LOUIS XIII MÉRITA-T-IL D’ÊTRE APPELÉ ((LE CHASTE
Louis XIII appartient corps et âme à la pathologie. Bègue, malade, impuissant, usé sans avoir vécu, il n’était pas plus sain sous le rapport physique. Malveillant, méchant, mais sans énergie même pour faire le mal, défiant, mélancolique, ennuyé, sans affection ni attachement pour qui que ce soit, pliant sous toutes les influences, il est le spécimen le plus complet de la dégénérescence.
( Etudes sur la Sélection dans ses rapports avec V hérédité chez l'homme, par le Dr Paul Jacoby)*
Louis XIII, surnommé le Juste , aurait été plus heureusement nommé le Chaste ; car je suis persuadé que si, comme Louis le Débonnaire, il avait été forcé de se retirer dans un couvent, non seulement il ne lui aurait jamais repris fantaisie de retroquer son capuchon contre une couronne, mais qu'il aurait pu jurer, en toute sûreté (le conscience, cju’il nç
§e rendrait jamais coupable d’une infraction même vénielle à ses vœux de chasteté. Louis XIII est mort avec son innocence virginale ; le plus faible de nos rois a eu cela de commun avec les deux plus forts des génies modernes, avec Pascal et New*» ton.
Celui qui a écrit ces lignes est un homme dont on a beaucoup médit, parce qu’il ne ménagea la vérité à personne, surtout aux grands, mais en qui on respecta toujours la loyauté des convictions, qu’on savait établies sur cette base solide, indestructible, qu’est l’étude approfondie de notre histoire, émondée des ronces de la légende.
Raspail, car c’est de lui que nous voulons parler, a abordé bien des problèmes médico-historiques ; il a apporté à leur examen peut-être plus de passion qu’il ne convenait, mais s’il ne fit pas toujours preuve de modération, on ne peut dire qu’il pécha par mauvaise foi. Donc, d’après Raspail (et nous le citons, parce qu’il n’est pas un historien officiel, et qu’en outre il est un savant dégagé de préjugés, en quoi son opinion est doublement estimable), Louis XIII n’aurait pas usurpé l’épithète dont le gratifia son peuple. Voyons jusqu’à quel point est justifiée l’opinion de l’homme dont nous venons de reproduire le jugement sommaire.
Si nous nous en rapportons à ce que nous apprennent tous les biographes de Louis XIII, ce roi, par un
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côté au moins, ne fut pas le fils de Henri IV 1 : en amour comme en tout le reste, « il eut quelquefois des intentions, il n’eut jamais de résolutions 2 ».
Ce n’est pas qu’il eut de l’indifférence pour le sexe : il avait plutôt de l’appréhension à son endroit ; sa réserve était surtout de la timidité.
Les détails qui vont suivre, quelque intimes qu’ils soient, sont nécessaires, car ils éclairent singulièrement la psychologie de ce caractère indécis, resté une énigme pour la plupart des historiens 3.
Louis XIII était venu au monde parfaitement constitué, ce grand de corps, gros d’ossements, fort musculeux... et vigoureux tout autant que l’on peut penser pour cette petite âge 4 ». Il était moins bien pourvu par ailleurs. Le lendemain de sa naissance, sa nourrice ayant remarqué qu’il avait de la peine à téter, on lui regarda la bouche et on constata qu’il
* Lorsque la folle de la Reine, Mathurine, dit à Louis XIII enfant : « Viens ça ; seras-tu aussi ribaud que ton père ? », il répond froidement, y ayant songé : « Non ». (9 juin i6o4, Journal de Jean Héroard sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1628), publié par MM. End. Soulié et Ed. de Barthélemy : fc. I (1601- 1610) ; t. 11 (1610-1628).
2 À. Baschet, Le Roi chez la Reine , Préfacede l’édition de 1866.
3 Depuis que ces lignes ont été écrites, on a suivi la piste nue nous avions indiquée et M. Batiffol, notamment, a largement puisé dans le Journal d* Héroard , pour écrire ses articles de la Revue de Paris (1901, V, p. 5o4-526), qu’il a plus tard réunis en volume, sous le titre de Louis XIII enfant.
