaminée par son époux, aurait à son tour communiqué le mal a son royal amant, qui lien guérit jamais complètement.

Louis Guyon, sieur de la Nauche, médecin d’Uzcrche en Limousin, affirme avoir vu la belle Féronnière, mais se refuse à entrer dans plus de détails sur la famille de celle-ci, parce qu’ « elle a laissé des enfants, gens de bonne renommée et pourvus de hauts emplois. Elle mourut jeune et fut ensevelie dans le

1 Sait-on que Louis XIV n’échappa que par miracle au meme accident? Un passage de Saint-Simon nous fixe sur ce point :

« S’il y a lieu d'estre surpris de voir Mme de Montausicr en la place de Mmc de Navailles ; il y eut grande matière depuis de s’estonner davantage, ou plutôt d’estre fasclie de s’eslrc si étrangement trompe. Le Roy, après avoir entretenu d*autrqs amours, fit enfin de Mme de Montcspan la sultane favorite. L’éclat fut prodigieux ; une femme mariée ravie à son mari, et tous de la qualité dont ils étaient, et ravie publiquement, par autorité suprême. L’Europe n’était pas accoutumée à ce qui serait une étrange nouveauté en Asie, où il n’y a que des sérails et des esclaves ; mais le scandale vaincu par l’effroi et par l’ambition mit bientôt tout aux pieds de cette maîtresse. M. de Montespan, d’autant plus enragé qu’il ne pouvait dissimuler qu’un si profond malheur venait de sa part et d’autant moins maître de lui qu’il était plus amoureux de sa femme, fit tant des siennes qu’elle ne se crut pas en sûreté à Saint- Germain et que, pour l’v mettre, le Roi la donna à garder à Mme de Monlausier chez qui elle logea. M. de Montespan devint plus furieux, s’appliqua i\ gagner du mal ave: le rriême soin que d'oi'dhxaire p n l’evile, Son pvo-

FRANÇOIS l*r EST-IL MORT DE LA FÊRONNIÈRE ? 7

couvent de Saint-Maur, sa paroisse 1 ». Mais la cri* tique moderne 2 a établi que le récit de ce médecin est des plus suspects.

Parmi les contemporains, Brantôme n’en a soufflé mot ; or, il n’aurait pas manqué d’en parler, lui qui ne détestait pas la gaillardise dans les propos.

L’origine de la fable est que François Ier avait réellement aimé dans sa jeunesse la femme d’un avocat 3. Brantôme, s’il n’a pas lait allusion à la Féronnière, dit, en tout cas, aussi clairement que

jet était de gâter sa femme et de le communiquer au roi...». Intermé diav'e des Chercheurs et des Curieux, 1896, n° 728,00! G79-G80.

1 Voici le passage de Guyon, tel qu’il se trouve dans le livre original :

cc Le Grand Roy François Ier... rechercha la femme d’un advocat de Paris, très belle et de bonne grâce, que je ne veux nommer, car il a laissé des enfants pourvus de grands estats... Ce que connaissans aucuns courtisans et maquereaux Royaux dirent au Roi qu’il la pouvait prendre d’autorité et par la puissance de sa royauté... Enfin le mari dispensa sa femme de s’accommoder à la volonté du Roy, et a fin de n’empêcher en rien celte affaire, il fit semblant d'avoir affaire aux champ^ pour huit ou dix jours. Cependant il se tenait caché dans la ville de Paris, fréquentant les bourdeaux, cherchant la vérole, pour la donner à sa femme, afin que le Roy la print d’elle et trouva incontinent ce qu’il cherchait, et en infecta sa femme et puis après le Roy. Lequel la donna à plusieurs autres femmes qu'il entretenoit, et n’en peut jamais bien guérir, ens tout le reste de sa vie il fut mal sain, chagrin, fascheux, inaccessible. » Les Diverses Leçons, dç Loys Guton, i6i3, p, 109-110.

2 P. Paris, Eludes sur François Ier , i885, t. II, p. 820.

3 Au temps de la Palatine, la tradition avait encore cours parmi les héritiers même de François Ier. Selon l’expression d’un historien^

possible, que François Ier avait... Y avarie, mais qu’il en avait ressenti les premières atteintes bien longtemps avant ses relations avec la femme de l’avocat. On n’a, pour s’en convaincre, qu’à se reporter à l’article concernant la reine, où l’écrivain des Dames galantes dit expressément :

Si la reine Anne sa mère eût vécu, jamais le roi François IPr ne l'eut épousée, car elle prévoyait bien le mauvais traitement qu’elle en devait recevoir, d’autant que le roi son mari lui donna la maladie qui avança ses jours 4.

les Bourbons ne contestaient pas le triste honneur, décerné au plus célèbre des Valois, d'être mort victime de sa débauche.

Voici ce qu'on lit dans la Correspondance de Madame , a la date du 3 décembre 1721 :

« On voit à Fontainebleau, dans le cabinet de la reine, le portrait de la belle Féronnière, qui avait tant plu à François 1er. Ilia nt peindre en profil. Elle a été la cause innocente de sa mort. Son mari, voulant se venger du roi, fit venir une femme de mauvaise vie, très malsaine, et dès qu’il se fut infecté, il infecta de cette vilaine maladie sa femme. A son tour, elle la communiqua au roi, et il en mourut...». L'origine de la légende, serait, d’après M. de Lescure, due k une intrigue réelle, nouée par le roi, vers i5i4-*i5i5, avec une dame Lecocq, femme d’un avocat au Parlement, Jacques Disome ; mais la maladie du roi ne datant que de i538, il n’est pas vraisemblable que ladite bourgeoise en ait la responsabilité. La belle Féronnière ne serait, d’après le même auteur, que «. l’incarnation légendaire de Yavocatc, maîtresse inofïensive de la première jeunesse de François 1er. Toutes les autres circonstances, qui ont fait un drame émouvant d'une liaison vulgaire, sont le fruit de f imagination des historiens ». Les Amours de François Ier , par M. de Lescure, p. 3oa.

(Cf. Les Etudes sur François 1er , de P. Paris, t. II, chapitre ix.)

1 La reine Claude mourut en 1 5 24 » le 2 juillet, d’une éruption

FRANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉR0NN1ÈRE ? g

Et appuyant davantage, comme s’il craignait de n 'être point compris :

Le roi, poursuit-il, aima fort aussi et trop, car, étant jeune 1 et libre, sans différence il embrassoit qui l’une, qui l’autre 2, comme dans ce tems n’estoit pas galand qui ne

dartreuse (?) mal soignée; ou selon M. P. Paris, « de l'ignorance des médecins qui, au lieu d’arrêter le mal, eurent recours aux drogues pharmaceutiques et aux purgations ». P. Paris, t. I, p. 77.

François Ier épousa, en secondes noces, la sœur de Charles-Quint, Eléonore d’Autriche. « Le mariage eut lieu presque à huis clos et en petite compagnie , sans aucune solennité, dans une chétive bourgade des Landes, sous le toit d’un monastère rustique. » Etude historique sur les formes , le lieu et la date du mariage de François IeT avec Eléonore d'Autriche , par M. Emile Labeyrie. Paris, 1873.

1 « François d’Angoulême annonçait ce qu’il devait être par ce qu’il était déjà : ardent au plaisir, impétueux et turbulent dans ses jeux, ami du luxe et généreux jusqu’à la prodigalité, insouciant du danger, avide de gloire, propre à tous les exercices du corps et de l’esprit, il avait à 1 âge de dix ans une maîtresse, une cour, des favoris et des guerres, phie damoiselle de sa mère, nommée Jeanne de Polignac, couchait avec lui » Le xvie siècle, par P, Lacroix, t. III, p. 82.

2 « Dès avant l’avènement de François au trône, sa complaisante mère avait eu soin de s’entourer d’une multitude de filles jeunes et belles ; mais, différente d’Anne de Bretagne, qui élevait son cortège à la vertu, la duchesse d’Angoulême dressait ses élèves à tous les vices propres à séduire et captiver son fds. » Rœderer, op. cit ., p. 68.

Henri-Corneille Agrippa, que Louise d’Angoulème avait pris à son service, comme médecin et comme astrologue, disait assez brutalement : « Les mères des rois sont quelquefois elles-mêmes les proxénètes de leur fils : regum maires nonnumquam fdionim suorum leœnae sunt (Cf. De vanitale $cientiarum , cap. xiv). Mais Corneille Agrippa n®

ÏO

LE CA13INET SECRET DE l’hISTOIRE

fust pulassîcr, partout indifféremment ; dont il en prist. la grande vérole , qui lui advança ses jours et ne mourut guère vieux 1 , car il n’avoit que cinquante-trois ans, ce qui n’estoit rien. Et lui, après s’estre veu eschaudc et mal mené de ce mal, advisa que s’il conlinuoit cet amour vagabond, qu’il scroit encore pris et comme sage du passé advisa h faire l’amour bien gallammcnt. Dont, pour ce, institua sa belle cour, fréquentée de si belles et honncsles princesses, grandes dames et damoiselles 2, dont ne fit faute que pour se ga renlir de vilains maux et ne souiller son corps plus des ordures passées, s’accomoda et s’appropria d'un amour point sallaud (sic), mais gentil, net et pur 3*

doit pas être toujours cru sur parole (Y. ce qu’en dit P. Paris, Etudes sur François Ier , t. J, p. 89 et suiv.).

1 François, comme l’a fait observer P. Paris, vécut, en somme, âge de roi , âge quô n’avaient dépassé ni Louis XII. ni Henri VIII d’Angleterre. Charlcs-Quint mourut âgé de cinq années seulement de plus que son rival. Voici, du reste, les dates funéraires des précédents rois do Franco :

Hugues Capct, mort à 56 ans ; Robert , à 45 ; Henri Ier et Philippe Ier , a 55 ; Louis F/, à 56 ; Louis F//, à 59 ; Philippe II, h 58 ; Louis VIII , à 89 ; Louis IX, à 55 ; Philippe III, à 4o ; Philippe IV, à 46 ; Louis X, à 27 ; Philippe V, à 28 ; Charles IV, à 33 ; Philippe VI, à 67 ; Jean, b 45 ; Charles V, à 43 ; Charles VI, à 5o ; Charles VII , à 59 ; Louis XI, à 63 ; Charles V'III, b 27 ; Louis XII , à 53.

2 A rapprocher de cette phrase des prétendus Mémoires du Maréchal de Tavannes, œuvre de son fils ou de son neveu : « Les dames plus que les ans lui causèrent la mort. Tel estoit le roj François blessé des dames au corps et en esprit, Alexandre voit les femmes, quand il n’a point d’affaires, François voit les affaires quand il n’a plus de femmes » Edition Petitot, pp. 217 et 407.

