HENRI IV
ÜNE GALANTERIE DÜ VERT- GALANT 7^
placer 1 dans la première quinzaine du mois d’octobre 1592 2.
d’LIespagne, qui estoit la bataille qu’on vouloit donner. Le Béarnois aussi ne se mouroit plus, mais estoit malade d’une maladie de bourse, mal ordinaire et fort commun de ce temps.
« M. Rose, qui preschoit à Saint-Germain le Vieil, où estoientlcs’ prières, dit que pendant que cesic bonne Roine, ceste sainte Roine (entendant la Roine de Navarre) estoit enfermée entre quatre murailles, son mari avoit un haras de femmes et de putains ; mais qu’il en avoit esté bien payé et en avoit ses parties bien eschauffées (entendant ce mal aux bourses qu’ils disoient qu’il avoit). » Journal de l'Estoile , t. V, p. 181-182. R s’agissait, en somme, d’une orchi-épidb dymite, très probablement d’origine gonococcienne.
1 « Un peu avant la mi-octobre, le Roi s’en alla à Monceaux, terre qu’il avoit donnée à sa maîtresse ; comme il avoit commencé d’y faire une diète, il tomba malade d'une rétention d’urine, accompagnée d’une grosse fièvre et de fréquentes défaillances de cœur. Ces symptômes d’abord firent craindre qu’il ne fut proche de la mort : mais la cause de son mal ayant été habilement coupée, il fut aussitôt soulagé, et se leva deux jours après ». Mézeray, Abrégé chronologique de b Histoire de France, tome X, p. 97-98.
« Avant cette négociation, le Roi avait été fort mal d’une rétention d’urine, causée, disoit-on, par une excroissance dans le conduit do la V... Le péril avoit été si grand que, croyant mourir, il avoit coin mencé a disposer du Gouvernement dans la minorité de son fils...» Mézeray, op. cit.y p. 242.
2 Extrait du Journal inédit du régné de Henri IV, par Pierre de Lestoile, à la date du 8 octobre 1.592 :
« Le jeudy, 8e de ce mois, le roy (Henri IV), estant à Mousseaux, se trouva saisi de la fièvre pour s’estre eschauffé à jouer au palemail, et après lui survint une inflammation de la verge, pour laquelle il le fallut saigner du pied en l’eau, ce qui l’allégea ». Cet « allégement » ne fut pas de longue durée ; car, vingt-deux jours après, 1« Béarnais ne pouvait plus uriner, et il fallut toute l’habileté de Ma-
LÉ CABINET SECRET DE i/lIISTOlRE
Henri IV aurait contracté l’affection, dont nous allons un peu plus loin préciser la nature, étant de passage dans la bonne ville d’Agen *. D’autre part, si nous nous en référons à Sully 2, les premiers symptômes du mal remonteraient au mois de mai, tandis que, d’après Bassompierre 3, la maladie aurait éclaté
rescot et de Martin pour le tirer de ce mauvais pas (Ephémérides de Y Union médicale , par le Dr A. Chereau, dans la collection de co journal, de 18(30-1873).
1 « La Satyre M. S. inti’ulce Articles de Paix éntre le Roi E. M. du Maine, porte à 1 Art. 28, qu’ Informations seront faites se* cretement contre celles qui ont baillé la V ... aux chefs des deux Partis , excepte les Dames de Montmartre E. de Senlis : ce qui suppose 5 l’égard du Roy, que s’il avoit quelque incommodité vénérienne, ce n’éloit pas un mal invétéré, puisqu’il ne lia ses intrigues avec l’Abbesse du Mont de Mars qu’en i5go, pendant le siège de Paris : mais ayant passé pour constant que ce Prince avoit une carnosité, qui lo mit un jour en danger de la vie, il y a bien de l’apparence que c’étoit là quelque vieux reste de la maladie, qu’on veut qu’il eût pri9 à Agen...» Journal de VEstoile, t. Y, p. i84.
