HENRI IV
UNE GALANTERIE ' DU VERT-GALANT
N’est-ce pas Bayle qui a dit, parlant de Henri IV, qu’il aurait été un héros accompli, s’il eût été réduit au sort d’ürigène et d’Abailard ?
Il est certain que la passion des femmes 2 posséda
1 Au xYuie siècle, on appelait ainsi les maladies contractées à la suite de rapports galants.
2 Un distique latin, dont nous avons donné ailleurs (Les Curiosités cle la médecine , Paris, Maloine, 1900, p. 149) la paraphrase, signifie qu’au nez on juge de la capacité génitale de l’individu. Or, Henri IV était des mieux pourvus sous ce rapport. Les portraitistes officiels, qui flattent toujours lçur modèle, ont représenté le roi avec un nez busqué, mais de dimensions honnêtes. En réalité, il l’avait très grand et assez gros ; de plus, il était remarquable par une verrue ( cicer ) à l’angle inférieur de la narine droite. On peut, à cet égard, comparer les deux portraits que nous reproduisons : l’un de pure convention ou tout au moins considérablement flatté ; l’autre, qui nous semble bien plus conforme à la réalité, celui d’Hendrik Goltzius, peintre et graveur, né à Mulbracht en i558, mort à Haarlom le 25 décembre 1616. Champfleury l’a donné dans son Histoire de la Caricature sous la Réforme , p. i33,et aussi l'Imagerie d’Art, recueil
LE CÀBIiNET SECRET DE l’iIISIOIUE
« notre bon roi » à ce point qu’il n’a pas trouvé grâce même devant un historien qui a d’ordinaire des trésors d’indulgence pour les peccadilles des souverains. «Henri IV, écrit le pèreLoriquet i, eut une passion effrénée pour le jeu et pour les femmes. O11 ne peut excuser la première, parce qu’elle fit naître quantité de brelans ; et encore moins la seconde, parce que les liaisons de Henri IV furent tout à fait publiques et scandaleuses. »
Le mari de la « grosse Margot 2 » aima en tant de lieux — de mauvais lieux — qu’on l’avait surnommé le chevalier banal de France 3. Disons de suite à sa décharge que sa peu vertueuse épouse ne le lui
illustré d’instruction populaire, édité par h. Librairie de l’Art (Cf. la Revue des autographes, de Mme- Ve Charavay, avril 1901, n° 102)*
1 Hist. de France , t. Il, p. 26.
2 « Apres que le roi Charles IX eut fait la Saint-Barthélemy, il disait en riant et en jurant Dieu à sa manière accoutumée, et avec des paroles que la pudeur oblige de taire, que sa grosse Margot , en se mariant, avait pris tous ses rebelles huguenots à la pipée ». Journal de VEstoile. On prétend que Marguerite de Navarre, première femme de Henri IV, commença ses querelles avec son époux, parce qu’elle s’obstinait à coucher masquée. C’était la coutume, en ce temps-la, que les dames portassent des espèces de masques, des «loups», qui les garantissaient des injures de l’air. Diane de Poitiers, dont Brantôme vantait la beauté incomparable, à l’âge de 70 ans, suivait toujours les chasses de la cour avec un loup sur le visage et 11e sortait jamais autrement que masquée (Cf. Variétés littéraires, etc., par de Saint-Olive. Lyon, vers 1860, p. 91).
8 Mémoires historiques et secrets concernant les amours des rois de
ÜNE GALANTERIE D[J VERT-GAEANT 63
cédait en rien sur ce chapitre : sa couche était non moins hospitalière que le lit de son royal époux l.
On a eu la plaisante idée 2 de dresser la liste des maîtresses de Henri IV ; leur nombre ne s’élève pas à moins de 56, et encore a-t-on négligé les passades : elles étaient trop ! La statistique galante du plus galant de nos rois ne nous tente pas outre mesure ; nous ne voulons ici marquer que quelques traits de la vie de ce monarque, qui n’était pas un héros qu’à la guerre.