3 Brantôme fait sans doute ici allusion à Mme de Chateaubriand çt à la hère duchesse d’Etampes ; et cependant cetle dernière, à çïl

FRANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE ? II

On a mis en doute les assertions de Brantôme, sous prétexte que le manuscrit des Dames illustres n’aurait pas été conservé, et que, par suite, l’attribution de l’ouvrage était suspecte. On s’est aussi appuyé sur ces lignes, qui se trouvent à la fin du chapitre précité :

Geste vertueuse et sage reyne Claude produisit une très b: lie et généreuse lignée au roy son mary. Elle en fut fort aimée et bien traitée, et fort regrettée aprez sa mort h

Comment, a-t-on écrit, Brantôme se serait-il ainsi contredit lui-même? Comment surtout expliquer que la reine eut pu mettre au monde sept enfants, bien conformés, si elle avait été en puissance de syphilis?

Il serait aisé de répondre que le roi avait bien pu être infecté du virus vénérien sans le communiquer à sa femme et, par suite, sans le communiquer à sa descendance. Les exemples ne sont pas rares de ménages où le map est sypliilisé, sans que les enfants le soient.

Ce qui est plus difficile, c’est de concilier l’affirmation de Brantôme avec l’opinion qui a généralement cours 2 et qui attribue l’origine de la maladie du roi à

croire les Mémoires historiques et secrets de d’Àrgens, à la vérité fort suspects, aurait été infectée, elle aussi, et guérie par l'usage du lait d ànesse (!)

1 Brantôme, édition Lalanne, t. VIII, p. 107.

2 Félix. Arvers, fait assez peu connu, dans une piecé sur Frâq-

Ï3 LE CABINET SECRET DE l'kISTOIRE

ses relations avec la Féronnière; à moins qu’il ne soit démontré que l’histoire de la Féronnière 1 n’est

çois Ier, analysée par Blaze de Bury,dans la Revue des Deux-Mondes , a accrédité, lui aussi, la fable courante. D’après le poète de l’impérissable sonnet, l’avocat Ferron, fort épris de sa belle et peu chaste épouse, ayant surpris le royal libertin aux pieds de sa femme, l’aurait provoqué en combat singulier. La scène est des plus divertissantes : « Ça, te défendras-tu, dis? lui crie-t-il, l’épée à la main. » Etonnement du prince de se voir tutoyé par un robin, lui, le rival do Charles-Quint et de Henri VIII. Est-ce qu’un homme tel que lui va se mesurer avec un croquant ? Sur ce, il salue ironiquement et se retire. — « Ah I c’est comme ça, riposte Ferron en s’adressant à la cantonade. Eh bien ! nous allons voir à nous venger autrement que par l’épée». 11 s’en va alors tout droit dans un mauvais lieu de la rue Froidmantel, tenu par une nommée Scholastique. — • « Donne-moi, lui dit-il, la plus empoisonnée de tes fiücs... Je veux celle-là et non une autre. » On devine le reste. Le mari outragé prend là le mal qu’il communiquera à la Féronnière et que celle-ci, par contre-coup, transmettra au roi.

À huit ans de là, François est à Rambouillet, où il meurt de consomption ; il y a sept ans qu’il endure en secret mort et passion. Ambroise Paré, le grand médecin, n’y peut rien, ni aucun autre homme de l’art non plus. Il faut que le malade succombe. Il ne lui reste plus qu’à penser au ciel. A son heure dernière, on annonce un pèlerin de la Terre-Sainte, qui arrive de Jérusalem pour le consoler par des paroles de paix. François donne ordre de le laisser entrer. Paraît un étranger sous la capuce d’un moine. Aussitôt l’inconnu soulève son vêtement et laisse voir l'inexorable avocat de Paris.

— « Roi, je suis Ferron et je me suis vengé, dit-il, meurs en maudit I ».

Tel est ce drame, fort simple puisqu’il ne roule guère que sur une tradition vulgaire, mais dans lequel on trouve ça et là de belles scènes et de beaux vers.

1 Dès l’année 1529, la belle Féronnière était comptée au nombre

FRANÇOIS Ier ËSÎ-ÎL MORT DE LA FÉRONNIÈRE? t3

pas plus authentique que son portrait, qu’on disait avoir été donné au Louvre par le roi François luimême, et qui, d’après des recherches récentes, a été tenu, en fin de compte, pour apocryphe l.

des femmes qui n’en étaient plus à faire leurs preuves dans la galanterie. Si c’est la même dont parle Mézeray, dans son Histoire de France (II, 533), à l’année i53g, comme ayant communiqué à François Ier les principes du mal qui devait abréger sa vie, que devient cette histoire de l’honnête bourgeoise détournée de ses devoirs par le roi ; du mari qui, par désir de vengeance, se sacrifie à la contagion, pour atteindre le suborneur dans la source même de ses plaisirs? L’héroïne du roman disparaît pour ne plus laisser subsister qu’une vulgaire ribaude, accessible à tous venants et avec laquelle, dans un jour de caprice et de curiosité, le roi aurait compromis la dignité de sa couronne et la santé de son corps. Pour expliquer dès lors cette désignation, il n’est plus besoin de toutes les ingénieuses subtilités, pour lesquelles tant d’historiens ont mis leur esprit à la torture. « La belle Féronnière .» est tout simplement un de ces noms de guerre à l’usage des filles de joie composant une cohorte recrutée dans les différents corps d’état. C'est ainsi que, sous un titre analogue, nous voyons défiler, dans la ballade de Villon, ces divinités de l’échoppe, telles que « la gantière, la faulfieière, la chapperonnière, l’esperonnière », à côté de « la belle heaulmvère. » OEuvres de Clément Marot , t. III (édition G. Gniffrey), p. 119-120, note 2.

1 Revue des Deux-Mondes , i84ç), p. 619. Selon les uns, le portrail en question représenterait une duchesse de Mantoue; selon d’autres, il figurerait Lucrezia Crivelli, maîtresse de Ludovic Sforze (Cf. L'Esprit dans l'Histoire , d’Ed. Fournier, 4e édit., 1882, p. i58 ef

LE CACÎXET SECRET DE L*JII5T0IRâ

Une réflexion a dû venir à l’esprit de ceux qui ont eu la patience de nous suivre : si François. Ier a été atteint de la syphilis, comment s’est- elle manifestée 1 ? Si ce qu’on nous dit de la gravité de la vérole à cette époque est exact, — et rien ne nous autorise à le mettre en doute, — les symptômes du mal devaient être assez apparents, pour éclater aux yeux de ceux qui appro-

i II semblerait résulter du passage ci-clcssous du Journal de Louise de Savoie que, bien longtemps avant d’avoir connu la Belle Féronnicre, François Ier, encore adolescent, aurait été atteint de la maladie dont nous n’avons pas besoin de redire une fois de plus le nom. « Le septième jour de septembre i5i2 (François avait alors dix huit ans), mon fils passa à Amboisc pour aller en Guyenne contre les Espagnols : et estoit lieutenant-général du roy Louis XII, ainsi comme maintenant en sa dignité royale, il est dictateur perpétuel et trois jours avant, il avait ca mal en la part scçrete de nature. » A rapprocher de ce qu’on lit dans les Mémoires historiques et secrets concernant les Amours dei Rois de France (par le Mis d’AncEws), p. 24o-23*.

Brantôme, de son côté, 1. bien laissé entendre que l’accident survenu à François Ier datait de sa première jeunesse, puisqu’il assure que ce prince communiqua son mal à la reine Claude, sa femme, pji y aurait succombé, en 1624.

François iét est-il mort oe la fêronmère?

cliaient le roi ; et les mémorialistes bavards ri auraient, pas manqué de consigner le fait sur leurs tablettes.

Or, ce que les historiens nous apprennent de plus positif, c’est qu’à partir de 1536, année de la mort prématurée du dauphin (et nous verrons un peu plus tard combien leur témoignage est sujet à caution), la santé du roi déclina de jour en jour, ses facultés physiques et intellectuelles allèrent en s’affaiblissant.

Selon Martin du Bellay, frère du cardinal et du seigneur de Langey, un des plus braves généraux de François Ier, la première maladie du roi aurait été une fièvre, d’abord intermittente, variis intervallis, se changeant ensuite en fièvre continue, in continentem conversa , à laquelle vint se joindre une douleur siégeant au niveau de l’abcès, dolor ex vomica.

Mais cette vomique, cet abcès, où siégeait-il? Au bas-ventre, au périùée, dans la région anale 1 ? On ne paraît pas très fixé.

N’aurait-il pu être situé dans l’aine, par exemple, et n’être alors qu’une adénite, un bubon suppuré? Hypothèse purement gratuite, d’ailleurs, qu’a soulevée le très compétent syphiligraplte Cullerier 2, à seule fin, comme il en fait l’aveu, de « sortir d’une impasse ».

1 Martin du Bellay dit « au bas du ventre » ; Mr^eray, au pcfi— née. Qui faut-il croire ?

2 Gaz. hebd. de médecine et de chirurgie , 1 850*

En tout cas, la santé générale du roi en avait à peine été ébranlée. Un ambassadeur vénitien, Marino Cavalli, envoyé en France en 1544, et qui resta près de trois ans attaché à la cour, suivant le roi dans tous ses déplacements, nous dépeint ainsi l’état physique du souverain à cette époque 1 * :

Le roi a maintenant 54 ans (il n’en avait en réalité que 52).. ; il est d’une excellente complexion, cl’une constitution vigoureuse et gaillarde... La nature lui a donné une espèce de sentine, qui le purge tous les ans de tout ce qu’il peut avoir d’humeurs malsaines, de façon que si ces humeurs ne deviennent pas trop abondantes, il pourra vivre longtemps encore. Il mange et boit fort bien, il dort on ne peut mieux.

De son côté, le secrétaire du maréchal de Vieilleville, autre contemporain de François Ier, se contente

i Paulin Paris, loc. cil., p. 366.

La lettre suivante, écrite par le cardinal d’Armagnac à la duchesse de Fcrrare, à la date du 3i janvier 1 545 (ou i546), corrobore ce témoignage : « Madame, pour ce que vous avez peu entendre de la maladie du Roy qui luy est advenue ces jours passés d’ung apostumo au lieu mesmes qu’il l’eust il y a tantost cinq ans, je ne veulx faillir à vous donner advis de sa santé, qui m’est asseurée de plusieurs do la court, mesmes de la royne de Navarre, qui y arriva le 17 de ce mois, et m’escript comme sa Majesté se trouvoit bien, et ne luy esloit aucun mal ny douleur, ains seulement l'évacuation dudit apostume, yii se purgeoit encores, qui estoit signe d’une bien longue santé de ladite Majesté, selon mesmes que le promettoient et asseuroient les médecins. » F. Génin, Lettres de Marguerite d’ Angoulême , i858, in 8,

FRANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉRONN1ÈRE ? 17

de dire que, vers la fin de 1546, le roi tomba malade d’une « fièvre » en la maison seigneuriale de Rambouillet \

En présence de pareils témoignages, Michelet écrirait-il encore que le roi « meurt huit ans d’avance, par une horrible maladie dont la médecine ne le sauve qu’en l’exterminant ? »

On a laissé entendre que les médecins de la Cour n’avaient pas osé traiter le Roi comme il aurait dû l’être, et que, par suite de cette négligence, les accidents auraient éclaté^ avec une violence inaccoutumée. Un chroniqueur du temps dit que le roi s’exprimait difficilement, par suite d’un mal qui lui ajait rongé la luette 2, ce dont le mordant satirique Linguet se souvenait apparemment, quand il écrivait : qu’il n’en coûta à François Ier (d’avoir couché avec la Féronnière) que « cinquante écus, la luette et les cheveux » ; mais, ajoutait-il plaisamment, « il en fut quitte pour parler bas et pour bien se couvrir la tête.»