2 « Pour les instructions générales dont j’ai parlé, le roi remit à les dresser à Fontainebleau, dont il prit le chemin, suivi de toute sa cour et devant l’être trois jours après par tout son conseil. Il fut contre-mandé, à cause d’une violente maladie qui saisit ce Prince, sitôt qu’il fut arrivé à Fontainebleau, environ le 20 mai. Ce fut une rétention d’urine si douloureuse, que ses médecins désespérèrent d’abord de sa vie. » Mémoires de Sully , t. IV, p. 353.
3 « Le roi, dit le maréchal de Bassompierre, eut une rétention d’urine la veille de la Pentecôte, qui le mit en peine ; mais il en fut bientôt délivré. Les médecins s’étant assemblés (ce sont les paroles qu’on lit dans le Journal de VEstoile), leur conclusion fut en ces termes : Abstincat a quavis muliere, etiam recjinâ ; sin minus , pericu lum est [ne, ante très menses elapsos , vitam cwn morte commuât. »
UNE GALANTERIE DÜ VERT-GALANT 7È
la veille de la Pentecôte. Quoi qu’il en soit, le roi se crut si malade qu’il pensa à écrire son testament.
Persuadé que sa dernière heure n’était pas éloignée, et résolu de partager le peu d’instants qu’il croyait avoir à vivre encore entre le soin de son âme et celui de son état, il se tourna avec ferveur vers Dieu, et dicta cette lettre, qui fut envoyée en toute diligence à Sully :
Mon ami, je me sens si mal, qu’il y a apparence que Dieu veuille disposer de moi. Or, étant obligé, après le soin de mon salut, de penser aux arrangemens nécessaires pour assurer ma succession à mes enfants, et les faire régner heureusement, à l’avantage de ma femme, de mon état, de mes bons serviteurs et de mes pauvres peuples, que j’aime comme mes chers enfants, je désire conférer avec vous sur toutes ces choses ; venez donc me trouver en diligence, sans en rien dire à personne ; faites seulement semblant de venir au prêche à Ablon, et y ayant secrètement fait trouver des chevaux de poste, rendez-vous ici dès aujourd’hui 1.
Au reçu de cette lettre, le grand-maître de l’artillerie partit précipitamment, en proie aux plus vives angoisses. Entrant dans la chambre du roi, il le trouva dans son lit ; la reine, assise à son chevet,
Henri IV n’observa guère cette ordonnance, et il ne s’en trouva pas plus mal.
1 Mémoires de Sully , t. IV, p. 355-356.
LE CABINET SECRET DE l’hISTOIRE
tenait une des mains de son époux entre les deux siennes. Le roi tendit l’autre à Sully et lui dit :
Venez m’embrasser, mon ami ; je suis merveilleusement aise de votre venue. C’est une chose singulière, comment, deux heures après que je vous ai écrit, j’ai commencé à être un peu soulagé de mes grandes douleurs ; elles s’en vont peu à peu, ayant déjà uriné trois fois, et la dernière presqu’à plein canal, et sans forte douleur. Voilà, dit il ensuite en se tournant vers la reine, celui de mes serviteurs qui a le plus de soin et d’intelligence des affaires du dedans de mon royaume, et qui vous eût le mieux servi et mes enfants aussi, si je vous eusse manqué. Je sais bien qu’il est d’une humeur un peu austère, et quelquefois un peu trop libre pour un esprit fait comme le vôtre, et que force gens lui eussent rendu sur cela de mauvais offices auprès de mes enfants et de vous, afin de l’en éloigner ; mais si jamais cette occasion se présente, et que vous vous serviez de tels et tels (il s’approcha de son oreille et les lui nomma), que vous croyiez absolument leurs conseils, au lieu de suivre ceux de cet homme-là, vous ruinerez les affaires de l’Etat, et peutêtre même le royaume, mes enfants et vous-même. Je 1 avois mandé exprès, afin de parer avec vous et lui aux moyens de prévenir ces malheurs; mais grâce" à Dieu, je vois qu’il ne sera point encore besoin de mes précautions.