S’il est une réputation que Henri IV n’a pas usurpée, c’est celle d’avoir aimé ses sujets, ou plutôt ses sujettes, à quelque rang qu’elles appartinssent : entre femmes du commun et dames de qualité, il ne fai» sait point de différence. Il les abandonnait, du reste,
France. A Paris, M. DGG. XXXIX. a On ferait un calendrier avec le nom de toutes les saintes que fêta ce dévot de la beauté. » Les Cotillons célébrés , t. I, p. 22Z (Paris, Dentu, 1861).
1 Cf Ce que vaut le meilleur des rois, par A. Sanejouand, p. i4i 5 , et la notice mise, par M. L. Lalanne, en tète de son édition des Mémoires de Marguerite de Valois. Paris, Jannet, M.DCCC.LVIIL
2 De Lescure, Les amours de Henri IV ; Le Livre , 10 janvier 1 885 ; A. Sanejoüand, Ce que vaut le meilleur des t'ois ; De la
avec la même désinvolture, qu’elles fussent duchesses ou roturières l. La tille d’un jardinier du château de Nérac, qui portait le doux nom de Fleurette , avait eu l’heur de plaire au roi de Navarre ; la légende 2 veut que, son caprice satisfait, le roi ait abandonné celle qu’il avait détournée et qui, de désespoir, se serait noyée 3.
Plage, Pièces intéressantes, etc., t. V, p. 21g et suiv.; Roederer, Conséquences du système de Cour établi sous François Ier , p. 179 et suiv.
1 cc Henri IV disoit bien que si Ton pouvoit obtenir une femme par souhait, il voudroit en avoir une qui eût beauté en la personne, pudicité en la vie, complaisance en l’humeur, habileté en l’esprit, fécondité en génération, éminence en extraction, et grands Etats en possession ; je crois, mon ami (disoit-il à M. de Sully)., que celte femme est morte, voire peut-être n’est pas encore née, et n’est pas prête à naître : vous savez qu’il fit ensuite le portrait des princesses, de FEurope, et c’est là où il dit ce plaisant mot de sa nièce de Guise, qui aimoit bien autant les poulets en papier qu’en fricassée, et où il dit tant de mal de la maison de Médicis dont il prit pourtant la fille...» Journal de Mathieu Marais , édition de M. de Lescüre, t. III, p. 326.
2 Cette légende a rencontré, il est vrai, des contradicteurs. La prétendue abandonnée aurait encore vécu trente-sept ans après son abandon (V. l’opuscule cité à la note suivante).
3 Catherine Duluc, fille d’un médecin d’Agen, après avoir longtemps résisté au Béarnais, avait fini par lui céder. On raconte que, maltraitée par ses parents, honteuse de sa faute et accablée de remords, la pauvre enfant se laissa mourir de faim. Une autre jeune fille, Anne de Cambefort, qu’Ilenri avait inutilement poursuivie, se trouvant un jour dans un bal où le prince s’était rendu, dut, pour échapper à ses obsessions, s’élancer par une fenêtre : elle en garda une claudication des plus disgracieuses pour le reste de ses jour».
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C’est ensuite la fille d’un président de Calais, la Rebours , que le roi aime sous les yeux de sa femme 1 — nous allons voir que c’était chez lui passé à l’état d’habitude — . La Rebours tombe malade et ne peut plus servir aux plaisirs de son auguste amant ; elle est délaissée sans autre explication.
Une dame Martine , qu’il avait débauchée à la Rochelle, et dont il. avait eu un enfant, subit le même sort. Il avait, du reste, un grand nombre de bâtards 2, mais il n’en voulut reconnaître que fort peu, a la honte, disait-il, d’en avoir trop, l’empêchant de se déclarer le père des autres » 3.
Une craignit pas de s’attaquer même aux abbesses ! On sait que, pendant le siège de Paris, il s’éprit follement de l’abbesse de Montmartre. A son exemple, ceux qui commandaient sous lui « cajolèrent la plupart des religieuses avec tant de scandale — nous citons, sans rien changer au texte emprunté — qu’ôn nommait l’Abbaye, tantôt le Magazin des Engins de l’Armée, tantôt le Magazin des V.. de l’Armée ». On est allé jusqu’à prétendre qu’au « siège de Pontoise,
(Cf. Un Amour d'Henri IV : Capchicot , légende et histoire , par Jules Andrieu. Paris et Agen, i885.)
