‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 3)Chapitre 6 sur 18 · LOUIS XIII MÉRITA— T-ÏL D*ÈTF.E APPELÉ ((LE CHASTE · texte numérisé non relu

LOUIS XIII MÉRITA— T-ÏL D*ÈTF.E APPELÉ ((LE CHASTE

s’en retourne, il s’entend appeler par l’enfant, « qui se retrousse, lui montrant sa guillery ». Il renouvelle le même geste devant M. d’Elbène, le comte de Visé, ambassadeur du duc de Savoie, le comte de Hems, ambassadeur d’Ecosse, le sieur de Bonnières, et sa toute jeune fille ; c’est surtout à celle-ci qu’il en avait. Il se trémoussait, était secoué par tout le corps d’un fou rire ; il y mettait enfin une telle ardeur « qu’il en était tout hors de soi 1 2 ». Il se couchait même à la renverse, pour qu’elle ne perdît rien du spectacle !

N’allez pas croire qu’on l’empêchât de se livrer à ce jeu malpropre, on l’y aurait plutôt encouragé, témoin ce fragment de dialogue : .

— Ou est le mignon de papa? lui demande-t-on certain jour.

Il se montre, frappant sur son estomac.

A son tour, le brave Héroard le questionne :

— Où est le mignon de l’Infante 2 ? Il met sa main

1 « Le 29 juin , dimanche . — En tétant il gratte sa marchandise, droite et dure comme du bois. Il se plaisait ordinairement fort à la manier et à y jouer du bout des doigts ». Journal de Jean Héroard , t. I, p. 5o. Un autre jour, il lui prenait fantaisie de faire « baiser à chacun sa guillery. » Héroard, I, 34.

2 ce Le (5 août 1G0U) jeudi à Saint-Germain . — A huit heures et demie, dévêtu, Mlle de Vendôme lui demande : « Monsieur, coucherai-je avec vous? » 11 répond brusquement : Ho ! Ho I vous ri êtes pas V Infante, Mis au lit, MUa de... lui en demande autant : « Monsieur, vous plaît-il que je couche là avec vous ? » Il répond résolu-

sur sa guillenj ... N’est-ce pas délicieux? Comme tous les enfants de son âge, ce qu’il voyait faire, il s’efforcait de l’imiter. Il voit M. de Montglat donner la fessée à Mlle Mercier ; il lui prend envie d’en essayer. « 11 s’efforce de la fouetter sur les fesses avec un brin de verges. »

Mlle Bélier lui demande : « Monsieur, .comment est-ce que M. de Montglat a fait à Mercier? Il se prend soudain à claquer de ^es mains l’une contre l’autre avec un doux sourire et s’échauffe de telle sorte qu’il était transporté d’aise, ayant été un bon demi-quart d’heure riant et claquant de ses mains, et se jetant à corps perdu sur elle, comme une personne qui eut entendu la raillerie ».

En avril 1603 — il avait un peu plus de deux ans ! — Mme de Verneuil,la maîtresse de son père, étant venue le voir, il joue avec elle, « lui met la main dans son sein 4, puis baise le bout de son doigt ; elle le couvre

ment : Etes-vous V Infante? « Oui, Monsieur », dit-elle. Il répond ; Non, vous nêtes pas l’Infante ».

1 C’était un de ses gestes familiers ( Hêroard , I, 326 ; 22 mars 1608). Plus tard, ses goûts devaient changer. Blot, le chansonnier de la Fronde, a laissé, sous le titre de Rêveries , un recueil dans lequel la répulsion de Louis XIII pour les seins est caractérisée en ces termes 1

« On savoit, disait-il entre autres choses, que le roi Louis XIII regardoit les tétons comme damnation et leur faisoit même des avanies, ce qui faisoit que le P. Joseph et Vincent de Paul ne tarissoient pas en invectives sur cette partie, l’ornement des belles ». Consulter, pour plus de détails, les Stromates de Jamet, t. II, p. ioi4 (les Stro~

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de son mouchoir, et le découvre comme auparavant ». La marquise, de son côté, « lui mettait souvent la main sous la cotte »

Cette peu farouche dame n’avait, du reste, pas la moindre vergogne. Un jour qu’elle allait rendre visite au dauphin, n’alla-t-elle pas jusqu’à lui présenter sa main, puis son bout de sein à baiser? L’enfant refusa fièrement l’un et l’autre, mais sa gouvernante lui en ayant donné l’ordre, force lui fut de s’exécuter.