Lui resta-t-il quelque chose comme une exostose

4 Mémoires de Vieilleville , édition Petitot, p. i36 et suiv.

* M. de Lescure, Les Amoiirs de François Ier. Paris, i865.

au crâne? Ses cheveux tombèrent-ils, comine l’insinue Linguet? Toujours est-il que le roi dut porter perruque 1 pendant un certain temps, et que les courtisans, chauves ou non, s’empressèrent d’en mettre à leur tour. « On ne vit bientôt, écrit notre railleur, depuis le Rhône jusqu’à la Meuse, que chevelures jaunes et l’on n’entendit plus que des voix étouffées. Il nous est venu depuis des rois 2 qui

1 Henri III eut la meme maladie que son aïeul François Ier, et, comme ce dernier, il eut de l’alopécie spécifique (V. dans le Journal des Praticiens , 2 février 1901, p. 71, le traitement qui lui fut administré). Use vit réduit à porter « une calotte, où les cheveux étaient cousus, mais si mal faite, qu’il la couvrait toujours de sa toque, sans l’ôter devant qui que ce fût, non pas meme devant sa mère, sa femme, ni les ambassadeurs ; ce qui fait voir, en passant, que l’invention des perruques n’est pas nouvelle en France, et que ce n’est pas d’aujourd’hui que le mal de Naples fait tomber les cheveux. » Mémoires historiques et secrets , concernant les Amours des Rois de France , p. 243.

2 On peut citer plusieurs rois et autres personnages de marque, qu’on a tout lieu de supposer avoir été infectés par la syphilis. Ladislas d’Anjou, roi de Naples et de Hongrie, meurt en 1 4 1 4 , des suites d’une affection douteuse des parties génitales, qui ressemblait fort à la vérole. On a dit que la femme de qui il tenait le cadeau s’était badigeonnée les organes génitaux avec un poison et que le « feu sacré », c’est à-dire une éruption compliquée d’ulcères, l’avait frappé pour le punir de scs fautes. D’après d’autres relations, il serait tombé en décomposition depuis le bas-ventre jusqu’au cœur.

En i3o5, le roi Wenzel II, de Bohème, aurait présenté les symptômes d’un mal non moins mystérieux. Ce mal, qui commença par la gangrène des parties génitales, lui avait été communiqué par §a

FRANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉùONMÈRE ?

n’avaient pas perdu la luette, et les voix 1 se sont rétablies, mais les perruques sont restées. »

Et voilà comment, cher lecteur, l’origine de ces ornements se rattache à l’origine de la syphilis 2.

maîtresse, qui avait été subornée par les gentilshommes du pays : forme la plus raffinée de régicide que l’on ait pu inventer.

Charles IX, Henri III, le duc de Mayenne, le prince et la princesse de Conti, le prince de Lambajle, etc., furent aussi victimes de la lues venerea (Gf. Les Amours des Rois de France , p. 24o-244 et les Antiquités de Paris, de Sauval, à la suite du t. II, p. 3p-4o, des Amours des Rois de France ; Anecdotes de VHist. de France , à la suite de l’édition des Mémoires de Marguerite de Valois (Jannet, i858, p. 203),

1 Hubert Thomas, de Liège, après avoir dit combien la conversation du roi était agréable, ajoute qu’il fallait être habitué à l’entendre pour le comprendre, car, disait-il, sa voix, était restée fort altérée, à la suite d’une maladie qui avait détruit sa luette : licel uvula amissa morbo , vocisvitio labofaret , et non facile , nisi ab iis qui assue verant eum audire intelligeretur.

2 Le duc Jean de Saxe écrivait, en i5i8, à son receveur d’impôts à Cobourg de lui envoyer aussi secrètement que possible une belle perruque de Nuremberg. Ulric de Hutten, mort en i523 à la suite d’une syphilis qui durait depuis huit années, en portait aussi ; ses portraits le prouvent sûrement. En tout cas, la mode des postiches put être de courte durée, et ne pas se généraliser, mais toujours est-il que dame Yénus força bon nombre de ses victimes, peut être aussi François Ier, de se couvrir le chef d’ornements empruntés.

Au xvie siècle encore, Henri III perdit aussi les cheveux et 1$ barbe, toujours par suite du mal honteux, et fut obligé de porter une barrette avec une perruque, que les courtisans se hâtèrent d’adopter.

Plus tard, Louis XIV, d’abord ennemi des faux cheveux, fut contraint de cacher sous un postiche certaine loupe qu’il avait sur la tête. Ici la vérole n’était pour rien. Il faut rendre cette justice au

Nous ne savons si Linguet a voulu se divertir à nos dépens, mais il est à peu près 1 avéré que François Ier porta perruque, à la suite d’une blessure qu’il avait reçue à la tête, en 1521 2.

Nieolaï, qui relate le fait dans ses Recherches sur l'usage des perruques , dit, en outre, que le roi fut obligé de se faire couper les cheveux, qu’il continua depuis à porter très courts, la barbe taillée en pointe, à la mode italienne.

Tout le monde a pu admirer au Louvre le beau portrait de François Ier attribué au Titien. On a prétendu que le peintre avait représenté son modèle de profil, pour masquer une exostose qui siégeait au

grand roi, qui s’était contenté d’une blennorrhagie dans sa jeunesse. (Bonnèmaisox, op. cit ., p. n.)

1 M. Paulin Paris nie cependant la légende (V. ses Etudes , etc., t. I, p. 43.)

2 La mère de François Ier, Louise de Savoie, écrit, dans son Journal, que le 6 août i5o8, le jeune prince avait été blessé au front par une pierre ; et que le 6 janvier 1621, il fut assez grièvement blessé par une bûche (V. pour les détails de l’accident, François 1er et sa corir , par Barthélemy Hauréau, p. 8 -9 ; et pour la liste de tous les horions que reçut le jeune François, les Etudes surFran* çois Ier , de P. Paris, t. T, p. [\2 et suivé).

FRANÇOIS Ier EST-IL MOUT DE LA FÉRONNIÈRE ? 2 1

côté gauche du maxillaire inférieur. Le Dr Dechambre, qui a étudié, avec une conscience scrupuleuse, l’iconographie de François Ier, ne nous a rien laissé à glaner après lui sur ce sujet.

Il y a, écrit-il, de nombreux portraits de François Ier, les uns de face (dont un, si nous ne nous trompons, du Prirnatice), les autres de trois quarts, d’autres encore de profil, mais la face vue du côté gauche. Il y en a dont la date approximative est postérieure à l’infection présumée. Il y a, de plus, des bustes où le visage du roi est visible par tous les côtés. Or, sur aucune de ces figures, on n’aperçoit trace de la prétendue difformité.

Un de ces bustes est au musée du Louvre (salle de la Renaissance, n° ioo). C’est une demi-figure en bronze, ouvrage de Jean Cousin, ou touLau moins fondue d’après un modèle de sa main. Les traits y sont nettement accentués, finement étudiés. Ce doit être un portrait ressemblant. Et, sur ce buste, rien, ni sur un côté delà mâchoire, ni sur l’autre, ni ailleurs, ne présente un caractère quelconque qui, de près ou de loin, puisse être rapporté à la syphilis, bien que la barbe soit trop courte pour pouvoir masquer aucune irrégularité notable.

L’affection syphilitique qu’on suppose avoir été transmise par la Féronnière est, avons-nous dit, de 1 538 ou 1 53g . Le roi, étant né en i494> avait alors 45 ans. Ce n’est certainement pas un âge plus avancé que celui qui est indiqué par le portrait de Jean Cousin. Il faut noter d’ailleurs que cet artiste, né lui-même en i5oo, n’a pas joui probablement de toute la faveur de François Ier avant d’être parvenu à la quarantaine.

liË CABINET SECRET DE iAlISTOIRE

aâ

Il y a donc lieu de conjecturer que si une exostose a défiguré réellement la face royale, elle devait être développée à la date du portrait. On peut alléguer, il est vrai, que sur cette figure et sur d’au 1res elle a été dissimulée par les artistes,niais on ne peut pas en affirmer l’existence...

La question n’est plus, du reste, de savoir — elle nous semble maintenant résolue par l’affirmative — si le roi François a eu la vérole, mais s’il est mort de ses suites.

Et d’abord, comment un roi n’aürait-il pas été aussi bien traité que le dernier de ses vilains? On guérissait la syphilis alors comme aujourd’hui 5. Paracelse, Bérenger de Carpi, employaient le mercure dans cette maladie, et en constataient les heureux effets. De plus, tout semble prouver que François Ier avait absorbé du métal liquide. Contenaient-elles autre chose que du mercure, ces pilules de Barberousse que leur inventeur avait envoyées au roi de France?

N’a-t-on pas aussi avancé, — hâtons-nous de dire que nous ne sommes pas allé aux preuves, — qu’on avait trouvé du mercure dans les ossements de François I r, lors de l’exhumation des débris renfermés dans les cercueils de Saint-Denis 1 2 ?

1 Benvenuto Ccllini dit, dans ses Mémoires, qu’il s’était parfaitement guéri delà syphilis par une médication appropriée.

2 Cette légende — si légende il y a — l’auteur du poème de la

François ifer est-il mort de la féronnière?

Ce qui paraît hors de conteste, c’est que la maladie qui a mis fin à la carrière de François Ier 11’était pas la syphilis, et nous n’allons avoir aucun embarras à le démontrer.

Quand l’ambassadeur d’Espagne, de Saint-Mauris1, envoie à Charles-Quint son rapport sur la santé du roi, en 1546, il ne parle que d’une fièvre lente, qui mina le roi à plusieurs reprises, fièvre qui fut « continue pendant cinq jours; d’un aposlume sous les parties inférieures , qui l’empêchait parfois de se tenir debout, et le faisait souvent tomber en faiblesse, apostume pour lequel on lui appliqua des cautères, puis la diète, « par le conseil de ses médecins, lesquels demeurent tous d’opinion que cette maladie procède du mal français , à l’expulsion duquel la dicte diète pourra grandement se servir. Si est-ce que Ion craint

Syphilis , Barthélemy, a, plus que tout autre contribué à la répandre. On a déjà lu ces vers si souvent cités :

O11 dit même cju’ün jour où des fureurs profanes Du pieux saint Denis fouillèrent les arcanes,

Et sur le vil pavé jetèrent en monceaux lous ces rois dont la mort avait fait ses vassaux,

À travers ces débris, dans cette immense foule.