1 V. les Mémoires de Marguerite de Valois , éd. Jannet-Daflis (i858), p. i58 et suiv.
2 II en eut un notamment d’une charbonnière, dont il anoblit la descendance (V. la brochure de M. Andrieu, précitée, : Un Amour d’Henri IV; Capchicot).
3 Mémoires historiques et secrets , loc. cit.
LE CABINET SECRET DE l’hISTOIRE
ses ofiiciers donnèrent le mal de Naples à huit l'eligieuses de Maubuisson, et lui, aussi bien qu’eux, en exposèrent cinq b »
Voilà la légende du bon roi Henry légèrement entamée, mais nous ne sommes pas au bout de notre réquisitoire. S’il n’eut pas son Pare-aux-Cerfs, comme l’eut plus tard Louis XV, on n’en fît pas moins pour son compte la U'aite des blanches. Ses pourvoyeurs et entremetteuses occupaient les plus hautes dignités, le premier rang même, peut-on dire, s’il est vrai que la reine Catherine de Médicis lui ait prodigué ellemême ses bons offices. Peu après son mariage avec Marguerite de Valois 1 2, Catherine, pour l’agrément du Béarnais, mais surtout dans l’intérêt de sa politique à elle, lui aurait procuré trois de ses demoiselles d’honneur. C’était montrer plus de complaisance que certain gentilhomme de notre connaissance, le sire d’Aubigné, l’auteur des hardis Mémoires que l’on sait. En 1576, le roi avait jeté ses vues sur une
1 Mémoires, etc., p. 126.
2 « Dès les premiers jours de leur union, écrit le plus récent biographe de La Reine Margot , M. Ch. Meiuli, il délaissa sa femme, ne craignit jamais de la prendre pour confidente de ses galanteries, l’y mêla bientôt et lui en fit supporter les traverses. Elle ne l’aimait pas, dit-on, le trouvait sale, et d’Àubigné lui-même rapporté qu’il était rongé par des maladies vénériennes, pouilleux et pis encore (Gf. le passage dans la Confession de Sancy , cap. v, p. 34a, édit, de Cologne, et 1 historiette de Henri IV dans Talleaiant dus
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demoiselle Tignonville. Il fit appel à l’amitié de d’Aubigné pour le servir en la circonstance. Celui-ci se refusa énergiquement à lui prêter son aide.
Je ne voulus jamais en cela, écrit-il, complaire à mon maître, quoi qu’il me fit d’infinies caresses et promesses pour m’y engager, jusqu’à se mettre à genoux devant moi, les mains jointes, afin de m’exciter à avoir celle complaisance pour lui.
Cette tactique ne lui ayant pas réussi, le roi eut recours aux menaces et aux petites persécutions.
Plus je témoignais de répugnance à favoriser les amours du roi de Navarre, poursuit d’Aubigné, plus le prince s’opiniâtrait à vouloir que je le fisse. Enfin, comme c’était le plus rusé et le plus madré prince qu’il y eût au monde, il n’y eut sortes de malices qu’il ne mit en usage pour, en me suscitant de mauvaises affaires, me forcer à devenir son confident ; jusque-là, qu’il se mit à me retrancher de mes appointements et à prendre plaisir à gâter mes habits pour me mettre en dépenses afin que la nécessité me rendit plus complaisant.
D’Aubigné se plaint à tort. Il en fut de plus mal partagés que lui* témoin ce duc de Bellegarde, qui s’était avisé de marcher sur les brisées de son maître, après lui avoir le premier ouvert la voie. Le duc avait parlé en termes si éloquents de sa a dame de beaute »,
LE CABINET SECRET DE l’iHSTOIRE
comme on disait alors, que le roi n’eut pas de cesse qu’il n’eût possédé la duchesse de Beaufort, celle que nous connaissons mieux sous le nom de « belle Gabrielle ». Henri IV « n’en avait pas les gants», selon l’expression de Tallemant, et c’est pour cela qu’il ne fit pas appeler le üls qu’il eut de Gabrielle, M. de Vendôme, Alexandre, de peur qu’on ne dit Alexandre le Grand — on appelait M. de Bellegarde, M. le Grand : c’était rappeler un mauvais souvenir au roi, qui gardait rancune à son rival d’avoir cueilli ce fruit savoureux.
