LES AMOURS DU GRAND ROI IQ
demeura presque percluse de tout un côté. Cette déchéance physique marqua le commencement de sa disgrâce. Une beauté plus altière avait subjugué les sens et le cœur du maître. Et comme tout finit et releur prétentioa, qui un débris d'hôtel, qui les ruines d'un castel, qui une maison seigneuriale. Le père de la favorite était gouverneur du château d'Amboise : il était naturel qu'Amboise réclamât la première, mais rien ne ^•ient à l'appui de cette tradition. C'est ensuite Vaujours, situé à dix lieues de Tours, à quatre kilomètres de Château -La-Vallière, ancien manoir féodal, qui montre avec orgueil aux visiteurs la chambre où serait née la future favorite. Vaujours fut bien la résidence de la duchesse quand le roi lui en eût fait don, mais, auparavant, elle n'y avait jamais séjourné ; à plus forte raison, le château de Vaujours n'a pas été son berceau.
De ce qu'il a existé, à Blois, une famille La Vallière, il ne s'ensuit pas que la capitale du Blésois puisse traiter de compatriote la maîtresse du Grand Roi. On a dit encore que MUe de La VaUière était née dans le village de Reugny, dans le canton de Vouvray, arrondissement de Tours, où se trouvait, prétend-t-on, la demeure seigneuriale de la famille La Vallière ; mais il semble que ce soit plutôt à Tours même que cette famille aurait résidé. Elle habitait, dans cette ville, un magnifique hôtel, l'hôtel de la CrouziUe, situé rue du Commerce, n" i, entièrement démembré aujourd'hui, et dont les anciennes dépendances forment, en partie, la rue Ragueneau, derrière l'Hôtel de Ville,
L'acte de baptême de M"' de La Vallière est, d'ailleurs, conservé dans le recueil des actes civils de la mairie de Tours. Et, comme dans la formule de l'acte, rien n'indique que la cérémonie du baptême ait été ajournée pour un motif quelconque, il nous semble légitime de conclure que, selon toute vraisemblance. M"' de La Vallière est née dans la ville où elle a été baptisée. Si nous errons, au surplus, nous sommes en bonne compagnie, car c'est l'opinion la plus communément acceptée, à l'heure actuelle.
Voici, au surplus, le texte même de l'extrait baptistaire, auquel
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commence par des chansons, il courut à cette occasion ce couplet frondeur :
On dit que La Vallière S'en va sur son déclin ; Ce n'est que par manière Que le Roi suit son train.
Montespan prend sa place, Il faut que tout y passe Ainsi, de main en main.
nous venons de faire allusion, et qui a étâ publié jadis par la Revue rétrospective, de Taschereau :
« Le 7* jour d'août i644, a été baptisée Françoise-Louise, fille de « messire Laurent de La Baume Leblanc, chevalier, seigneur de La « Valière (sic), capitaine-lieutenant de la mestre-camp de la cavalece rie légère, et de dame Françoise Le Proux, ses père et mère ; fut « parrain Pierre Leblanc, écuyer, sieur de La Roche, conseiller du « Roi et président au siège présidial de cette ville, et la marraine « Dame Louise La Baume Leblanc, veuve de messire Michel Doute rard, chevalier, seigneur de Roux, capitaine d'une compagnie de « chevau-légers. » Signé Leblanc ; L. db La Bauub Lislamc ; « Laursnt de La Baume Leblanc et Chauffoux.
Le premier accoucheur à la Cour de France. Les couches et ki mort de M"'' de yionle-.pnu.
Avant la fin du xvii® siècle, les matrones ' étaient seules chargées de l'accouchement des reines de France et des princesses de sang royal. Les médecins et chirurgiens de la Cour se tenaient dans une pièce voisine pendant le travail, mais on ne cite pas de cas où ils aient dû intervenir.
Marie de Médicis, femme de Henri IV, avait pris pour accoucheuse Louise Bourgeois. Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, avait été assistée par M™' Péronne, et enfin Marie-Thérèse d'Autriche, femme de Louis XIV, se serait, dit-on ^, servie de Marguerite Boucher.
* Sur les sages-femmes au ivii* siècle, M. le Docteur Le Maglet donne toutes les informations désirables, dans son excellente tlirsc de doctorat : Le monde médical parisien sous le Grand Roi. Paris, Maloine, 1899.
2 C'est, du moins, ce que prétend M. Le Roi ; mais n'aurait il pas fait confusion entre la sage-femme Marguerite Boucher et l'accoucheur de ce nom, François Boucher ?