De tant d’augustes fronts qu’oignit la sainte Ampoule,

On reconnut celui du premier des François Au mercure liquide errant dans ses parois.

1 La mort de François I'jr et ravinement de Henri II, d’apres les depeches sécrétés de 1 ambassadeur impérial, Jean de Saint— Mauris, par Aug. Castan. Besançon, 1879.

qu’il n’y ait ulcère en la vesique, réceptacle de l’urine 1 ».

Plus tard, on n’observe pas moins de cinq trajets fistuleux. Après une amélioration passagère, une rechute se produit en 1547, avec poussées fébriles tous les soirs, depuis le mois de février jusqu’à la fin de mars 2.

Quand la mort du roi fut constatée, le corps fut ouvert 3, et l’on trouva « une apostume en son esto-

1 Archives nationales , K. 1487 (Y. également le Mariage de Jeanne d’Albret , par le baron A. de Ruble, p. 220-221).

2 François Ier mourut le 3i mars j 547 (V. Paillard, La mort de François Ier, dans la Revue historique , ire année, t. Y, p. 84-i2o).

3 Jean Gosme Holtzachius (de Bâle), médecin contemporain de François Ier, a laissé l’observation suivante, après l’examen anatomique du corps du roi. Cette observation a été communiquée jadis par le Dl> Patté à la Gazette hebdomadaire (i856, p. 882) :

« Manu facta est dissectio corporis. Secto abdomine, omentum rutum ad pubem et ad ventriculum sese exhibuit, sicut intestina, suo veluti velamine ablato, nuda spectarentur. Sed qua parte duodeno et pyloro incumbebat, nigredinis speciem et corruptelam referebat ; duodénum putre, purulentum; ventriculi inferiore tunica, ruborem cum nigrore mixtum reprœsantans, humorem atrum, majorem etiam quam pro ratione assumptorum copia, continebat : gula ulcerata saniem subrufam eructans ; putris pulmo dexlra parte costis ad spinam sic pertinaciter hœrebat ; ut inde sine dilaceratione divelli non potuerit ; qua parte sectione facta, vitiosa sanies efïluxit, cor et jecur, ren sinister plane illœsa, lien non admodum insigniter affectus : ren dexter ultima parte scatens, a quo exortum vas seminarium exemptum colluvie partes adjacentes effæderat, sicut in illis omnibus insignes corruptelœ apparerent ; in collo vesicœ, ulcus latum pure multo refertum; sub pube dcxtra omnia purulenta, et ipja

FUANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE P

mac, les rognons gastés , et les entrailles pourries, le gosier en chancre et le poulmon entamé. »

Tous ces documents 11’établissent-ils pas que François Ier est peut-être mort d’une affection des voies urinaires *, mais non des voies génitales ; qu’il avait une fistule périnéale, consécutive à un abcès, probablement entretenu par un rétrécissement, d’origine blennorrhagique, ou une prostatite chronique?

Est-il besoin de discuter d’autres hypothèses moins acceptables ?

Serait-ce une ulcération syphilitique du périnée, ayant détruit la peau, les muscles, les aponévroses, et ayant épargné les vaisseaux? Mais le traitement en serait venu à bout.

Même observation serait applicable à une gomme suppurée, que si rapidement on améliore par la médication spécifique.

substantia gangrœnosa ; scrotum, parastatœ et partes omnes testes ambientes simile vitium contraxerunt ; animne rationalis secles integerrima. Tarn variorum affectuum, tam diversos focos obsidentium certe enra sint causœ, nullum tamen ad generationis primordia referendum esse, aut in posleros transire posse affirmare non dubilamus ».

1 Cette opinion semble partagée par notre distingué confrère espagnol, le Dr Luis Comenge, à qui l’on doit de remarquables études sur la santé des souverains et grands personnages de France et d’Espagne. Nous nous excusons d’avoir ignoré l’existence de cet ouvrage lorsque nous avons écrit nos premiers travaux (Cf. Chnica egregia. Barcelona, 1895.)

Pourrait-on ne pas songer à une fistule vésicopérinéale, traumatique, survenue à la suite d’exercices à cheval trop fréquents et trop prolongés ? Ce n’est pas impossible, mais les désordres n’arrivent que très rarement à être aussi profonds,

« Dieu me punit par où j’ai péché », disait souvent François Ier, et l’on infère de ce propos que le roi, débauché impénitent, aurait été affecté d’une maladie des voies génito-urinaires, à la suite d’excès. Cette opinion ne pèche certes pas par l'invraisemblance, mais elle n’exclut pas celle qu’en fin de compte nous serions assez tenté d’adopter.

La tuberculose ne peut-elle produire les désordres dont nous venons de parler? Noire hypothèse se trouverait presque confirmée par le texte de la dépêche de l’ambassadeur ^Jean de Saint-Mauris, dépêche dont nous avons cité plus haut un extrait, et que nous reproduisons à nouveau en la complétant:

Le pénultième du mois de mars passé, îe roy mourut à Rambouillet, d’uué fièvre qui lui avait duré trente jours. I*

François icr est-il mort Le la féronniêre ? 27

fut ouvert après sa mort, et l’on trouva... aposlume en son cstomach, les rognons gastcz et toutes les entrailles pourriez; et il avait la partie du gosier cnchancré, le poltnon jà quelque peu entamé ...

Ce membre de phrase est, ce nous semble, assez explicite par lui-même, pour que nous nous Croyions dispensé de le paraphraser.

Il ne nous reste plus qu’à envisager une dernière conjecture, et c’est par là que nous terminerons

Certains ont dit que l’origine de la maladie de François Ier pourrait bien être rattachée à une impression morale.

Si j’osais entrer plus avant clans le domaine de l’histoire, écrit Cullerier *, je trouverais sans doute, en dehors de la pathologie, bien des causes à la tristesse et à Pamertume des dernières années de François Ier. Je montrerais sa position souvent si difficile entre le cruel Henri VIII et l’astucieux Charles-Quint ; je rappellerais la mort du dauphin, son fils, perte cruelle, qui dut lui être doublement pénible par les soupçons auquels elle donna lieu, et qui coïncide à peu près avec l'époque de sa première maladie...

Et Cullerier conclut, s’appuyant sur Mézeray :

1 De quelle maladie est mort François Ier , par M. Culleiueu, chirürgsm de l’Hôpital du Midi (Extrait de la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie ). Paris, Victor Masson. M DCCG EVi.

Les dernières années de François Ier furent un temps de calamités pour lui ; les souvenirs des malheurs où la mauvaise conduite de ses ministres l’avait engagé, le plongèrent dans un noir chagrin, qui l’empêchait de connaître ses véritables intérêts et il s'affligea mortellement d’une chose qu’il avait dû regarder comme une bonne fortune, c’est-à-dire la mort de Henri VIII, roi d’Angleterre.

Martin du Bellay pense de même que « le roy porta grand ennuy » du trépas de Henry VIII.

Tant pour l’espérance qu’il avait de faire ensemble une alliance plus ferme que celle qu’ils avoyent commencée, que parce qu’ils estoyent presque d’un âge et de mesme complexion... mesme ceux qui estoient près de sa personne trouvèrent que depuis ce temps il devint plus pensif qu auparavant.

D’après ces récits, on se laisserait aller à croire que François Ier serait mort... de chagrin! Or, voici un document qui contredit absolument les précédentes assertions. S’il faut s’en rapporter au texte des dépêches de l’ambassadeur Jean de Saint-Mauris, François Ier s’était au contraire réjoui de la mort du roi d’Angleterre.

Un de scs serviteurs le vit, au mesme instant, fort rire et se jouer avec ses dames, estant lors au bal ; par où il concepvoit que la douleur n’estoit si profonde que le dit amiral tesmoingnoit.

FRANÇOIS Ier EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE ? 2Q

De la production de cès divers documents, il résulte donc que si François Ier eut, comme tout concourt à l’établir, la maladie qui a donné lieu à tant d’épigrammes faciles autant que cruelles, il n’a pas succombé à ses suites. Ce serait peut-être le cas de répéter, en le modifiant pour la circonstance, le mot que le roi aurait, dit-on A, prononcé après Pavie : tout est perdu fors 1 honneur... des médecins !

Nous n’aurions pas pardonné à nos ancêtres 1 2 *, connaissant le mal de leur auguste client, de l’avoir laissé mourir d’une affection dont on ne mourait, déjà de son temps, qu’exceptionnellement.

1 Dams nos Légendes et Mots de l'Histoire , nous donnerons la genèse de la plupart de ces mots, plus ou moins lapidaires, le plus •ouvent apocryphes, et qui, s’ils ne sont pas tous fabriqués, du moins sont, la plupart, arrangés après coup.

2 La maison médicale do François Ier était très importante (Gft

Y Union médicale , i863, n05 87 et 88),

E*A STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

Catherine n’est ni une exception, ni un monstre ; c’est une femme, une Italienne du xvic siècle transplantée en terre de France.

Elle ne manqua que de sang-froid ou que de mourir à temps pour être une héroïne Elle demeure en tout cas une très surprenante figure, qu'on jugerait autrement au cas qu’on pût établir rigoureusement la part réflexe du matériel sur le moral, du corps sur l’esprit, du cadre sur l'image,

H. Bouchot.

Catherine cle Médicis, une des personnalités pathologiques les plus curieuses de l’histoire i, un des types les plus complets et les plus instructifs de la dégénérescence partielle, présente tous les contrastes possibles. Ambitieuse jusqu’à la passion 2, d’aucuns

1 Jacobi, Etudes sur la sélection, p. 344.

2 Cf. Niel, Personnages illustres du xvie siecle , ch. sur Catherine de Médicis.

LE CABINET SECUET DE l’iIISTOIRE

ont dit jusqu’au crime V elle sut, néanmoins, se pliant aux circonstances, attendre vingt- cinq longues années dans le silence et l’obscurité.

Quant à la vertu 2, le mot pris dans son sens exclusif, de Catherine de Médicis, il y aurait beaucoup à dire. Une princesse qui traînait avec elle « tout un sérail de coquettes 3 », qui organisait à Chenonceaux

1 Y. dans Poisons et sortilèges , des Drs Cabanes et Nass, le chapitre : Catherine de Médicis fut-elle une empoisonneuse? (t. IT, p. J 6 et suiv.).