« Le roi commanda dix fois qu’on le tuât », nous apprend encore Tallemant. En fait, M. de Bellegarde courut une seule fois ' un danger sérieux. Le comte d’Aumont, capitaine des gardes, avait l’ordre de le tuer, ni plus ni moins. Il s’acquitta de sa mission avec beaucoup d’intelligence : il fit tant de bruit à la porte de la chambre où s’était blotti le duc, que celui-ci eut le temps de se sauver.
Tant que les plaisirs du roi ne furent que des outrages à la morale publique, il n’y eut que demi-mal,
* Une autre fois, il eut à peine le temps de s’enfuir dans un ca-
UNE GALANTERIE DU VERT-GALANT
mais ils eurent parfois des conséquences plus graves, et ici la critique historique ne peut se montrer trop sévère.
Gabrielle d’Estrées étant tombée malade à Fontainebleau, le roi s’était empressé de lui dépêcher son premier médecin, M. d’Alibour. Au retour, l’archiâtre dit à Sa Majesté qu’il n’avait trouvé à la malade « qu’un peu d’émotion », sans plus.
— Eli ! mais, reprit le roi, n’avcz-vous pas dessein de la faire purger et saigner ?
— Sire, je n’ai garde ; il faut attendre qu’elle soit à miterme.
— Que voulez-vous dire, bonhomme, répondit le roi avec colère, rêvez-vous P Comment serait-elle grosse ? Car je sais bien que je ne lui ai rien fait et êtes pour cette fois un très mauvais médecin.
— Je ne sais ce que vous avez fait ou point fait, Sire, répondit le sieur d’Alibour tout en colère, mais je sais bien que votre conscience se trouve plus fausse que moi.
— Impertinent médecin ! Et, sur cela, le roi s’en alla, tout despit et mutiné, trouver la belle malade à laquelle il conta tout et lui fit une belle vie ; et il arriva qu’en effet elle accoucha du petit César et que le pauvre d’Alibour, faute de bon appareil, mourut quelques mois après l.
binet attenant à la chambre de la duchesse, quand le roi entra. Il s’échappa, au risque de se rompre le cou, par la fenêtre. L’aventure est bien connue, d’ailleurs.
1 Mémoires de Sully , t. II, p. 355.
LE CABINET SECRET DE i/ïIISTOinE
Sully, qui rapporte l’anecdote, n’y ajoute pas foi, mais il la. trouve au moins bien contée ; ne serait-ce point qu’elle lui paraissait vraisemblable 1 ?
Puisqu’il est question de d’Alibour et de Tallemant, rectifions une erreur accréditée par ce dernier; nous serons ainsi amené à parler d’une « maladie secrète » d’Henri IV, qui a bien pu avoir quelque influence sur certaines de ses décisions politiques. Selon notre habitude, nous livrons le fait aux méditations des historiens, nous confinant volontairement dans notre rôle de médecin.
Tallemant des Réaux 2 parle d’une « gonorrhée » contractée par Henri IV, et qui fut soignée, dit-il, par le premier médecin d’Alibour. Comme l’a fait observer avant nous M. Alfred Franklin, c’était là office de chirurgien, non de médecin. Ceux-ci ne voulaient pas s’abaisser jusqu’à soigner les maladies des organes génitaux. Ils ne commencèrent à y prétendre que vers la fin du xvme siècle 3. Celui qui avait traité
1 Elle était même vraie, si nous en croyons l’Estoile, qui consigne dans son Journal (III, 72) : « Le dimanche 24 juillet, on eut nouvelle à Paris de la mort de M. d’Alibour, premier médecin du roy, auquel on disait qu’une parole libre qu’il avait dite à Sa Majesté touchant son petit César, lui avait cousté la vie, de la part de celle (comme tout le monde tenait) qui s’y était intéressée. »
3 Cf. Baron (doyen de la Faculté en iq3o) : Question de médecine , clans Ja quelle on examine si c'est aux médecins qu'il appartient de traiter
ÜNfe GALANTERIE DU VERT-GALANT
Henri IV était, en effet, un chirurgien : il s'appelait Loyseau I
C’est dans un volume dont le titre n’était pourtant pas prometteur *, que nous avons trouvé tout au long rapportée, et avec la verdeur d’expression dont les contemporains de Louis XIII ne songeaient pas à s’émouvoir, la relation de la maladie d’Henri IV. Notons que l’ouvrage est dédié au fils de ce même Henri IV, au vertueux Louis XIII ; ce qui ne manque pas d’un certain piquant !