On dépêcha le lendemain courriers sur courriers, pour dissiper les bruits fâcheux qui s’étaient répandus partout. Sully ne repartit lui-même pour Paris qu’après qu’il eût « vu uriner le roi ». C’est le roi lui-
UNE GALANTERIE DU VERT GALANT
même qui l’exigea. Il satisfit à ce besoin naturel deux fois, « avec tant de facilité, ajoute Sully, que je compris que tout le danger étoit passé ».
Trois jours après, c’est-à-dire le 24 mai, Sully recevait une autre lettre du roi, par laquelle il lui mandait c( qu’il s’étoit si bien trouvé de la saignée, que La Rivière lui avoit fait faire au bras gauche la veille, qu’après avoir reposé toute la nuit, il se sentoit à chaque moment aller de mieux en mieux. »
En raison de son âge et des hautes fondions qu’il occupait, Sully prit la liberté de donner en cette occasion quelques conseils à son maître. Il l’engagea notamment à modérer son ardeur pour la chasse 1 : il ne précisait pas la nature du gibier. En manière d’expiation, Henri IV fit remettre « deux cents écus pour chacun des malades des écrouelles, que sa maladie avoit empêché qu’il ne touchât, et qu’il n’avoit pourtant pas voulu qu’on renvoyât ».
C’est probablement un retour de son affection — un rétrécissement uréthral de nature blennorrha-
1 « Les médecins de sa Majesté, écrit naïvement Sully, s’unirent tous en cette occasion pour lui faire les mêmes représentations que je lui avois faites sur le tort que le trop grand exercice de la chasse oausoit a sa santé. Il les crut et s’en trouva bien. »
gique — , qui contraignit plus tard le roi à faire appel aux lumières du chirurgien Loyseau. Celui-ci a publié l'observation du Roy, avec tous les détails qu’elle comportait, dans l’ouvrage cité plus haut et dont nous avons pu prendre connaissance à la Bibliothèque nationale.
Nous allons la reproduire, sans y rien changer, nous contentant de remplacer certains mots par leur première lettre, pour n’avoir pas la peine de les traduire en latin :
Le Roy Henry quatrième était tellement travaillé d’une difficulté d’urine, à cause d’une carnosité longtemps engendrée d’une gonorrhée, qu’en marchant, il me fallait souvent mettre pied à terre pour le faire uriner par le moyen d’une bougie et le plus souvent par une sonde ou canule d’argent, tellement qu’un jour je lui trouvai la v... enflée, froide, mollasse et insensible, dont je fus en crainte d’une mortification, ce qui fut évité par le régime de vivre, légère purgation et fomentation.
En voyant que le Roi s’en fâchait et s’étonnait de quoi il tardait tant à guérir, je lui demandai combien il y avait du commencement de son mal, lequel me dit qu’il y avait sept du huit ans 1 ; alors je lui dis que ce n’était pas mal qui ne se put guérir ; sur ce, sa Majesté me demanda si je le pourrais guérir. Je répondis que je le guérirais avec l’aide de Dieu au mois de septembre, pourvu qu’il fût obéissant, qui soudain me promit de faire tout ce que je voudrais et il me
1 Ce qui confirme bien ce que nous avons dit : que le roi avait ressenti vers 1692 les premiers symptômes de son aîlection.