2 Voici ce qu’écrit à ce sujet un apologiste de cette reine, auquel nous laissons toute la responsabilité de ses assertions :

« Comme l’opinion accepte trop souvent à la légère de mensongères traditions ou des déclamations passionnées, elle prononce de meme des jugements qui semblent infaillibles, et fait à son gré des réputations de crime ou de vertu. Mais quoique celte maîtresse d’erreur soit comme la reine du monde , à ce que dit Pascal, ses arrêts ne sont pas sans appel, et Thistoire, plus calme et plus équitable, a le droit de les reviser ». Et M. IIüillard Bréiiolles (Essai sur le caractère et Viiifluence de Catherine de Médicis ) ajoute un peu plus loin : « Belle encore, malgré ses quarante ans, Catherine conserva toujours avec l’habit du veuvage les mœurs pures de sa jeunesse. Brantôme, le hâbleur Brantôme, dit qu’elle se plaisait aux joyeux propos, mais il ne lui donne pas un amant.

« Indulgente pour les faiblesses d’autrui, elle dut faire la part à des mœurs qu’elle n’avait ni le temps ni la prétention de corriger. De tous les crimes privés qu’on reproche à sa mémoire, pas un qui soit vraisemblable ; de tous les crimes politiques, pas un qui soit établi sur les faits ou admis par une saine critique. »

3 Mémoires historiques et secrets concernant les amours des rois de France , 1739. On doit dire, à la décharge de Catherine, que l'institution des filles d’honneur attachées à la personne des reines-

LA. STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

un festin, où « les plus belles et les plus honnêtes dames de la cour servirent demi-nues », n’est pas de mœurs si exemplaires A Une femme, dont on a dit qu «elle introduisit l’unisexualité en France», n’est pas déjà si recommandable.

Lorsque Catherine se maria, elle n’avait que 14 ans 2. Elle ne plut pas au Roi, parce quelle

mères était un usage de l’ancienne monarchie, que Catherine de Médicis trouva établi à la Cour de France. S’il est prouvé qu’elio ait corrompu à dessein ces dangereuses et faciles beautés, il faudrait alors faire le meme reproche à Anne d’Autriche, dont les filles d’honneur jouèrent à peu près le même rôle du temps de la Fronde (Huillard-Bréholles, brochure citée).

1 Par son conseil, écrit l’auteur des Mémoires que nous venons de citer, dans la note qui précède, «Henri III viola une jeune princesse promise à un grand Prince qui avoit troublé les Etats de Charles IX et deux mois après l’envoya à son mari, résolu encore de porter sa vengeance plus loin, ce qu’il fit ».

2 « Voilà donc nostre reync, ayant perdu sa mère Madelayne de Bouloigne et Laurens de Médicis son père, duc d’Urbin, en bas âge, mariée après par le bon oncle en nostre France, où clic fut menée par mer à Marseille en grand triumphe, et ses nopces pompeusement faistes, à l’aage de quatorze ans. Elle se fit tellement aimer du roy

LE CABINET SECRET DE l’hïSTOIRE

n’était pas nubile *. Elle ne fut que tardivement réglée 2 : c’est un signe physique qu’il est intéressant de noter pour expliquer la dégénérescence des descendants, Il est vrai qu’elle appartenait à cette famille des Médicis, où la dégénérescence s’était depuis longtemps installée, dans cette famille, où nous

son beau-père, et du roy Henry son mary, que, demeurant dix ans sans produire lignée, il y eust forces personnes qni persuadèrent au roy et à M. le Dauphin son mary de la répudier, car il estoit besoing d’avoir de la lignée en France : jamais ny l’un ny l’autre n’y voulurent consentir, tant ils l’aymoient : aussi dans les dix ans, selon le naturel des femmes de la race de Médicis qui sont tardives à concepvoir; elle commença à produire le petit roy François deuxiesme. » Brantôme, t, VII, p, 34o--342.

1 « Quoique Henri de Valois n’eût que vingt jours de plus que Catherine, le pape exigea que ces deux enfants consommassent le mariage, le jour même de sa célébration, tant il craignit les subterfuges de la politique et les ruses en usage à cette époque. Clément qui, dit l’histoire, voulut avoir des preuves de la consommation, resta trente-quatre jours exprès à Marseille, en espérant que sa jeune parente en offrirait des preuves visibles, car à quatorze ans Catherine était nubile. Ce fut sans doute en interrogeant la nouvelle mariée avant son départ qu’il lui dit pour la consoler ces fameuses paroles attribuées au père de Catherine : « À figlia d’inganno, non manea mai la figlinolanza *. A fille d’esprit jamais la postérité ne manque. ( Essais philosophiques sur Catherine de Médicis, par Balzac, éd. Houssiaux 1874), t. XV.)

2 « Des anomalies assez caractéristiques sont celles qui affectent l’appareil génito urinaire... je me bornerai à signaler la grande fréquence des phimosis, les hypospadias (a), la descente tardive des

(a) Henri II, nous 1 1 verrons plus loin, était précisément atteint de ce vice de conformation.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

voyons alterner des esprits brillants, de hautes intelligences, avec des nullités complètes, de notoires incapacités h

Cette alternance de talent et d’imbécillité, d’énergie et de faiblesse, est décisive aux yeux du médecin aliéniste. Cette particularité, que les personnes étrangères à la médecine considèrent comme toute naturelle, à laquelle elles ne prêtent aucune attention et n’attachent aucune importance, est pour nous un symptôme grave et significatif. Le fait, signalé par Michelet, que Catherine, comme presque tous les membres de sa famille, était « scrofuleuse au suprême degré 2 »,

testicules ; chez la femme, des anomalies diverses, imperforations et cloisonnements du vagin, troubles de la menstruation. » Le meme auteur écrit, à un autre endroit : « Une époque difficile à traverser pour eux est la puberté qui peut être tardive. » Déjerike, L’Hérédité dans les maladies du système nerveux . Thèse d’agrégation, 1886.

1 Jacobi, op. cit.

2 « La nature de sa constitution se révélait dans sa physionomie. Il existe un grand et magnifique médaillon italien, que cette princesse a fait faire d’elle même, lequel donne et met en saillie le trait essentiel, le mufle traditionnel des Médicis, la forte face intelligente, mais bestiale pourtant par une bouche proéminente, qu’offrent leurs plus anciens portraits. Dans l’enfance des Médicis, la bouffissure héréditaire se surenflait d’humeurs mauvaises, trop visiblement héritées des deux grands-pères, François Ier, malade dès seize ans, et Laurent, qui meurt à vingt ans; consumé jusqu’aux os. » Michflet, Histoire des guerres de religion.

D’après la relation des ambassadeurs vénitiens, la reine avait les yeux gros et la lèvre forte, ce qui s’observe souvent chez les stru-

meux.

est de peu d’importance, en regard de ce que nous venons d’établir. Il nous est permis cependant d’en retenir cette tendance exagérée au développement du tissu graisseux, commune chez les lymphatiques et les scrofuleux, mais qui est encore un stigmate de dégénérescence.

On aurait une idée incomplète de la physionomie de Catherine de Médicis, si on s’en rapportait à un portrait unique, comme celui de Mézeray 1 * * 4, par exemple, auquel si souvent on se réfère. Il faut la suivre à des âges différents, pour se faire une opinion moyenne, et recourir surtout aux témoignages contemporains.

L’un d’eux, Jean Micliiel, s’exprime ainsi sur le compte de la reine alors âgée de 42 ans :

« La reine aime fort les commodités de la vie ; elle est désordonnée dans sa manière de vivre et elle mange beaucoup ; mais après cela, elle cherche des remèdes dans les grands exercices corporels. Elle marche, elle monte à cheval, elle ne reste jamais en place. Ce qui est le plus étrange, c’est quelle va même à la chasse. L’année dernière (1560), elle n’a jamais

1 Mézeray (tome I, p. i5o) écrit : « Cette reine était de médiocre hauteur, mais grosse et carrée, elle avait le visage large, la bouche relevée, le teint parfaitement blanc, mais peu vermeil, les yeux doux

mais gros, qui se remuaient avec une grande volubilité, la tete fort

grosse, ne pouvant marcher deux cents par» qu’elle ne l’eût tout en

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

quitté le roi ; elle courait le cerf avec lui, allant, chose incroyable, dans le fourré le plus épais, esquivant les taillis et les rameaux des arbres, ce qui exige beaucoup d’adresse et un grand art du manège. »

Cette passion de la chasse, qu’aucun conseil ne pouvait contraindre, ce besoin ardent de dépense physique faillit lui coûter la vie.

Catherine, alors âgée de 44 ans, venait d’imaginer, depuis peu, afin de mieux montrer sa jambe, qui était fort belle, au dire de Brantôme, de monter à cheval sur une selle particulière à laquelle on donnait le nom de sambue. Cette innovation, que la Cour ne manqua pas d’adopter, quand la reine eut donné l’exemple, fut l’occasion, au début, de nombreuses chutes. Catherine en fit une très grave *, qui nécessita la trépanation du crâne. « On lui fit une petite ouverture au chef — ce sont les expressions mêmes de son fils Charles IX 2 — qui profita tellement qu’au même instant la douleur cessa. »

Ce traumatisme a-t-il pu influer sur le cerveau? Nous devons déclarer que, peu de jours après l’opé-

1 Ce n’était pas la première. En 1 53 7 , elle avait eu un bras « desnoué » : on le sait par le compte meme du renoueur.

L’annce suivante, sa liaquenée s’emporta, la fit se heurter à une cabane, et la projeta violemment à terre. Elle en lut quille pour quelques jours de chambre.

Six ans plus tard, survenait l’accident dont nous faisons mention dans notre texte.

* Alf. Franklin, Les Chirurgiens . Paris, 1898.

tE CÀRINET SECRET DE iAlISTOIRB

ration, la malade en plaisantait gaiement avec une de ses amies, sans y attacher d’importance. Mais ne sait-on pas que les troubles cérébraux, consécutifs à un accident de pareille nature, sont quelquefois tardifs?

Quoi qu’il en soit, la santé de la reine ne paraît pas en avoir été sérieusement ébranlée. L’âge n’altère en rien son teint, qui reste blanc en dépit des ans ; son esprit est toujours fertile en saillies, et, pour employer l’expression d’un ambassadeur, « très fin et vraiment florentin 1 ».

Passé 50 ans, elle est d’une robustesse de constitution qui fait l’admiration de ceux qui l’approchent. Ses imprudences et sa gloutonnerie inquiètent cependant ceux qui ont la charge de veiller sur elle. Elle se rend aux armées sans ménager ni sa santé, ni sa vie ; elle fait tout ce que les hommes seraient obligés de fairev

«La reine a 51 ans le 12 avril, écrit le Vénitien Correro ; elle est très robuste et d’une bonne santé. L'exercice qu’elle fait lui conserve un très bon appétit ; elle mange beaucoup et de toute sorte de choses indifféremment ; ce qui, selon les médecins, est la cause de maladies qui la mettent à deux doigts de la mort. »

Ses maladies se sont, en réalité, réduites à des in-

4 Relation des ambassadeurs vénilicnsy cité par Piton, Un quartier de Paris, p. 355 et suiv.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉD1CIS

dispositions : depuis l’entérite qui a tourmenté son enfance débile, elle a été atteinte d’eczéma, « ses gales », comme elle le nomme, de rhumatismes, de fluxions dentaires, de dérangements d’estomac, de rhumes : rien de grave en un mot1.

