LES DENTS IH-: LOUIS XIV
On cria au miracle quand Anne d'Autriche, après vingt années de stérilité *, mit au monde un dau-
* Anne d'Autriche, depuis vingt-deux ans qu'elle était unie à Louis XIII, avait le plus vif désir d'être mère, et mêlait ce vœu à toutes ses prières, lorsqu'en 1637, doutant d'elle-même, elle eut recours à des eaux dojit la vertu fécondante était renommée. Après quelques dévotions particulières au tombeau de saint Fiacre, près Mcaux, la reine apprit, pendant un de ses séjours au château de Fontainebleau, que dans le voisinage, à Féricy, une fontaine était fréquentée par les femmes stériles ; elle but des eaux de cette source, comme elle avait fait à Forges quelques mois auparavant, puis ea fit venir à Fontainebleau pour s'y baigner.
Le certificat suivant, cité déjà par M. Vatoutdans ses Souvenirs des Résidences royales {Fontainebleau), atteste qu'en même temps, Sa Majesté faisait adresser au ciel des prières pour obtenir un fils :
c L'an 1637, le a5 novembre, M"« l'abbesse de Poissy (dame en partie de Féricy) a fait et, accompli le vœu de la reine, suivant l'ordre de Sa Majesté et accjaipgnée de M. Bouvet, chanoine de Sainte -Osmane, religieux de Saint-Denis et prieur de Kérial, qui a célébré la mes^e penJomt neuf jours, ils ont fait la neuvaine avec solennité. Après la cérémonie religieuse, les dames ont signé. « MoHDAT, curé de Féricy-en-Brie. »
Bienlôt après, — ajoute l'auteur des Souvenirs des Résidences
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phin. Le seul miracle, si c'en était un, c'est que l'enfant avait deux dents en naissant.
Les anciens prédisaient de grandes destinées aux enfants mâles qui naissaient avec des dents et les noms illustres que nous allons citer semblent donner quelque créance à ce préjugé. Par contre, la même anomalie était regardée comme un mauvais présage pour le sexe féminin '. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette anomalie n'est pas très commune. On cite bien quelques personnages historiques qui ont présenté cette particularité : Curius Dentatus, Robert le Diable, Richard VI d'Angleterre, Mazarin, Mirabeau, et, de nos jours, le docteur Broca ^, mais la liste s'ar-
royales, — un orage vint en aide k la puissance des eaux de Férîcy, et le dimanche 5 septembre i638 naissait Louis XIV (La nourrice de Louis XIV et le père nourricier de Louis XVI, opuscule de M. Th. Lhuillier).
* Ainsi Valeria, fille de Dioctétien, femme de l'empereur Valère Maximin, étant née avec des dents, les aruspices annoncèrent qu'elle causerait la ruine de la ville où on la transporterait, et cette prédiction, raconte Pline, s'accomplit. Mais on a négligé de nous dire quelle est la ville qui eut cette malechance. Cependant la fin tragique de cette impératrice, qui fut décapitée à Thessalonique par les ordrei de son propre fils, vérifia en partie le pronostic fâcheux des augures.
- Encore, pour Broca, le fait est-il controuvé ? Un ancien élève du maître, M. le professeur Jagot (d'Angers), nous a fait l'honneur de nous adresser, à ce sujet, la lettre suivante :
« Dans un de vos si intéressants ouvrages, vous dites que Broca père est né avec des denU. Permettez-moi de démentir ce petit fait. En 1879, j'avais l'honneur d'être externe du célèbre anthropologista
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rête là, ce qui prouve assez la rareté de celle bizarrerie de la nature.
« Il y a des enfants voraces, écrit un médecin contemporain du Grand Roi ', qui, ne trouvant pas suffisamment de lait pour les rassasier, sucent le mamelon avec tant de violence, qu'il y vient des fentes et des crevasses à la base, où il semble se vouloir séparer de la mamelle. Ce malheur est arrivé à plusieurs nourrices du Roi ; à celles qui n'avoient pas assez de lait pour contenter sa faim, il leur mordoit les bouts jusqu'au sang. » C'est pour cette raison qu'on fut obligé de changer plusieurs fois le nourrisson de nourrice -.
La première nourrice de Louis XIV fut Elisabeth Ancel ^ femme de Jean Longuet, S"" de la Giraudière,
à Necker. Je l'ai entendu nier ce fait qu'il avait lu dans un journal du temps. 11 ajoutait même qu'il avait demandé à sa mère ce qu'il y avait de vrai dans ce racontar et M™" Broca mère lui avait affirmé qu'il n'avait eu des dents qu'à l'époque à laquelle les autres enfants en poussent. »
* Cours d'opéi allons de chirurgie, etc., par M. Dioîiis. Ptrii, MDCGXL. p. 446.
- De même. Don Carlos, fils de Philippe II, vint au monde avec des dents, dont il déchira le sein do sa nourrice, jusqu'à l'âge de trois ans (Gachard, Don Carlos et Philippe II ; Bruxelles, 2 vol. in-8°;.
• Ce nom est différemment orthographié. Dionis parle d'une nourrice du roi, nommée Ancciin, qui pourrait bien être notre dame Ancel. Mais, d'après lui. M"» Ancelin ou plutôt d'Ancelin, « native do Montesson », aurait été « la seule qui ait pu satisfaire au grand appélit de C6 Prince. Elle l'a nourri jjendant seize mois, et jusqu'à
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procureur du Roi au bureau des finances d'Orléans. Elisabeth Ancel n'allaita le jeune prince* que trois mois ; malgré cela, par arrêt du 4 mai 1639, elle continua à jouir de la pension accordée aux nourrices des enfants de France ^
Perrette ou Pierrette Dufour remplaça Elisabeth. C'est surtout Pierrette Dufour qui eut à soufïrir des coups de dents du jeune lionceau ^ A la suite de mor-
ce cjuil ait été en état d'être sevré ; ainsi c'est elle qui a donné le fondement k celte forte santé qu'il a presque toujours eue. »
Le D"" Wilkowski (Tetoniana, p. 72) prétend — mais ce n'est qu'une assertion sans preuves — que « la nourrice du roi se nommait dame Amclin ; clic était première femme de chambre de la reine Marie- Thérèse d'Autriche, et partageait cet emploi avec la signora doua Maria Molina ». Notre confrère ajoute que cette nourrice était, d'ailleurs, une excellente femme car, pendant la campagne de 1657, la reine-mère ayant fait établir h Stenay un hôpital pour les soldats blessés au siège de Montmédy, Anne d'Autriche y envoya la nourrice du roi, pour y avoir l'œil et faire que rien ne manquât ». D'après les Mémoires de Montglat, t. III, p. 32.
* Vieilles archives de la Guerre, vol. 56, p. 107; cités par Jal, Dicl. critique, \° AnceL
* D'après certains auteurs, M. Lhuilller entre autres, Perrette Dufour ne serait autre que la femme d'Etienne Ancelin, dont il vient d'être question. Louis XIV accorda des lettres de noblesse aux deux époux. Les lettres patentes, datées du mois de décembre i653, étendent cet honneur « à leurs enfants, tant mâles que femelles, nés et à naître en légal mariage de leur postérité. »
Lorsque Perrette Dufour songea à s'éloigner du bruit de la Cour, le roi fit édifier pour elle une habitation très confortable à Gournaysur-Marne, châtellenie royale, voisine de Paris (aujourd'hui à