Jusqu’au grave Héroard, son vieux médecin, qui encourageait ses mauvais penchants 2 ! Ah ! si le dauphin n’eut pas conscience de sa virilité, de bonne heure, ce ne fut certes pas la faute de ses conseillers 1

En novembre 1604, Mme de Guise, l’ayant mené

mates sont conservés au département des manuscrits, à la Bibliothèque nationale) ; Y Eloge du sein des Jemmes , de Mercier (de Compiègne), Paris, Barraud, 1873 ; les Chroniques de VOEU de Bœuf , de Touchard-Lafosse. Dans ces deux, derniers ouvrages, qu’on ne doit consulter qu’avec précaution, se trouve le récit, auquel on a fait tant de fois allusion, de la gorgée de vin que Louis XIII aurait lancée sur les appâts d’une belle.

Quanta l’anecdote du billet, que le prince pudibond aurait été chercher avec des pincettes dans le corsage dç Mllc de liautefort, on n’a qu’à lire, pour s’édifier, l’article de Tamisey de Larroque, paru dans l’ Intermédiaire, 1866, p. 36, qui remet la légende au point.

1 Héroard , I, 45.

2 « Monsieur, lui dis-je, vous n’avez plus de guillery » ; il répond: Hé l le velà-li-pas, gaiement, la soulevant du doigt. Mis au lit, il s’assied sur son chevet et se joue à saguillery. » Journal , p. 81.

A la date de i6o5, on lit dans Héroard : « La reine, mettant la main à sa guillcry, dit : Mon fds, j’ai pris votre bec. » I, 187,

g6 LÉ CABINET SECRET DE L*II1ST0IRÈ

dans la chambre de la reine, lui montre son lit et lui dit : « Monsieur, voilà où vous avez été fait » ; il répond : Avec maman .

Son propre père, Henri IV lui-même, lui inculquait de fâcheux principes. Lorsqu’il rentrait fatigué de la chasse, le roi se couchait dans le premier lit venu, faisait déshabiller l’enfant et le mettait tout nu auprès de lui. Tant que l’enfant n’a pas deux ans (août 1603), c’est un jeu sans conséquence. Mais quand on voit cette habitude se continuer 1 jusqu’aux derniers jours de la vie d’Henri IV (26 janvier 1610), alors que son fils est dans sa neuvième année, on reste confondu d’une telle inconscience.

En 1605 — Louis XIII n’avait pas quatre ans — le dauphin est mené un jour par son père dans la chambre de la Reine. Il se prend tout à coup à considérer une tapisserie, représentant des enfants qui jouaient. Le roi lui dit : « Mon fils, je veux que vous fassiez un petit enfant à l’Infante ». — Ho ! ho ! nont oapa ... — « Je veux que vous lui fassiez un petit lauphin comme vous. » — « Non pas , s’il vous plaît,

: )apa , dit-il, en mettant sa main au chapeau et en aisant une révérence. » On le préparait de bon

1 Le 26 juin 1606, « le roi se met dans le lit, y fait mettre en diemise M. le Dauphin qui se y joue (sic) fort privément ». La neme année, on l'emmène à la saillie d’une jument : il en est fort c diverti ». Idem , I, 218.

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heure, comme on voit, à prendre en affection sa future femme, mais on n’y réussit guère.

• — Monsieur, aimez-vous bien l’Infante ? lui demande un jour M. de Ventelet. — Non. — Monsieur, pourquoi? — Parce qu’elle est Espagnole, je n’en veux point. — : Monsieur, elle vous fera roi d’Espagne et vous la ferez reine de France. Il répond en souriant, « comme de chose où il eut pris plaisir » : Elle couchera donc avec moi et je lui ferai un petit enfant .

— Monsieur, comment le ferez-vous? — Avec ma guillery , dit-il, bas et avec honte — Monsieur, la baiserez-vous bien?

— Oui , comme cela , dit-il, en se jetant à corps perdu la face contre le traversin.

Une autre fois, comme on l’engage à boire à la santé de l’Infante, il répond : Je m’en vas boire à ma maîtresse !.. Ce n’est pas tout.