UNE GALANTERIE DU VERT-GALANT
commanda me tenir prêt audit temps auquel il me manderait, mais il lui fut impossible tant attendre, car le 20 et 2 5 de juin 1 5g8 l, je reçus deux de ses lettres accompagnées de celles de Monsieur de La Rivière, conseiller du Roi et son premier médecin, par la poste de Bordeaux. La première desquelles était la teneur qui s’ensuit :
« Loyseau, je vous fay ce mot pour vous dire que vous ne laissés faute de vous rendre auprès de inoy au temps que vous mande Monsieur de La Rivière d’autant que j’auray besoin en ce temps-là de votre service, m’asseurant que n’y fairez faulte, prieray Dieu, Loyseau qu’il vous aye en sa garde. »
L’autre était de même sens, et Monsieur de La Rivière par ses lettres accompagna toujours celles du Roy et m’écrivait telles paroles :
« Môsieur Loyseau, ne faictes faute vous rendre icy à la fin de juin, d’autant qu’il est besoin de connnancer la cure de la maladie du Roy, lequel a commandé vous escrire exprès
1 Voici ce qu’on lit, à la date du 29 octobre i5q8, dans un journal jusqu’alors inédit du règne de Henri IV, publié par M. E. Halphen (1862, in 8°) :
« La cour estant à Mousseaux, la ville de Paris fut fort troublée des nouvelles qu’on y apporta de .l'extrémité delà maladie du roy, qui estoit une carnosité provenant d’une ch... p..., laquelle, pour avoir esté négligée, luy causa une rétention d’urine qui luy cuida envoyer en l’autre monde. Accident autant craint des bons comme il estoit désiré des méchants. Les médecins de Paris les plus experts, y lurent mandés dès la nuict, entre les autres, Mareseot et Martin, Le médecin Martin l’exorta de se mieux garder, et qu’il estoit d’une très bonne disposition pour vivre longtemps s’il vouloit un peu mesnager sa vie, auquel le roy ne respondit que par grosserie, estant d’une humeur toute contraire à cela. »
de venir n’ayant loisir d’attandre au moys de septembre d’autant que le mal le presse, n’oublies rien de ce que cognoistrés estre propre pour la carnosité et songez à luy demander quelque chose car il la vous donnera. »
Je ne fis faute me rendre près de Sa Majesté en même temps que Monsieur de La Rivière m’avait mandé avec une poudre que j’avais composée à Bergerac, ensemble un instrument que j’inventai, fait en forme de canule, pour servir de sonde et pour porter le médicament sur la carnosité, lequel instrument Monsieur de La Rivière approuva grandement et même ma poudre disant qu’il n’y en avait point de plus propre, avec lesquels remèdes je consumai ladite carnosité dans dix ou douze jours, et l'ulcère fut cicatrisé dans trois semaines après, j’avais composé un onguent de ma poudre incorporée avec beurre frais, lequel je portais avec ma canule sur la carnosité le soir à l’entrée du lit, ayant premièrement fait pisser le Roy et le lendemain j’usais d’injections réfrigérantes, faites quelquefois avec les trochisques de gordon 1 et quelquefois avec les trochisques blancs de rhasis 2, dissous avec les eaux de plantain, pourpier ou de solanum, selon l’exigence du mal, et pour la fin la tuthie préparée, antimoine préparé, incorporez avec beurre frais ou avec l’onguent pompholigos et album rhasis, portés avec ma canule ou une bougie, le bout de laquelle je munissais d’un emplâtre fait avec ma poudre, laquelle je laissais dedans le soir le Roy étant au lit, ou bien au lieu dudit onguent, j’ai accoutumé de laisser dans la verge une sonde de plomb ointe dudit onguent, ou bien
1 Goudron.
5 Oxyde de zinc.
ÜNË GALANTERIE DU VERT-GALANT èl
frottée d’argent vif cru et purifié. Et dans cinq semaines le feu Roi fut entièrement guéri par la grâce de Dieu.
Combien que durant ce temps-là mes ennemis ou envieux me voulurent calomnier, à cause de quelque accident qui lui survint non pas à cause de sa carnosité, ni des remèdes, mais à cause de quelque excès que Sa Majesté avait fait, tellement que sans un vomissement qui lui survint promptement par deux fois il eût été fort mal, de quoi il eut la fièvre trois ou quatre jours et lors mes envieux faisaient courir le bruit (jusque dans Paris) que j’étais cause du mal du Roi par mes remèdes et instruments, mais le Roi assuré de ma fidélité et reconnaissant bien que cela venait d’ailleurs me fit la faveur de parler pour moi et me justifia en la présence de Monsieur le duc de Bouillon et plusieurs autres et nomma les principaux de mes envieux qui étaient jaloux, de quoi sa Majesté ne voulait permettre qu’ils fussent présents lorsque je le traitai, même depuis sa Majesté étant à Saint-Germain fit un grand affront à l’un d’eux lui disant : vous êtes bien marri que je sois guéri par autre main que la vôtre, mais je sais bien de qui je me fie. Et dans quelques jours après je m’en revins à ma maison, avec la bonne grâce du Roi, et moi aussi bien content.