N’était le mal contagieux — charbon ou peste? — qu’elle contracte, en allant voir les religieuses de Metz, en 1574, et dont elle guérit vite, du reste; n’était surtout la terrible chute, dont nous avons parlé plus haut, et qui l’avait « marquée sur la nuque, comme les moutons du Berry » 2, elle n’aurait guère jamais rien eu autre chose que des malaises.

A 60 ans, elle était encore très coquette 3 et conservait une certaine fraîcheur du visage, à peine marqué de rides 4. Seule, la lèvre inférieure pendante marquait la dégénérescence, qui se retrouvera dans sa descendance.

1 V. dans la Chronique médicale , n° du i5 mars 1900, Les maladies de Catherine de Médicis, par Henri Bouchot.

2 Les Chasses de François Ier , racontées par Louis de Brézé, Grand Sénéchal de Normandie, précédées de La Chasse sous les Valois , par le Cte H. de la Ferrière. Paris, Aubry, i85g.

3 Nous avons la preuve que Catherine depuis longtemps portait des faux cheveux, puisqu'elle paie en 1 558 : «à une pauvre femme qui amena une fille à la reine pour avoir ses cheveulx, 5 sous ». Un quartier de Paris , par Piton, p. 38o.

4 D’après le secrétaire de Jérôme Lippomano, qui la vit dans les années 1577, 1678 et 1579.

LE CABINET SECRET DE l’hISTOIRB

Maiiée depuis dix ans, Catherine n’avait pas encore d’enfants. Elle n’en espérait plus guère, commençant à professer, pour cet époux qui n’était pas un mari, une indifférence dont elle s’autorisait pour légitimer ses écarts *. Si elle n’avait pas d’héritier, elle pouvait croire que la faute n’en était imputable qu’à elle-même, puisque, à la Cour, grandissait une fillette dont Henri II s’était reconnu le père. On a prétendu, en outre, que le roi était « avarié » et que c’est par là que s’expliquerait la longue stérilité de Catherine.

1 On a cité parmi les amants de Catherine, Jacques de Savoie, duc de Nemours, et Chemerault de Barbesières (Mcry de la Roche}, celui-là meme qui fut envoyé en Pologne annoncer la mort de Henri III* C’est déjà trop pour cette reine que l’on a qualifiée « la chasteté même ». Mais il y a plus : on lui a fait encore grief de ses relations avec le cardinal de Lorraine, François de Vendôme, Jean de Ferrières, vidame de Chartres, Troylus du Mescouet, capitaine et gouverneur de la ville et du château de Morlaix (1571), qui ne seraient rien moins que prouvées. « Si ces accusations eussent été vraies, écrit M. Huillard-Bréholles, ses ennemis n’eussent pas manqué de s’en servir d’une tout autre façon qu'ils ne l’ont fait ». Nous n’avons pas étudié suffisamment la question pour nous prononcer en toute assurance.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS 4

On s’est, d’autre part, efforcé de rattacher la dégénérescence de la race des Valois, dont Henri II fut ur des plus tristes représentants, à une maladie secrète des ascendants. Or, si le père de Catherine de Médicis était mort « consumé jusqu’aux os », sans que l’on puisse positivement affirmer qu’il s’agisse de syphilis 1 ; si François Ier a été réellement atteint du mal vénérien, leurs enfants, étant nés antérieurement, n’avaient pu hériter de la tare morbide de leurs parents. Donc, la stérilité du couple royal, constitué par Henri II et Catherine de Médicis, n’est point imputable à ce que les Français appelaient le mal de Naples et les Italiens le mal Français.

Ce n’est pas qu’Henri II ne se fut pas exposé à contracter une maladie qui se gagne par le contact. Sans être aussi volage que son père, il eut, comme lui, plusieurs maîtresses, mais il s’attacha plus particulièrement à l’une d’elles, cette Diane de Poitiers pour qui François Ier avait eu plus que des bontés. C’était un meuble de famille, une vraie chaise de commodité, selon l’expression de nos pères.

Quand il épousa Catherine de Médicis, Henri II connaissait ses devoirs d’époux, et rien ne prouve qu’il ne les ait pas remplis. La stérilité ne serait donc

1 Le père de Catherine, Laurent de Médicis, aurait été victime d'une maladie honteuse, qu’il avait contractée en France (Niel, Personnages illustres du xvi° siècle , t. I, article Catherine de Médicis ).

LE CABINET SECRET DE l’iIISTOIRE

pas de son fait? Ce serait aller vite en besogne que de conclure aussi prématurément.

Si nous ouvrons Brantôme dont le récit n’est pas toujours sujet à caution, nous y relevons un passage qui mérite de nous arrêter

J’ai ouy faire un conte, écrit le biographe des Dames galantes■, que lorsqu’il (François II) fut ne, il y eut une dame de la Cour qui esloit de bonne compagnie, et disoit bien le mot, qui vint présenter un placct à M. le Dauphin, par lequel elle le prioi t de lui faire donner l’abbaye de Saint-Victor qu’il a voit rendue vacante. Donc il fut fort estonné de tel mot ; mais, d’autant qu’on disoit à la cour qu’il ne tenoit pas tant à Madame la Dauphine comme à Monsieur le Dauphin pourquoyils n’avoient d’enfans, parce qu’on disoit que mondict sieur le Dauphin avoit son faict tort et qui n'esloit pas bien droict dans la matrice , ce qui empeschoit fort de concepvoir ; mais, après que cest enfant fut né, on dict qu’il ne tenoit plus à M. le Dauphin, et qu’il avoit fait dire qu’il n’avoit son vi ... tort : et par ainsy ceste dame aiant expliqué son placct à M. le Dauphin, tout fut tournée en risée, et dict qu’il avoit rendu l’abbaye de Saint-Victor vaccante, fai—

1 Brantôme, Vie des Daines galantes , t. VII.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MED1C1S

saut allusion d’un mot à l'autre, que je laisse imaginer au lecteur sans que j’en face plus ample explication.

Il résulte clairement de ces lignes que le roi était atteint de ce que nous nommons aujourd’hui un hy~ pospadias.

Selon Gore i9 hijpospadias dicitnr, cui glans non recte sed sub carne perforata est. Cette définition nous dispensera d’un commentaire laborieux.

Un grand nombre de médecins anciens ont prétendu que tous ceux qui étaient affectés de ce vice de conformation étaient impropres à la reproduction de l’espèce. Les modernes sont partagés sur ce point. Tandis que Morgagni et Sabatier déclarent que leshypospades sont aptes à la génération, d’autres, tels que Mahon, et de nos jours, Brouardel 1 2, se disent assurés du contraire et citent maints exemples à l’appui. Il

1 Dict. des Sciences médicales , t. XXIII, art. Ily pospadias. Paris,

2 S’il faut s’en rapporter au professeur Brouardel, dont l’autorité en ces matières est grande, « il est maintenant impossible de considérer l’hypospadias, à quelque degré que ce soit, comme une cause formelle d’impuissance ». Le maître cite, à l’appui de son opinion, deux ou trois cas, où la faculté procréatrice de l'hypospade est mise hors de conteste, car ies enfants qui sont résultés des relations de ces « malformés » avec leurs femmes étaient atteints du même vice de conformation que leurs pères. « La transmission héréditaire du vice de conformation met hors de cloute la paternité et exclut toute idée de collaboration. » P. Brouardel, Le Mariage. Paris, J, B. Baillière et fils, 1900*

LE CABINET SECBET DE l’hISTOIRE

semble que les uns et les autres ayant de bons arguments à nous offrir, il soit malaisé de se prononcer. Tout ce qu’on en peut conclure, c’est qu’il est des cas où cette anomalie a bien les conséquences que certains lui ont attribuées, mais qu’il en est d’autres où elle ne gêne en rien la conception. On ne saurait toutefois déterminer à l’avance, en examinant le sujet, s’il rentre dans l’une ou l’autre de ces deux catégories.

L’hypospadias n’étant pas douloureux, ne causant aucune incommodité, il est souvent difficile de décider celui qui en est affligé à se soumettre à une opération. Il n’est donc pas probable que, dans le cas qui nous occupe, l’intéressé, c’est-à-dire Henri II, ait demandé à son médecin de le., redresser i.

La version la plus répandue est que le roi, désespérant d’avoir des enfants, le conseil lui fut donné d’essayer si, pour la période pendant laquelle, comme

1 D’ailleurs, Henri II pouvait se croire un bon générateur, puisqu’on lui attribuait en 1 538 la paternité d’une fille qu’il avait eue — nous l’avons dit plus haut — d’une demoiselle Philippine Duc, sœur d’un écuyer du Dauphin.

Cette fille était Piémontaise. Henri fit sa connaissance lorsqu’en 1587, il suivit le roi son père dans son expédition du Piémont. Après ses couches, Philippine Duc prit le voile Sa fille fut nommée Diane et légitimée. Son père putatif, Henri II, lui fit épouser Horace Farnèse, duc de Castro, après la mort duquel elle se remaria avec François, duc de Montmorency, pair de France. Elle mourut âgée de 80 ans, le 11 janvier 1619.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

dit Michelet, « la femme est en instance de folie », la reine ne pourrait pas être fécondée. Le conseil aurait été suivi, et il en serait résulté... François II! On ajoute que c’est de Fernel '.qui avait succédé à Louis de Bourges, dans la charge de premier médecin du roi, que Henri II avait pris avis dans la circonstance.

Bon nombre d’écrivains ont parlé de celle cure, devenue retentissante à cause de la qualité des personnages, comme d’un fait avéré et qui ne doit être soumis à contestation. Or, chose singulière, on ne la trouve signalée chez aucun des contemporains de cet événement, qui aurait pourtant dû laire quelque bruit.

1 Fernel n’a pas eu le mérite, si c’en est un, d’avoir trouvé que les femmes étaient plus aptes à concevoir à ce moment-là ; Hippocrate, Aristote, Galien, Avicenne, Pierre de Abano, François de Piémont, etc., professaient la meme opinion.

C’est dans son premier ouvrage, publié en i542 et dédié à Henri, alors Dauphin, que Fernel fit connaître son sentiment sur la question. Plus tard, après que Catherine fut devenue enceinte, il laissa subsister le passage, mais sans le faire suivre d'aucune réflexion, ce qu’il n’eut pas manqué de faire, s’il eût donné à la reine le conseil que l’on dit.