Eveillé à deux heures et demie après minuit, en sursaut, il se lève hors du lit, debout, disant : « Ou me faut-il aller )> ? Sa nourrice le prend, le recouche et il se rendort jusqu’à six heures et demie. Il se fait mettre au lit de sa nourrice et se jouant à elle : Bonjour , ma garce , baise-moi, ma garce, hé ! ma folle, baise moi ! — Monsieur, lui demanda sa nourrice, pourquoi m’appelez-vous ainsi ? — Parce que vous êtes couchéè avec moi.

Mlle Lecœur, sa femme de chambre, lui demande :

— Monsieur, vous savez donc bien ce que c’est que des garces ?

LÊ CAblNET SECUËÎ DE L HISTOIR*

— Oui.

— Et qui, Monsieur ?

- — Celles qui couchent avec les hommes (sic).

Sa nourrice étant enceinte, Héroard demande à l’enfant :

— Monsieur, par où esl-ii entré ?

— Par l’oreille.

— Par ou sortira-t-il P

— Par l’oreille .

La naïveté de Tentant reparaît par intervalles, à moins que ce ne soit de la malice dissimulée. A cinq ans , il devient amoureux de la nourrice 1 de la petite Madame. « Il lui fait les doux yeux... fait le honteux... retourne sa face. » Survient une femme, une revendeuse de Paris, qui se prend à danser devant le dauphin, « à découvrir scs caisses bien haut, tantôt Tune et puis T autre ». Il regarde tout cela a avec un extrême plaisir, et court après cette femme pour lui soulever la cotte ».

On 11e p eut que sourire de ces enfantillages, et cependant, en raison de l’extraordinaire précocité du dauphin, on se prend à douler de sa complète inno-

1 « 11 va en la chambre de la pelile Madame, en baise la nourrice à la bouche, aux )cux, au front, au nez, aux tétons, avec tr3 nsport , disant: Je vous baiserai toujours. Il en était amoureux par inclination. » llÉnovRD, op. cit.

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cence. Ecoutez, par exemple* ce que répond cet enfant terrible, quand 011 lui apprend que la comtesse de Moret vient d’accoucher du fils quelle avait eu d’Henri IV, et qui devait être légitimé plus tard :

— Monsieur, dit- on au dauphin, vous avez encore un autre féfé ?

— Qui? qui est-il? demande-t-il comme ébahi.

— Monsieur, c’est Mme la comtesse de Moret qui est accouchée d’un fils.

— * Ho! ho ! il n est pas à papa !

— Monsieur, à qui est-il donc ?

— Il est à sa mère .

— On ne lui tira rien autre, et il en resta « tout fâché, comme s’il eût voulu pleurer h

Si l’on doutait qu* il 11e sut pas ce que parler veut dire, le trait suivant dissiperait les doutes.

Héroardlui apprend que Mme de Guise venait d’accouclier ; il répond : « Y avait-il bien neuf mois ?

Il n’avait pas tout à fait onze ans, quand il tenait ce propos !

En 1610, — cinq ans avant l’imion qu’il devait contracter, — se trouvant dans le cabinet de la Reine, ou était un tableau représentant le portrait en pied de

1 « Le 2 (mai t6o8), vendredi. — Le Roi le mène promener au jardin, où, lui montrant M1110 la comtesse de Moret : « Mon fils, 3 ai fait un enfant à cette belle dame, i Isera votre frère » ; il se retourna honteux, disant ; C’est pas mon Jrcre »,

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l’Infante, le Dauphin dit aux enfants qui l’entouraient : Voilà ma femme ! M. de Souvray, son précepteur, lui dit que peut-être les Espagnols ne la lui voudraient pas donner. Il répondit aussitôt : « Eh ! il la faudra aller prendre ! 1 »

À l’entendre ainsi parler, qui n’eût assuré qu’il an* rait la vaillance de son père le Béarnais, lequel prenait d’assaut les filles comme les villes ?

Le jeune roi était, de plus, beau cavalier, dansait à ravir, jouait à la paume et à l’arbalète, faisait des armes — toutes qualités qui font les bons maris* Mais avait- il l’âge requis, quand on songea à l’unir à cette Infante d’Espagne, dont il faisait si grand cas avant de l’avoir vue ? Et ne trouverons-nous pas là l’explication de cette froideur, pour ne pas employer un terme plus brutal, qu’il devait lui témoigner? Il ne faut pas oublier que Louis XIII n’avait pas plus de quatorze ans lors de son mariage, et que la petite reine qu’on lui destinait avait tout juste huit jours de plus que son futur époux.