4 Journal de Jean Héroard , année i6o|,
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avait encore le filet. « Sur les cinq heures du soir, il lui fut coupé à trois fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi. »
L’opération fut-elle mal faite ou l’enfant avait-il une conformation particulière de la langue, toujours estil que lorsqu’il commença à prononcer quelques mots, on s’aperçut qu’il bégayait h C’est surtout lorsqu’il se mettait en colère que le bégaiement était plus accentué 1 2. Il était très fâché d’avoir cette infirmité, et tant préoccupé que, la veille du jour où il doit se rendre au Parlement, « pour se déclarer majeur », il fait un vœu à Notre-Dame des Vertus, u s’il peut, le lendemain, au Palais, prononcer, sans
1 Son précepteur, Lefèvre, disait que son élève « avait un grand dédain des lettres, parce qu’il reconnaissait la difficulté naturelle d’y profiler, ne pouvant lire ni prononcer qu’avec grandissime peine; jusques-là qu’un jour ne pouvant bien sortir à son gré de je no sais quel mot, il s’empoignait le visage avec une de ses mains, à demi en furie, de dépit de ne pouvoir prononcer comme les autres ; de sorte qu’on eut de la peine de l’empêcher de se nuire, et de lui faire comprendre que Dieu voulait montrer que les rois étaient, comme les autres hommes, sujets à des infirmités... » Détails sur la jeunesse de Louis XIII ( Revue rétrospective , 11, 4 12).
2 Louis X IJ I enfant avait, à en croire certains de ceux qui l’approchèrent de très près, le nez et le pharynx fort engorgés de « phlegme épais et de mucosité mal conditionnée... Il n’avait pas la parole fort libre naturellement, et avoit la langue si longue et si épaisse, que quand e]lc était sortie de sa bouche, ayant peine à la retirer, il était obligé de la repousser avec le doigt ». Cf. Revue critique, n° i3, 28 mars 1898 et Chronique médicale} Ier janvier 1899.
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faire faute, ses paroles pour sa majorité ». Soit coïncidence, soit auto-suggestion, il réussit à prononcer son discours, « hautement, fermement et sans bégayer ». Pour ceux qui savent l’influence de cette infirmité sur le moral de celui qui en est afiecté, ce menu détail n’est pas indifférent.
Ce qu’il importe davantage de mettre en relief, c’est la fâcheuse éducation 1 qu’avait reçue le roi, dès ses premières années. C’était à qui encouragerait le mieux ses instincts vicieux. Heureusement — peut-on dire heureusement? — il profita peu des leçons qu’il avait reçues.
Il n’avait pas tout â fait deux ans, qu’il prenait plaisir et criait a à pleins poumons », quand sa rem ueuse « lui branloit du bout du doigt sa guiliery2 » (nous
1 Nicolas Vauquelin, sieur des Vvclcaux, qui avait été placé par Henri IV lui-meme auprès de son fils, lut congédié peu do temps apres la mort de ce roi ; mais il était trop lard pour que le nouveau précepteur, Lefèvre, put corriger les mauvaises habitudes, déjà trop enracinées chez le jeune prince, qu’on semblait avoir perverti, de bonne heure, dans un coupable but d'ambition. (Mémoires curieux sur V Histoire des mœurs et de la prostitution en France, par Pierre Dufour (P. Lacroix); Bruxelles, i855, p. 26^.)
2 Quand on avait constaté le sexe du petit prince (le premier
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prévenons une fois pour toutes que nous empruntons un texte déjà publié par des érudits qualifiés 2, et que nous nous ferions scrupule de rien y modifier).
Un autre jour, le page de M. de Longueville vient pour prendre des nouvelles du dauphin. Quand il
dauplnn, fils de Marie-Antoinette), il donnait les promesses de virilité, qui avaient été remarquées déjà chez Louis XIII. Cette turgescence, fréquente chez les enfants, est déterminée par la plénitude de la vessie, mais les poissardes, ne sachant pas cela, célébrèrent à leur façon ce petit incident.
Notre charmante Antoinette Vient de faire un petit bout Et j’avons vu la broquette De not’ dauphin à tretous.
Elle levoit Elle dressoit
Ça vous promet un maître clou.
La Correspondance secrete , d’où nous extrayons ce qu’on vient de lire, ajoute (t. XII, p. 1 3 8) :
« Celte polissonnerie a fait rire toute la cour, l’a fait rire aux larmes. Quelques femmes ont baissé les yeux et vouloient rougir; mais dans une joie aussi grande, aussi universelle, on doit naturellement passer bien des choses. Le roi a applaudi et a ordonné aux poissardes un bis qui les a toutes mises hors d’elles de plaisir. Elles ont recommencé avec des figures des mines, des contorsions dans leur genre, plus plaisantes les unes que les autres,
« Sa Majesté leur a promis une fête lorque la Reine seroit levée de couches». Fuavklin, La Vie privée d’autrefois: L’Enjant, p. 173- t t h
2 MM. Eud. Soulié et E. de Barthélémy, les éditeurs eu Journal Je Héroard .