‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 4)Chapitre 22 sur 34 · LES AMOURS DU GRAND ROI · texte numérisé non relu

LES AMOURS DU GRAND ROI

Les accciu\.cineiils chuuksiiiis de M ''■ de La Vn'Aiive.

On a souvent conté les circonstances dans lesquelles Louis XIV s'éprit des charmes de M"° de La Vallière. Le roi qui se trouvait à Fontainebleau, sortant un jour pour une promenade avecBeringhein, le comte de Guiche et Monsieur, voit passer trois jeunes filles attachées aux princesses. Une curiosité frivole le pousse à écouter derrière les charmilles leur conversation : celle-ci, très animée, portait sur le s seirmeurs de la cour, et les trois jeunes personnes énuméraient ceux qui dansaient avec le plus de grâce. Quand ce fut le tour de M"® de La Vallière, elle dil, avec la naïveté d'un cœur qui ne sait plus se contraindre, que le roi effaçait tout par son air de no' blesse, mais que la couronne le gâtait, puisqu'on ne pouvait l'aimer. Une telle parole retentissant aux

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oreilles d'un monarque peu habitué aux compliments désintéressés, on s'explique qu'il n'y soit pas resté insensible.

D'autres placent le lieu de la scène soit dans le parc de Versailles, soit dans celui de Vincennes. Le roi s'étant plaint de sa santé, devant M"'' de La Vallière, celle-ci en parut très affligée. Elle le témoigna peut-être avec un accent de tendresse ou une timidité émue, qui put frapper celui que cela intéressait, sans qu'il y eût, de la part de la jeune fille, ni calcul, ni arrière-pensée *.

Un écrit satirique du xvii^ siècle donne une version qui diffère peu de la précédente. Le roi ayant été chez Madame, qui était malade, s'arrêta dans l'antichambre avec M"^ de La Vallière, à laquelle il parla longtemps et dont l'esprit le charma ; il y retourna le jour suivant, et pendant un mois de suite.

Comme le roi cherchait l'occasion de découvrir son r.mour, parce qu'il en était fort pressé, il la trouva. Il n'eut pas grand'peine à vaincre un cœur déjà blessé. Ce fut à Versailles, dans le parc, qu'il se plaignit que, depuis dix ou douze jours, sa santé n'était pas bonne. M"^ de La Vallière en parut affligée et le lui témoigna ^. La suite aisément se devine...

' Cf. Revue de VHistoire de Versailles et de Seine-et-Oise, août 1904, article de M. Ch. Bonnet.

* H. DucLos, M^'* de La Vallière et Marie-Thérèse d'Autriche, femme de Louis XIV, Paris, 1890.

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Des amours du grand Roi avec M"' de la Vallière naquirent quatre enfants *,

* M''' de La Vallière élait-clle jolie ? Les avis de ceux qui ont pu la voir de près sont là-dcssus très partages. Les femmes, dont l'opinion en telle matière n'est pas suspecte, se prononcent généralement en sa faveur. « M"° de La Vallière, écrit M"° de Monlpensier, était bien jolie, fort aimable de sa figure, quoiqu'elle fût un peu boiteuse ; elle dansait bien, était de fort bonne grâce à cheval, l'habit lui en seyait fort bien ; les justaucorps lui cachaient la gorge, et les cravates la faisaient paraître plus grasse ; elle faisait des minet fort spirituelles. »

La Palatine, la grande médisante, en parle aussi favorablement : « Ses regards, dit-elle, avaient un charme inexprimable ; elle avait une taille fine, tout son maintien était modeste, elle boitait légèrement, mais tout cela ne lui allait pas mal. »

Par contre, à en croire Gonrart, M"' Duplessis-Bellière aurait dit en i66i : « Je ne puis sortir de colère, lorsque je songe que la petite demoiselle de La Vallière a fait la capable avec moi. Pour captiver sa bienveillance, je l'ai assurée sur sa beauté qui n'est pourtant pas bien grande ». Mémoires sur Fouquet, par Chéruel, t. II, p. 178- 174. « ÇeHo demoiselle ne me parut point belle, dit à son tour 01i\ier d'Ormesson, qui venait de voir M"* de La Vallière à Saint- Germain, le 37 janvier î666 ; elle a les yeux fort beaux et le teint, mais elle est décharnée, les joues creuses, la bouche et les dents laides (ce que Bussy-Rabutin insinue aussi), le bout du nez gros et le visage fort long. En vérité, je fus surpris de la trouver si peu bell;. » Journal d'Olivier d^Ormesson, t. II, p. 443.

Les portraits peints nous renseignent-ils mieux ? Hormis celui de Versailles, le seul qui paraisse être du temps, ils ne nous font guère connaître la physionomie de M"* de La Vallière. D'après le portrait cité, M'"' de La Vallière semble avoir eu les yeux saillants, fendus [en amande. Quoiqu'ils passent généralement pour bleus, ses yeux paraissent, sur le portrait, bruns avec des cils et des sourcils blonds. Les cheveux sont blonds et abondants, les sourcils élevés ;

L'histoire ne nous a conservé le nom que des deux qui survécurent : M"* de Blois, née le 2 octobre 16G6, et le comte de Vermandois,venuau monde, jour pour jour, un an plus tard. Elle est presque muette sur les deux premiers nés, qui avaient, du reste, succombé peu de temps après leur naissance.