* OEuvres de Malherbe, édition L. Lalannc, t. III, pt i3o*

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Les écrivains du temps ne tarissent pas d’éloges sur la beauté de l’Infante, sur sa grâce, sur ses gentilles manières. A la fin de 1613, elle avait eu pourtant une maladie qui aurait pu altérer ses charmes, si elle eût laissé des traces : elle avait été atteinte de la petite vérole. Elle eut la chance de n’en point garder de marques *.

Nous passons sur les cérémonies qui eurent lieu en Espagne et qui furent comme le prélude de celles qu’on devait célébrer à Bordeaux, où le roi s’était rendu au devant de l’Infante. Bien qu’il fût à la veille de son mariage, Louis XIII n’avait rien changé à ses habitudes : il continuait à jouer comme un enfant qu’il était. Dans le palais de l’archevêché de Bordeaux, qui est sa résidence, Louis XIII se divertit et s’amuse comme dans le Palais du Louvre, à Paris ; il y a ses oiseaux du cabinet, ses petites arquebuses, ses gentilshommes ordinaires, en un mot, ses choses et sa maison 2.

Il joue aux échecs, va à la chasse, assiste à la comédie, et les loisirs qui lui restent, il les occupe à chanter des hymnes religieux, à dresser des escadrons et des bataillons avec ses petits soldats d’argent, à convertir « de petites armoires en volière» — et à dérober des pots de confiture au Cardinal de Sourdis !..

4 Le Roi chez la Reine, par A. Basciiet, p. 1 43 et suivantes,

5 Baschet, op. cit., p. 181-182.

On apprend bientôt que la petite Reine, se rapprochant de plus en plus du but désiré, est arrivée à Castres. Quelque temps après, le Roi l’a rejointe sur la grand’route. Il a fait arrêter son carrosse « au droict du sien et marchant doucement » la considère, puis se met à lui dire gaiement, en se montrant du doigt et à voix haute : lo son incognito , lo son incognito ; puis il remonte à cheval et repart pour Bordeaux, où il arrive une heure avant l’Infante.

Tandis que la jeune reine se reposait des fatigues du voyage, et qu’on terminait les derniers préparatifs, le roi était allé aux canaux faire voler un de ses plus beaux oiseaux 1 !

Nous passons sur les détails bien connus de la cérémonie, sur le luxe qui s’y déploya, sur l’effet produit par les deux époux, présentant, de l’avis unanime, le couple le plus charmant qui se put rêver. Nous avons hâte de narrer comment se comporta l’enfant royal, que ni son tempérament ni ses façons d’être habituelles ne semblaient avoir préparé au rôle qu’il était appelé à jouer. Voyons d’abcrd le récit

i Baschet, loc. ciU

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officiel, celui qui, apparemment, fut rédigé sous l’inspiration de la Reine mère, pour qui la raison d’Etat parlait plus haut que le cœur. Nous exprimerons ensuite les réserves qu’il convient de faire sur la véracité de son contenu.

La pièce que nous publions ci-après a paru, pour la première fois, dans un recueil historique \ où nous aurons encore occasion de puiser ; elle porte pour titre ;

Détail singulier de ce qui se passa le jour de la consommation du mariage de Louis X11L

(25 décembre 1 6 1 5),

Après la cérémonie achevée, environ sur les 7 heures du soir, et que leurs Majestés eurent un peu devisé ensemble, le Roi et la petite Reine s’en retournèrent avec autant d’ordre que l’heure le peut permettre, et prirent le plus court clicmin de l’Archevêché, pendant que la Reine-mère y retourna aussi par la petite porte ; et étant là, donna ordre à faire faire la bénédiction du lit nuptial, sans aucune cérémonie, par un des aumôniers ou chapelains qui se trouva le premier sur les lieux.