Le premier biographe de Fernel *, Plancy, dont le livre parut pour la première fois en 1607, n’y fait pas la moindre allusion. Il dit seulement que Fernel fut appelé à la Cour par un ordre presque royal, quasi edicto regio , pour une femme de qualité, nobilissimae mulieri, pour qui Henri avait une très grande affection, Henrico cui ilia charissima erat.

S’il s’était agi de la reine, ainsi que l’a judicieusement fait observer Goulin 1 2 3, il se serait exprimé plus naturellement et aurait mis reginæ. De plus, il n’aurait pas employé les mots quasi royal. Ne s’agissait-il pas plutôt du dauphin Henri, le futur Henri II, qui manda Fernel pour soigner Diane de Poitiers, alors sa maîtresse en titre (1544), dans le même temps où François Ie1’ était du « dernier bien » avec la duchesse d’Etampes ?

Si, au contraire, les talents de Fernel avaient réussi à ramener la fécondité dans le ménage royal, nul doute que ce praticien eût consigné ce détail important, que n’aurait pas manqué de nous conserver son historien Plancy : n’oublions pas que ce dernier n’avait que 29 ans lorsque naquit François II, premier fruit du mariage

1 Cf. Dictionnaire de Bayle, article Fernel ; Piron, L’Evaireman delai peste , p, 86-87; Scipion Düpleix, Histoire générale de .France, t. III, etc.

2 Mémoires littéraires , critiques , philologiques. , etc., pour servir à

Vhistoire ancienne et moderne de la médecine, année 1775, p. 800 et suivantes.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

de Catherine et d’Henri et que, personnellement, il avait pu entendre parler des succès de son maître, qu’il n’avait aucune raison de taire.

Brantôme h qui naquit vers 1527, n’avait que 17 ans, lorsque la dauphine donna un fils au dauphin ; c’est cependant un âge où l'on commence à ne plus être indifférent à ce qui se passe autour de soi, surtout quand on a le naturel curieux du sire de Bourdeilles. Plus tard, quand il fut gentilhomme de la chambre des rois Charles IX et Henri III, et chambellan du duc d’Alençon, Brantôme fut à même de s'instruire sur bien des choses et ce point, si délicat soit-il, n’aurait pas échappé à ses indiscrètes investigations.

L’Estoile, qui commença à écrire son journal dès 1569 — et il pouvait tout se permettre, ce journal n’étant pas, dans son esprit, destiné à la publicité — ne dit mot de l’aventure dont Feriiel aurait été le héros. Et cependant il aurait eu occasion de le rappeler, en parlant de la mort de ce Charles de Gondy, « fils d’un banquier florentin de Lyon, dont la femme avait

1 Brantôme, qui est d'un génie sans pareil pour appuyer ses flatteries de courtisan, trouve charmant d’attribuer un tel retard à des dispositions naturelles aux femmes de la maison de Médicis, assurant qu’elles furent toutes tardives à concevoir : « Aussi, dit-il, dans les dix. ans elle commença à. produire le petit roi François deuxième. » Cf. Les Princes de l'Europe au xvi 'siccle, par Arm. Baschet, p, 470.

aidé à la reine, qui avait demeuré dix ans sans avoir lignée, à faire les dits enfants... »

De quels remèdes mystérieux l, de quelles mixtures alambiquées s’était servie cette matrone, c’est ce quel’Estoilea négligé de nous apprendre et c’est d’autant plus fâcheux que nous aurions pu connaître de la sorte le mot de l’énigme qui nous tourmente.

Scaliger, qui naquit en 1540, de Thou, qui vint au monde vers 1553, ne font aucune mention de l’anecdote si souvent rapportée après eux. Ce n’est qu’au commencement du xvne siècle que des historiens 2, se faisant l’écho d’un bruit populaire, qu’ils ne prennent pas la peine de contrôler, rapportent à Fernel l’honneur d’avoir fait cesser la stérilité de la reine.

Louis Dorléans, « ce fameux ligueur, qui eut le bonheur d’échapper au châtiment qu’il s’était attiré par ses invectives réitérées contre le roi » 3, reprit la fable imaginée par ses devanciers, et dans un livre qui porte le singulier titre de Plante humaine , dit expressément :

Henri II ne pouvant avoir d’enfants, fit appeler plusieurs

1 Catherine quêtait de tout le monde des conseils, pour faire cesser un état qui l’affligeait. Aux sorciers, aux matrones elle demandait des prières mystérieuses, des remèdes. On sait, d’ailleurs, combien elle fut toujours superstitieuse.

2 Scévole de Sainte-Marthe, Castcllanus, médecin à Anvers, etc

3 G ou lin, op. cit.

tÀ STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDIClâ

.médecins habiles de la Faculté de médecine de Paris, qui refusèrent de donner leur secours ; l’on proposa Fernel ; le Roi le fit venir, et lui demanda en riant, en présence de la Reine, s’il pouvait bien faire des enfants à la reine. Fernel répondit que c’était à Dieu à les donner, à Sa Majesté a les faire, et à lui d’ enseigner les préceptes de l’art, par lesquels on pouvait y parvenir. Quelque temps après, la Reine devint grosse, et s’en étant aperçue, elle lui envoya dix mille écus ; et quand elle accoucha, autant, avec un buffet d’argent ; elle en faisoit autant chaque couche.

Nous verrons que ce dernier détail n’avait été inventé que pour donner un air de vérité au fait luimême, selon toute apparence controuvé.

Sur la foi de l’auteur que nous venons de citer, le bibliothécaire de Mazarin, Gabriel Naudé, chargé de prononcer un discours à la séance solennelle de la Faculté de médecine, en 1628, adopta le récit de Louis Dorléans, avec cette modification que c’était le roi, et non la reine, qui aurait gratifié Fernel des dix mille écus.

L’historien Mézeray, qui parle d’ailleurs de Fernel avec éloge en d’autres occasions, se contente de faire la rémarque que François II « avoit été dès sa naissance de complexion malsaine, étant le premier enfant d’une mère qui avait eu ses purgations bien tard ».

Varillas, qu’on a souvent invoqué à ce propos, loin

1e cabinet secret de L' HISTOIRE

d’être affirmatif sur le résultat de l’intervention de Fernel, dit seulement ceci :

Le peuple etoit persuadé — c’est un on-dit qu’il recueille — que la reine mère, après dix ans de stérilité, n’avoit conçu le roi que parce que le premier médecin Fernel avoit conseillé à Henri II de coucher avec elle pendant ses ordinaires et que les personnes engendrées de la sorte étoient sujettes à cette honteuse maladie (la lèpre).

Cependant le même Varillas, dans son histoire de François Ier, a été plus loin, mais il ne s’est nullement embarrassé d’apporter des preuves, pour étayer ses affirmations*

Le médecin Fernel, écrit il, après avoir observé le tempérament de la Dauphine, s’était mis en tête de remédier à son indisposition et, soit que les médicaments qu’il ordonna eussent opéré, ou que son secret n’eut consisté qu’à révéler au Dauphin les moment bans, lesquels sa femme était plus capable de concevoir, la Cour s’était aperçu quelques mois après que la Dauphine était grosse

Varillas avertit qu’il a tiré ce qui précède d’une dissertation latine, présentée au roi sur ce sujet, sans la faire connaître plus expressément h

Da s un livre, dont il a paru des éditions jusque de

1 Goi/iAft, p. 3371

Là stérilité de Catherine de médicis 5i

nos jours, un médecin de la Rochelle, Nicolas Venelle s attribue, le premier, la stérilité de la reine i\ un vice de conformation qui aurait existé chez... Catherine de Médicis !

Celle maladie, écrit-il J, la tortuosité du canal vaginal, n'est pas toujours incurable ; et les femmes, que nous pensons bien souvent ne pouvoir être guéries, ne sont intraitables que par leur pudeur ou par notre ignorance.

Tous les médecins de France ne purent autrefois guérir une des plus grandes princesses du monde qui était incommodée de ce défaut : il n’y eut que Fernel, qui assura un roi des plus glorieux de son temps de la guérison de la reine. Après avoir donc connu exactement la cause de sa stérilité, il pria le roi de coucher avec elle lorsque le conduit clc la pu« deur serait humecté et élargi par les règles qui seraient sur le point de cesser. Go qui réussit si bien, qu'a près dix ans de stérilité, la reine donna à cet invincible monarque cinq ou six enfants, qui valurent dix mille écus chacun à ce savant médecin.

Après Venette et sans le citer, le chirurgien Dionis reprend la thèse de son confrère de la Rochelle. Dans son Traité sur les accouchements, publié en 1718, Dionis s’exprime de la sorte 1 2 (nous demandons pardon aux lecteurs de la crudité des termes; qu’ils n’ou-

1 De la génération de V homme, ou tableau de V amour conjugal , édition de 1696, p. 72.

52 LE CABÎNEÎ SECRET DE l’hISTOIRE

blient pas que c’est d’un livre de médecine que nous extrayons le passage) :

Henri II fut plusieurs années marié avec Catherine de Médicis sans avoir des enfants 4. Le r-oi consulta Fernel, son premier médecin, qui, après avoir examiné d’où venait le défaut, lui enseigna la posture dont il devoit se servir en caressant la reine, qui en eut sept tout de suite.

« En présence de tant de versions contradictoires, conclut le docte Goulin qui les a groupées, il est permis d’exprimer tout au moins des doutes sur le fond même d’une histoire qui a toute apparence d’être apocryphe. Quand on considère que le fait n’est point rapporté par des auteurs contemporains, qui avaient occasion d’en parler ; que presque tous varient dans

1 Cette stérilité désola longtemps la Dauphine, et, au dire même des ambassadeurs, il n’était breuvage ni médecine qu’elle ne prît pour devenir féconde.

