LIS DENTS DE 10U19 XIV
attaché au service de Sa Majesté, on jugea qu'il n'y avait que « le feu capable de satisfaire à l'action de ce mal ». Le malade y consentant, « l'on lit faire des cautères de grosseur et de longueur convenables, pour remplir et brûler tous les bords aussi profondément que la carie le demandait ».
Le 10 janvier, on appliqua quatorze fois « le bouton de feu ». M. Dubois, qui tenait l'instrument, « paraissait plus las que le roi qui le souffrait ». Après l'application du cautère, les médecins conseillèrent au roi de faire passer trois à quatre fois par jour, de la bouche dans le nez, un liquide ou gargarisme, « composé d'un quart d'esprit de vin, autant d'une eau vulnéraire distillée, et moitié de fleurs d'oranger, pour résister à la pourriture, faciliter la chute des eschares, et avancer la régénération de la gencive ». On dut appliquer par trois fois le caustique ; la fistule finit par se fermer. Le roi ne sortit presque pas de ses appartements pendant tout le temps de sa
maladie.
Un incident morbide vint se greffer sur la maladie dont le roi relevait à peine : après la fermeture de la fistule, il persista pendant quelque temps une mauvaise odeur nasale, déterminée par la stagnation du pus dans le sinus maxillaire, dont l'inflammation dura encore un certain temps ».
t En somme, Louis XIV eut une sinusite maxillaire, dont tes mé-
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Ne manquons pas d'observer que certains historiens * ont attribué à cette affection buccale grave l'état particulier d'esprit où se trouvait Louis XIV et qui le poussa à signer la Révocation de l'Edit de Nantes (novembre 1685).
Ce n'est que onze ans plus tard (1693) qu'il survint au Roi un nouvel abcès dentaire. Le samedi 12 mai, le Roi, ayant beaucoup marché, se sentit « le corps brisé, le visage en feu, des douleurs passagères partout, accompagnées de vapeurs; il n'eut point d'appétit à dîner ; il eut le pouls inégal et un peu de fièvre jusqu'au soir ».
Il transpira beaucoup et en parut soulagé. Il se croyait rétabli, quand « une fluxion se jeta sur la joue droite, et l'enfla beaucouo à l'endroit des glandes maxillaires ».
decins nous ont donné, dans le Journal de la santé du Roi, l'exacte «ymptomatologie (Cf. le très remarquable article paru dans la Chrolùqae médicale, du i" mai 1898, sous la signature du D' Helmb, et qui est un tableau clinique achevé de cet épisode morbide de la vie du Grand Roi).
* Michelet, entre autres (Hist. de France, t. XV, ch. xix, p. aSQ, édition Marpon et Flammarion, in-8'; Pari», 1879.)
Après dîner, le roi ayant travaillé avec M. de Pontchartrain, et encore plus le soir, au retour de la promenade, eut des vapeurs, des lassitudes et de la fièvre; la joue, rouge, était fort enHée. La nuit s'étant passée sans sommeil, le roi garda le lit le matin du mercredi. Il dormit depuis midi jusqu'à deux heures et demie. Il se réveilla sans fièvre, mais la tumeur augmenta le soir et la nuit fut agitée.
La nuit suivante fut meilleure, parce que l'abcès creva, ce qui « diminua la douleur et la fluxion ». Mais le roi ayant voulu sortir le vendredi, « pour aller à la messe », la tuméfaction reparut, d'abord dure, puis se ramollissant progressivement, jusqu'à disparaître complètement, le lundi suivant K
Le malade ne fut débarrassé complètement que quand on lui eut retiré « trois poëlettes de sang ». A la saignée on fit succéder une purgation, parce que le royal patient avait eu un accès de goutte ; et une semaine après environ, il se trouvait en état « de toucher plus de dix-sept cents malades le samedi, veille de la Pentecôte ».
i Journal^ de la tante du Roi, p. aa3.
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A mesure que le souverain vieillissait, ses malaises s'aggravaient. La goutte,dont il n'avait eu tout d'abord qu'à de longs intervalles des avertissements, le torturait tous les jours davantage. Le régime alimentaire auquel il se soumettait n'était pas fait, d'ailleurs, pour le rétablir. Les grands repas, la variété des mets, et surtout sa boulimie et son absence de dents, qui lui interdisaient la mastication, augmentaient de plus en plus sa tendance à la dyspepsie et aux congestions. Ce n'est qu'en temps de carême, « à cause de la modération des repas, qui sont ceux d'abstinence pour lui », qu'il avait quelque répit.
Ses dents ne l'eussent pourtant pas trop fait souffrir, s'il n'avait eu la malencontreuse inspiration de tourmenter « le chicot d'une dent d'en bas, dont la pointe l'incommodait, pour tâcher de le tirer. Le soir, il se sentit de la douleur et de la dureté, et le matin, il y parut de la rougeur qui s'augmenta et la tumeur avec elle. Elles gagnèrent ensemble tout le tour de a mâchoire inférieure où se forme le menton, avec une dureté assez considérable. »
La douleur se propagea à la nuque, au cou, à l'épaule gauche, au bras droit, dans l'articulation de
l'épaule, en même temps qu'il se déclarait un peu de mal de gorge. « Une grande selle, mêlée d'humeurs écumantes ' » et une forte suée lirent promptement rétrocéder ces fâcheux symptômes : la tumeur s'affaissa, et les souffrances s'éteignirent 2.
Le mercredi suivant, 16 du mois, le roi se fit tirer le chicot, qui sortit presque sans douleur, et tous les accidents cessèrent.
En dépit du mauvais état de ses dents, dans les huit années que vécut encore Louis XIV, son extraordinaire appétit ne se démentit pas un instant ; ce n'est guère que dans la dernière semaine de sa vie qu'il cessa de manger moins qu'à son ordinaire.
* Journal de la santé du Roi, p. agS.
2 Jusqu'à la fin du Journal, Fagon mentionne, chez son client, « un écoulement de sérosités par le nez ». Le D' Helme, un spécialiste autorisé en ces matières, a étiqueté cette affection un « cm- P)ùme latent de l'antre d'Highmore ». Chronique médicale, 1898, p. 2^4