Incontinent après que le roi eut soupé, il se coucha en sa chambre et en son lit ordinaire selon sa coutume, où la Reine sa mère, qui jusqu’alors était demeurée en la chambre de la

1 Revue rétrospective , ire série, t. II, p. 2ÔO. Y. clans la même Revue (ire série, t. II, i83/j, p. 253), la lettre du ce Frère Joseph, le Paris, Capucin indigne »,

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petite l’eine et l avait fait aussi coucher dans le lit de sa première chambre, le vint trouver, environ sur les huit heures du soir, passant au travers de la salle d’où elle avait fait sortir tous les gardes et tout le monde ; et trouvant le Pioi dans son lit, lui dit ces mêmes paroles :

(( Mon fils, ce n’est pas tout d’être marié, il faut que vous veniez voir la Reine votre femme qui vous attend. »

le Roi répondit : « Madame, je n’attendais que votre commandement ; je m’en vas, s’il vous plaît, la trouver avec vous. »

Au même temps on lui bailla sa robe de chambre et ses bottines fourrées, et ainsi s’en alla avec la Reine, sa mère, par ladite salle, en la chambre de la petite Reine dans laquelle entrèrent avec leurs Majestés les deux nourrices, messieurs de Souvray, gouverneur, Hérouart, premier médecin, marquis de Rambouillet, messieurs de la garde-robe portant l’épée du roi, et Béringhem, premier valet de chambre portant le bougeoir. Comme la Reine approcha du lit, elle dit à la petite reine :

« Ma fdle, voici le Roi, votre mari, que je vous amène; recevez-le auprès de vous, et l’aimez bien, je vous prie. »

A quoi elle répondit en espagnol qu’elle n’avait aucune intention que de leur obéir et complaire à l’un et à l’autre ; et ce disant, le Roi se mit dans le lit par le côté de la porte de la chambre, la petite Reine étant du côté de la ruelle où avait passé la reine-mère, laquelle les voyant couchés, leur dit à tous deux ensemble quelque chose si bas que personne du monde ne le put entendre qu’eux; puis sortant de la dite ruelle, dit : a Allons, sortons tous d’ici », et commanda aux deux nourrices du Roi et de la Reine de demeurer seules en

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ladite chambre et les laisser ensemble .une heure et demie ou deux heures au plus ; et ainsi se retira la dite dame Reine et tous ceux qui étaient entrés avec elle en ladite chambre, pour laisser consommer ledit mariage. Ce que le Roi lit par deux fois ainsi que lui-même l’a avoué, et les dilcs nourrices l’ont véritablement rapporté. Et après, s’étant un peu endormi et demeuré un peu davantage à cause dudit sommeil, il se réveilla de lui-même et appela sa nourrice qui lui rebailla ses bottines et sa robe, et puis le reconduisit à la porte de la chambre au-dessous de laquelle, dans la salle, l'attendaient les sieurs de Souvray, Ilérouart, Béringlicm et autres pour le reconduire en sa chambre, où, après avoir demande à boire et avoir bu, témoignant un grand contentement de la perfection de son mariage, il se mit en son lit ordinaire et reposa fort bien tout le* reste de la nuit, étant pour lors environ onze heures et demie. La petite Reine de son côté se releva au même temps que le Roi fut parti d’auprès d'elle, et rentra dans sa petite chambre et se remit en son petit lit ordinaire qu’elle avait apporté d’Espagne.

C’est là véritablement ce qui se passa pour la consomma-* tien du dit mariage.

Ce document avait été à dessein distribué aux membres du corps diplomatique, qui, à en croire le texte des dépêches envoyées par eux à leur gouvernement, n’y ajoutèrent qu’une foi médiocre. Ainsi l’Envoyé de Mantoue mandait à son maître : ce La nuit passée, les époux ont dormi ensemble, et, s il faut croire ce que Von dit , — formule bien dubitative

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comme on voit, — le Roi s’est comporté en bon et brave cavalier . »

Le bruit qu’entretenait la Reine-mère était un bruit controuvé. « Bien que le Roi en ait dit, et malgré la prétendue assurance des nourrices, il est manifeste que cette réunion des époux n’avait eu rien que de fictif1 ... Si le Roi avait réellement consommé son mariage ce même soir, où serait la raison qui l’eût ensuite décidé à ne partager une seconde fois le lit de la Reine que quatre ans après 2 — sans que, pour cela, on connût personne, à la Cour ou ailleurs, qui eût capté non pas seulement ses sens, mais même ses sentiments 3 ? »