« La sérénissime Dauphine (dit le Vénitien Matteo Dandolo, à la Cour vers i54o) est d’une bonne complexion, sauf pour ce qui regarde les qualités physiques propres à en faire une femme à enfants ( donna da jiglioli) ; non seulement elle ri’en a point fait encore, mais je doute qu’elle soit jamais pour en avoir, bien qu’elle ne manque point d’avalér ( dipigliare per bocca ) toutes les médecines capables d’aider à la génération. D’où je conclus qu’elle court grand risque d’augmenter son infirmité plutôt que d’y porter remède. Elle est aimée et chérie du Dauphin son mari, al maggior segno ; Sa Majesté ’afïectionne aussi, et de même la cour et le peuple, à ce point d’ailleurs que j’estime n’y avoir personne qui ne voulut se laisser tirer du sang pour lui faire avoir un fils ». Mallco Dandolo, Relazione délia Corte di Francia , i542, Raccolta Alberi, série I, t. IV, p. 47 4 8.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

les circonstances principales ; que, suivant l’un, ce fut en procurant à la dauphine l’écoulement des règles ; suivant un autre, que c’était en indiquant le moment le plus propre à la conception ; suivant celui-ci, en enseignant une position convenable ; quand on fait attention que, dans le temps de Pierre de l’Estoile, cette heureuse fécondité était attribuée aux soins ou à l’art d’une femme italienne ; que la plupart semblent parler de la stérilité de Catherine, lorsqu’elle était reine, bien que ce fût étant dauphine ; que celuici met dans la bouche de Henri, en s’adressant à Fernel, un discours que les circonstances ne comportaient point ; que celui-là, sans aucune autorité, représente Catherine comme rappelant sans cesse le service qu’elle a reçu de Fernel ; quand on en voit un autre débiter avec assurance que, sans Fernel, la race des Valois allait être éteinte, tandis qu’alors on ne pouvait avoir cette crainte, puisque François Ier avait un autre fils, Charles, duc d’Orléans, mort d’une pleurésie en 1545, âgé de 23 ans, et sans avoir été marié ; qu’un autre avance au contraire que le crédit dont a joui Fernel vient de ce qu’il a facilité l’accouchement de la reine ; quand, dis-je, on réfléchit sur tant de récits opposés, quel homme raisonnable pourrait en adopter aucun et croire encore aujourd'hui (ce quii n’est rien moins que probable, bien loin d’être constant et démontré) que Fernel ait fait cesser la stérilité ■ de Catherine de Médicist »

Ces conclusions nous paraissent inattaquables au point de vue de la logique et nous ne saurions mieux faii'e que de nous y rallier \

1 Depuis la publication de ces lignes, notre ami M. Félix Chambon, bibliothécaire à la Sorbonne, dont les avis nous ont été si souvent utiles, a bien voulu nous signaler un passage, peu connu, de Balzac, que nous reproduisons ci-dessons, à titre de curiosité, mais qui n’est pas de nature à modifier notre opinion :

a Les plus étranges conjectures ont été faites sur la stérilité de Catherine qui dura dix ans. Peu de personnes savent aujourd’hui que plusieurs traités de médecine contiennent relativement à celle particularité des suppositions tellement indécentes qu’elles ne peuvent plus être racontées. On peut d’ailleurs lire Bayle à l’article Fernel. Ceci donne la mesure des étranges calomnies qui pèsent encore sur cette reine dont toutes les actions ont été travesties. La faute de sa stérilité venait uniquement de Henri II. Il eût suffi de remarquer que par un lemps où nul prince ne se gênait pour avoir des bâtards, Diane de Poitiers, beaucoup plus favorisée que la femme légitime, n’eut pas d’enfants. 11 n'y a rien de plus connu en médecine chirurgicale que le défaut de conformation d’Henri II, expliqué d’ailleurs par la plaisanterie des dames de la cour, qui pouvaient le faire abbé de Saint-Victor dans un temps où la langue française avait les mêmes privilèges que la langue latine. Dès que le prince se fut soumis à l’opération, Catherine eut onze grossesses et dix enfants. H est heureux pour ia France cjue Henri H ait tardé. S’il avait eu des enfants de Diane, la politique se serait étrangement compliquée. Quand celte opération se fit, la duchesse de Valenlinois était arrivée à la seconde jeunesse des femmes.' Cette seule remarque prouve que l’histoire de Catherine de Médicis est à faire en entier et que, selon un mot très profond de Napoléon, l'histoire de France doit n’avoir qu’un volume ou en avoir mille. >» Etudes philosophiques sur Catherine de Médicis , par Balzac, édition Houssiaux (1874)* L XV des Œuvres cor 0 lé les } p, 487*488.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MKDICIS

L’anecdote du don de dix mille écus, qu’aurait touché Fernel après chaque couche de Catherine de Médicis, n’est pas plus vraisemblable; nous pouvons même dire qu’elle est fausse de tous points, ainsi que le prouve le document péremptoire suivant, provenant de la source même où nous avons puisé les éléments de l’argumentation ci-dessus.

Ce que nous allons produire est la copie d’une ordonnance de Henri II en faveur de Fernel, dont l’original existait jadis dans le cabinet de Saint-Mar tindes-Champs, à Paris (N° 390, 3e liasse) :

Extrait d’un roole de plusieurs partis et sommes de deniers que le Roi a commandé estre payées par maître Raoul Moreau, thrésorier de son épargne , aux personnes pour les causes contenues au dit roole.

Au recto est écrit ce qui suit :

A maître Jehan Fernel, conseiller et médecin ordinaire dudit Seigneur, la somme de deux mille trois cents livres tournois, dont le dit Seigneur lui a fait don, en faveur des bons et agréables services qu'il lui a ci-devant et de long-temps faits en son dit état, fait et continue chacun jour, et espère ledit Seigneur qu’il fera ci après ; meme pour le faire ressentir du soin et vigilance qu’il a eu au traitement de la Royne pendant la maladie quelle a eue à sa dernière couche , ayant , durant ledit temps esté et demeuré çQntinuvllement près de sa personne

et ce outre et par dessus ses gaiges, et les autres dons et bienfaits qu’il a eus d’icelui Seigneur l.

Il ressort, sans réplique, de cette pièce, que Fernel reçut pour son intervention (c’était la 9e couche de la reine ; ce fut aussi la dernière), une somme bien inférieure à celle que l’on a toujours prétendu qu’il avait touchée, somme, du reste, considérable et tout à fait hors de proportion avec le service rendu.

Que ce soit grâce aux conseils de Fernel ou par tout autre moyen, Catherine de Médicis cessa d’être stérile après neuf ans de mariage.

Elle donna successivement le jour à dix enfants :

François II, mort à 16 ans, comme nous l’avons établi ailleurs 2, d’une affection tuberculeuse de l’oreille 3;

4 La suite, que l’on peut retrouver dans les Mémoires littéraires, etc., pour servir à l'histoire de la médecine , p. 34i, ne se rapportant pas directement à notre sujet, nous la passons sous silence.

2 V. nos Morts mystérieuses de Vhistoire.

3 « Bel enfant d’apparence, il hérite, en sa personne lymphatique et névrosée, de toutes les humeurs, de toutes les faiblesses originelles prises aux Médicis, au roi son grand-père, au Dauphin,

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS 57

Elisabeth, née le 2 avril 1545, qui épousera Philippe II, roi d’Espagne, dont la descendance (deux filles) sera marquée de la tare névropathique ;

Claude l, née comme sa sœur, à Fontainebleau, le 12 novembre 1547, et qui s’unira à Charles II, duc de Lorraine, dont ehe eut trois fils et quatre tilles (cinq de ces enfants moururent sans postérité) ;

Louis, né le 3 février 1549, mort au berceau;

Charles-Maximilien 2, le futur Charles IX, né le

son père. De ce qu’il s’est jeté goulûment sur le sein de sa nourrice Claude Gobelin, on le juge parti pour un long voyage, sauf que peut-être Fcrnel ou Chrétien, médecins de la reine, trouvent à ce nez serré d’en haut, à ces boursouflures du visage, quelque méchant présage. » Bouchot, art. précité. (Cf. La Mort de François II, par le Dr Potiquet).

1 Catherine montre beaucoup de sollicitude à l’égard de sa fille Claude. A la suite d’un accident, les médecins lui ont prescrit un corps (un corset baleiné). Catherine envoie aussitôt le tailleur « qui fait les corps des filles de Mmela connestable pour luy en faire ». Elle mande à la gouvernante de lui donner souvent des nouvelles de sa fille (V. le t. I des Lellres de Catherine de Médicis , édition H. de la Ferrière, dans la collection des Documents inédits de l’Histoire de France).

2 Le 25 mai i55i, Catherine écrit à Mme de Humyères de bien s’assurer que la nourrice de son fils Charles-Maximilien soit « bonne nourrice ». Qu’elle soit ce honneste et bien conditionnée », c’est de peu d'importance. La prudence et la sagesse ne donnent pas un meilleur lait. Qu’on la change si l’enfant en souffre.

Ce sont les mêmes recommandations que le roi fait de son côté à Mme d’IIumyères :• « Surtout, dit Henri II, qu’elle ait nourri plus d’un enfant et que son lait soit bon et assuré ».

La maîtresse royale s’en mêle à son tour : « On dit que le lait

27 juin 1550, halluciné, cruel, demi-aliéné, qui succombe à 24 ans et comme son aîné François II, meurt de tuberculose. Charles IX n’eut qu’une fille, morte en bas âge (nous ne parlons pas des bâtards) ;

Edouard-Alexandre, né le 20 septembre 1551, le futur Henri III, le plus dépravé, mais aussi le plus intelligent des derniers Valois, dont le poignard d’un assassin précipita la mort, à l’âge de 38 ans ; ses excès ne pouvaient le mener bien au-delà de ce terme 1. (Nous aurons occasion d’éludier les aberrations sexuelles de ce roi, dans nos Fous de l’Histoire 2.) Henri III n’a pas laissé d’enfants ;

Marguerite, née le 14 mai 1553, qui sera Marguerite de Valois, incestueuse 3, mais à l’esprit très brillant. Morte également sans enfants

François-Hercule, duc d’Alençon, dont la nais-

n’cst bon et que colla luy donne des émotions, parciuoy ii me semble que vous fériés bien d’yadviser ». Catherine, toujours préoccupée de la santé de son fils, envoie son médecin auprès de l’enfant « pour ne bouger de là jusqués à ce que l’on ayt trouvé une nourrisse » ; et dans un post-scriptum, écrit tout entier de sa main, elle fait sonner haut qu’elle se fâchera, si on l’oblige à rappeler encore ce qui leur tient tant à-cœur, à elle, au Roi, et à la favorite! Elle n’est tranquille que quand la nourrice est enfin changée.

1 Son médecin Miron disait qu’il mourrait bientôt fou.

s En préparation.

3 Nous reviendrons sur cette question controversée, et la discuterons avec tout le sérieux qu’elle comporte.

LA STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

sance est du 18 mars 1554. Lâche et perfide, il eut, croit-on, des rapports incestueux avec sa sœur Marguerite et voulut un jour étrangler sa mère. Mort sans alliance, âgé de 30 ans;

Victoire et Jeanne, nées le 24 juin 1556, à Fontainebleau, mortes en bas âge.

Michelet prétend que c’est la maladie, à laquelle on veut que François Pr ait succombé \ qui nous délivra des Valois. Inutile d’aller chercher si loin. Les Valois ont subi cette loi fatale et implacable de la dégénérescence, qui fait l’homme victime de son évolution. Ils ont disparu, accablés sous le poids de leur hérédité, non pas de l’hérédité syphilitique, mais de l’hérédité nerveuse et psychopathique, grandie et accumulée en eux par tous leurs ancêtres 2.

1 Nous avons èssayé de démontrer, dans le précédent chapitre, que si François Ier fut atteint de syphilis, ce n’est pas, en tout cas, à cette affection qu’il a succombé.

2 Cf. Psychologie des derniers Valois , par le Dr Dusolier. Lyoiîf i8q5. Thèse (de doctorat en médecine).

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