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La Dauphine, Victoire de Bavière, étant d'une santé particulièrement délicate, les plus grandes précautions lui furent imposées durant sa grossesse.
Le Roi, qui désirait ardemment un petit-lils, dut surtout se préoccuper du moment de l'accouchement. Il est probable que Louis XIV consulta ses médecins sur cet important sujet, et parmi eux, celui qu'il honorait de toute sa coniiance, l'illustre Fagon. Fagon, médecin de M"^ de Montespan, recommanda au Roi l'accoucheur Clément, dont il vanta les talents à ce point, que Louis XIV ne voulut pas entendre parler d'un autre médecin pour délivrer la Dauphine.
Julien Clément peut donc être regardé comme le premier accoucheur en titre des princesses de la maison de Bourbon ^ Non seulement il accoucha
1 II ne serait pas certain que Clément ait été le premier accoucheur en tit'-e des princesses de sang royal, si nous nous en rapportions à ce qu'a écrit le docteur Ghereau :
« Tout ce que je peux assurer, dit notre confrère, car j'ai dans mes cartons les états de maison de toute la famille royale sous Louis XIV, c'est que jamais il n'est question, sous le monarque, de charge en titre d'accoucheur, charge faisant partie du commiltiinas et des officiers domestiques de la maison royale. On trouve un premier médecin, un médecin ordinaire, huit médecins par quartier, une foule de médecins sans quartier, un médecin spagiriste, un premier chirurgien, huit chirurgiens par quartier, quatre apothicaires, quatre aides apothicaires, un apothicaire-distillateur, trois renoueurs, un n-v'-nioiir-oculislc, deux opérateurs pour la pierre, un dentiste, neuf Larhiers; on chercherait en vain un accoucheur ayant, bouché et livrée à la Cour, comme on disait alors. ^^Unian médicale, i8Ci, t. XI, p. 36,
LE PREMIER ACCOUCHEUR A LA COUR DE FRANCE lÇ)b
(le tous ses entants la Dauphine, belle-fille de Louis XIV, mais il fut l'accoucheur de la ducliesse de Bourgogne, de la reine d'Espagne, sœur de la duchesse de Bourgogne, qui mit au monde trois fois de suite un prince, et de toutes les grandes dames de l'époque.
Après Clément, on ne voit plus que des accoucheurs à la Cour, au lieu et place des sages-femmes.
Sous Louis XV, Levret accouche la Dauphine. Sous Louis XVI, l'accoucheur Vermond délivre Marie- Antoinette. Sous le Premier Empire, dès que Marie- Louise devient grosse, Baudelocque est désigné pour l'assister, et comme il mourut bientôt après sa nomination, Antoine Dubois le remplaça auprès de l'impératrice. Sous Louis-Philippe, Moreau assistera la duchesse d'Orléans. Enfin, Paul Dubois fut nommé accoucheur de la Cour, dès que l'impératrice Eugénie manifesta les premiers symptômes de grossesse.
De ces personnages, les uns ont eu la charge sans le titre, comme Clément, Levret, Antoine Dubois, Moreau ; tandis que, pendant la Régence, sous la République et le Consulat, sous Louis XVIII, Cliarles X, et pendant les premières années du règne de Louis- Philippe, nommer un accoucheur, c'eût été donner le titre sans la charge : Paul Dubois fut peut-être le S'ul qui eut l'un et l'autrâ.
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Cette digression nous a éloigné de Clément, personnage obscur, mais qni, pour le seul fait d'avoir introduit les accoucheurs à la Cour par la grande porte, mérite qu'on n'ensevelisse pas son nom dans l'oubli. Clément a été, du reste, l'accoucheur le plus en vogue du xvii^ siècle, et cela vaut qu'on en parle. Il a eu, entre autres clientes de marque, M""' de Montespan, et ce n'est pas son moindre titre de gloire. On a bien aussi prétendu qu'il avait accouché la duchesse de La Vallière des enfants qu'elle eut de Louis XIV, mais l'erreur est ici manifeste '.
A l'époque du premier accouchement de M"^ de La Vallière, en 1663, Clément n'était pas même âgé de 15 ans (étant né à Arles en 1649), et, à la dernière, il en aurait eu à peine 18 : cela seul suffirait à démontrer qu'il n'a pu prêter son assistance à la favorite.
Ce qui est assez piquant, c'est que, comme nous l'exposons plus loin, il paraît y avoir eu confusion
' L'erreur, commise par Astruc (Art d'accoucher, Paris, 17G6, p. xxxviii), a été réfutée par le D' Matiei, dans un feuilleton do V Union médicale, du 37 juin 1861,