Les relations du Roi avec MUe d’Hautefort sont, en

* « La consommation était purement illusoire et le roi avoua plus tard qu’il n’avait conservé que de douloureux souvenirs de cette nuit de noce... Ce mariage d’enfants n’était qu’un simulacre d'union matrimoniale... À cet âge, le jeune homme était peut-être tout a fait ignorant de l’œuvre de la chair. Peut-être aussi que les deux tentatives constatées par la relation officielle ne produisirent que douleur et fatigue, et que le premier essai de virilité, qui avait étonné et effrayé l'adolescent, découragea ou dégoûta par la suite le jeune homme. Il se pourrait aussi que la leçon du procès-verbal ne fût pas la véritable. » La Médecine à travers les siècles , par le Dr Guardia.

2 Ce ne fut qu’en 1619, ainsi que nous l’apprend le capucin Joseph dans la lettre à laquelle nous avons, plus haut, fait allusion, que commença la cohabitation. Louis XIV ne devait naître que près de vingt ans plus tard.

3 Le Roi cheç la Reinet édition citée, p. 200?

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effet, postérieures à 1630 ; et son inclination pour Mlle de Lafayette ne se manifesta que plus tard.

Quelle était, au juste, la nature de ces relations? Cette question mérite examen, puisqu’elle nous permettra de répondre à cette autre, qui a servi de titre au chapitre d’histoire que nous écrivons : « Louis XIII mé :! la-t-il d’être nommé le Chaste ? » Eh bien, ces relations furent toutes platoniques. En ce qui concerne M1Ie d’Hautefort, nous rapporterons seulement ce passage des Mémoires de Mme de,Motteville.

<( La reine, à qui elle fut donnée d’abord pour fille d’honneur, la voyant naître ( cette inclination ) dans l’âme de ce prince si farouche pour les dames , tâcha de l’allumer plutôt que de l’éteindre, pour gagner ses bonnes grâces par cette complaisance ; mais la dévotion du Roi fit qu’il s’y attacha si peu, que j’ai ouï dire depuis à la même daine d’Hautefort qu’il ne lui parlait que de chiens, d’oiseaux et de chasse; et je l’ai vue avec toute sa sagesse, en me contant celte histoire, se moquer de lui , de ce quil n osait approcher d’elle quand il l’entretenait, »

Pour Mlle de Lafayette, il se montra plus tendre, sans être jamais allé au delà de ce qu’implique ce qu’on a nommé depuis une « amitié amoureuse ».

D’où venait donc celle aversion inexplicable pour es femmes, et surtout pour la très jolie femme 1 qu’é-

1 « Elle était blpnde? et blonde à ravir, à l’excès meme », diÇ

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tait la jeune épouse du Roi? Par quel phénomène, physique ou moral, ce prince, de constitution plutôt robuste, en tout cas ni débile ni chétif, en arrivait-il à commander à ses sens, plus qu’à ses gens? Il avait été pourtant, dans sa prime jeunesse, plutôt décidé, tant en actes qu’en propos. Nous en avons cité maints exemples, nous en produirons quelques autres, empruntés, comme les précédents, au journal de son médecin.

Le 12 avril 1607, il doit assister à la cérémonie du « lavement des pieds ».

On lui demande, dit Héroard, s’il lavera pas bien les pieds aux pauvres. Ho! que non, répond-t-il, je les laverai aux filles , mais pas aux garçons.

Le 15 juin delà même année, on le mène chez le Roi son père.

lord Herbert, qui la vit un an apres son mariage. Elle avait « les mains les plus belles du monde, les plus fines et les mieux faites ». A. Baschet.

<( Ses yeux sont grands et beaux, dit Mme de Brégy, dans le portrait qu’elle a esquissé d’après ce charmant modèle ; sa bouche peut servir de modèle à tous les peintres. Pour ses bras et ses mains, ils fcroient honte à la plus parfaite sculpture. Pour le reste de son corps, il n’est que la seule modestie qui le fait cacher. Tout cela est accompagné d’une fraîcheur et d’une propreté, qui donneroient lieu de penser que l’ambre et le jasmin seroient entrés dans la composition de son beau corps. » Yoy. les Mémoires historiques et critiques et Anecdotes des reines et régentes de France , par Dreux du Radier, édit, de 1776, t. VI, p. 217.

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