En somme, il s’agissait en l’espèce — comme nous l’avons dit plus haut — d’un rétrécissement blennorrlmgique .
Les termes : « de longtemps engendrée d’une go1norrhée » ; plus loin: « il me fallait souvent mettre pied à terre pour le (le roi) faire uriner par le moyen d’une bougie et souvent par une sonde » ; et enfin;
« j’ai accoutumé de laisser dans la verge une sonde de plomb oincte dudit onguent », n’est-ce pas, en quelques mots, l’étiologie, les symptômes et le traitement d’un rétrécissement d’une nature spéciale — ou plutôt spécifique?
N’est-ce pas à peu près suivant la même méthode thérapeutique que l’on traite aujourd’hui les rétrécis, et les Béniqué d’étain, en usage à l’heure actuelle, ne ressemblent-ils pas, avec quelques perfectionnements en plus, à la soade 1 de plomb du vieux chirurgien de Henri IV ?
* À propos dé séndes, sait- on It qui est due F invention des sondes molles, pour cathétériser les malades atteints de rétention d’urine ? M. Le Maître (a) nous apprend que nous en sommes redevables à un lithotomiste bordelais, du nom de Jean de Mingelousaux, père du traducteur de la Chirurgie de Guy de Chauliac. Jusqu’à lui, on se servait d’aîgalies, instruments métalliques rigides, dont une extrémité s’enflait en forme d’entonnoir et dont l’autre présentait un œil placé latéralement pour l’écoulement de l’urine. Ces appareils, outre qu’ils étaient très encombrants, ne se modelaient pas du tout aux courbures de l’urèthre ; leur passage était extrêmement douloureux et souvent ils causaient des éraillures, et il s’ensuivait des complications d’une gravité redoutable.
La réputation des sondes de Mingelousapx date du jour où ce praticien eut la bonne fortune de s’en servir pour un personnage de marque qu’il réussit à soulager : le cardinal de Richelieu. (V. Chronique médicale , Ier février 1903).
(a) Le Maître, Recherches sur les procédés chirurgicaux de l’Ecole borde la se9 des origines à la Révolution. Bordeaux, iqo3.
ttfs'Ë GALANTERIE DU VEUT- GALANT
Jusqu’à l’époque de sa mort, qui survint de la façon tragique que l’on sait, il ne semble pas que Henri IV ait souffert d’autre chose que d’indispositions; cependant, au mois de janvier 1609, il eut une attaque de goutte, qui l’obligea à garder le lit h
En 1596, il avait été affligé de la fièvre quarte ; contre l’avis de tous ses médecins 2, il se guérit en mangeant force huîtres à l’écaille, et en buvant de fhypocras. En 1603, il tomba malade d’un grand dévoiement jusqu’au sang 3,que les médecins dirent pro-
1 Henri IV et la princesse de Condê , par Paul IIenrard, p. 19. Il en avait déjà eu une attaque, en décembre i6o3, à la suite d’une nuit passée, à Saint-Germain, chez Mlllc de Verneuil (Zeller, op .
cit.y p. 187.)
2 Dès l'année 1699, Henri IV n’avait pas moins de 65 commensaux, chargés de veiller sur sa précieuse santé. Durant un règne relativement court, il n’eut pas moins de cinq premiers médecins : Dailleboust, plus connu sous le nom de d’Alibour ; Ribbitz de la Rivière, André du Laurens, Antoine Petit et Pierre Milon (V. sur ce dernier, Y Union médicale , i864, p* 181, les Comptes-rendus des travaux de la Société du Berry , à Paris, i863-i864, p. 474 et suiv.).