En 1663, s'était manifestée la première grossesse de la favorite royale. A la cour, on n'ignorait rien des relations du jeune souverain avec la demoiselle d'honneur de Madame, mais le secret était si bien gardé qu'au dehors il n'avait point transpiré. Louis n'avait mis dans la confidence qu'un homme, « d'une sûreté inébranlable, un homme de confiance, bon valet qui ne songeait qu'à le servir» •, Jean-Baptiste Colbert, qui, pour la circonstance, joua un rôle dont sa dignité ne semble pas s'être offensée ^

un beau menton, un peu fort ; le nez droit, un peu fort aussi ; la bouche légèrement épaisse. Les traits sont réguliers et un peu mous ; la peau blanche ; la chair un peu molle des tempéraments lymphatiques. (H, Duclos, op. cit.).

* Mémoires de l'abbé de Choisy, t. I, p. i lO.

2 Un apologiste de Colbert, M. P. Clément, convient, malgré toute l'admiration qu'il professe pour son héros, que celui-ci avait été obligé, « pour se raffermir au pouvoir, où il s'étonnait sans doute encore lui-même d'être arrivé, de se prêter aux plus intimes confidences du roi, de servir, de favoriser ses amours. » C'est Colbert qui intervenait, comme nous allons le dire, entre le roi et la favorite ; c'est lui qui fut chargé de ramener la duchesse à Versaillos, U première fois qu'elle se retira dans un couvent de Chaillot.

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En guerre avec le duc de Lorraine, le Roi avait dû partir précipitamment pour Marsal, laissant sa maîtresse dans une position qui ne laissait pas de lui causer du souci ; c'est alors qu'il s'était ouvert à Colbert du service qu'il attendait de sa fidélité.

Il se trouvait précisément que M™^ Colbert, bourgeoise de bon renom, était quelque peu compatriote de M"^ de La Vallière : elle était, en efîet, originaire du Blésois, où elle avait pu connaître les La Vallière ou les Saint-Remi. Mais si la préférence du Roi s'était portée sur elle, c'est qu'elle était « experte en nourriture d'enfants », en ayant élevé pas moins de sept pour son propre compte i. Au surplus, ce ne pou-

C'est encore Colbert qui fut plus tard chargé de mettre à la raison M. de Montespan, qui « avait menacé de voir sa femme ».

M. Clément prétend qu'il ne faut pas juger les frasques royales avec les idées du ux* siècle. « Il n'y a pas lieu de s'étonner, dit ce censeur indulgent, de cette condescendance d'un des ministres les plus austères pour les faiblesses du roi, à une époque où Louis XIV se montrait publiquement dans le même carrosse avec Marie-Thérèse, La Vallière et la Montespan, pendant que le peuple disait tout bas, en les voyant passer : Voi7à les trois reines ; où il faisait légitimer tous ses bâtards par le Parlement, etc.. Il faut, conclut M. Clément, que le roi eût eu jusqu'à un certain point pour complices les idées et les mœurs de son temps ».

Sans être plus rigoriste qu'il ne convient, nous ne pouvons nous empêcher de déplorer le triste rôle que joua, dans cette circonstance, le plus grand ministre du plus grand de nos rois. Heureusement, « ces services d'intérieur » n'ont tenu que peu de place dans la vie de J.-B. Colbert.

^ Laib, Louise de la Vallilre et la jeunesse de Louis XIV, p. 12a.

vait être qu'une dame de bon conseil, et nous devons croire qu'on l'estimait généralement fort sensée, car elle était recherchée de tous, voire même de Mazarin, qui avait engagé ses nièces à ne pas se priver de ses bons offices.

11 fut donc entendu que Colbert servirait d'intermédiaire, nous n'osons employer un mot plus brutal, entre le roi et la favorite ; pendant deux mois que dura l'expédition, Colbert fut chargé de recevoir et de transmettre les lettres échangées entre les amoureux. Revenu à Paris, le Roi s'inquiéta d'assurer à sa maîtresse tous les soins que comportait son état. Ce fut encore à Colbert qu'il eut recours dans cette délicate circonstance ; c'est lui qu'il chargea de lui trouver un asile discret, où il pût abriter sa liaison et le fruit qui allait en résulter. Un seigneur du nom de Brion, que tourmentaient beaucoup plus des besoins d'argent que des scrupules, avait fait construire, dans le jardin du Palais-Roj'^al, du côté où se trouve aujourd'hui la rue Richelieu, à la hauteur de l'ancienne rue des Bouchers, une de ces maisons de plaisance qu'on appela plus tard des Folies. Pour mieux cacher cet accouchement, le Roi donna à M"^ de La Vallière le palais Brion, et « la tira par ce moyen de l'appartement des filles de Madame, du nombre desquelles elle était » '.

* Bien qu'elle eût logis au château, M"' de La Vallière possédait

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