Au dire de Loyseau, qui n’était pas de Bordeaux pour rien 2, le Roi, ayant appris les guérisons que
les maladies vénériennes , 1735, in-4°. — Voy. encore: Mémoire pour les chirurgiens, ou Von résout le problème proposé par la Faculté de médecine, savoir : si c'est aux médecins qu'appartient de traiter les maladies vénériennes , et si la sûreté publique exige que ce soit les médecins que l’on charge de la cure de ces maladies. L’auteur conclut ainsi : « Les médecins sont dans une incapacité totale de traiter ces maux, lorsqu’au contraire on ne peut refuser aux chirurgiens d’avoir toute 1 habileté qu’il est possible d’avoir pour en entreprendre la cure avec succès, puisqu’ils ont pour eux l’avantage d’une expérience consommée » À. Franklin, Les Chirurgiens , p. 79, note.
1 C’est un petit in-12, qui a pour titre : Observations médicinales et chirurgicales , avec histoires, noms , pays, saisons , et témoignages, par M. G. Loyseau, médecin et chirurgien ordinaire du Roy. A Bourdeaux, 1617. Avec privilège du Roy,
2 « Jean-Baptiste Loyseau, maître chirurgien de Bordeaux, dans
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ledit chirurgien avait obtenues, de plusieurs seigneurs de sa cour et autres personnages, l’avait fait appeler et l’avait nommé un de ses chirurgiens ordinaires.
Pendant un voyage dans la Franche-Comté, Sa Majesté se trouvant mal « d’une difficulté d’urine », avait réclamé les soins de son chirurgien. Celui-ci l’aurait soumis à un traitement, « et moyennant la faveur et assistance de Dieu», aurait réussi aie guérir complètement.
A quelle date se rapporte la maladie dont il est ici question ?
L’Estoile 1 et Mézeray se trouvent d’accord pour la
des Observations chirurgicales qu’il a laissées par écrit, nous dit qu’il fut appelé pour traiter d’une carnosité le roi Henri IV, qu’il l’en avoit pansé et guéri, et qu’il en fut récompensé par une charge de chirurgien de Sa Majesté que le Roi lui donna. Cette histoire, quoique mémorable, ne prouve point qu’il y ait des carnositcs ; elle fait voir que ce M. Loyseau fait le mystérieux, et tient du charlatan en publiant ce qu’il a fait, sans dire ni les moyens, ni les remèdes dont il s’est servi. S’il avoit été vrai que le Roi eût une carnosité, et qu’il la lui eût consumée, il falloit qu’en écrivant cette histoire il ne fit point un secret ni de la méthode, ni des drogues qu’il avoit employées à une guérison pour laquelle il avoit été si libéralement gratifié ; mais puisqu’il se tait sur l’essentiél, je la tiens apocryphe. » Dionis, Cours cf opérations de chirurgie , p. 271*272. Les raisons que donne le. chirurgien Dionis, pour s’inscrire en faux contre la cure obtenue par son prédécesseur, sont pour le moins contestables.?
1 « Le mercredi 20 octobre 1692, on ne parloit plus du duc de Maienne ni du fort, mais qu’on alloit donner bataille, et que le Béarnois estoit malade à la mort. Sur quoi on redoubla, à Paris, les prières et processions, qui eurent telle vertu que le samedi 17 arrivèrent à bon port dans la ville quarante mille escus de 1 argent