Pour les archiàtres d’Henri IV, cf. V Union médicale, 1861, nos 121, 124 et 125, et 1864, nos 49» 5o et 53, articles du Dr Ciiereau.
3 II fut saisi, à la fin du mois de mai de celte année i6o3, de violentes coliques, à la suite d’un bain, après lequel il s’était promené ru frais dans les jardins de Fontainebleau. La rétention à laquelle il était sujet, prit, en outre, un caractère des plus alarmants ( Henri IV
84 LB CABINET SECRET DE l’hISTOIRE
venir de la quantité d’huîtres qu’il avait dégustées h
En août 1607, il eut « un cours de ventre », pour avoir mangé trop de melon. Un docteur de Sorbonne fit en ce temps le procès du melon, à cause du mal qu’il avait fait au Roi 2.
Dans son « Pourtraict de la santé », un des médecins de Henri IV, Joseph du Chesne, recommande à son royal client de se présenter à la garde-robe dès qu’il sera levé et a d’entretenir ordinairement son ventre lâche ». Que s’il advient qu’il l’ait resserré, comme il y a beaucoup de tels tempéraments (à cause qu’ils ont un foie trop chaud et bouillant), il laudra donner ordre qu’on le lui entretienne lâche, plutôt avec du jus de pruneaux doux ou des bouillons qu’on lui fera prendre le matin, lesdits bouillons faits avec de l’oseille, bourrache, pourpier, laitues, etc.
Henri IV n’avait que faire de ces conseils : il avait les entrailles trop sensibles pour ne pas dédaigner de pareils adjuvants. Il était très sujet à ce genre d’indis-
et Marie de Médicis , d’après des documents nouveaux, par Berthold Zeller, Paris, Didier, 1877, p. 180 de l’édit. in-8°).
1 Dans le DicLionnaire des substances alimentaires, indigènes et exotiques, par Aulagnier, on donne comme historique ce détail, que Henri IV avait, non seulement pour les huîtres, mais encore pour les sardines une prédilection particulière et que, depuis son abjuration, il en faisait son déjeuner ordinaire, les jours d’abstinence.
2 Registre-Journal de Henri IV, édit. Michaud et Poujoulat, I. I, 2e partie, p. 434.
UNE GALANTERIE DU VERT-GALANT
position i, si nous en croyons l’indiscrète mention du registre de la Chambre des Comptes de Pau, qui porte deux achats : l’un d’échelles pour monter à l’assaut, l’autre d ’étoupes pour les besoins du Roi 2.
Un jour, il lui suffit de « rire un peu trop avec sa maîtresse, alors Mme De Beaufort, et Bellegarde, de vers satiriques, pour être pris d’un grand dévoiement et être sept heures en grand danger ». Henri savait depuis longtemps à quoi s’en tenir sur son tempérament, et il ne partait jamais en campagne sans certains bagages, pour lui de première nécessité 3. Il était le premier à rire de son infirmité.
Tallemant des Réaux nous a laissé là-dessus une anecdote savoureuse, comme la plupart de celles qu’il s’est plu à conter. Quand on venait dire au roi : Voilà l'ennemi! il lui prenait tout aussitôt « une espèce de dévoiement », mais «tournant cela en raillerie», le brave guerrier se contentait de dire : « Je vais faire bon pour eux ! ».
La gaillardise du mot effarouchera moins, venant d’un prince gaillard entre tous.
* Et aussi aux maux de dents (Minvieille, thèse citée plus bas), donnant raison au proverbe populaire : mal de dents, mal d'amour.
2 V. dans nos Morts mystérieuses, au chapitre Henri IV, l’Appendice sur les médecins de ce roi et dans la Revue des Documents historiques, 1879, p. 173, une quittance de son premier médecin
3 La médecine au temps d’Henri IV, par le D' Minvieille, thèse de Paris (1903), p. 166 et suiv,